Page:Zola - Vérité.djvu/31

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de ne pas montrer davantage l’intérêt qu’ils attribuaient à la pièce. Ils dirent pourtant leur surprise qu’on n’eût pas retrouvé le coin déchiré.

— Est-ce que, parfois, demanda Daix, les modèles d’écriture ne portent pas dans un angle le cachet de l’école ?

— Oui, parfois, dut répondre le frère Fulgence.

Mais Marc se récria.

— Jamais, quant à moi, je n’ai timbré les modèles d’écriture. Ça ne se fait pas chez nous.

— Pardon, déclara Simon avec sa grande tranquillité, j’en ai ici sur lesquels on trouverait le cachet. Mais je les timbre en bas, à cette place.

Devant la perplexité visible des magistrats, le père Philibin, muet et attentif jusque-là, se permit un léger rire.

— Cela prouve, dit-il, combien la vérité est malaisée à établir… Tenez ! monsieur le procureur de la République, c’est comme la tache que vous examinez en ce moment. On a déjà voulu y voir de vagues initiales, une sorte de paraphe. Moi, je crois plutôt à un pâté, qu’un élève aura voulu effacer du doigt.

— Est-il donc d’usage, demanda Daix de nouveau, que les maîtres paraphent les modèles ?

— Oui, avoua encore le frère Fulgence, cela se fait chez nous.

— Ah ! non, crièrent ensemble Simon et Marc, nous ne faisons pas cela dans les écoles communales.

— Vous vous trompez, dit Mlle Rouzaire, si je ne timbre pas les modèles, il m’est arrivé d’y mettre mes initiales.

La Bissonnière, d’un geste, arrêta la discussion, car il savait par expérience à quel gâchis on arrive, dans ces questions secondaires des habitudes de chacun. C’était à l’instruction d’étudier la pièce si grave, le coin disparu,