« J’ai dit à mon désir : pense à te bien guider »

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Philippe Desportes

« J’ai dit à mon désir : pense à te bien guider »


II


J’ay dit à mon désir : pense à te bien guider,
Rien trop bas, ou trop haut, ne te face distraire.
Il ne m’écouta point, mais jeune et volontaire,
Par un nouveau sentier se voulut hasarder.

Je vey le ciel sur luy mille orages darder,
Je le vey traverser de flamme ardente et claire,

Se plaindre en trébuchant de son vol téméraire,
Que mon sage conseil n’avait sçeu retarder.

Après ton précipice, ô désir misérable !
Je t’ay fait dedans l’onde une tombe honorable
De ces pleurs que mes yeux font couler jour et nuit,

Et l’espérance aussi ta seur foible et dolante,
Après maints longs destours, se voit changée en plante,
Qui reverdit assez, mais n’a jamais de fruit.