Élisabeth Seton/III

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La Compagnie de Publication de la Revue Canadienne (p. 13-15).

III


Mlle Bayley avait dix-neuf ans quand elle épousa M. William-Magee Seton.

Né comme elle à New-York, William Seton descendait d’une très ancienne et très noble famille écossaise. Son père était directeur de la banque de l’État de New-York, et l’un des plus riches armateurs des États-Unis.

Suivant la coutume anglaise, M. Seton avait voulu que son fils complétât son éducation par un grand voyage.

Le jeune Américain avait visité l’Écosse, l’Angleterre, la France, l’Espagne et l’Italie. Pour se rompre aux affaires du haut commerce, il avait même séjourné trois ans à Livourne chez les Filicchi, banquiers et armateurs correspondants de son père.

C’est à son retour dans sa patrie qu’il épousa Mlle Bayley.

William Seton avait alors vingt-cinq ans ; et aux qualités les plus attachantes, à des connaissances étendues, il joignait beaucoup d’agréments personnels.

Le bonheur, a dit Bossuet, se compose de tant de pièces, qu’il y en a toujours quelqu’une qui manque. Mais, privilège bien rare, rien ne manqua au bonheur de M. et Mme Seton. Leur sympathie était complète, leur tendresse mutuelle, extrême ; tout ce que le monde estime, recherche, admire, les jeunes époux le possédaient.

Leur mariage avait en outre comblé les vœux de leurs parents, et rendu encore plus agréables et plus sûrs les rapports qui existaient, depuis longtemps entre les deux familles.

C’est donc en toute vérité qu’Élisabeth disait avoir possédé le bonheur le plus parfait qu’on ait jamais eu en ce monde.

Mais dès lors son cœur s’élevait à Dieu pour lui dire de prendre ce qui lui plairait, de prendre tout, s’il lui plaisait, seulement qu’il ne la laissât pas le perdre, Lui.

Chose qui fut singulièrement douce à Madame Seton, elle retrouva dans sa nouvelle famille, les exemples de bienfaisance qu’elle avait eus de son père. Malgré le lourd poids des affaires, le chef de la famille Seton trouvait du temps à donner aux pauvres. Il était leur constant recours, leur aide dans toutes leurs difficultés, et l’on avait surnommé sa fille Rebecca — la sœur de charité protestante.

L’amitié la plus vive, la plus confiante, la plus délicieuse qui fut jamais, unit bientôt Élisabeth et cette jeune fille.

« Souvent par les temps les plus froids, on voyait dès l’aube du jour, les deux belles-sœurs diriger ensemble leurs pas vers les sombres réduits où elles allaient chercher la souffrance. Lorsqu’elles apparaissaient, empressées, compatissantes, leur présence changeait les larmes en sourires, les gémissements en actions de grâces. »[1]

  1. « Élisabeth Seton, » I, p. 74.