Page:Zola - Vérité.djvu/57

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mère, en la sentant très heureuse de ces commérages de la servante, les approuvant d’un hochement de tête. Mme Duparque triomphait ; et, sans daigner sermonner davantage le mari de sa petite-fille, le jugeant vaincu, elle se contenta de dire à Mme Berthereau, toujours silencieuse :

— C’est tout à fait comme pour cet enfant mort qu’on a trouvé jadis sous le porche de Saint-Maxence : une femme, qui servait chez des juifs, a failli être condamnée à leur place, car personne autre qu’un juif ne pouvait être l’assassin. Quand on fréquente ces gens-là, on est sans cesse sous le coup de la vengeance divine.

Marc préféra ne pas répondre, et il sortit presque tout de suite. Mais son trouble était grand, un doute finissait par l’effleurer, est-ce que Simon pouvait être le coupable ? Ce soupçon l’envahissait comme une mauvaise fièvre, gagnée dans un milieu pernicieux ; et il éprouva le besoin de réfléchir, de se remettre, avant de se rendre chez l’instituteur. Pendant de longues minutes, il s’écarta, il s’en alla par le chemin désert de Valmarie, revivant la journée de la veille, discutant les faits et les hommes. Non, non ! Simon ne pouvait être raisonnablement soupçonné. Les certitudes se levaient de partout. D’abord, l’ignoble crime apparaissait sans motif de sa part, illogique, impossible. Simon était sain d’esprit et de corps, sans tare physiologique, d’une douceur gaie qui disait la régularité normale des fonctions. Et il avait une femme d’une resplendissante beauté qu’il adorait, aux bras de laquelle il vivait dans une extase tendre, la remerciant des beaux enfants nés de leur amour, devenus leur vivant amour et leur culte. Comment supposer un instant que cet homme ait pu céder à une crise brusque d’abominable folie, avant d’aller retrouver au lit, près du berceau des enfants, la bien-aimée épouse qui l’attendait ? Puis, quel accent de simplicité et de vérité, chez cet homme guetté