100%.png

Épîtres (Voltaire)/Épître 74

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Œuvres complètes de VoltaireGarniertome 10 (p. 342-343).


ÉPÎTRE LXXIV.


À MONSIEUR LE DUC DE RICHELIEU.


Dans vos projets étudiés
Joignant la force et l’artifice,
Vous devenez donc un Ulysse,
D’un Achille que vous étiez.
Les intérêts de deux couronnes
Sont soutenus par vos exploits,
Et des fiers tyrans du Génois
On vous a vu prendre à la fois
Et les postes et les personnes[1].
L’ennemi, par vous déposté,
Admire votre habileté.
En pareil cas, quelque Voiture
Vous dirait qu’on vous vit toujours
Auprès de Mars et des Amours
Dans la plus brillante posture.
Ainsi jadis on s’exprimait
Dans la naissante Académie
Que votre grand-oncle formait ;
Mais la vieille dame, endormie
Dans le sein d’un triste repos,
Semble renoncer aux bons mots,
Et peut-être même au génie.
Mais quand vous viendrez à Paris,

Après plus d’un beau poste pris,
Il faudra bien qu’on vous harangue
Au nom du corps des beaux esprits,
Et des maîtres de notre langue.
Revenez bientôt essuyer
Ces fadeurs qu’on nomme éloquence,
Et donnez-moi la préférence
Quand il faudra vous ennuyer.



  1. Voyez la fin du chapitre xxi du Précis du Siècle de Louis XV.