Éloge de la folie (Nolhac)/XXVI

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XXVI. — Je reviens à mon sujet. Ces êtres sauvages, qui semblent nés des rochers ou des chênes, on n’est parvenu à les réunir dans des cités qu’en les amadouant. Telle est la signification de la lyre d’Amphion et d’Orphée. La plèbe romaine soulevée, prête aux extrêmes violences, qui l’a ramenée à la concorde ? Est-ce un discours de philosophe ? Nullement ; c’est l’apologue risible et puéril des membres et de l’estomac. Thémistocle eut le même succès avec un apologue semblable, du renard et du hérisson. Quelle parole de sage aurait produit l’effet de la biche imaginée par Sertorius, des deux chiens de Lycurgue et le plaisant propos sur la manière d’épiler la queue d’un cheval ? Je ne parle pas de Minos, ni de Numa, qui tous deux gouvernèrent la folle multitude avec des fictions fabuleuses. C’est par ces niaiseries-là qu’on mène cette énorme et puissante bête qu’est le peuple.