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École des arts et métiers mise à la portée de la jeunesse/Le Négociant

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Anonyme
Traduction par T. P. Bertin.
L. Duprat-Duverger, libraire (2p. Gravure-126).

Le Négociant.


LE NÉGOCIANT.





Le négociant est un homme qui tient un commerce en gros ou qui importe ou exporte des marchandises.

Il faut pour exercer la profession de négociant jouir d’un grand crédit, posséder un grand fonds de connaissances et des capitaux considérables.

Le négociant doit savoir parfaitement écrire, connaître les règles de l’arithmétique et la tenue des livres.

Il doit posséder la manière de rédiger des mémoires, de faire des factures, savoir la forme des connaissemens, et être familier avec le code des douanes de tous les pays.

Il faut qu’il soit instruit de la différence et des rapports qui existent entre les monnaies, les poids et les mesures des contrées avec lesquelles il commerce, ainsi que de ceux des différens districts de son pays ; il doit avoir une connaissance exacte des fabriques où se confectionnent les articles qu’il vend, ou du moins les endroits où ils se fabriquent, et les matières dont ils se composent.

Il est essentiel qu’il soit instruit du moment favorable pour mettre en vente ses marchandises, et qu’il soit informé de la nature du change suivant le cours des différentes places, ainsi que des causes de sa diminution ou de son augmentation, et il ne doit pas ignorer quels sont les objets prohibés ou permis à la sortie des royaumes où elles sont fabriquées. Il est nécessaire qu’il connaisse les droits auxquels sont soumises l’importation et l’exportation des marchandises d’après les usages des places où il commerce ; il faut qu’il soit au fait de la meilleure méthode d’emballer les articles sur lesquels il spécule, soit pour les conserver dans des magasins ou pour les mettre en état de soutenir sans avaries des voyages de long cours. Il est bon qu’il connaisse le prix et les conditions du fret, ainsi que de l’assurance des navires et des marchandises dont ils sont chargés. Si les navires ou une partie de ces bâtimens lui appartiennent, il est indispensable qu’il en sache la valeur, ainsi que les dépenses de leur construction et de leurs réparations, les appointemens donnés tant aux officiers qu’aux marins qui les font manœuvrer, et la meilleure manière de les engager à son service ; il faut qu’il soit en état d’écrire des lettres avec facilité et avec élégance, et d’entendre plusieurs langues ; les suivantes sont celles qu’il lui est le plus important de savoir : l’espagnol, qui se parle non-seulement en Espagne, mais encore sur la côte d’Afrique, depuis les Canaries jusqu’au Cap de Bonne-Espérance ; l’italien, qui est en usage non-seulement sur les côtes de la Méditerranée, mais encore dans plusieurs contrées du Levant ; l’allemand, avec lequel tous les pays du nord sont familiers ; et le français, que l’on parle dans presque toutes les contrées de l’Europe. Enfin un négociant doit connaître les lois, les coutumes et les règlemens des pays avec lesquels il commerce ou peut un jour commercer.

Telles sont les connaissances nécessaires à celui qui veut étendre ses relations commerciales à des pays éloignés. Un jeune homme qui se destine à la profession de négociant doit d’abord fonder la base de ses succès sur une bonne éducation ; il doit ensuite, pendant qu’il est commis, se préparer à faire le commerce pour son compte, ou à être l’associé d’une maison solidement établie.

Le commerce qui se fait dans ce pays par des marchands et négocians peut se diviser en intérieur et en extérieur. Les principaux articles importés dans Londres des autres parties de cette île sont le blé, le charbon de terre, le houblon, la laine, le coton et la toile. Le blé et le houblon sont vendus par des courtiers de commerce ; les étoffes de laine y sont apportées par des fabricans de draps. Cette capitale tire la toile d’Irlande et d’Écosse, et les calicots de Manchester.

Les commissionnaires sont des espèces de négocians qui se chargent de vendre moyennant une certaine rétribution, les marchandises que d’autres personnes leur donnent en consignation. Ainsi, un fermier, ayant sa résidence à la campagne, a mille setiers de blé qu’il veut vendre au marché de Londres ; il n’a pas la commodité de se rendre dans cette ville ; il envoie en conséquence son grain à un commissionnaire, qui le vend pour lui, en reçoit l’argent, et le remet au fermier, après avoir déduit son droit de commission pour ses peines et ses dépenses.

Les marchands qui font le commerce avec les îles des Indes occidentales exportent en temps de paix, d’Angleterre pour ces contrées, des étoffes, des meubles, des tapis, de la coutellerie, de la quincaillerie, de l’horlogerie, de la bijouterie, et quelques marchandises qu’ils ont été chercher dans les Indes orientales, ainsi que des vins de France, de la toile, etc. Les retours de l’Amérique consistent dans du rhum, du sucre, de l’indigo, de l’acajou et du bois de campêche.

Nos marchands tirent des États-Unis du tabac, du riz, de l’indigo, du bois de charpente, du fer, de la poix et du goudron ; ils y portent en retour les mêmes articles qu’aux îles des Indes occidentales.

Ils importent des Indes orientales et de la Chine en Angleterre du thé, du riz, des drogues, des couleurs, de la soie, du coton, du salpêtre, des schals et autres étoffes ; mais les exportations pour ce pays consistent principalement en argent monnayé.

Dans la vignette on voit le marchand occupé à recevoir des tonneaux de sucre et de rhum, ainsi que des balles de coton qui viennent d’être déchargées d’un vaisseau des Indes occidentales. Le commis prend note des choses qu’on lui remet ; on voit derrière lui un ballot de toiles prêt pour l’exportation. Comme le dessin de la vignette a été pris d’un des magasins situés sur les bords de la Tamise, on a dans le fond du tableau une perspective éloignée d’une foule d’embarcations.

Les marchands ont beaucoup d’affaires à traiter avec la douane ; nous allons en donner ici un aperçu : le rhum, le sucre, et presque tous les autres articles importés paient certains droits à l’entrée avant qu’on puisse les en retirer. Beaucoup d’articles fabriqués dans ce pays, tels que le verre, le cuir, l’acier, etc., sont grevés de taxes considérables ; mais pour encourager le commerce, le Gouvernement restitue le montant ou du moins une partie de ces taxes lorsque ces articles sont exportés à l’étranger ; ces restitutions se nomment primes. Les marchands ou leurs commis vont donc à la douane déclarer, sous la foi du serment, la quantité et la qualité des marchandises qu’ils ont exportées pour en obtenir la prime accordée par l’administration des douanes.

La qualité de négociant a des honneurs et des prérogatives extraordinaires en Perse ; aussi ce nom ne se donne-t-il pas aux gens qui trafiquent de menues denrées, mais seulement à ceux qui entretiennent des commis et des facteurs dans les pays éloignés. Ces personnes sont souvent élevées aux plus hautes charges, et c’est parmi elles que le roi de Perse choisit des ambassadeurs.

Les banquiers, quoiqu’ils ne soient pas à proprement parler des marchands, ont tant de relations avec le commerce, qu’ils réclament ici notre attention : un banquier est un homme qui jouit de la confiance du public, et sa maison est un dépôt d’argent. Voici comment on peut définir la profession et les bénéfices d’un banquier : un marchand ou un particulier qui a chez lui une somme considérable, la place pour sa propre sûreté sous la garde d’un banquier, sur lequel il tire suivant ses besoins et quand il lui plaît. Le banquier, qui a ou doit avoir une fortune considérable, sait que les différentes personnes qui ont placé de l’argent chez lui ne le retireront pas tous à la fois ; il prête en conséquence, sur de bonnes sûretés, les sommes dont il croit pouvoir se passer pour satisfaire à ses demandes journalières, et c’est de ces sommes prêtées, pour lesquelles il reçoit cinq pour cent, que proviennent ses bénéfices.

Le banquier spécule aussi sur le change, c’est à dire en tirant d’une place sur une autre. Si, par exemple, je dois à un homme en Hollande mille florins, que j’ai promis de lui payer à une certaine époque, il faut que je m’adresse à un banquier, auquel je paie les florins ou leur équivalent en livres sterling, et il me donne sur son correspondant en Hollande une traite que je remets à la personne envers laquelle je suis débiteur.

Les assureurs sont des espèces de marchands qui assurent des marchandises d’un port à un autre pour une certaine prime. Si j’ai un vaisseau fretté pour les Indes orientales je cours le risque de le perdre en mer, et, si c’est en temps de guerre, de le voir pris par l’ennemi. Je vais donc trouver un assureur, et, moyennant une certaine somme que je lui compte, il s’engage à me rendre la valeur du vaisseau et de ce qu’il contient dans le cas où il ferait naufrage ou serait capturé par l’ennemi.

Pour en revenir au négociant, nous ne pouvons trop faire observer ici qu’il doit posséder une infinité de connaissances, et chercher à s’instruire des choses qui ont le plus de vogue dans les pays avec lesquels il est en relation d’affaires ; il ne peut par conséquent pas ignorer que les articles qu’il doit le plus rechercher en France sont les vins, la soierie, la porcelaine, les tableaux, la librairie et les bronzes. Cette dernière partie doit d’autant plus fixer son choix que la France, par le grand nombre des personnes qui excellent dans l’art de dessiner, de modeler et de ciseler, peut donner des objets en ce genre, faits avec beaucoup de goût, à bien meilleur marché qu’en Angleterre ; nous en citerons un exemple pris entre mille :

La lampe docimastique, qui a été inventée en France, et que l’on a imitée en Angleterre, se vend à Londres de neuf à dix guinées lorsqu’elle est à serre et à cou d’aigle, tandis qu’en France elle est d’un prix infiniment plus modéré. Nous allons joindre ici l’instruction sur la manière de se servir de cet instrument dans les termes mêmes du brevet d’invention accordé à son inventeur.