À bord et à terre/Chapitre 25

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À bord et à terre ou les Aventures de Miles Wallingford
Traduction par A. J. B. Defauconpret.
Furne, Gosselin (Œuvres, tome 22p. 313-327).


CHAPITRE XXV.


À mesure que la tempête augmente, ton cœur s’arme d’un triple airain, et tu cours à la côte pour voir le noble vaisseau de guerre s’élancer de vague en vague sur l’Océan, comme le chamois saute de colline en colline, jusqu’à ce qu’il disparaisse dans la vallée.
Allston.


Roger Talcot ne s’était pas endormi pendant mon absence. Clawbonny m’était si cher, que j’y étais resté plus longtemps que je ne me l’étais proposé d’abord ; et, en arrivant, je trouvai les écoutilles de l’Aurore fermées, l’équipage réuni ; il ne restait, en un mot, qu’à appareiller, c’est ce que je fis le jour même.

Plusieurs des matelots de la Crisis s’étaient embarqués de nouveau avec nous ; les pauvres diables avaient trouvé moyen de manger leur paie et leurs parts de prise en moins d’un mois ! Pour qui connaît l’imprévoyance ordinaire des marins, il n’y avait rien là de surprenant. Les États-Unis étant alors en paix avec toutes les puissances, Tripoli excepté, il n’était plus nécessaire que les bâtiments fussent armés. La fermentation soudaine causée par la brouille avec les Français s’était déjà calmée, et la marine militaire avait été réduite à un petit nombre de vaisseaux, construits régulièrement pour le service, tandis que le cadre des officiers avait été diminué des deux tiers. Ce n’était plus la guerre, c’était le commerce, qui allait être le but de tous nos efforts. J’avais à bord une seule pièce de six, quelques mousquets, une paire ou deux de pistolets, avec juste ce qu’il fallait de munitions pour apaiser une révolte, faire quelques signaux ou tuer quelques oiseaux de mer.

Nous mîmes à la voile le 3 juillet. Si, comme je l’ai dit, le port de New-York ne peut être comparé à la baie de Naples, pas plus qu’un canal de la Hollande à une rivière serpentant à travers de grands pâturages dans toute l’indépendance et toute la grâce de la nature, il y a pourtant des moments où il offre des traits dignes du pinceau. C’est dans un de ces instants heureux que l’Aurore leva l’ancre et se mit en route pour Bordeaux. La brise du sud était juste ce qu’il fallait pour nous permettre de gouverner le bâtiment, et nous profitâmes du reflux pour descendre le fleuve au milieu d’une flotte d’une quarantaine de voiles. C’étaient en grande partie des caboteurs ; il y avait pourtant une douzaine de brigs, partant pour des destinations différentes. Le peu d’air qu’il faisait semblait effleurer à peine la surface de l’eau, et la vaste étendue de la baie était aussi calme qu’un lac dans l’intérieur des terres par une belle matinée du printemps. Jamais je n’avais vu notre fleuve si animé : les mouvements variés des embarcations détruisaient la monotonie du paysage ; et elles étaient assez éloignées de la terre pour que la disproportion entre les mâts élevés et les rives si basses du fleuve fût moins choquante. Comme nous approchions de l’endroit où la baie se rétrécit, le vent augmenta, et les quarante voiles s’élançant à travers la passe, serrées les unes contre les autres, produisirent un effet semblable à celui du final d’une ouverture. La beauté de la matinée, le calme du paysage, les circonstances favorables dans lesquelles commençait mon voyage, au point de vue commercial, tout contribua à me faire oublier pour le moment mes chagrins personnels, pour jouir du spectacle que j’avais sous les yeux.

J’aurais voulu n’avoir point de passagers. Il me semblait que c’était porter atteinte à la dignité de ma profession, et me réduire au niveau des aubergistes et des logeurs de profession. Je voulais commander un bâtiment, et non prendre des hôtes qu’on est obligé de traiter avec de certains égards, et qui, dans un sens, sont vos supérieurs. Cependant il y aurait eu de la dureté et une sorte d’inhospitalier à refuser un homme respectable qui pouvait ne pas trouver une autre occasion avant un mois, et qui avait un besoin pressant de partir. Ce fut ce qui m’arriva. Mes anciens armateurs m’amenèrent un M. Brigham, Wallace Mortimer Brigham pour lui donner tous ses noms, qui voulait aller en France avec sa femme et sa belle-sœur, pour passer de là en Italie, à cause de la santé de sa femme, qu’il croyait sensiblement altérée. C’était une famille de l’est, tout imbue de la vieille erreur des Américains, que le midi de la France et de l’Italie était un séjour beaucoup plus favorable à la santé que notre propre pays. C’était une de ces idées provinciales de l’époque qui nous étaient implantées par suite de notre état de dépendance comme colonie. Sans doute, c’est un état d’existence par lequel un peuple doit passer tout aussi nécessairement qu’un homme par l’enfance et par l’adolescence ; mais, comme disait lady Marie Wortley Montagu à son amie lady Rich : « Je vous accorde très-volontiers, ma chère, que c’est une belle chose d’avoir toujours quinze ans ; tout le monde en conviendra, c’est à merveille ; mais en vérité, en vérité, où est la nécessité d’avoir cinq ans ? »

Enfin, il me fallut prendre ces passagers, et nous n’étions pas sortis de la baie que j’avais déjà eu un échantillon de leurs caractères. C’était un commérage continuel et du plus bas aloi. Ils n’étaient jamais plus heureux qu’en parlant des affaires secrètes de leur prochain ; et comme il arrive toujours en pareil cas, les neuf dixièmes de leurs allégations ne reposaient que sur des conjectures plus ou moins hasardées, des bruits dont ils ne connaissaient pas même la source, et qu’ils ne s’étaient même pas donné la peine de vérifier. Leurs propos avaient aussi cela de particulier, qu’ils ne roulaient que sur des personnes de considération, avec lesquelles ils semblaient ainsi être intimes ; ne faisant pas attention que s’occuper des affaires des autres et les commenter continuellement, c’est avouer son infériorité ; car nous ne nous mêlons pas avec cet intérêt opiniâtre de ce qui se passe au-dessous de nous sur l’échelle sociale. Au train dont va le monde, il faut compter, pour la suppression de ce travers, beaucoup moins sur les principes que sur les bonnes manières. J’ai remarqué que les personnes de bon ton, qui se respectent, en sont généralement exemptes, tandis que j’ai connu quelques ardents professeurs de morale qu’on pourrait citer comme le beau idéal de la médisance.

Mes passagers, comme je le disais, ne tardèrent pas à se faire connaître. Les dames se nommaient Sarah et Jane ; et grâce à elles et à Wallace Mortimer, que d’intérieurs de familles me furent révélés, avec plus ou moins d’exactitude ! Je me rappelle encore la première scène de l’acte premier de cette comédie, qui se prolongea pendant toute la traversée sans autre interruption qu’un tout petit entracte de quelques jours, que nous dûmes au mal de mer.

— Wallace, dit Sarah, ne nous avez-vous pas dit que John Viner avait refusé de prêter vingt mille dollars à son gendre pour le tirer d’embarras, et que celui-ci avait dû faire faillite par suite de ce refus ?

— Sans doute. On ne parlait que de cela hier dans Wall Street, et tout le monde le croit. — Cette nouvelle était tout aussi vraie que les mille bruits qui ont tué si souvent le général Jackson depuis vingt ans. — Oui, personne n’en doute ; mais tous les Viner sont ainsi faits. Dieu merci, dans notre partie du monde, chacun sait ce qu’il faut penser des Viner.

— Cela ne m’étonne pas, reprit Jane. J’ai entendu dire que le père de ce John Viner avait couru une fois à toutes jambes d’un bout de Boston à l’autre, pour échapper à un créancier de ce même fils, qui est aussi des malheurs dans sa jeunesse.

— L’histoire doit être vraie en partie, riposta Wallace, quoique sur un point elle ne soit pas tout à fait exacte ; en ce que ce John n’avait qu’une jambe, et que par conséquent il ne pouvait être question pour lui de courir.

— Alors, c’était sans doute son cheval qui courait pour lui, ajouta Jane sans se déconcerter. Il faut bien que quelque chose ait couru ; autrement où aurait-on été chercher cette histoire ?

Je me trouvais connaître les Viner, et j’étais certain qu’il n’y avait pas un mot de vrai dans l’histoire des vingt mille dollars ; car j’avais appris toutes les circonstances de la faillite de la bouche d’un de mes anciens armateurs, qui était lui-même créancier pour une somme considérable.

— Êtes-vous bien sûr, dis-je pour rétablir les faits, que la faillite de John Viner et Cie tienne à la circonstance dont vous parlez, monsieur Brigham ?

— Si j’en suis sûr ? mais assez ; je suis à portée de connaître leurs affaires, et je ne crois pas m’avancer trop en le disant.

Être à portée de connaître leurs affaires voulait dire qu’il demeurait dans un rayon de vingt ou trente milles de ceux qui connaissaient les affaires de la maison en question, et qu’il pouvait par conséquent recueillir quelques bribes des propos échappés à des créanciers mécontents. Que ce travers est fréquent chez nous ! on vit assez près l’un de l’autre pour sentir l’influence de tout ce que peuvent engendrer l’envie, la malignité, le désir de nuire, et on croit connaître ainsi des personnes à qui on n’a jamais parlé. La moitié des bruits qui circulent dans le pays ne proviennent pas d’une source plus respectable. Quand donc les hommes apprendront-ils à se tenir en garde contre de pareils propos, assurés d’avance que le bruit qui circule contre telle ou telle personne est presque toujours faux, et n’est jamais complètement vrai ! Mais revenons à mes passagers.

Ils continuèrent à passer en revue toutes les personnes et toutes les familles dont le nom se présenta à leur souvenir, quoiqu’ils parussent ne rien s’apprendre mutuellement, et j’avais pris ce parti de ne plus les écouter, quand le nom de mistress Bradfort frappa mon oreille.

— Le docteur Hosack pense qu’elle ne peut vivre longtemps, à ce que j’ai entendu dire, s’écria Jane, tout enchantée de pouvoir tuer quelqu’un, pourvu qu’elle y trouvât matière à médisance ; sa maladie est un cancer ; c’est une chose décidée, et elle a fait son testament mardi dernier.

— Seulement mardi dernier ! s’écria Sarah, toute surprise. J’avais entendu dire qu’il y avait un an qu’elle l’avait fait, et qu’elle laissait tous ses biens au jeune Rupert Hardinge, dans l’espoir, pensaient quelques personnes, qu’il l’épouserait.

— Comment cela pouvait-il être, ma chère ? demanda le mari ; et quel avantage pouvait-elle avoir à donner ses biens à son époux ?

— Mais est-ce qu’il n’y en aurait pas eu légalement ? je ne sais pas exactement comment cela aurait pu se faire ; car je ne me connais guère en ces sortes de choses ; mais une femme doit avoir intérêt à nommer son héritier la personne qu’elle va épouser. N’a-t-elle pas le tiers de tous les biens de son mari ?

— Mais, mistress Brigham, dis-je en souriant, est-il bien certain d’abord que mistress Bradfort désire épouser Rupert Hardinge ?

— Je ne connais pas assez intimement les parties intéressées pour pouvoir prononcer avec une entière assurance, capitaine ; cependant…

— Allons, ma chère Sarah, dit Jane en intervenant, vous vous faites par trop ignorante. Vous savez combien nous sommes intimes avec les Green, et ils sont au mieux avec les Winter, qui sont voisins de porte de mistress Bradfort. Je ne vois pas comment on pourrait être plus à portée de bien connaître les faits.

Le hasard voulait que j’eusse appris par Grace qu’une vieille personne assez maussade, du nom de Green, demeurait porte à porte avec mistres Bradfort ; mais que ces dames ne se voyaient pas, parce qu’elles fréquentaient des sociétés toutes différentes. Mais les Brighams qui étaient de Salem, petite ville du Massachusets, ne comprenaient pas qu’on pût demeurer porte à porte dans une grande ville, pendant des mois, et même pendant des années, sans même savoir le nom les uns des autres. Il ne serait pas facile d’inculquer cette vérité, pourtant si banale, à l’habitant d’une de nos villes de province, qui est habitué à regarder la vie privée de son voisin comme son bien à lui, sa propriété personnelle, et à s’immiscer par conséquent dans toutes ses affaires.

— Sans doute que personne n’est plus à portée que nous de savoir ce qui se passe à New-York, dit la femme ; cependant, après tout, on peut se tromper. J’ai entendu dire qu’il y a un vieux M. Hardinge, qui est ministre, et qui serait un beaucoup meilleur parti pour la dame que son fils. Au surplus, tout cela importe peu maintenant, puisque mistress Bradfort n’a plus longtemps à vivre. Je le tiens de mistress John Foote, qui le tenait du docteur Hosack, qui lui avait donné tous les détails de la maladie.

— Je n’aurais jamais cru qu’un médecin aussi distingué que le docteur Hosack pût trahir ainsi les secrets de ses malades, dis-je avec un peu d’aigreur.

— Aussi n’en a-t-il rien fait, reprit vivement Sarah ; il est malin comme un renard, mais il avait affaire à fine mouche, et mistress Foote a su lui tirer les vers du nez sans qu’il s’en doutât, en procédant par négations.

— Comment, par négations ? je ne comprends pas.

— Sans doute, ajouta la matrone avec ce sourire de complaisance qui dénote le sentiment d’une certaine supériorité intellectuelle. Avec un peu d’habitude, on peut s’assurer d’un fait par négation aussi bien que par affirmation. Le tout est de savoir s’y prendre.

— Ainsi, c’est par négation seulement qu’on a constaté la maladie de mistress Bradfort.

— Assurément ; mais que faut-il de plus ? dit le mari. Quant à son testament, je suis aussi sûr qu’elle l’a fait la semaine dernière que de mon existence. Je le tiens d’un ami intime.

Ainsi donc, voilà des étrangers qui n’avaient passé qu’une nuit à New-York, pour chercher un bâtiment, et qui en savaient plus sur une famille que les membres mêmes qui la composaient ! Mais nous n’étions pas au bout.

— Je suppose que miss Lucie Hardinge gagnera quelque chose à la mort de mistress Bradfort, reprit miss Jane, et qu’elle et M. André Drewett se marieront aussitôt que les convenances le permettront.

Il y avait là de quoi donner sérieusement à penser, dans la disposition d’esprit où je me trouvais. Les noms étaient exacts ; quelques uns des incidents, sinon vrais, du moins probables ; et cependant comment des étrangers pouvaient-ils être si bien instruits ? Le commérage, avec toutes ses inventions, tous ses artifices, tous ses mensonges, toutes ses cruautés, a-t-il donc tant d’avantages sur les relations les plus intimes des honnêtes gens entre eux, qu’il finit par découvrir des faits qui échappent à des témoins oculaires, même lorsque ceux-ci ont le plus grand intérêt à ne pas se laisser tromper ? Il m’avait suffi d’entendre prononcer le nom de mistress Greene, pour être convaincu que ce n’était pas la meilleure société de New-York que mes passagers avaient pu voir ; et que, par conséquent, leurs renseignements n’étaient pas puisés à la meilleure source ; et cependant comment avaient-ils pu être informés de l’attachement de Drewett pour Lucie ?

Je me sentis plus malheureux que jamais. Je méprisais ces gens-là. Rien n’était plus facile ; mais il n’était pas aussi aisé d’oublier tout ce qu’ils disaient. Ce qui fait que les personnes qui parlent à tort et à travers sont un si grand fléau ; c’est qu’on ne sait jamais ce qu’on doit croire, ou ne pas croire. Malgré tout mon dégoût, et ma ferme détermination de ne point leur fournir de nouveaux sujets de commérage, j’eus beaucoup de peine à me soustraire à leurs questions sans fin. Je suis sûr qu’ils ne tirèrent rien de moi par voie d’affirmation ; mais je crains bien qu’ils n’aient été plus heureux par celle de la négation. Ces sortes de gens sont si infatigables, qu’à la longue ils vous prennent toujours en défaut. Ainsi ils finirent par découvrir que M. Hardinge était mon tuteur, que Rupert et moi cous avions passé notre enfance ensemble, et que Lucie demeurait chez moi au moment de mon départ. Ces premiers renseignements ne firent qu’allumer leur désir d’en savoir davantage, et je fus circonvenu de toutes les manières ; mais je me retranchai si bien dans le système négatif, que mes inquisiteurs finirent par me laisser tranquille. Je reconnus bientôt qu’ils n’avaient fait que changer de batterie, et qu’ils avaient entrepris Neb, pour se mettre au courant de mes affaires. Après cela, je présume que mes lecteurs seront peu curieux d’en apprendre davantage relativement à ces personnages, qui n’eurent de rapport avec ma vie que par les inquiétudes qu’ils firent revivre dans mon esprit sur l’état des affections de Lucie ; ils réussirent à cet égard, et je fus obligé de me soumettre à leur puissance : — nous sommes tous, plus ou moins, les dupes des sots et des fripons.

J’ai anticipé un peu sur les événements, pour en finir avec les Brigham ; enfin, comme je l’ai déjà dit, favorisée par la brise, l’Aurore franchit la barre vers deux heures, et, avant le coucher du soleil, j’étais de nouveau en pleine mer.

C’était l’époque où le commerce des États-Unis était dans toute sa prospérité. L’énergie montrée par la jeune république dans ses démêlés avec la France, lui avait assuré quelque respect, quoique les tendances supposées de la nouvelle administration fussent de nature à lui faire perdre le bon vouloir de l’Angleterre. Toutefois, cette puissante nation avait fait, au mois de mars précédent, un simulacre de paix avec la France, et la grande route des nations était ouverte pour le moment à tous les pavillons indistinctement. Je n’avais donc rien à appréhender, au-delà des dangers ordinaires de l’Océan ; pour ceux-là, j’y étais préparé par une expérience de plusieurs années passées presque constamment à bord, et pendant lesquelles j’avais fait le tour de la terre.

J’étais charmé de mon bâtiment, qui était encore meilleur voilier que je ne l’avais espéré. Les dix premiers jours de notre traversée furent des plus heureux, et alors nous étions déjà au milieu de l’Océan. Je n’eus, pendant ce temps, d’autre sujet d’ennui que les éternels cancans de mes passagers. Bon gré, mal gré, il m’avait fallu apprendre les noms de la plupart des personnages marquants de Salem, et bon nombre de particularités sur leur histoire, et j’aurais vécu un an au milieu d’eux, que je ne les aurais pas mieux connus. Je commençai à me demander pourquoi cette démangeaison furibonde de la parole existait à un plus haut degré dans cette partie du monde que partout ailleurs. Il n’y avait rien de neuf dans cette disposition des habitants des petites villes au commérage, et on en retrouvait parfois des traces, même dans de grandes cités, surtout lorsqu’elles n’avaient point le ton d’une capitale. Lady Marie Wortley Montagu et Horace Walpole ont écrit aussi de ces commérages, mais avec esprit, comme il en circule parfois dans quelque cercle de Londres et de Paris ; mais ici ce que j’étais condamné à écouter n’était autre chose qu’un bavardage vulgaire, sot, impertinent, de gens qui voulaient s’immiscer à tort et à travers dans les affaires de personnes haut placées qu’ils voulaient affecter de connaître Sans doute, à Clawbonny, nous avions aussi nos petits commérages, mais sans trop nous écarter de la vérité, et surtout sans chercher à percer ces secrets intimes que nous n’avons pas le droit de violer. Mes passagers, au contraire, ne connaissaient ni règles, ni limites. Comme certain éditeur d’un journal de ma connaissance, qui semble croire que toutes les choses de la terre et du ciel n’ont été créées que pour lui fournir matière à paragraphes, ils paraissaient penser que toutes les personnes de leur connaissance n’existaient que pour leur fournir matière à conversation. Il faut cependant qu’il y ait quelque motif particulier pour un pareil espionnage, et voici l’explication que j’en ai trouvée à la fin. J’avais entendu dire que, parmi les Puritains, le gouvernement de l’église descendait dans tous les détails de la vie ; que c’était une partie de leurs devoirs religieux de s’observer les uns les autres, et de servir Dieu en démasquant le vice. C’est une terrible tentation offerte à ceux qui aiment naturellement à se meubler la tête des faits et gestes du voisinage ; et à quoi bon prendre une cargaison de marchandises, comme nous disons à bord, si ce n’est pour la débiter ensuite ? Puis viennent les institutions, ces élections qui ne finissent jamais, et ce prétendu droit des électeurs de faire des questions sur toute chose ; et enfin, pour couronner l’œuvre, les journaux, qui s’arrogent le pouvoir de pénétrer dans l’intérieur de la maison, que dis-je ? dans le cœur même de l’individu, pour en dévoiler tous les secrets. Faudrait-il s’étonner, après cela, si nous devenions un jour une nation de cancaniers ? Quant à mes passagers, Neb, lui-même, ne tarda pas à en avoir assez.

Fut-ce en punition d’avoir à bord une pareille engeance, ou par quelque autre cause ? ce qui est certain, c’est que, lorsque nous venions d’épuiser Salem, et que nous commencions à mordre à belles dents dans la bonne ville de Boston, le temps changea. Le vent commença à souffler par bouffées, tantôt d’un point de l’horizon, tantôt de l’autre, et il nous fallut diminuer beaucoup de voiles, pour ne pas être pris au dépourvu ; enfin, ces fantaisies capricieuses des éléments se terminèrent par un coup de vent terrible, tel que j’en ai rarement vu. C’est une grande erreur de supposer que les plus gros temps arrivent dans les mois d’automne, de printemps ou d’hiver ; les plus forts coup de vent que j’aie essuyés ont presque toujours eu lieu en plein été. C’est la saison des ouragans ; et, hors des tropiques, je crois que c’est aussi celle des coups de vent. Il est vrai que ces coups de vent ne reviennent pas annuellement ; mais, quand ils sévissent sur les mers, c’est toujours dans les mois de juillet, d’août ou de septembre.

Le vent commença à souffler du sud-ouest pendant plusieurs heures, nous faisant fuir devant lui à raison de onze nœuds. Comme la mer s’éleva, et que notre voilure fut encore réduite, notre marche se ralentit peut-être un peu ; mais nous n’avions pas fait moins de cent milles dans les dix premières heures ; le temps était clair, doux, sans nuage, et il n’y avait rien de désagréable à sentir les rapides courants d’air qui passaient sur nos têtes en tourbillonnant. Au coucher du soleil, l’aspect de l’horizon ne me plut pas, et nous ne laissâmes que les trois huniers avec un ris pris, la misaine et le petit foc. C’était une faible voilure, pour un bâtiment qui avait le vent presque au-dessous de ses lisses de couronnement. À neuf heures, on prit les seconds ris, et à dix, on serra le perroquet de fougue. Je descendis alors dans la chambre, regardant le navire comme en sûreté, et recommandant aux lieutenants de diminuer encore de voiles, si le bâtiment leur paraissait tourmenté par les lames ou la mâture en danger, et de m’appeler à la moindre alerte. On me laissa tranquille toute la nuit, mais le matin Talcott vint me mettre la main sur l’épaule en me disant : Vous ferez bien de monter, commandant, nous avons un grain, et je voudrais avoir votre avis.

C’était un grain, en effet, et des plus violents. Quand j’arrivai sur le pont, l’Aurore n’avait que la misaine, et le petit hunier avec tous ses ris pris, voilure qu’on peut porter longtemps, quand on court devant le temps, mais qui était beaucoup trop pour nous dans la circonstance. Je donnai sur-le-champ l’ordre de serrer le hunier. Malgré le peu de surface qui était exposé, la prise offerte par ce peu de toile, dès que les cargues-points furent mollis assez pour lui donner du jeu, ébranlèrent jusqu’à la quille du navire. Ce fut un miracle que le mât résista, et que nous pûmes rouler la toile ; je crus un moment que nous ne pourrions la détacher de la vergue qu’en la coupant. Heureusement le temps était clair et serein, comme le jour précédent.

Les matelots qui étaient dans les mâts firent plusieurs tentatives pour héler le pont, mais le vent soufflait avec trop de force pour qu’ils pussent se faire entendre. Talcott était monté lui-même sur la vergue, et je le voyais gesticuler, comme pour montrer qu’il voyait quelque chose à l’avant. Les vagues s’élevaient si haut qu’elles nous masquaient l’horizon ; mais en montant dans les agrès de l’artimon, j’entrevis les mâts d’un bâtiment à l’est du nôtre, et tout à fait dans notre direction. Il était à sec de voiles, courant devant nous le plus droit qu’il lui était possible, mais faisant d’affreuses embardées ; tantôt venant en travers sur bâbord, en courant risque d’être jeté sur le côté ; tantôt s’élançant à bâbord, de telle sorte que sa mâture semblait s’abaisser sur nous. Je n’aperçus sa coque qu’une seule fois, dans un instant où il s’éleva sur une vergue en même temps que l’Aurore, et je crus qu’il allait être lancé dans les airs, quoique ce fût un navire au moins aussi grand que le nôtre. Il était évident que nous nous en approchions rapidement, bien que les navires fissent même route.

L’Aurore gouvernait merveilleusement, ce qui est une très-grande qualité pour un bâtiment dans la position où nous étions. Nous n’avions qu’un seul homme au gouvernail, et il suffisait pour le diriger. Je pouvais voir qu’il n’en était pas de même du navire qui était devant nous, et je m’imaginai qu’il s’était mépris en carguant toutes les voiles. Talcott et les matelots qui étaient dans les mâts n’étaient pas encore descendus, que nous reçûmes un avertissement que nous ferions bien d’imiter la prudence du bâtiment inconnu. Quoique l’Aurore gouvernât si bien, aucun navire ne peut suivre constamment une ligne droite en courant devant le vent par une grosse mer ; tantôt les voiles s’élancent précipitamment devant vous, tantôt elles semblent s’arrêter, comme pour vous permettre de les rejoindre. Quand un bâtiment est soulevé à l’arrière par un de ces torrents impétueux, la barre perd un peu de sa puissance, et l’on dirait que la partie de la vaste machine qui, la première, reçoit la secousse, va changer de place entre les bossiers ; le bâtiment était entraîné par la lame, de manière à mettre le commandant dans un grand embarras. C’est ce qui arrive au navire le plus sensible au gouvernail, et c’est toujours une source de danger par les très-gros temps, pour ceux qui courent devant le vent. Le mérite de l’Aurore était de rentrer promptement sous l’obéissance, et de ne résister presque jamais à la barre, comme le font trop souvent les navires volages. Il y a maintenant, dans la marine militaire, une corvette, qu’il est difficile de diriger à travers une passe étroite par un grand vent, par rapport à ses fortes embardées, parce qu’elle a un penchant à tourner la tête, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, comme un cheval en gaieté qui secoue sa bride.

L’Aurore portait encore son petit foc, morceau de toile triangulaire, très-utile, en ce que, partant de l’extrémité du beaupré, vers la tête du petit mât de hune, elle l’empêchait d’être engagée, ou de de serrer le vent de si près qu’on a à craindre alors que la lame contrariée ne se redresse et n’inonde le pont ; il ne faut pas être marin pour comprendre que c’est un des plus grands dangers que l’on puisse courir en mer dans un très-gros temps. Quand un navire vient en travers à la mer, ou qu’il se lève de manière à présenter le travers au vent, comme s’il était à la cape, c’est toujours ce péril qui est à craindre. Un autre danger, qui pour être plus prévu exige que l’on connaisse toute la puissance de l’Océan une fois excité, provient de l’impétueuse rapidité des vagues, qui s’élancent encore plus vite que le navire qui fuit devant la tempête, le rejoignent, l’abordent par l’arrière, et vomissent sur le pont leur déluge écumant. Si le bateau à vapeur le Président s’est perdu, j’ai toujours pensé que c’était à la première de ces deux causes qu’il fallait l’attribuer ; elle prouverait ma petite théorie en peu de mots.

Il est certain que, sauf le risque du feu, les bateaux à vapeur bien construits, courent moins de danger que les navires ordinaires, excepté par les très-gros temps. Ils peuvent lutter avec succès contre une simple bourrasque ; mais c’est une malheureuse conséquence de leur construction, qu’à mesure que le danger augmente, leur force de résistance diminue dans la même proportion. Quand la lame est très-grosse, on peut se hasarder à forcer la vapeur, puisqu’une roue peut se trouver presque entièrement hors de l’eau, pendant que l’autre est submergée, et que la machine pourrait se trouver compromise. D’un autre côté, l’extrême longueur de ces bâtiments rend difficile de les présenter debout au vent ou à la lame, la plus sûre de toutes les positions pour un navire dans les mauvais temps, quoiqu’elle l’expose en outre au danger de voir la lame l’aborder par le travers, pendant qu’il court devant elle. En un mot, je crois qu’il est très-difficile, par un très-gros temps, de maintenir un bateau à vapeur hors du creux des lames ; et, plus il est long, moins il y peut rester, sans courir les plus grands dangers ; toutefois cela est vrai des bateaux à vapeur dont la roue est placée suivant l’ancien système ; la vis d’Erricson et les roues submergées de Hunter ont fait des bateaux à vapeur, dans mon humble opinion, les bâtiments les plus sûrs du monde.

Plus d’une fois les vagues se précipitèrent sur le pont de l’Aurore, et alors, comme tout autre embarcation, elle s’élançait d’un bord sur l’autre, ou plutôt son arrière se précipitait en avant comme pour devancer les bossoirs. Dans ces occasions, le bruit fait par le petit foc, qui se tendait tout à coup, ressemblait aux détonations d’un petit canon. Il en était de même de la voile d’artimon, qui, abritée un moment, quand le bâtiment entrait dans le creux de la lame, s’enflaient avec un bruit semblable à celui que feraient mille couvertures lançant en l’air, au même instant, autant de Sancho Pança. Jusqu’alors la toile et son gréement avaient soutenu ces rudes assauts admirablement bien ; mais, au moment où Talcott redescendait avec ses hommes, l’Aurore fit une de ses brusques embardées ; le foc se gonfla avec un bruit terrible, et il s’envola sous le vent, arraché de la ralingue, comme s’il eût été coupé avec des ciseaux. Devenu le jouet de la tempête, la voile, au grand amusement de Talcott, fut poussée en avant pendant un quart de mille, jusqu’à ce que, tournant sur elle-même, comme un cerf-volant qui a perdu sa queue, elle vînt tomber dans l’eau ; Talcott cessa de rire alors. Je n’aimais pas non plus les gonflements terribles de la voile d’artimon qui ne se détendait un moment que pour s’enfler de plus belle, et qui menaçait à chaque instant de briser toutes les ralingues.

— Il faut serrer cette voile, monsieur Talcott, lui dis-je, ou nous perdrons quelque chose. Je vois que le navire qui est devant nous est à sec de voiles, et il est grand temps d’en faire autant. S’il ne m’en coûtait pas de perdre un pareil vent, il serait plus prudent de mettre en panne. Mettez sur-le-champ du monde aux cargues-fonds et aux cargues-points, et attendez un moment favorable.

Nous avions conservé longtemps notre voilure ; c’est un défaut de jeune home. Toutefois, comme j’étais déterminé à diminuer de voiles, nous nous y préparâmes tout de bon, et avec toutes les précautions exigées par les circonstances. Tous les hommes qu’on pût épargner furent placés aux cargues-fonds et aux cargues-points, avec ordre de faire de leur mieux au signal donné. Le premier lieutenant se mit à l’amure et le second à l’écoute ; je devais serrer moi-même la voile. J’attendis que nous fussions dans le creux de la lame, et alors, au moment où l’Aurore était ensevelie entre deux montagnes d’eau, quand il était impossible de voir à cent verges autour de soi dans aucune direction, et que la voile fouettait le mât, je donnai le signal d’usage ; chacun se mit à haler, comme s’il y allait de sa vie, et nous avions réussi à guinder assez bien les cargues-points, quand le navire sortit de l’abîme pour se présenter à la tempête, et la reçut avec toute sa furie dans la voile qui s’était tendue tout à coup. Tout s’envola en un instant comme une toile d’araignée, il ne restait que des lambeaux. Cet accident me mortifia, en même temps qu’il m’inquiétait, car l’autre bâtiment avait pu voir tout ce qui était arrivé.

Mais il fallait mettre tout orgueil de côté, et songer à pourvoir à la sûreté du navire. Le vent avait toujours augmenté de violence ; les morceaux de voile qui restaient attachés à la vergue, ainsi que les poulies, étaient secoués de côté et d’autre, de manière à menacer la vie de ceux qui en approchaient. C’était seulement dans les intervalles où l’Aurore s’abîmait dans le creux des lames ; car, lorsqu’elle était soumise à toute l’influence de la bourrasque, jamais flamme ne flotta plus régulièrement sur un mât que ces pesants lambeaux sur la vergue de misaine. Il était urgent de s’en débarrasser, et Talcott venait de s’offrir pour monter sur la vergue, à cet effet, quand Neb s’élança, sans ordre, sur les agrès, et fut bientôt hors de la portée de la voix. Le Nègre intrépide courut plus d’un danger, et il faillit recevoir sur la tête les poulies d’écoutes ; mais il réussit à tout détacher, et à ne laisser sur le mât que la ralingue de la tilière ; il est vrai qu’il ne fallait pas de grands efforts, les fils de la toile semblant se présenter d’eux-mêmes au couteau.

Dès que l’Aurore fut à sec, quoiqu’il lui en eût coûté deux de ses voiles, j’eus le loisir de regarder l’autre bâtiment ; il était à plus d’un demi-mille en avant, faisant de terribles embardées, et plongeant jusqu’à fleur d’eau l’extrémité de ses basses vergues. Quand je fus plus près, et que je le vis mieux, je reconnus que c’était un bâtiment anglais, frété pour les Indes-Occidentales. Il me parut pesamment chargé, autant que j’en pouvais juger, car tantôt sa quille semblait ensevelie dans les ondes, et tantôt le cuivre dont il était recouvert brillait au soleil, comme le vase étincelant que frotte avec soin lai bonne ménagère.

Maintenant que l’Aurore n’avait plus de voiles, elle ne courait pas aussi vite qu’auparavant ; elle gagnait cependant l’autre navire, mais il lui fallait une heure pour n’en être plus qu’à une encâblure. Nous vîmes alors de près de quelle manière les éléments peuvent se jouer d’une masse de bois et de fer, telle qu’un navire, quand ils entrent en fureur. Il y avait des instants où je voyais presque la moitié de la quille du bâtiment, quand il montait couvert d’écume sur la crête d’une vague, comme pour s’élancer vers les cieux, puis tout à coup il s’enfonçait à une telle profondeur, que c’était à peine si on voyait ses hunes. Quand les deux navires s’abîmaient en même temps, nous n’apercevions plus notre voisin, quoiqu’il fût si près. En reparaissant à la surface, après un de ces plongeons effrayants, nous le vîmes tout à coup à notre grande frayeur, embardant directement sur nous, et à environ cinquante brasses de distance. C’était à peu près à cette distance que je comptais passer, bien loin de m’attendre à trouver l’autre bâtiment si complètement sur ma route. Deux voitures, lancées en sens contraire, au galop furieux de coursiers emportés, n’auraient pas présenté, à beaucoup près, un spectacle aussi effrayant que celui que nous avions alors devant les yeux.

L’Aurore plongeait en avant avec une violence à tout briser, si elle eût rencontré le moindre obstacle, et elle s’écartait assez pour rendre le passage périlleux ; mais l’autre navire empira encore la situation. Quand je le vis à une si dangereuse proximité, il offrait presque son travers à la lame, et il sautait sur le sommet d’une montagne d’écume, en passant sous notre avant. L’instant d’après, il fit une nouvelle embardée vent arrière, et je pouvais distinguer ses hunes droit devant nous. Il s’était lancé à bâbord ; j’avais eu l’intention de le passer de ce côté ; mais, voyant qu’il gouvernait si mal, je crus plus sage de prendre la direction opposée. Aussi vite que les mots pouvaient être prononcés, je criai de mettre la barre à bâbord. Le commandement fut exécuté ; mais, au moment où l’Aurore obéissait à cette nouvelle influence, l’autre bâtiment en fit autant, et nous gouvernâmes tous deux à tribord précisément au même instant. Je n’eus que le temps de crier de mettre la barre toute à tribord ; une minute de plus, et nous tombions tête baissée sur le navire anglais. Même alors nous ne pouvions voir sa quille que par intervalles ; mais la proximité effrayante de ses mâts dénotait toute l’étendue du danger. Par bonheur, le hasard nous fit prendre des directions contraires ; autrement, notre perte commune était certaine. Mais autre chose était, par une mer aussi furieuse, de choisir une route, autre chose de la suivre. Au moment où nous nous élevions sur la dernière lame, qui nous séparait l’un de l’autre, l’Anglais était presque devant nous ; je vis que ce serait à peine si nous plongerions sa hanche de bâbord. Notre barre étant déjà toute à tribord, il n’y avait plus rien à faire ; s’il faisait un nouvel écart à bâbord, nous le coupions infailliblement en deux. Comme je l’ai dit, il avait mis sa barre à bâbord, mais lentement, et avec une espèce de répugnance. Il s’écarta un peu ; alors nous avançâmes, et, si le roulis ne nous eût pas fait incliner chacun d’un côté opposé, nos agrès se seraient mêlés. Au moment où les deux bâtiments étaient entraînés en sens contraire, lorsqu’ils n’étaient pas à cent pieds de distance, un cri de Talcott me fit courir au couronnement ; et qui vis-je debout sur la poupe de l’antre navire, agitant son chapeau ? notre ami Moïse Marbre !