À travers l’Inde en automobile/07

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11 MAI.


À travers des chemins bourbeux, défoncés, Raghunat nous accompagne jusqu’à la route de Krisnagar, notre étape d’aujourd’hui.

Il nous voit partir avec tristesse et une certaine curiosité. Il ne nous envie pas le plaisir du voyage, mais il m’a confié son ardent désir d’aller jeter au Gange, à Bénarès, quelques os de son père, et la pensée que nous traverserons en profanes cette ville bénie, que sa pauvreté l’empêche de visiter, lui fait monter des larmes aux yeux.

Bientôt il n’est plus, à nos regards, qu’un point blanc à l’horizon, qui se meut lentement vers Ranaghat.

Des manguiers remplacent les palmiers ; le long du chemin, leurs fruits, zébrés de lignes jaunes, jonchent les sous-bois étoilés de fleurs blanches et odoriférantes. Des bandes de porcs à moitié sauvages sortent de la jungle, traversent la route et vont barboter dans les rizières qui s’étendent, vertes et boueuses, jusqu’au plus lointain horizon.

L’on ne voit aucune habitation, mais nous croisons des charrettes, recouvertes d’une bâche de feuilles sèches et fermée aux extrémités par des étoffes, qu’une main féminine soulève sournoisement.

Les femmes de haute caste voyagent ainsi dans leurs équipages pour aller visiter une amie, une parente, et se tenir au courant de potins de village. Des papillons de turquoises, des écureuils roux, des insectes qui roulent de grosses coques, comme les colimaçons, amusent notre attention jusqu’à Krisnagar. L’ancienne métropole des sciences sanscrites, fameuse par les doctes brahmes qui y naquirent, n’a rien conservé de son antique puissance. Des écoliers jouent au foot-ball dans une prairie, et s’amusent à tracasser des bandes de grands singes gris, qui se mêlent à leurs jeux et pendent aux arbres en grappes grimaçantes et agressives. Quelques guenons sautent lestement à travers la route au-dessus de nos têtes, leurs petits agripés à elles : des cris de colère, des grognements pareils à des menaces nous saluent.

Nous passons la soirée chez le collector, M. R…, qui s’efforce, à titre d’adepte du sport automobile, de nous fournir toutes sortes d’indications sur les routes de son district, les forêts, les environs de Moorshidabad dont enfin nous approchons. Il nous donne même une lettre pour un ingénieur de ses amis que nous trouverons à Nizfragatha et dont la bonne volonté doit nous faciliter les étapes suivantes.