À propos de l’Assommoir/Un incident. — La première de l’Assommoir

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IV

UN INCIDENT. — LA PREMIÈRE DE L’ASSOMMOIR


Malgré tant d’efforts, on pouvait craindre un échec. — Les inquiétudes redoublèrent lors d’un incident qui a soulevé mille querelles, et dont je dois dire quelques mots.

Depuis quelques années, M. Zola envoie chaque mois un article littéraire à une revue russe, le Messager de l’Europe ; il y traite diverses questions littéraires. Dans un des derniers numéros, il publia une étude sur le roman français, dans laquelle il exprima ses opinions avec la franchise qui lui est habituelle. Cet article fut remarqué par le correspondant parisien d’une revue suisse la Bibliothèque universelle, qui en donna une analyse et en traduisit quelques passages. Cela excita un vrai scandale. Au lieu de regarder M. Zola comme un homme qui a des opinions et les défend, on le montra du doigt comme un calomniateur et un envieux. Les uns attribuaient ses jugements sévères à une vile jalousie ; d’autres, à un intérêt de spéculateur du plus bas étage ; personne ne soupçonna qu’il pût être sincère.

On crut remarquer qu’il ne faisait grâce qu’aux romans édités par M. Georges Charpentier, et on l’accusa d’avoir fait une réclame. Pourtant, le fait pouvait s’expliquer autrement. On sait que le groupe d’écrivains dit naturaliste (puisqu’il faut employer ce mot) se réunit chez M. Flaubert, que tous professent plus ou moins les mêmes idées. On aurait pu penser que M. Zola défendait les œuvres et les théories de ses amis littéraires plus encore que les intérêts de son éditeur : car enfin, il ne pouvait logiquement pas prendre le parti des auteurs qui professent des théories directement opposées aux siennes, qui d’ailleurs ont tous des organes pour se défendre quand on les attaque, et, le cas échéant pour attaquer eux-mêmes. Mais on se garda bien de poser cette alternative. On ne voulait pas non plus remarquer que tous les romanciers cités avec éloges par M. Zola n’ont pas des volumes chez M. Charpentier :

M. Alphonse Daudet en a plusieurs chez Dentu qui publiera aussi la Reine Frédérique, après qu’elle aura paru comme feuilleton dans le Temps.

M. Duranty, qui n’est guère connu, et auquel M. Zola accorde pourtant de grands éloges, a fait paraître tous ses romans chez le même éditeur, et n’en a aucun chez Charpentier.

M. Flaubert a été fort longtemps imprimé chez Michel Lévy ; ce n’est qu’à la suite d’une vive altercation avec lui qu’il l’a quitté.

Enfin, M. de Goncourt, — comme M. Zola lui-même, — a été édité par la maison Lacroix, jusqu’au moment de sa liquidation : M. Charpentier a pris la peine d’aller le chercher lui-même, comme il avait été chercher M. Zola.

Les idées que M. Zola défend depuis trois ans dans le Bien public, dans le Voltaire et dans le Messager de l’Europe ne lui sont, d’ailleurs, pas particulières : ce sont celles que professe tout le groupe auquel il appartient ; probablement que M. Flaubert et M. de Goncourt les défendraient avec la même vigueur s’ils faisaient du journalisme : M. Zola, le seul du groupe, se trouve placé dans la critique militante ; par ce fait même, il est appelé à défendre les théories qu’on lui connaît ; il le fait avec d’autant plus de vigueur qu’il se sent appuyé par le suffrage et par les opinions des hommes dont il estime le plus le goût et le talent.

Ses critiques littéraires sur le roman, qui ont paru dans le Messager de l’Europe, et ses articles du Voltaire réunies sous le titre de : Le Naturalisme au théâtre, paraîtront prochainement, en même temps qu’une nouvelle édition de Mes haines ; l’on pourra voir que ses opinions sont les mêmes depuis longtemps.

On a beaucoup reproché à un romancier d’avoir jugé d’autres romanciers ; on trouve là de l’indélicatesse. Il semble pourtant que chacun a le droit de dire ce qu’il pense, et peut le dire sans forfaire à l’honneur. Mais M. Zola a le malheur de sortir du ton de congratulation et de ménagements qu’emploient volontiers les artistes, quand ils parlent publiquement les uns des autres. Son style bref, sa manière un peu sèche, un peu hautaine de présenter ses observations, ont exaspéré bien des susceptibilités. Toutefois, il ne nous semble pas mériter le reproche de violence : la violence est quelque chose de relatif, n’est-ce pas ? Eh bien ! comparez les articles que nous transcrivons ici, et dites vous-mêmes de quel côté elle se trouve :

Voici d’abord l’article consacré à M. Ulbach :

« Je nommerai M. Ulbach, qui a beaucoup produit dans des tons neutres. Celui-là dérive de Lamartine qu’il a connu et dont il a pris la manière fluide et mollement imagée. Son seul succès a été son roman : Monsieur et Madame Fernel, une peinture de la vie de province assez exacte. Ses vingt-cinq ou trente autres romans se sont vendus raisonnablement, à deux ou trois éditions en moyenne. Aujourd’hui il travaille encore beaucoup ; il ne se passe pas d’année où il ne jette dans la circulation deux ou trois volumes ; mais la critique ne s’occupe plus de lui, il est en dehors de la littérature militante.

» J’ai cité M. Ulbach parce qu’il est le type bien net des romanciers qui passent pour écrire des romans littéraires ; on entend par là des analyses, par opposition aux romans feuilletons, qui sont bâclés sans aucun souci de la grammaire ni du bon sens. Rien n’est curieux à étudier comme le style de M. Ulbach ; c’est un style mou, qui s’en va par filandres, avec des intentions poétiques à tout propos ; les comparaisons s’entassent, les images les plus imprévues se heurtent, les phrases flottent comme des mousselines peinturlurées, sans qu’on sente dessous une carcasse solide et logique, cette carcasse résistante qui doit tout porter, et qui seule indique un écrivain de race. En somme, il n’y a que des intentions de style ; le style manque, la façon personnelle de sentir, et le mot juste qui rend la sensation. M. Ulbach n’en a pas moins passé pour un écrivain, dans les journaux et dans un certain public. »

Dans le numéro du 28 décembre 1878, de la Revue politique et littéraire, nous trouvons sous le titre de Notes et impressions, un article de M. Louis Ulbach dont nous transcrivons le commencement :

« On s’entretient, depuis huit jours, de l’article de M. É. Zola, à l’usage de la Russie, dans lequel il prétend administrer le knout aux romanciers français, en exceptant toutefois les confrères de la librairie Charpentier.

» Pour mon compte, je ne suis pas surpris. Une enquête sérieuse, polie, des principes clairs, des définitions exactes m’eussent étonné davantage. Je trouve M. Zola dans la logique de son talent comme dans la plénitude de son droit. On sait qu’il a l’épiderme aussi chatouilleux qu’il a le poing épais, et ses dédains sont des représailles.

» Je n’avais pas attendu sa pitié méprisante pour dire mon sentiment, il y a bientôt dix ans, sur la littérature putride ; je suis presque confus, désappointé d’être si peu injurié. M. Zola accorde une réalité approximative aux peintures de province que j’ai faites dans mon roman Monsieur et Madame Fernel. Il est bien bon ; il est trop bon. Je ne veux pas de ses ménagements. Thérèse Raquin et Gervaise doivent plus de gros mots à Mme Fernel. Elles ne se vengeront jamais assez.

» Je sais bien que M. Zola m’avait déjà pardonné mon indignation sincère, quand il daignait, par exemple, me demander de le prendre pour collaborateur au journal La Cloche.

» Je fus heureux de lui donner les moyens de faire une besogne décente, bien qu’il fût obligé de rendre compte de l’Assemblée de Versailles. J’eus plusieurs fois à corriger, à assainir, à supprimer des passages scabreux, et j’ai des lettres où il se plaint de ma pudeur…

» … Il se souvient, à la fin, de mon accueil confraternel quand il ne m’assomme qu’à moitié, et de mes critiques quand il me jette en dehors de la critique actuelle. Il a bien tort s’il est un peu reconnaissant. Je ne lui demande pas plus d’égards que ses héros n’ont de conscience. Je serai toujours très honoré de sa rancune

» … Je me souviens d’avoir lu dans Thérèse Raquin, avec la description d’un cadavre de femme en décomposition : « C’est à la Morgue que les voyous ont leur première maîtresse. » Je voudrais que les écrivains de mon temps ne bornassent pas leurs amours éternelles aux premières amours des voyous. »

Voici maintenant le passage le plus violent de l’article de M. Zola consacré à M. Claretie :

« … Pourtant, les volumes s’entassaient avec une désespérante monotonie. Ils demeuraient tous semblables. Ils étaient tous aussi bons et aussi mauvais les uns que les autres. Et, à mesure que le tas grossissait, il s’en dégageait de plus en plus une insupportable odeur de médiocrité. M. Jules Claretie promettait toujours, mais ne tenait jamais.

» J’ai souvent réfléchi à ce cas. Il est un des plus navrants qu’on puisse voir. Je répète que l’écrivain a des allures littéraires, qu’il a une bonne tenue de style, qu’il campe un personnage comme un maître, qu’il possède en un mot tous les caractères de surface du talent. Et quand on l’ouvre il est vide ; c’est un fruit qu’un ver a mangé intérieurement, et qui s’écrase dès qu’on le touche. Il a une facilité déplorable, une faculté d’assimilation qui lui permet d’être tout ce qu’il veut, sans jamais rien être par lui-même. Sa plume court sur le papier, et ce n’est pas sa personnalité propre qui la conduit, ce sont les personnalités des autres, les souvenirs que malgré lui, par sa propre nature d’imitation, il emprunte à droite et à gauche. Il vit grâce à l’air ambiant, il prend des idées qui volent autour de lui ; jamais une idée ne lui sort directement du cerveau. Il a le procédé de ce maître, puis le procédé de cet autre maître, tout cela naïvement, sans qu’il s’en aperçoive, parce qu’il est né pour cela. Il est et restera un miroir ; chacun de nous peut aller se regarder en lui et se reconnaître. En un mot, et pour le résumer par une image, il écrit sous la dictée de tous. »

C’est violent, n’est-ce pas ? Mais écoutez M. Jules Claretie, dans son compte-rendu de l’Assommoir[1]. Vous comparerez :

« … Les auteurs de la pièce, dont un, M. Busnach, est très parisien, et connaît le théâtre pour s’y être fait maintes fois applaudir, ont jugé prudent de décrasser les personnages, volontairement repoussants, ignobles ou bêtes, que M. Zola nous a présentés comme l’incarnation du peuple…

» Que le drame soit bon ou mauvais, qu’il réussisse ou qu’il tombe, je n’en veux pas moins dire d’avance mon sentiment très net sur le livre d’où il est tiré. Il est bien établi, dès à présent, que M. Zola trouve les concessions de la pièce un peu fortes, et, avec cet art de charlatanisme (une rime à naturalisme) qui lui est particulier, il fait, dès à présent, annoncer qu’il éreintera, dans son feuilleton, le drame que son livre a inspiré…

» … À l’encontre de ce personnage des contes de fées qui changeait en or tout ce qu’il touchait, m. zola change en boue tout ce qu’il manie. Une odeur de bestialité se dégage de toutes ses œuvres. Ses livres sentent la boue. Ce priapisme morbide, qui n’est autre après tout que celui des romans de Marc de Montifaud, se retrouve chez lui, dans ce style qu’il a pris, absolument pris, aux frères de Goncourt, dans ces coulées de chair qu’il caresse avec des sensualités sadiques, dans ces flammes de désir brutal qu’il allume au fond des prunelles de tous ses personnages. Il est tellement secoué de cette lubricité littéraire, que les sentiments naturels deviennent avec lui hideux, comme dans Une page d’amour ; qu’il ne peut décrire une poupée, une pauvre petite poupée d’enfant gisant à terre les jambes écartées, sans éveiller, sans chercher à éveiller aussitôt des idées sensuelles…

» … Ah ! que de papes aujourd’hui et que de moutardiers du pape qui se croient impeccables ! Nous la raillons, l’infaillibilité du pape, et il y a, dans les lettres, dans les arts, un certain nombre de vaniteux qui se posent à eux-mêmes la tiare sur la tête et ne souffrent pas qu’on les discute. La tiare de m. zola est faite, d’ailleurs, du linge sale de gervaise

» … La main chez lui, comme chez certains peintres, est extraordinaire de facture et de pâte. Le cerveau manque. M. Zola est le chef d’une école que je crains bien de voir grandir outre mesure : L’École de la suffisance et de l’ignorance. »

Comparez donc la critique qu’on accuse de brutalité, et celle qui se pose sur la tête la tiare de l’affabilité, du bon ton, de la courtoisie.

Cet incident acheva d’indisposer contre M. Zola une bonne partie du public et presque toute la critique. On craignit qu’il ne se formât une cabale pour siffler le drame. Mais il n’en fut rien. D’ailleurs, les mauvaises dispositions du public furent un peu retournées quelques jours avant la première de l’Assommoir.

La liste des nouveaux décorés de la Légion d’honneur parut.

Chacun s’attendait à y lire le nom de M. Zola.

Le nom de M. Zola, n’y était pas.

Cet oubli du ministère donna une espèce de satisfaction aux plus malveillants : ils pouvaient se consoler des succès de leur adversaire, en pensant qu’ils n’auraient du moins pas la mortification de le rencontrer avec le ruban rouge à sa boutonnière. Ceux qui hésitaient entre l’ancienne et la nouvelle école trouvèrent cette négligence un peu bien injuste. Après tout, M. Zola méritait cette distinction, aussi bien qu’un autre et mieux que bien des autres : ses théories sont contestables, ses critiques peuvent être blessantes, on n’est pas tenu d’aimer et d’admirer ses œuvres, mais il n’y a pas moyen de nier son talent ; ses adversaires les plus déclarés le reconnaissent, et ceux qui parlent encore de lui avec un dédain calculé ne font guère que se couvrir de ridicule. Or la décoration se donne assez généralement aux artistes et écrivains de talent.

Quelques méchantes langues soutinrent que M. Zola avait dépassé la moyenne ; qu’il était déjà trop en évidence ; qu’il fallait bien se garder d’accorder une distinction à un homme qui fixait déjà tous les regards, faisait le sujet de toutes les discussions.

Quoi qu’il en soit, ce fait minime produisit tout un mouvement dans l’opinion, et le drame de M. Busnach en profita. On ne pouvait pas voir de sang-froid l’auteur des Deux fautes estimé davantage par le ministère des Beaux-Arts que celui des Rougon-Macquart.

Presque tous les auteurs dramatiques promettaient à M. Busnach un splendide échec : cela ne ralentit ni son ardeur, ni celle des vaillants interprètes. Ils ne se laissèrent non plus effrayer ni les uns ni les autres par le bruit qu’on faisait autour du nom de M. Zola ni par toutes les arlequinades qu’on débitait sur son compte, et dont on le rendait responsable : car tous ceux qui criaient le plus fort accusaient M. Zola d’être un tapageur. M. Zola eut beau déclarer qu’il ne demandait qu’à rester chez lui bien tranquille, qu’à écrire en paix ses articles et ses livres, qu’à les voir juger sans passion ; qu’il était d’ailleurs complètement en dehors de la question de théâtre : on s’obstina à livrer contre lui une bataille qu’il n’acceptait pas, et, plus tard, à lui reprocher les défauts d’une pièce à la rédaction de laquelle il est resté étranger, qu’il n’a pas signée, mais qu’il n’a pas éreinté non plus, ainsi que le prédisaient ses ennemis.

La première de L’Assommoir s’annonçait comme un événement. Depuis le temps où les classiques et les romantiques se disputaient la scène, aucune première n’avait excité tant de mouvement dans le public. Trois semaines à l’avance, toutes les places laissées libres par le service étaient louées ; les malheureux qui voulaient voir quand même, en étaient réduits à recourir aux expédients les plus coûteux. Les agences de théâtres négociaient à des prix fabuleux les quelques billets dont elles disposaient ; on cherchait à s’engager dans la claque, à se glisser parmi les comparses.

Quoique la direction de l’Ambigu ait fait annoncer que les bureaux ne seraient pas ouverts le soir de la représentation, deux ou trois cents personnes stationnaient longtemps à l’avance sur les marches du théâtre. Dans le caveau, on s’arrachait les billets de la claque ; dehors, les marchands de billets, furieux de n’avoir rien à vendre, se multipliaient, déployaient toute leur adresse pour se procurer des entrées.

Quand le spectacle eut commencé, les moins patients se retirèrent enfin, l’oreille basse. Une cinquantaine de têtus restèrent maîtres du champ de bataille : ils étaient seuls à regarder les portes fermées pour eux ; après le premier tableau, les marchands de billets offraient, pour vingt francs, des sorties des jours précédents. Mais l’Administration était sur ses gardes, et cette supercherie ne réussit pas. Vers neuf heures, les plus acharnés comprirent qu’ils poursuivaient une chimère, et se décidèrent à rentrer chez eux, désolés, les pieds mouillés.

Les privilégiés qui avaient pu pénétrer dans le sanctuaire avaient, pour se distraire pendant les longs entr’actes, un coup d’œil superbe : la salle était absolument pleine, et des toilettes élégantes s’étalaient jusqu’aux secondes galeries. Toutes les célébrités du monde parisien étaient réunies : dans une avant-scène, Mlle Sarah Bernard, qui a si fort applaudi, à ce que raconte la légende, qu’elle a cassé sa chaise. Aux fauteuils ou au balcon, Mmes Pierson, (qui s’est trouvé mal pendant la scène du délirium), Massin, Léonide Leblanc, Schneider, Alice Régnault, Fargueil, et bien d’autres : des toilettes et des visages rivalisant de grâce et de fraîcheur. Les critiques sont tous présents ; ils ont l’air graves comme des gens qui s’apprêtent à tailler une plume en lame de poignard ; les directeurs des divers théâtres attendent le succès ou l’échec, pour savoir sur quel ton ils monteront dorénavant leur répertoire ; parmi les figures connues, on remarque MM. Daudet, Halévy, Lafontaine, Antonin Proust.

Le premier tableau, — le plus naturaliste de tous, — fut bien accueilli ; au lieu des sifflets que l’on attendait, les applaudissements éclatèrent de tous les côtés, et la soirée fut un triomphe.

Les interprètes de l’œuvre peuvent en prendre une bonne part. — Gil Naza s’est surpassé : tour à tour bonhomme et grand tragédien, il n’a reculé devant aucun effet de réalisme ; il a pourtant su faire accepter du public la scène terrible du délirium. — Madame Hélène Petit s’est véritablement révélée. On ne peut accorder trop d’éloges à la manière dont elle a composé et joué son rôle. Il faut être sérieusement artiste, pour sacrifier au désir d’être vraie, comme elle l’a fait, toute coquetterie. Peu d’actrices auraient consenti à porter de pauvres robes malfaites, des manchettes de laine rouge et des haillons, — non pas poétiques comme ceux de Mignon, — mais criant la misère et demandant la charité. La sympathie que le public lui a témoignée l’a récompensée de son dévouement : elle la méritait bien.

  1. Feuilleton de la Presse, 20 janvier 1879.