Page:Zola - Vérité.djvu/9

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— Enfin ! dit la grand-mère. Déjeunons vite, voilà le premier coup qui sonne.

Blonde, grande et fine, avec des cheveux admirables et un visage de passion et de joie qu’elle tenait de son père, Geneviève riait de toutes ses dents blanches, gamine encore à vingt-deux ans. Mais, déjà, voyant qu’elle était seule, Mme Duparque se récriait.

— Comment, Marc n’est pas prêt !

— Il me suit, grand-mère, il descend avec Louise.

Et après avoir embrassé sa mère, silencieuse, elle dit son amusement de se retrouver, mariée, dans cette maison si calme de sa jeunesse. Ah ! cette place des Capucins, elle en connaissait chaque pavé, elle y saluait en vieilles amies les moindres touffes d’herbe ! Et, comme, pour être aimable et gagner du temps, elle s’extasiait devant la fenêtre, elle vit passer deux ombres noires, qu’elle reconnut.

— Tiens ! le père Philibin et le frère Fulgence, où vont-ils donc de si bonne heure ?

Deux religieux traversaient lentement la petite place, qu’ils semblaient emplir de l’ombre de leurs soutanes, sous le ciel bas et orageux. Le père Philibin, d’origine paysanne, aux épaules carrées, à la face épaisse et ronde, roux, avec de gros yeux, une bouche grande et des mâchoires solides, était à quarante ans, préfet des études au collège de Valmarie, le magnifique domaine que les jésuites possédaient dans les environs. De même âge, mais petit, noir et chafouin, le frère Fulgence était le supérieur des trois autres frères qui tenaient avec lui l’école chrétienne voisine. Et, fils naturel, disait-on, d’un médecin aliéniste mort dans une maison de fous et d’une servante, nerveux, irritable, cervelle brouillée et orgueilleuse, c’était lui qui parlait très haut, avec de grands gestes.

— Cette après-midi, expliqua Mme Duparque, on