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Épitres (Horace, Leconte de Lisle)/I/8

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1er siècle av. J.-C.
Traduction Leconte de Lisle, 1873
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Épitre VIII. — À CELSUS ALBINOVANUS.


Muse, je te prie d’aller dire à Celsus Albinovanus, au compagnon et au scribe de Néro, qu’il soit en joie et en prospérité. S’il demande ce que je fais, dis qu’après tant de belles résolutions, je n’en vis ni plus sagement, ni mieux : non parce que la grêle a coupé mes vignes, la chaleur mordu mes oliviers, ou parce que mon troupeau est malade dans des pâturages éloignés ; mais parce que, moins bien portant d’esprit que de tout le corps, je ne veux rien écouter, rien apprendre de ce qui me guérirait ; parce que je suis irrité contre mes fidèles médecins, furieux contre mes amis qui veulent m’arracher à ma torpeur funeste ; parce que je recherche les choses qui m’ont nui et fuis ce qui pourrait, je le crois, me servir ; parce que, dans mon inconstance, j’aime Tibur quand je suis à Roma, et Roma quand je suis à Tibur.

Ensuite, demande comment il se porte, comment il mène soi et ses affaires ; s’il plaît au jeune prince et à son entourage. S’il répond : « Bien ! » félicite-le d’abord, et puis souviens-toi de glisser ce précepte à ses oreilles : « Comme tu supporteras ta fortune, nous te supporterons, Celsus ! »