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Épigrammes attribuées à Corneille

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Appendice des Poésies diverses, Texte établi par Charles Marty-Laveaux10 (p. 357-359).


VIII


(Voyez la Notice, p. 20 et 21.)
ÉPIGRAMMES ATTRIBUÉES À CORNEILLE.

La bibliothèque de l’Arsenal possède un recueil, relié en un volume in-12, divisé en trois parties et portant le no 7306 B, dont la composition est assez singulière. On trouve d’abord : Poésies choisies…, premiere partie, quatriesme edition, reueue, corrigée et augmentée. Au-dessous de ce titre est un fleuron avec cette mention : Iouxte la copie imprimée, et ensuite l’adresse et la date : À Paris, chez Charles de Sercy, M.DC.LV. Ce n’est là qu’une réimpression de la première partie des Poésies choisies de Sercy, publiée pour la première fois en 1653, et que nous avons longuement décrite dans la Notice (p. 17 et 18). Bien qu’en 1655 la seconde partie des Poésies de Sercy eût déjà paru, nous trouvons au lieu d’elle, dans le volume de l’Arsenal, à la suite de la première, un Recueil de diverses poesies des plus celebres autheurs de ce temps, seconde partie, reueu, corrigé et augmenté, avec la mention : Iouxte la copie imprimée, l’adresse suivante : À Paris, chez Louis Chamoudry… et la date de M.DC.LV. Enfin vient le Nouveau recueil de poesies des plus celebres autheurs du temps, troisieme partie, reueue, corrigée et augmentée, avec même mention, même adresse et même date qu’au recueil précédent. La pagination continue de la seconde partie à la troisième. En tête du second recueil, le titre et quatre feuillets imprimés en italique ne comptent point dans la pagination : c’est au recto du premier de ces feuillets qu’on lit la pièce suivante, qui a été recueillie par M. Paul Lacroix dans le Bulletin du bouquiniste (8e année, 1er semestre, p. 52).

D’un Poëte écrivain, qui détaché des occupations de sa plume, pour vaquer à celles de la guerre, dit qu’il coupe sa plume avecque son épée.


ÉPIGRAMME DE MONSIEUR CORNEILLE.

Ce petit fanfaron à l’œillade échappée
S’estime grand auteur et n’est qu’un animal,
Dit qu’il coupe sa plume avecque son épée :
Je ne m’étonne pas s’il en écrit si mal.

Bien loin de pouvoir être attribuée à Corneille, cette pièce paraît dirigée contre un de ses partisans ; en effet, nous lisons à la fin du pamphlet intitulé : le Souhait du Cid en faueur de Scuderi. Vne paire de lunettes pour faire mieux ses obseruations, cette conclusion que nous avons déjà rapportée (tome III, p. 16) : « On me connoîtra assez si je dis que je suis celui qui ne taille point sa plume qu’avec le tranchant de son épée, qui hait ceux qui n’aiment pas Chimène, et honore infiniment celle qui l’a autorisée par son jugement, procurant à son auteur la noblesse qu’il n’avoit pas de naissance. »

Du reste M. Édouard Fournier nous a fait remarquer que la réponse qui est la pointe de cette épigramme se trouve déjà mentionnée dans les Historiettes de Tallemant des Réaux, et que l’épigramme elle-même figurait dès 1649 dans les Œuvres de Saint-Amant. Voici le passage de Tallemant des Réaux : « D’Audiguier, auteur de Lisandre et Caliste, disoit à Théophile qu’il ne tailloit sa plume qu’avec son épée : « Je ne m’étonne donc pas, lui dit Théophile, que vous écriviez si mal. » (Historiettes, tome VII, p. 451.)

Quant à l’épigramme, elle figure à la page 127 de la troisième partie (in-4o) des Œuvres de Saint-Amant publiée en 1649 ; elle y porte pour titre : Épigramme sur un écrivain de Gascogne ; les vers 2 et 3 y sont ainsi rédigés :

Qui fait le grand auteur et n’est qu’un animal,
Dit qu’il tranche sa plume avecque son épée.

Nous ne terminerons pas cet article sans mentionner une autre épigramme, que nous croyons avoir déjà rencontrée dans quelque recueil avec la signature de son véritable auteur, mais qui est attribuée en ces termes à Corneille par Guyot de Pitaval dans sa Bibliothèque de cour, de ville et de campagne[1] : « Un poëte de la même classe (un poète médiocre) avoit le talent de la déclamation, ses vers dans sa bouche imposoient ; le grand Corneille lui envoya ce quatrain :

Tes vers sont beaux quand tu les dis,
Ils ne sont rien quand je les lis ;
Tu ne peux pas toujours les dire :
Fais-en donc que je puisse lire.

C’est encore à l’inépuisable obligeance de M. Édouard Fournier que nous devons cette communication.



  1. Nouvelle édition, Paris, Théodore le Gras, 1746, 7 vol. in-12, tome I, p. 241.