Étude sur l’histoire d’Haïti/Tome 11/6.5

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Dezobry et E. Magdeleine, Lib.-éditeurs (Volume 11pp. 207-238).

chapitre v.

Agitation au Port-au-Prince. — Ordonnances de police y relatives. — Réunion des représentans. — Protestation de 20 d’entre eux contre l’admission des éliminés de 1839. La Chambre, en majorité, les admet dans la vérification des pouvoirs, et élit président M. Laudun. — Le 12 avril, une nouvelle majorité annule cette élection et nomme président M. J.-B. Tassy. — Tous les opposans se retirent de l’assemblée, — La Chambre prononce l’exclusion des éliminés de 1839 et de six autres représentans et de leurs suppléans. — Le Président d’Haïti ouvre les travaux de la session. — La Chambre, accorde un délai de vingt jours aux opposans pour revenir dans son sein, sinon ils seront considérés comme démissionnaires ; ils n’optempèrent pas — Elle appelle leurs suppléans ; ceux-ci refusent de siéger. — Elle fait poursuivre M. Dumai Lespinasse, qui est condamné à une année d’emprisonnement et qui part pour la Jamaïque. — Réflexions au sujet de ces actes. — Projet de loi sur l’instruction publique, retiré bientôt par Boyer ; pourquoi ? — Deux lois sont rendues et sept sénateurs élus par la Chambre ; fin de la session. — Tremblement de terre du 7 mai ; son effet dans l’Artibonite, le Nord et le Nord-Est. — Reproches faits à Boyer en cette occasion. — Capture illégale de deux bâtimens espagnols, et ce qui s’ensuit. — Manœuvres de l’Opposition sur divers points de la République. — Mesure intempestive ordonnée par Boyer. — Décès de plusieurs généraux.


À raison des précédens que le lecteur connaît, il prévoit sans doute ce que nous allons relater dans ce chapitre.

Le Télégraphe du 24 mars ayant publié les messages du Président d’Haïti et du Sénat, et la proclamation concernant les représentans éliminés en 1839, une agitation inusitée fut remarquée à la capitale : l’Opposition voulut essayer ses forces. Déjà, dans la soirée du 17, pendant le dîner qui eut lieu chez le général Inginac, une troupe de jeunes gens avait passé devant sa maison en chantant des couplets de la Marseillaise ; ils s’étaient dissipés à l’approche de quelques militaires envoyés du bureau de la place. On remarqua ensuite que les agitateurs se procuraient des armes prohibées par les lois, telles que stylet, poignard, etc. : le 26 mars une ordonnance de police parut pour en défendre la vente et le port, sous peine de poursuites et de punition contre les délinquans. Le 28, une autre fut publiée pour défendre les attroupemens qui se formaient incessamment, et menacer les délinquans de l’application de la loi y relative.

Ces faits se passaient à l’occasion de L’arrivée successive des nouveaux représentans dont la réunion était prescrite au 1er avril. Le 2, quinze d’entre eux, auxquels s’en joignirent cinq autres quelques jours après, s’entendirent pour rédiger une protestation contre l’admission, à la Chambre, des éliminés de 1839, « attendu que la mission du député à la représentation nationale n’est point et ne peut être de former dans le sein du corps législatif, une opposition systématique dans le but conçu à l’avance d’entraver la marche des travaux de ce corps et de rompre l’harmonie sans laquelle il lui est impossible d’accomplir l’exercice de ses fonctions, etc., entendant se séparer de tous autres représentans qui ne voudraient pas concourir à cet acte, et se réservant, dans ce cas, d’aviser, de concert avec le Sénat et le pouvoir exécutif, aux moyens de sauver la chose publique des malheurs dont elle est menacée[1]. »

Cette protestation avait été imaginée par le général Inginac, pour former une majorité qui serait ainsi soustraite à l’influence des opposans : ils étaient en grand nombre parmi les représentans. À cet effet, il fit appeler successivement les premiers arrivés à la capitale pour les faire entrer dans cette voie, employant toutefois les raisonnemens les plus propres à les persuader de ne pas agiter le pays qui avait besoin de son repos, leur donnant en outre l’assurance que Boyer était très-disposé à satisfaire aux justes exigences de l’opinion publique. Il fit même appeler chez lui plusieurs des opposans dont il estimait le caractère et les sentimens patriotiques, afin de les rallier au gouvernement, en leur exposant combien l’union et l’harmonie entre les citoyens de la République réclamaient de tous le sacrifice d’opinions trop avancées dans l’état actuel des choses ; mais il ne réussit pas à persuader ces derniers.

Enfin, les représentans, étant rendus en majorité au palais de la Chambre des communes, commencèrent leurs opérations par la vérification des pouvoirs de chacun d’eux, sous la présidence du citoyen Jh Lafortune, doyen d’âge, représentant du Mirebalais. Il est facile de concevoir que les signataires de la protestation du 2 avril ne purent parvenir à faire partager leurs opinions par les jeunes capacités qui se trouvaient en leur présence. Loin d’exclure, dans la vérification des pouvoirs, les quatre éliminés de 1839, on les admit comme membres de la nouvelle législature. Ainsi, l’espoir du Sénat et du Président d’Haïti était déçu. Le 9, la Chambre se constitua en formant son bureau : M. Lauclun fut élu président. Ce choix prouva que la majorité votait pour l’Opposition. Néanmoins, ce ne fut pas sans difficulté qu’elle parvint à ce résultat : indépendamment des signataires de la protestation, d’autres représentans hésitaient sur le parti qu’ils devaient prendre. Informé de cela, après la séance, le général Inginac convoqua chez lui les uns et les autres, afin de combiner de nouveaux moyens de succès, dans le sens du gouvernement.

L’auditoire avait été comble dans toutes les séances préparatoires au palais de la Chambre ; une agitation fébrile avait marqué ces journées : un fort détachement de troupes alla se réunir à la garde ordinaire du palais.

Le 9 était un samedi ; la Chambre ne put être en majorité le lundi 11, comme il était dans ses habitudes de siéger ce jour-là. C’est que le travail ministériel se poursuivait. Mais le 12, dès 6 heures du matin, le représentant Lafortune, en tête de la cohorte gagnée au pouvoir exécutif par le secrétaire général, qui se dévouait corps et âme « au maintien de l’harmonie des grands pouvoirs, au salut de la patrie, » Lafortune s’empara et du palais et du fauteuil de la présidence sur lequel il s’assit. À la nouvelle de ce fait extraordinaire, les opposans, moins alertes, se rendirent à la Chambre ; et malgré quelques obstacles qu’ils rencontrèrent à la porte, de la part de la garde, se revêtant de leurs écharpes aux couleurs nationales, ils pénétrèrent dans l’enceinte. La législature offrit alors un pénible spectacle ; l’agitation prit un caractère scandaleux parmi les représentans, les discours s’entrecroisèrent. M. Laudun réclama vainement sa place de président élu, sur le fauteuil ; M. Lafortune y tint bon en disant : « Ma tête dût-elle tomber à mes pieds, que je ne céderai-pas le fauteuil[2] ! »

Ce fut alors un épouvantable tintamarre. Les opposans reconnurent, mais un peu tard, que la majorité n’était plus de leur côté ; ils prirent tous la résolution de se retirer du palais de la Chambre, pour se séparer ensuite de leurs collègues : noble résolution, sans doute, en la jugeant au point de vue des principes constitutionnels, mais qui devait, un an après, se traduire en une révolution, peut-être pour le malheur de la patrie commune.

Les représentans restés en séance étaient au nombre de 36, formant plus de la moitié de la représentation nationale, dans le cas où elle serait réunie en totalité. Quelques jours après, plusieurs autres arrivèrent dans la capitale et se joignirent à eux.

Après la sortie des opposans, M. Lafortune exposa à ses collègues les motifs de sa conduite en cette circonstance : « C’est qu’une prévention planait sur la tête de M. Laudun, avant son admission à la représentation nationale, et qu’il avait été dénoncé à la justice pour outrages faits à un magistrat civil : ce que les représentans ignoraient au moment qu’ils lui donnèrent leurs suffrages[3]. Or, les représentans, blessés dans leur dignité, avertis maintenant, ne pouvaient maintenir à la présidence de la Chambre celui qui a besoin d’une justification devant la justice, des poursuites étant dirigées contre lui. » Sur ce, la Chambre déclara « nulle et non avenue » la nomination de M. Laudun à la présidence ; et à la fin de cette séance, elle annula également tous les procès-verbaux des séances précédentes. On verra pour quels motifs.

M. Lafortune, encore au fauteuil, déclara qu’en outre de MM. H. Dumesle, D. Saint-Preux, Lochard et Lartigue, éliminés en 1839, il y avait MM. Dumai Lespinasse, Covin aîné, Emile Nau, Dorsainville Dautant, Benoît et A. Ponthieux, « qui partageaient ostensiblement les mêmes opinions et persistaient à faire valoir les nominations de ceux-là qui sont tenus pour être réprouvés par le vœu national ; et que, de plus, un acte de protestation a été dirigé contre eux-mêmes. »

En effet, après que la Chambre eut reformé son bureau sous la présidence de M. J.-B. Tassy, l’un des représentans du Cap-Haïtien, elle prit lecture d’une dêpêche du grand juge qui lui adressait quatre protestations : contre les élections de la capitale, celles de Santo-Domingo, de l’Anse-à-Veau et de Dalmarie. « La Chambre statuant, avant toute chose, sur les députés réélus qui furent éliminés par la 5e législature, à résolu, à l’unanimité, qu’elle partage cette sage et prudente mesure : en conséquence, elle a arrêté que ces députés, parjures à leur mandat, ne pourront point, vu leur indignité, siéger dans son sein. » Et elle renvoya au lendemain, pour débattre la motion faite par M. Lafortune et statuer sur l’objet de la dépêche du grand juge. À cette séance du 15, la Chambre rejeta d’abord la protestation envoyée par le grand juge contre la nomination de M. Lapaquerie, représentant de Dalmarie, et l’admit parmi ses membres. Puis, prenant en considération la motion relative aux élus du Port-au-Prince, de Léogane, de Santo-Domingo, qui partageaient les opinions des éliminés de 1839 : « Considérant que par l’effet de ces opinions subversives, des attroupemens en grand nombre eurent lieu aux alentours de la Chambre ; que des paroles outrageantes et incendiaires ont été proférées à haute voix pendant la séance du 6, et qu’au sortir de cette séance, les députés ont été hués dans les rues, sans égard au respect qui leur est dû ; » la Chambre déclara éliminés de son sein, MM. Dumai Lespinasse, Covin aîné, Emile Nau, Dorsainville Dautant, Benoît et A. Ponthieux. Le 15, elle comprit leurs suppléans dans l’élimination prononcée contre eux. Quant à M. Devimeux, élu représentant de l’Anse-à-Veau, elle ajourna sa résolution jusqu’à ce qu’il se présentât avec ses pouvoirs : ce qu’il ne fit pas et ce qui entraîna sa déchéance.

À la séance du 13, M. Pierre Charles, représentant d’Ennery, prononça un discours qui contenait sa profession de foi, à l’endroit de l’opposition systématique qu’on voudrait faire au pouvoir exécutif. « Loin de moi, dit-il, la pensée que nous devions adopter aveuglément toutes les dispositions des projets de lois qui nous seront présentes, Nous tomberions dans l’excès contraire, nous trahirions la confiance de nos concitoyens. Notre devoir est de marcher entre ces deux extrêmes. Discutons tout, de bonne foi et avec loyauté ; admettons ce qui est bon et utile ; proposons des modifications à ce qui serait défectueux ; rejetons, mais en gardant les convenances, ce qui nous paraîtrait contraire au bien public, si toutefois rien de pareil peut être supposé devoir jamais être proposé à la Chambre. » El la Chambre tout entière approuva cette profession de foi, en complimentant ce député de l’avoir faite.

Le Président d’Haïti, informé de la constitution de cette assemblée, avait fixé au 16 la séance de l’ouverture de ses travaux. Ce jour-là, « Son Excellence, après s’être recueillie, a exprimé sa satisfaction de se voir au sein de la Chambre, et l’a remerciée de sa coopération franche et loyale au rétablissement de l’ordre ; et elle a dit qu’elle ne cessera de faire tous ses efforts pour enchaîner l’anarchie. Elle a encore exprimé qu’elle voyait avec peine que des esprits exaltés, depuis quelque temps, voudraient troubler le pays ; mais qu’elle se dispensera de donner aucun développement ; qu’elle compte non-seulement sur le concours de la Chambre, mais sur celui de tous les bons citoyens animés de l’amour de la patrie et désireux de son bonheur… »


Le président de la Chambre répondit d’une manière analogue à ces paroles, en rejetant sur les éliminés de 1839 et sur leurs partisans, la cause des agitations de la capitale et des debats qui eurent lieu dans cette assemblée. « La patrie reconnaissante, dit-il, admire de jour en jour votre belle âme, qui n’a autre chose en vue que le bonheur de tous et les intérêts généraux. Lorsque nous fixons nos regards sur votre administration, tout à la fois paternelle et éclairée, nous devons nous étonner que de certains esprits se tourmentent et veulent en tourmenter d’autres qui savent mieux prévoir, et mieux apprécier vos efforts, votre constante sollicitude qui ne tend qu’à consolider et améliorer. Il est heureux pour Haïti que ce courage impassible et cette grande vertu dont votre cœur est doué, assurent à tous les Haïtiens que le vaisseau de l’État est hors des écueils… »


Le 16, après l’ouverture des travaux de la Chambre, le chef du pouvoir exécutif adressa un ordre du jour aux militaires de la garnison de la capitale, qui, depuis un mois, étaient restés à leurs drapeaux. Il les complimenta sur leur conduite en ces temps d’agitation : « Vous venez de prouver à la fois, et votre indignation contre les menées de la malveillance, et votre respect pour la loi. Votre conduite vous fait honneur et couvre de confusion vos calomniateurs ; vous pouvez vous en glorifier, vous serez toujours, comme je l’espère, les fidèles défenseurs de l’Etat, l’effroi des méchans ; et vous justifierez constamment ma confiance en vous. »

Dans ses séances des 21 et 22 avril, la Chambre examina la conduite des représentans qui, sans une permission d’elle, avaient quitté la capitale pour se rendre dans leurs communes respectives. Elle leur accorda un délai de vingt jours pour rentrer dans son sein ; et que ce délai expiré, ceux qui ne s’y conformeraient pas, seraient considérés comme « démissionnaires, » et leurs suppléans seraient appelés à les remplacer. Le 29, elle prononça la déchéance de M. Rinchère, sur la connaissance acquise du jugement qu’il avait encouru et de son exécution : elle appela son suppléant, ainsi que ceux des quatre éliminés de 1839, à venir siéger en leur place. Mais aucun de tous ces suppléans, également de l’Opposition, n’obtempéra à cette invitation.

Une fois entrée dans la voie des rigueurs, la Chambre des communes ne pouvait guère s’y arrêter. Le n° 3 du Manifeste du 17 avril lui en fournit une nouvelle occasion : elle considéra cette feuille, qui parlait de la séance du 12, comme « fausse, dérisoire, dangereuse et blessant la dignité de la représentation nationale. » En conséquence, elle dénonça M. Dumai Lespinasse, auteur de l’article, au grand juge pour qu’il ordonnât des poursuites contre lui. Le ministère public obtint un jugement par défaut du tribunal correctionnel qui le condamna à une année d’emprisonnement. Mais M. Dumai Lespinasse partit pour la Jamaïque[4].

On remarquera que, par suite des éliminations prononcées et des démissions constatées par la Chambre, à raison de l’abstention volontaire de plusieurs de ses membres, environ une douzaine de communes ne s’y trouvaient pas représentées, et que parmi ces dernières figuraient quatre chefs-lieux de département : le Port-au-Prince, les Cayes, les Gonaïves et Santo-Domingo. La ville du Cap-Haïtien n’était elle-même représentée que par M. J.-B. Tassy, — M. T. Dejoie, second représentant, s’étant abstenu.

L’abstention volontaire était déjà une protestation publique contre l’inconstitutionnalité des décisions de la Chambre ; mais, considérée par elle comme « démission » de la part des représentans, elle prenait un caractère aussi grave que celui des éliminations que cette législature n’avait-pas plus le droit de prononcer que la précédente.

Une telle situation devenait un danger réel pour la stabilité des institutions ; elle devait porter tous les esprits à réfléchir sur les procédés de la Chambre, et du gouvernement qui ne parlaient que de leur maintien. Aux yeux de l’Opposition, ce n’étaient déjà que de vains mots ; à ceux des citoyens qui étaient désireux de tranquillité, de paix publique, ces procédés n’étaient que de flagrantes irrégularités qu’on ne pouvait défendre par aucun raisonnement. Et était-il possible que les fonctionnaires de l’État, que les chefs militaires, que l’armée tout entière, ne fussent pas influencés par l’Opposition qui plaidait en faveur des principes conservateurs de la constitution elle-même, toute défectueuse qu’elle la trouvât ?

Alors, que devait faire Boyer, avec le concours qu’il trouvait dans la Chambre des communes, désormais obligée à faire des actes propres à réparer au moins, à pallier ceux que nous venons de relater, — avec l’appui que lui assurait le Sénat dans la marche du gouvernement ? Il devait, plus que jamais, faire-usage de l’initiative attribuée au Président d’Haïti pour proposer, dans cette session même, bien des projets de loi que l’opinion réclamait ; il devait ordonner bien des mesures d’administration reconnues urgentes ; il devait, enfin, se mettre à la tête des réformes jugées utiles par les esprits les moins prévenus contre lui. En agissant ainsi, il fût entré dans la voie indiquée par le message du Sénat en date du 19 mars, à côté de l’idée exprimée dans ce message, d’une « dictature temporaire » qui n’était plus nécessaire, puisque la Chambre des communes avait, non-seulement écarté les éliminés de 1839, mais tous les autres membres de l’Opposition.

Supposons un instant que Boyer eût senti la convenance, la nécessité de renoncer aux attributions ministérielles qu’il s’était fait donner par la loi subsistante de 1819, relative aux grands fonctionnaires, et qu’il eût saisi cette circonstance grave pour proposer au corps législatif la création d’autres offices de secrétaires d’État, comme le permettait la constitution. En les organisant de manière à laisser à ces ministres des attributions réelles pour administrer leurs départemens, et à ne réserver au chef de l’État que l’impulsion gouvernementale ; en les instituant pour former un conseil, présidé par lui, qui délibérerait avec lui sur toutes les mesures de gouvernement et d’administration jugées utiles au bien public, afin que la responsabilité ne pesât pas sur lui seul ; en appelant à ces hautes fonctions un homme de chaque département territorial, pour satisfaire aux susceptibilités locales, même aux amours-propres et aux vanités individuelles ; si Boyer eût pris cette résolution, en même temps qu’il eût agi comme nous venons de le dire, et qu’il eût fait des promotions dans l’armée, n’aurait-il pas réduit l’Opposition à l’impuissance ? Il avait en sa faveur, depuis vingt-quatre ans, des faits éclatans qui avaient marqué son administration, qui la recommandaient aux esprits judicieux, par le patriotisme qu’il y avait déployé ; ses lumières, sa modération, même dans les circonstances où il avait paru très-énergique pour soutenir son pouvoir, étaient des garanties pour la nation. Les opposans, quels qu’ils fussent, pouvaient-ils lui en offrir autant ? Au fait, l’arme de l’Opposition n’était maniée que par des avocats qui n’avaient jamais pratiqué les affaires publiques, et qui, par ce motif, ne pouvaient pas inspirer la même confiance que ce chef ; on fût resté sourd à toutes leurs déclamations postérieures, tout en leur tenant compte, sans doute, des réclamations qu’ils avaient faites en faveur du progrès.

Il est, pour tout gouvernement qui est attaqué par l’opinion publique, un moment solennel qu’il faut savoir saisir afin de la ramener à lui ; s’il laisse échapper cette occasion, il est perdu ! Malheureusement pour le pays, tel devait être le sort de celui de Boyer ; les défauts de son caractère l’y entraînaient, malgré les lumières de son esprit.

On a vu, dans le chapitre précédent, quelles étaient ses dispositions au 6 février, à propos de quelques mesures qui lui furent conseillées par le général Inginac. Celui-ci, par ses ordres, avait fait rédiger le projet de loi sur l’instruction publique, le seul qui fût préparé pour la session législative ; mais Boyer en avait fait retrancher ce qui concernait l’établissement d’écoles secondaires dans les principales villes qui n’auraient point de lycées, telles que les Gonaïves et Saint-Yague, chefs-lieux de département, Jacmel et Jérémie, chefs-lieux d’arrondissement. Voici un extrait de son message à la Chambre des communes, en lui adressant ce projet :

« Le projet de loi qui accompagne le présent message établit une école primaire dans chaque chef-lieu d’arrondissement où il n’en existe pas encore. De cette manière l’instruction élémentaire, la plus nécessaire de toutes, sera également répartie sur les divers points du territoire, et partout à la portée du peuple. La création de trois lycées dans les villes des Cayes, du Cap-Haïtien, de Santo-Domingo, offrira à la jeunesse, dans ces grands centres de population où le besoin d’une instruction plus élevée se fait sentir, les moyens de se préparer à remplir dignement les différentes carrières auxquelles elle se destinera[5]… »

Dans l’état actuel des choses, ce projet était insuffisant ; néanmoins, la Chambre, qui avait reçu trois jours auparavant les comptes généraux de la République renvoyés à l’examen de son comité des finances, s’empressa de prendre lecture de ce projet ; le 7 mai elle le discutait pour la deuxième fois. Quelques jours après, Boyer le lui fit demander, sous prétexte de le retoucher : le fait est, que la grande catastrophe du 7 mai, — le tremblement de terre, — l’avait porté à le retirer toui à fait par motifs d’économie. Inutile de dire qu’il ne fut plus question du budget de 1843 qui avait été préparé par les soins de MM. Pilié et Inginac.

Lorsque ce dernier eut vu retirer le projet de loi sur l’instruction publique, tout insuffisant qu’il fût, il fit appeler M. B. Ardouin, alors président du Sénat, et il lui dit : « Savez-vous que le Président a retiré ce projet ? — Non. » — C’est ce qui a eu lieu cependant. J’ai inutilement fait tous mes efforts pour persuader le Président de laisser voter cette loi, qui serait quelque chose dans la situation où nous sommes. Il m’a répondu qu’il y aura trop de dépenses à faire, par suite de cet affreux tremblement de terre, et il ne veut plus entendre parler du budget. Allez donc le voir, je vous en prie, peut-être serez — vous plus heureux que moi. »

Le lecteur pressent que le sénateur ne fut pas plus heureux que le secrétaire général ; il échoua complètement dans sa démarche. « Comment voulez-vous, lui dit Boyer, qu’on établisse un lycée au Cap-Haïtien renversé de fond en comble, et dont la population est à moitié sous les ruines ? — Mais, Président, les villes des Cayes et de Santo-Domingo sont debout ; elles peuvent avoir leurs lycées, le Cap-Haïtien devra être relevé, il aura le sien plus tard. — Il est impossible de faire de semblables dépenses, ni pour le Cap-Haïtien, ni pour les autres villes, lorsqu’il faut aller au secours des populations qui ont éprouvé un si grand désastre, lorsque tous les édifices publics, renversés, exigeront des sommes énormes pour leur reconstruction[6]. »

La Chambre des communes n’eut donc à rendre que deux lois : l’une qui fut proposée par le pouvoir exécutif, pour exempter de l’impôt foncier et de celui des patentes, les habitans des communes des départemens de l’Artibonite, du Nord et du Nord-Est, qui avaient été dévastées par le tremblement de terre ; l’autre qu’elle vota d’elle-même, pour prélever les mêmes impôts dans les autres départemens. Ce furent là tous les travaux législatifs de cette année. La Chambre élut en outre sept sénateurs : MM. Cerisier, Daguerre, J. Paul, S. Villevaleix, E. Berthomieux, Corvoisier et Bénis[7].

La plupart des représentans des localités victimes du fléau avaient hâte de retourner à leurs foyers pour s’assurer du sort de leurs familles. Aussi bien, leur oisiveté à la capitale aurait pu les dispenser de continuer à siéger. On remarquait sur leurs figures le signe du découragement, après avoir sacrifié les principes constitutionnels au repos et à la paix de la République. Ils ne trouvèrent point, — il faut le dire, — une compensation auprès du pouvoir exécutif : jamais Boyer ne parut plus éloigné de laisser penser que la Chambre des communes avait été intimidée par l’appareil de la puissance militaire, indépendamment de la conviction réelle plus ou moins forte, de chacun de ses membres, qu’il fallait à tout prix cesser toutes ces agitations qui troublaient le pays. Des attentions prévenantes, de la part du Président, eussent été de bon goût, du moins, dans de telles circonstances ; car si un gouvernement veut être soutenu avec dévouement, il faut qu’il sache faire beaucoup en faveur de ceux qui lui en donnent des preuves. Aucun chef ne pratiqua mieux cette maxime que Pétion : aussi on personnifiait la patrie en lui.


Le tremblement de terre que l’île d’Haïti tout entière éprouva le 7 mai, et qui fut ressenti en même temps à Porto-Rico, à Cuba, à la Jamaïque, à la Nouvelle-Orléans et dans tous les États du sud de l’Union américaine, fut un de ces fléaux destructeurs qui frappent l’imagination de l’homme, en le pénétrant d’une invincible terreur en présence de la nature et de son auteur. Depuis la découverte de l’Amérique, bien des événemens semblables ont frappé ces différens pays : le nôtre garde le souvenir de ceux qu’il a essuyés en 1564, 1684, 1691, 1701, 1713 ; 1734, 1751 et 1770 ; il gardera encore le souvenir de celui de 1842, car il fut effroyable. Commencé heureusement vers 5 heures et demie de l’après-midi, il dura cinq minutés entières. Tout le côté nord de l’île, depuis la presqu’île de Samana jusqu’au Môle Saint-Nicolas, fut la partie la plus tourmentée. On remarqua que, pendant ces cinq minutes, la terre éprouvait un mouvement oscillatoire de l’est à l’ouest : dans le Nord, il y eut aussi trépidation, ce qui fut cause de la chute de toutes les constructions en maçonnerie. En une minute au plus, celles des villes du Cap-Haïtien, du Port-de-Paix, du Môle Saint-Nicolas, du Fort-Liberté et de Saint-Yague, n’étaient qu’un monceau de décombres. Au Cap-Haïtien, il périt environ 5, 000 âmes, la moitié de la population ; au Port-de-Paix, environ 200 ; à Saint-Yague, 200 ; dans les autres lieux un peu moins. Au Port-de-Paix, la mer se retira à 200 pas du rivage et revint ensuite pour envahir la ville à plus de 15 pieds de hauteur : ceux qui avaient échappé à la chute des édifices, furent noyés. À Saint-Yague, la rivière d’Yaque se partagea en deux portions, laissant un passage a sec ; la portion supérieure remonta vers sa source, puis revint avec impétuosité se réunir à l’autre. Au Fort-Liberté, à Monte-Christ, la mer se joignit aux eaux des rivières du Massacre et d’Yaque pour inonder les campagnes voisines. Des sources d’eau salée et de bitume surgirent dans plusieurs montagnes sur le littoral. Durant toute la journée du 7, l’atmosphère était chargée de nuages et il ne venta point ; aussi la chaleur était étouffante : vers midi, on avait aperçu un météore igné.

Aux Gonaïves, à Saint-Marc, au Port-au-Prince, à Santo-Domingo, toutes les constructions en maçonnerie furent plus ou moins lézardées ; plusieurs furent renversées dans les deux premières villes. Partout, les édifices publics subirent le sort de ceux des particuliers[8]. Au désastre déjà si grand, par le renversement des propriétés, se joignit bientôt un incendie dans les charpentes, occasionné par le feu des cuisines : c’est ce qui arrive toujours en pareil cas. De sorte que les malheureux habitans qui se trouvaient sous les décombres, ou blessés ou non, périrent par le feu avant qu’on pût leur porter secours. Des secousses plus on moins violentes suivirent le tremblement de terre dans la nuit du 7 au 8, dans les journées du 8 et du 9, et pendant quelques jours encore.

C’était un affreux malheur pour le pays, et surtout pour les départemens frappés plus spécialement par le fléau. On eut à regretter que des actes de brigandage furent commis en cette circonstance douloureuse. Dès le matin du 8 mai, les campagnards de l’arrondissement du Cap-Haïtien se ruèrent sur les débris de cette ville pour piller ses infortunés habitans occupés à dégager, autant que possible, leurs parens qui étaient sous les décombres. Il faut dire cependant, — car c’est la vérité, — que des habitans mêmes de cette ville leur avaient tracé le mauvais exemple de cette coupable convoitise : le sens moral fit place à un brutal égoïsme ne rêvant que spoliation. Les uns et les autres profitèrent de la désorganisation de l’autorité publique dans cette ville ; car le général Charrier, commandant de l’arrondissement, le colonel C. Leconte, commandant de la place, presque tous ses adjudans et d’autres fonctionnaires, étaient ou blessés ou morts. À Saint-Yague, il y eut semblable chose, mais parce que là, le curé, mû par la superstition, avait porté les habitans à abandonner la ville pour se fixer dans un endroit éloigné de son site[9]. Au Port-de-Paix, les campagnards ayant tenté d’agir de la même manière ; le colonel Alin, commandant de l’arrondissement, en fit prévotalement fusiller un qui fut arrêté en flagrant délit : l’ordre se rétablit immédiatement. À la nouvelle qui leur parvint du pillage qui se commettait au Cap-Haïtien, les généraux Obas et Mouscardy rassemblèrent les troupes des arrondissemens du Limbe et de la Grande-Rivière, et s’y rendirent pour rétablir l’ordre. Le colonel Phélipe Basquez se porta également à Saint-Yague avec les gardes nationaux de l’arrondissement de la Véga, le colonel Cadet Antoine, avecceux de Puerto-Plate. Ces divers officiers supérieurs organisèrent, en outre, des secours en vivres du pays qui furent apportés dans ces deux villes[10]. Au Cap-Haïtien, les chefs de bataillon Bottex et Bélonie Narcisse prirent d’eux-mêmes un commandement provisoire, mais nécessité par la circonstance, afin d’arrêter le pillage et de pourvoir aux besoins des habitans. Le curé Torribio contribua beaucoup aussi, par ses exhortations évangéliques, ou à diminuer le mal ou à faire venir des vivres des campagnes environnantes.

À la première nouvelle du désastre des villes du Nord, le Président y avait expédié des officiers pour savoir l’état réel dea choses, et ordonné l’achat de farines et d’autres comestibles pour y être envoyés. Le citoyen Pierre Morin se distingua par son zèle patriotique, en faisant charger ces provisions sur sa goëlette, sans exiger aucun fret et après avoir contribué à une souscription publique qui fut ouverte par le conseil des notables de la capitale : le citoyen Guerrier l’imita en offrant aussi son bâtiment pour un second envoi. En citant tous ces noms, pour rendre hommage à la vérité et aux sentimens qui guidaient ces personnes, nous nous plaisons encore à mentionner ceux des commerçans étrangers, particulièrement MM. Seeger et Tweedy, et ceux des commerçans nationaux, MM. Mirambeau frères, Preston, Aug. Elie, A. Dupuy, Rowe, etc., qui contribuèrent largement à la souscription. Du reste, presque tous les habitans de la capitale y prirent part. Les femmes s’occupèrent de suite à fournir de la charpie et du vieux linge pour le pansement des blessés. Les officiers de santé Lahens, Chrisphonte, Marchand et Jean, furent envoyés dans ce but par le gouvernement, et à eux se joignirent spontanément deux anciens élèves de l’école de médecine, MM. Siméon Daguerre et C. Landais. À Jacmel, aux Cayes, à Jérémie et dans d’autres villes, des souscriptions eurent également lieu en faveur des victimes du fléau.

L’Histoire se doit à elle-même, de ne pas omettre un nom ou un fait qui peut être loué devant la postérité. C’est en lui révélant les belles et bonnes actions, que les générations apprennent à les imiter pour honorer leur patrie, de même qu’elles se gardent de celles qui méritent le blâme.

Lorsque Boyer apprit les désordres survenus au Cap-Haïtien, il ordonna de rassembler quatre régimens pour s’y porter ; mais ayant su ensuite que les généraux circonvoisins avaient rempli cette tâche, il contremanda cet ordre, par la raison que ce serait accumuler des bouches inutiles sur le lieu du sinistre où les provisions manquaient. Il fit paraître une proclamation, le 18 mai, dans laquelle il exprima une vive indignation à propos de ces actes condamnables[11].

Mais l’Opposition, toujours active et prête à saisir les moindres occasions de censurer le gouvernement, se plaignit de l’inaction du pouvoir central en cette circonstance. Elle lui reprocha de n’avoir pas même envoyé au Cap-Haïtien un officier de grade élevé (ceux qui y allèrent n’étant que de grades inférieurs), pour le représenter auprès des populations victimes de ce désastreux événement et leur porter des paroles de sympathie, en même temps qu’il fetait punir, sur les lieux, les campagnards qni s’étaient joints aux citadins pour piller leurs infortunés concitoyens. Elle eût voulu que des sommes d’argent fussent immédiatentent distribuées aux plus nécessiteux, et qu’un million de gourdes fût affecté pour la réédification du Cap-Haïtien seul, à, cause de son importance politique et commerciale.

Il y avait certainement de l’exagération dans ces désirs, mais les plaintes étaient assez fondées. Lorsqu’une calamité extraordinaire frappe de ses rigueurs une partie de la population d’un pays, il est du devoir de son gouvernement de montrer une active sollicitude envers elle ; et si le chef de l’État lui-même ne peut se porter sur les lieux pour lui donner des témoignages de sa sympathie, la consoler par des paroles qui expriment ses sentimens personnels, qui l’encouragent dans son affliction, il ne doit pas se reposer seulement sur les autorités locales, il doit se faire représenter par un fonctionnaire, d’un rang élevé dans la hiérarchie gouvernementale[12]. Boyer aurait donc pu employer ce dernier moyen ; les ministres de l’État étant des hommes moins valides que lui-même, des généraux, même des sénateurs auraient pu être expédiés au Cap-Haïtien, au Port-de-Paix, à Saint-Yague, pour agir en son nom ; revêtus momentanément de la représentation de son autorité pour cet objet spécial, leur présence eût été d’un bon effet, et sur le cœur des infortunés qui gémissaient de la mort de leurs parens et de la perte de leurs propriétés, et sur l’esprit du reste de la nation.

Mais le président Boyer avait le malheur de croire qu’il ne devait se reposer que sur lui-même, en toutes choses. Arrivé à 66 ans, son ancienne activité physique et intellectuelle n’était plus la même ; il ne soupirait évidemment qu’à obtenir une grande quiétude dans l’exercice de son pouvoir. La dernière crise parlementaire, terminée si facilement, la lui procurait, et il s’y plaisait, sans entrevoir, peut-être, qu’il y avait un abîme au fond de cette situation anormale.

Cependant, les faits imputés à plusieurs individus résidant au Cap-Haïtien, pour avoir pris part au pillage de cette ville, étaient trop révoltans pour que le gouvernement n’en recherchât pas les preuves, afin de les faire poursuivre et punir. À cet effet, une commission d’enquête, composée de grands fonctionnaires et d’autres personnes, entendit les accusateurs et les inculpés. Ses opérations eurent lieu avec une lenteur inévitable, puisqu’il fallait appeler de si loin les uns et les autres ; elle mit plusieurs mois à cette enquête qui se termina par le jugement et la condamnation de deux personnes seulement, le colonel Bobo et le capitaine Emile Moreau, à trois années d’emprisonnement ou de réclusion[13]. Les autorités reconstituées au Cap-Haïtien, ayant saisi bien des objets pillés, un avis officiel, du 6 août, accorda un délai de deux mois pour les réclamer, faute de quoi ils seraient vendus à l’enchère, pour être le produit de cette vente réuni au montant des souscriptions en faveur des victimes du tremblement de terre.

Un arrêté du Président, de la même date, ordonna le retrait intégral des billets de caisse de dix gourdes qui étaient encore dans la circulation. Déjà, les deux tiers des billets de cette quotité, émis par le trésor, en avaient été retirés et anéantis. L’arrêté fixa le 31 octobre suivant comme délai pour la cessation de la circulation de ces billets et leur démonétisation. En conséquence,’à partir du 6 août, le trésor dut rembourser leur valeur en piastres, à raison de 50 gourdes de billets pour un doublon ; ce qui eut lieu. Il fut constaté ensuite, par un avis officiel du secrétaire d’État publié le 12 novembre : que le trésor avait émis une somme de 2,196,000 gourdes depuis le 26 mai 1827 jusqu’au 30 septembre 1839, et qu’au 25 octobre 1842, il avait retiré celle de 2,195,850 gourdes, que partant, il ne devait plus y avoir que 170 gourdes à rembourser, ou 17 billets de 10. Biais, à cette date, il s’en présentait encore une grande quantité. Boyer fut excessivement irrité de ce résultat qui prouvait, ou qu’il y avait eu fraude, ou qu’il y avait eu négligence dans les opérations du retrait, en acceptant de faux billets qui circulaient. Enfin, après deux jours d’hésitation, il ordonna à l’administration de passer par ces fourches caudines, afin de ne pas porter atteinte au crédit de l’État ; le trésor remboursa donc une valeur de 179,000 gourdes en sus de l’émission totale.

Ce surplus énorme pouvait provenir réellement de l’acceptation de faux billets par le trésor, non-seulement dans cette dernière opération, mais antérieurement dans le retrait successif des billets de cette quotité ; car on en avait remarqué qui étaient fort bien contrefaits, et il n’était pas possible de vérifier cette masse par les cahiers à souche du trésor, puisque les talons s’usaient promptement dans la circulation.

Selon son habitude, l’Opposition tira parti de la courte hésitation du gouvernement, pour l’accuser de vouloir manquer à ses engagemens envers le public : ce qui accrut l’irritation du Président. Chaque jour apportait donc son contingent aux causes diverses d’un divorce entre le chef de l’État et une portion de la nation.

Bientôt après, une nouvelle circonstance se présenta à la capitale, que l’Opposition exploita encore.

Le gouvernement avait ordonné que la corvette de la République, la Pacification, allât en croisière sur les côtes du Nord, afin d’y faire la police, d’arrêter les contrebandiers qu’on disait être dans ces parages. Ce navire était commandé par l’enseigne Candiau Michel qui, n’en trouvant pas, se crut obligé de prouver néanmoins le zèle qui l’animait. Il rencontra deux bâtimens espagnols, la Golondrina et la Nuestra Senora del Carmen, qui, venant d’Espagne, se rendaient à l’île de Cuba, chargés de comestibles et d’autres marchandises. Candiau les arrêta, mit garnison à leur bord, abaissa le pavillon espagnol et y substitua celui d’Haïti, prétendant que ces deux bâtimens, l’un felouque, l’autre goëlette, étant très-près de terre, lui paraissaient être, le premier un pirate, le second une prise qu’il aurait faite. Opérant cette capture le 5 novembre, Candiau se rendait au Cap-Haïtien avec les deux bâtimens, quand une tempête contraignit la goëlette à relâcher au Môle, et la Pacification aux Gonaïves : la felouque entra seule dans le premier port. C’était là qu’il se proposait de vérifier si ses soupçons étaient fondés ; mais la goëlette ayant rejoint la corvette haïtienne, elles vinrent au Port-au-Prince, sur l’ordre du gouvernement qui, ayant appris ces faits, voulait avoir l’explication de la conduite de Candiau. Le 18, il comparut devant une commission de hauts fonctionnaires avec les deux capitaines espagnols qu’il avait retenus abord de la Pacification. La commission reconnut le tort qu’il avait eu de capturer ces bâtimens ; elle ordonna la remise de la goëlette à son capitaine, en attendant l’arrivée de la felouque mandée au Cap-Haïtien. Mais ce capitaine s’aperçut que deux aspirans haïtiens avaient pris des objets pour une valeur de 534 piastres et 25 centimes : cette somme lui fut aussitôt payée par le trésor, et les aspirans déférés au jugement d’un conseil spécial militaire qui les condamna à trois années de réclusion. Lorsque la felouque arriva, son capitaine reconnut aussi qu’il avait été pris à son bord des objets dont la valeur était de 69 piastres, que le trésor lui remboursa.

Les deux capitaines espagnols paraissaient satisfaits, et des égards que Candiau avait eus pour eux à son bord, et de la décision de la commission, et des restitutions qu’elle ordonn., Cependant, étant aux Gonaïves, ils avaient eu l’idée de faire un protêt contre l’arrestation illégale de leurs bâtimens. Ils le formulèrent au Port-au-Prince, à la chancellerie du consulat de France, vu l’absence d’un consulat espagnol dans la République. On ne peut nier qu’un tel acte ne leur fût commandé dans l’intérêt de leurs armateurs, puisque ces bâtimens avaient été capturés mal à propos et détournés de leur route depuis, un mois : ils le firent le 4 décembre, en y consignant une réclamation de 14,000 piastres comme indemnité justement due. Mais il paraît qu’à cette chancellerie, il leur fut suggéré de réclamer aussi une réparation, pour l’honneur du pavillon espagnol qui avait été abaissé sans motif sur leurs navires. Ils présentèrent ce protêt à la commission des hauts fonctionnaires ; et M. Levasseur, agissant comme consul général d’une puissance amie de l’Espagne, voulut intervenir pour appuyer leurs réclamations. La commission déclina cette intervention et décida, en présence des deux capitaines appelés à cet effet : « qu’il n’était point dû de réparation pour le pavillon espagnol, attendu qu’aucun outrage ne lui avait été fait ; et qu’il n’était pas non plus dû d’indemnité aux deux capitaines, parce que le retard que pouvaient avoir éprouvé la Golondrina et la Nuestra Senora del Carmen n’était que le résultat de circonstances fortuites et indépendantes de la volonté du gouvernement de la République[14]. »

C’étaient là de mauvaises raisons ; car il est admis en principe, que tout gouvernement est responsable du fait de ses agents, commis au détriment des droits d’une nation étrangère ou de ses sujets, sauf à lui de punir ces agents selon les lois de son propre pays. Or, la commission avait reconnu le tort de Candiau Michel pour avoir capturé, sans motifs valables, les deux bâtimens espagnols. Probablement, sa décision lui était inspirée par l’intervention de M. Levasséur dans cette affaire ; elle ne vil que lui, suggérant les réclamations sous ces deux rapports. Eh bien ! en admettant qu’il en fût ainsi, ce consul général étant requis de donner son assistance aux sujets d’une puissance amie, ne faisait que ce qu’il aurait fait et dû faire si des navires français s’étaient trouvés dans le même cas des navires espagnols. On doit toujours avoir égard au droit d’autrui et au respect qu’exige une nation pour son pavillon, puisqu’on voudrait pour soi-même le même égard. Que M. Levasseur ait été influencé aussi par sa position envers le gouvernement haïtien qui avait fait demander son rappel par l’amiral Arnous, peu devait importer à ce gouvernement, s’il avait suggéré une juste réclamation.

Le 6 décembre, les deux navires espagnols partirent du Port-au-Prince et se rendirent à l’île de Cuba. Il paraît qu’avant leur arrivée dans cette île, le gouverneur général avait appris leur capture. Le 14, la corvette à vapeur Congreso, commandée par Don José M. de Pointillo, vint de sa part les réclamer. Cet officier adressa à cet effet une lettre fort polie à Boyer, dans laquelle il demandait la cause de la détention de ces navires et si leurs capitaines n’avaient pas protesté à ce sujet, tout en remerciant le Président d’avoir ordonné qu’ils fussent remis en liberté de continuer leur route. Le 15, le secrétaire général lui répondit et lui donna les explications relatées ci-dessus. Le même jour, M. de Pointillo adressa une nouvelle lettre à Boyer et lui dit : qu’il avait pris connaissance et copie, qu’il lui envoya, du protêt formulé au consulat français ; qu’il trouvait juste la demande d’indemnité et qu’il priait le Président de l’accorder ; qu’enfin, il réclamait lui-même une réparation pour le pavillon espagnol, laquelle il espérait du Président, « en promettant de correspondre de suite à toutes les démonstrations de satisfaction qu’il pourrait recevoir. »

Mais le 16, le secrétaire général eut l’ordre de lui répondre négativement sur ces deux points, « attendu que le gouvernement haïtien avait fait tout ce qu’il devait faire dans cette circonstance, et que le pavillon espagnol n’avait reçu aucun outrage. » Il ajouta : « qu’il serait déplorable que des réclamations pour des faits qui n’ont point existé, donnassent lieu à des difficultés que le gouvernement espagnol, bien informé de ce qui s’est passé, ne chercherait certainement point à faire naître[15]. »

Après avoir reçu cette dépêche, M. de Pointillo partit pour Cuba, et le gouvernement destitua l’enseigne Candiau Michel de son commandement.

Dans l’intervalle, la frégate espagnole Isabelle II avait capturé les goëlettes Amitié et Jeanne, caboteurs haïtiens, en forme de représailles, et les avait amenées à Saint-Yague de Cuba, en y laissant le pavillon haïtien et les équipages et les passagers qui furent traités avec tous les égards possibles ; les passagers eurent la faculté de se promener dans la ville, et l’un d’eux ayant été malade, il fut soigné par un médecin aux frais des autorités.

Le 5 janvier suivant, le Congreso reparut au Port-au-Prince, et M. de Pointillo reproduisit, au nom du gouverneur général de Cuba, la demande de réparation envers le pavillon espagnol, en se déclarant prêt, de nouveau, à y répondre de manière à honorer le pavillon haïtien. À l’égard de l’indemnité, il dit : que le gouverneur général se reposait entièrement sur la bonne foi du gouvernement haïtien pour en fixer le chiffre de concert et d’après une juste appréciation du tort occasionné par la capture des navires de sa nation. Cet officier conféra au sujet de ces deux choses, avec une commission de fonctionnaires réunie chez le secrétaire général. Les deux demandes furent alors admises comme étant justifiées par les faits. En conséquence, le fort Alexandre tira une salve de 21 coups de canon ; au premier coup, la Pacification arbora le pavillon espagnol à son grand mât. Le Congreso hissa également le pavillon haïtien à son grand mât, en répétant la salve. Cette corvette retourna de suite à Saint-Yague d’où elle revint le 24 janvier, ayant à son bord un haïtien passager de la goëllette Jeanne, qui attesta des faits ci-dessus relatés. La demande d’indemnité fut portée au chiffre de 1900 piastres qui furent alors payées par le trésor. Au retour du Congreso à Saint-Yague, les deux caboteurs haïtiens furent relaxés, après avoir reçu, chacun, des provisions pour 25 jours, de la part des autorités de cette ville.

Telle fut, enfin, la solution de cette question internationale, qui aurait dû être ainsi résolue dès le premier moment.

Il est à remarquer que, pendant leur séjour au Port-au-Prince, les capitaines espagnols s’étaient enquis des commerçans de cette ville, de tout ce qui pouvait établir des relations fructueuses entre Haïti et l’Espagne, sous le rapport de l’échange des produits de ces deux pays. M. de Pointillo lui-même, qui se conduisit dans cette affaire avec toute l’urbanité d’un chevalier espagnol, fut chargé de prendre des renseignemens à ce sujet et de demander un exemplaire du tarif des douanes haïtiennes qui lui fut remis par le général Inginac. De sorte que, de la malencontreuse capture commise par l’enseigne Candiau Michel, allaient naître, entre l’Espagne et Haïti, des relations commerciales qui eussent rapproché les deux nations, si la révolution de 1845 ne fût survenue[16]. Ainsi il en avait été de la mission de Dravermann, en 1814, entre la France et la jeune République.

Il est presque inutile de parler du rôle que joua l’Opposition durant cette affaire : on peut le concevoir. Le journal le Manifeste alla jusqu’à proposer qu’il fût établi un impôt extraordinaire de 4 millions de piastres, pour subvenir aux frais d’armement d’une flotte qui, partant d’Haïti avec des troupes, irait faire la conquête de Cuba, en y proclamant la liberté générale des esclaves de cette île, en y incendiant tous les établissemens agricoles. Et lorsque le gouvernement accorda les justes demandes réclamées, ce fut un concert de malédictions jetées par les patriotes qui aspiraient à régénérer le pays. C’est qu’alors, ils étaient dans le secret de ce qui se préparait contre lui.

À Jérémie, où s’élaboraient, comme aux Cayes, comme au Port-au-Prince et ailleurs, des idées révolutionnaires, c’était dans des « banquets patriotiques » qu’elles se manifestaient assez clairement. Les opposans imaginèrent ces réunions, qu’ils faisaient dans les campagnes sur les habitations des petits propriétaires, pour mieux les endoctriner. Par des discours, par des toasts, ils excitaient les désirs de ces paisibles citoyens en faveur du nouvel ordre de choses qu’ils espéraient fonder, en leur promettant surtout une vente plus avantageuse de leurs produits, et l’achat des marchandises étrangères à un prix au-dessous de leur valeur actuelle ; car, selon eux, la mauvaise administration de Boyer, le papier-monnaie qu’il avait fait émettre par le trésor, le payement des droits d’importation en monnaies étrangères, etc., n’étaient que des mesures calculées pour amener la misère du peuple. Hélas ! en tenant ce langage passionné contre le chef qui avait procuré la sécurité des familles par le retour de l’ordre dans la Grande-Anse, les opposans de cette localité n’entrevoyaient pas quelle réaction naîtrait dans les idées des populations, lorsque leur impuissance à mieux faire que lui serait démontrée à leurs yeux !

Aux Cayes, dans les autres principales villes, dans toutes les communes du département dû Sud, où les populations sont si ardentes, si inflammables, c’était le même langage, sinon public, du moins confidentiel ; et là aussi, la même réaction devait avoir lieu.

Comme si le gouvernement lui-même travaillait à sa propre ruine, il ordonna une mesure qui devait y contribuer. Déjà, les fonds perçus dans les ports ouverts au commerce étranger, pour droit d’importation, ayant une destination spéciale, — le payement envers la France, — les administrateurs des finances les expédiaient successivement à la capitale pour être déposés au trésor général. Quand le gouvernement voulut opérer le retrait des billets de dix gourdes, il y avait encore nécessité de les acheminer à la capitale. Mais dans les derniers mois de cette année, Boyer conçut la funeste idée d’y faire envoyer par les administrateurs tous autres fonds, en billets ou en monnaie métallique : de sorte que les appointemens des fonctionnaires publics, la solde des troupes, devaient être touchés au trésor du Port-au-Prince. En décembre, on y vit arriver tous les quartiers-maîtres des corps de l’armée, à l’occasion d’une revue de solde. C’était imposer à ces officiers payeurs un voyage inutile et des frais injustes, en même temps que les troupes devaient s’impatienter du retard mis à recevoir leur solde[17].

Le pays avait fait une grande perte, la ville du Cap-Haïtien particulièrement, par la mort du général E. Bottex arrivée le 10 février de cette année. Nous avons déjà parlé de l’ordre qu’il rétablit et qu’il maintint dans l’arrondissement dont le commandement important lui fui confié en 1837. C’est à lui, à sa sollicitude éclairée, qu’on avait dû la parfaite restauration de la belle église du Cap-Haïtien, qui avait été incendiée en 1802 et qui fut achevée en 1841 : le tremblement de terre du 7 mai n’en a fait que des ruines. On a dit à sa mort, non sans quelque raison peut-être, que le vieux projet de scission entre le Nord et la République avait été repris par certains esprits inquiets, aussitôt qu’il cessa de vivre ; car il s’y était toujours opposé. On a même assuré que, sans le tremblement de terre, cette grave folie eût été essayée dans cette année même. On sait du reste qu’elle fut tentée en 1844.

Le colonel Charrier, fait général de brigade, succéda à Bottex. Ayant eu une cuisse brisée dans l’événement, ce vieil officier ne tarda pas à mourir, et le général Obas resta chargé de cet arrondissement.

Le 24 octobre suivant, un autre vétéran du pays, le contre-amiral Panayoty, mourut à la capitale, sincèrement regretté de tous les gens de bien. Nous avons assez parlé de lui et des grands services qu’il rendit en sa qualité de marin expérimenté, pour ne pas y revenir ici.

Il est remarquable que la mort éclaircissait chaque jour les rangs de cette génération de 1790, au temps où une autre allait lui arracher le pouvoir des mains. Ne furent-ils pas plus heureux de mourir, ceux-là qui n’assistèrent pas à ce spectacle, que ceux qui le virent ?…

Au moment où nous allons relater ce fait déplorable, nous croyons devoir présenter ici le résultat obtenu dans l’administration du pays, par le chef qui le gouvernait et qui appartenait à cette première génération. Le tableau suivant complétera celui que nous avons fourni à la fin de l’année 1826, pour les principaux produits exportés et pour la recette et la dépense générales.


Café. Coton Cacao. Sucre. Tabac. Campêche. Gayac. Acajou
1832 49,180.694 0,944,308 350,137 00.578 0,783.436 17,412,276 » » » 3.667.372
1833 31.602,868 1,755,602 361,438 00,379 1.009.098 23,889,645 » » » 4,345,218
1834 46,466,225 1,148,981 370,584 33,515 0,867,048 16,459,304 1,225,143 3,989,918
1835 48,352,271 1,649,697 399,321 01,097 2,086,616 11,091,069 2,202.662 5,419,988
1836 37,623,862 1,068,555 500,780 16,199 1,223,716 05,821,970 0,905,208 4,954,943
1837 30,845,400 1,013,071 266.024 21,843 0,890,569 06,036,238 » » » 4.,98,261
1838 49,820,241 1,170,175 453,418 03,735 1,945,049 07,938,936 » » » 4,880,073
1839 37,889,092 1,635,429 477,414 03,051 2,102,791 25,946,068 » » » 5,903,477
1840 46,126,272 0,922,575 442,365 00,741 1,725,389 39,283,205 » » » 4,072,641
1841 34.114,717 1,591,454 640,616 » » » 3,219,690 45,071,591 » » » 6,009,682
1842 40,739,061 0,880,517 416,827 06,088 2,518,612 19,003,497 1,899,860 4,096,716
  1. Buletin des lois, n° 1er. Toutes les citations qui suivront celle-ci sont égalemeut tirées de ce Bulletin et du n° 2.
  2. Ce brave homme, Africain de naissance, avait su apprendre à lire et à écrire ; mais son accent trahissait son origine, ce qui ne diminuait pas son mérite. Dans un article du Manifeste, M. Dumai Lespinasse raconta cette scène de manière à le tourner en ridicule ; il écrivit ses paroles selon sa prononciation « Ma tête za mes pieds, zé né cédéré pas la fouteille. » Cette plaisanterie amusa les opposans et le public, mais le rédacteur du Manifeste la paya un peu cher.
  3. M. Laudun avait été directeur de l’imprimerie nationale des Cayes. Il fut destitué en 1839, pour un discours qu’il prononça dans un banqnet donné à H. Dumesle ; de là son élection comme représentant : c’était d’ailleurs un homme de mérite.
  4. M. Devimeux et lui, en choisissant cette île pour refuge, indiquaient ainsi à bien des Haïtiens la voie de salut qu’ils suivraient également un peu plus tard.
  5. Notez qu’en 1822, à la réunion de la partie de l’Est, il y avait une université on grand collége à Santo-Domingo, entretenu par le gouvernement espagnol, et que peu après Boyer supprima cet établissement pour y substituer une simple école primaire.
  6. Cependant, 1842 fut une année assez prospère. Les recettes s’élevèrent à la somme de 3,273,435 gourdes, y compris une émission de 236,200 gourdes de billets de caisse, et les dépenses à 2,545,745 gourdes. Il y eut à l’exportation, en chiffres ronds, 41,000,000 de livres de café, 880,000 de coton, 417,000 de cacao, 2,520,000 de tabac, 19,000,000 de campêche, 1,600,000 de gayac, et 4,997,000 pieds réduits d’acajou.
  7. Les cinq premiers entrèrent en fonction, en remplacement de MM. Philippe César, Bouzy et C. Bonneaux, décédés, et de MM. Paret et B. Ardouin. Les deux derniers devaient remplacer, l’année suivante, MM. Pierre André et Viallet.
  8. Le frontispice du palais du Sénat était surmonté des armes de la République, en pierres ; ces armes tombèrent : les opposans considérèrent ce fait comme un présage malheureux pour le Sénat lui-même, un signe précurseur de sa propre chute.
  9. Le Président se vit obligé d’y envoyer l’abbé Péna, natif de cette ville, mais alors curé de la Croix-des-Bouquets, a fin de relever l’abbé Solano auteur de ce fait d’abandon.
  10. Les habitans de Puerto-Plate et de la Véga ouvrirent aussi une souscription en argent au profit de ceux de Saint-Yague.
  11. Boyer fut même malade à cette occasion, tant son tempérament nerveux était impressionnable.
  12. En 1856, on a vu un grand Souverain, un noble cœur, en Europe, se porter lui-même au secours des populations de son Empire qu’une inondation extraordinaire exposait à tous les maux.

    En 1859, le Président Fabre Geffrard a prouvé aussi sa sollicitude envers la population de l’Anse-d’Eynaud, qui subit les désastres d’un ouragan ; ne pouvant s’y transporter, il y a envoyé un officier général chargé de distribuer des secours et d’exprimer ses sympathies.

  13. Les procès-verbaux de l’enquête furent publiés en trois brochures ; ils lévélèrent des faits ignominieux ; le trésor public avait été également pillé. Bobo est le même personnage qui joua un si grand rôle quelques années après.
  14. Télégraphe du 18 décembre, n° 51.
  15. Télégraphe du 18 décembre.
  16. À la fin de mars 1843, le Congreso revenait dans ce but au Port-au-Prince. Ayant appris le départ de Boyer, M. de Pointillo retourna a Cuba.
  17. En décembre, l’administratenr C. Ardouin adressa à M. Pilié une lettre particulière pour lui faire connaître ces inconvéniens. Il lui disait : « On conspire ouvertement aux Cayes ; donnez-moi donc l’autorisation d’échanger contre des billets de caisse les doublons que le trésor vient de recevoir, afin de payer les troupes et les fonctionnaires publics… » Et il fallait cacher ces choses à Boyer, sous peine de passer à ses yeux pour être pusillanime !