Page:Zola - Vérité.djvu/35

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contenter de ces premières constatations. Seule, l’heure du crime se trouvait nettement établie, de dix heures et demie à onze heures ; et, quant au crime lui-même, immonde et farouche, il glissait aux monstrueuses ténèbres.

Marc, laissant les autorités régler certains détails, voulut rentrer déjeuner, après avoir embrassé fraternellement Simon. La scène entre le mari et la femme ne lui avait rien appris, car il savait leur adoration tendre. Mais il avait eu des larmes dans les yeux, remué profondément par tant d’amour et de douloureuse bonté.

Midi allait sonner à Saint-Martin, lorsqu’il se retrouva sur la place, encombrée d’une telle cohue, toujours grossie, qu’il lui fut difficile de se frayer un chemin. A mesure que la nouvelle du crime se répandait, des gens arrivaient de toutes parts, se pressant devant la fenêtre close, que les gendarmes avaient grand-peine à défendre ; et les récits qui circulaient de bouche en bouche, défigurés, exagérés, atroces, soulevaient les colères, ameutaient la foule grondante. Comme Marc se dégageait enfin, un prêtre l’aborda.

— Vous sortez de l’école, monsieur Froment, est-ce vrai, tous ces horribles détails ?

C’était l’abbé Quandieu, le curé de Saint-Martin, l’église paroissiale, un homme de quarante-trois ans, grand et robuste, mais de visage doux et bon, les yeux d’un bleu très clair, les joues rondes, le menton douillet. Marc l’avait connu chez Mme Duparque, dont il était le directeur et l’ami ; et, tout en n’aimant pas les prêtres, il éprouvait pour celui-ci une certaine estime, le sachant tolérant, d’un esprit raisonnable, doué d’ailleurs de plus de sentimentalité que de véritable intelligence.

En quelques mots, Marc rétablit les faits, déjà bien assez monstrueux.

— Ah ! ce pauvre M. Simon, reprit le curé d’