Page:Zola - Vérité.djvu/8

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qu’elle accusait de lui voler l’âme de sa petite-fille.

— Sept heures moins un quart, murmura-t-elle, en entendant l’horloge de l’église voisine sonner les trois quarts. Jamais nous n’aurons fini.

Et elle s’approcha de la fenêtre, jeta un coup d’œil sur la place des Capucins. La petite maison se trouvait bâtie à l’angle de cette place et de la rue de l’Église. C’était une maison à un seul étage : en bas, à droite et à gauche du couloir central, la salle à manger et le salon, tandis qu’au fond étaient la cuisine et la buanderie, sur une cour moisie et sombre ; puis, au premier, deux pièces à droite pour Mme Duparque, deux pièces à gauche pour Mme Berthereau ; et, enfin, sous le toit, en face de la chambre de Pélagie et des greniers, deux petites pièces encore, qu’on avait meublées autrefois pour Geneviève, jeune fille, et où elle se réinstallait avec de bons rires, quand elle et son mari venaient à Maillebois. Mais quelle ombre humide, quel silence lourd, une fraîcheur sépulcrale tombant des plafonds obscurs ! La rue de l’Église, qui partait du chevet de l’église paroissiale de Saint-Martin, était si étroite, que les voitures n’y passaient pas, crépusculaire en plein midi, avec des façades lépreuses, un petit pavé moussu, empuanti par les eaux ménagères. Et la place des Capucins s’étendait au nord, sans un arbre, assombrie par la haute façade d’un ancien couvent, que s’étaient partagé des capucins, desservant la grande et belle chapelle, et des frères des Écoles chrétiennes, qui avaient installé une école très prospère dans les dépendances du couvent.

Un instant, Mme Duparque regarda ce coin désert, d’une paix cléricale, où ne passaient que des ombres dévotes, égayé seulement par les élèves des frères, à des intervalles réguliers. Lentement, une cloche sonnait dans l’air mort, et elle se retournait avec impatience, lorsque la porte s’ouvrit et que Geneviève entra.