« J’ai longtemps voyagé, courant toujours fortune »

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Philippe Desportes

« J’ai longtemps voyagé, courant toujours fortune »


LVIII



J’ai long-tans voyagé, courant tousjours fortune
Sur une mer de pleurs, à l’abandon des flots
De mille ardans soupirs et de mille sanglots,
Demeurant quinze mois sans voir soleil ny lune.

Je réclamois en vain la faveur de Neptune
Et des astres jumeaux, sourds à tous mes propos,
Car les vents dépitez, combattans sans repos,
Avoient juré ma mort sans espérance aucune.

Mon désir trop ardant, que jeunesse abusait,
Sans voile et sans timon la barque conduisoit,
Qui vaguoit incertaine au vouloir de l’orage.

Mais durant ce danger un écueil je trouvay,
Qui brisa ma nacelle, et moy je me sauvay,
À force de nager évitant le naufrage.