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Étude sur le corset/Chapitre 1

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CHAPITRE PREMIER


Aperçu Historique

Dans tous les ouvrages traitant du corset, nous trouvons que son origine remonte aux temps les plus anciens et cependant nous ne pouvons nous empêcher d’observer qu’aucune pièce du vêtement féminin dans l’antiquité n’avait aucune ressemblance quelconque ni lointaine avec ce qu’est le corset d’aujourd’hui, car les plus caractéristiques de ces pièces antiques n’étaient que de simples ceintures destinées à voiler et parfois à soutenir les seins. Ces ceintures étaient, du reste, purement en étoffe, c’est-à-dire se moulant exactement sur les parties ceintes et ne ressemblant ni ne remplissant en rien l’office de nos moules à thorax modernes.

Nos ancêtres les Grecs et les Romains étaient, du reste, bien trop amoureux du Beau et de la perfection des formes naturelles pour tolérer chez leurs femmes des déformations volontaires, et nous voyons cependant qu’à ces époques lointaines la coquetterie féminine ne le cédait en rien à celle d’aujourd’hui et que le soin de la beauté plastique était cultivé à un degré ignoré de nos jours. Quand les Anciens aidaient la Nature, ils cultivaient uniquement les attributs qu’elle leur avait donnés, ce qui a fait dire à Ovide : « Que si les filles d’autrefois prenaient moins soin de leur parure, c’est que les hommes étaient aussi négligés qu’elles. »

 
Corpora si veteres non sic coluere puellæ
Ne veteres cultos si habuere viros.

Le corset, tel que nous l’étudions aujourd’hui, a pris naissance avec la civilisation européenne : il a son berceau dans la chrétienté. Mais l’usage des ceintures s’était introduit depuis les temps les plus reculés. Bouvier, dans ses Recherches critiques et historiques sur le corset, divise en cinq époques les diverses phases qui se succèdent depuis l’usage des ceintures antiques pour arriver au corset moderne.

Première époque : Antiquité. Bandes. Fasciæ.

Deuxième époque : Premier siècle de la monarchie française et une grande partie du moyen âge. Période de transition où l’on abandonne complètement les bandelettes romaines. Commencement des corsages dits « justes au corps ».

Troisième époque : Fin du moyen âge, commencement de la Renaissance : adoption générale des corsages serrés tenant lieu de corset.

Quatrième époque : Corps à baleine, du milieu du xvie siècle à la fin du xviiie siècle.

Cinquième époque : Corsets modernes.

À ces cinq époques, O’Followel, dans son ouvrage sur le corset, en ajoute une sixième : L’époque médicale, avec les corsets dits hygiéniques.


Mont-Refet, dans sa thèse, produit un document datant de 2000 ans avant J.-C. Il consiste en figurines en faïence trouvées dans les fouilles du palais de Knossos, en Crète, représentant des femmes dont le modernisme a quelque peu étonné les archéologues. Ces femmes portent une ceinture ou « mitré », faisant l’office d’un véritable corset auquel vient s’attacher la jupe.

Avant d’arriver à l’antiquité grecque, nous trouvons avec les Égyptiens l’ « ephod », sur lequel nous sommes très peu renseigné : nous savons seulement qu’il ceignait la poitrine et était maintenu par deux bandelettes. Rien ne nous en explique son usage, pas plus que le « pectoral », maintenu sans doute par ces deux bandelettes et appliqué sur la poitrine.

Puis c’est chez les Grecs que nous trouvons, non pas quelque chose qui approche du corset, mais des ceintures diverses que tous les auteurs regardent comme destinées à remplir l’office du corset, quoique tous les renseignements que nous possédions nous montrent ces ceintures n’entrant en rapport qu’avec les seins.

Terence (159 av. J.-C.) signale le premier l’habitude qu’ont les mères de famille de ligoter leurs filles et de leur réduire la quantité d’aliments pour qu’elles fussent à la mode d’alors, « minces comme un roseau ». Galien (131 av. J.-C.), dans son livre sur les causes des maladies, dit : « Les parties constituantes du thorax sont aussi souvent déformées par les nourrices qui les bandent mal dans la première enfance. Mais c’est surtout chez les jeunes filles qu’il nous est donné de voir sans cesse se produire cet effet. Dans le but d’augmenter le volume des parties voisines des hanches et des flancs, par rapport au thorax, les nourrices leur mettent des bandes qu’elles serrent fortement sur les omoplates et tout autour de la poitrine et, comme la pression qui en résulte est souvent inégale, le thorax devient proéminent en avant ou la région opposée, celle du rachis, devient gibbeuse. Il arrive encore quelquefois que le dos est pour ainsi dire brisé et entraîné de côté, de sorte qu’une épaule est soulevée, saillante et en tout plus volumineuse tandis que l’autre est affaissée et aplatie. »

Ceci nous prouve qu’à cette époque on fit parfois abus de ces premiers rudiments du corset, tout comme actuellement on en fait du corset lui-même.

La Mythologie nous représente Vénus parée d’une ceinture donnant la grâce et la beauté et Homère, le chantre de l’Illiade, nous présente Junon, au moment où elle va charmer le maître des dieux, revêtue d’une première ceinture, sorte d’écharpe, et empruntant, en outre, à Vénus son « ceste » où sa fameuse ceinture.

Les ceintures des dames grecques et romaines étaient de plusieurs sortes, selon la partie du corps où elles s’appliquaient ; mais elles peuvent toutes se ramener à deux types : les ceintures ou bandelettes qui entouraient la poitrine, les seins, et celles qui ceignaient le ventre. Les premières servaient soit à soutenir les seins, soit à en augmenter ou en diminuer la saillie. C’étaient les fasciæ pectoralis et ses dérivés qui s’appliquaient directement sur la peau. C’était, chez les Grecs, le « mastodeton », bandeau mamillaire qui se plaçait sous les seins quand on voulait ceux-ci proéminents ; le « strophion », ceinture d’or garnie parfois de pierreries que l’on mettait sous les seins et qui se plaçait par-dessus la tunique intérieure ; l’ « esophion » ; l’ « anamakhalister », véritable brassière passant sous les seins et sur les épaules. Il est quelque part dit qu’au temps d’Aristote toute femme grecque soucieuse de sa beauté mettait comme première pièce du vêtement une ceinture ou « apodesme », qui devint plus tard le « stethodesme » (lien des seins). C’étaient de véritable soutiens-gorge.

Chez les Romains, c’étaient la « castula », le « cingulum », le « fasciæ mammillares, le « tænia », bandelettes plus ou moins étroites comprimant ou soutenant les seins.

Le second groupe comprend les ceintures s’appliquant autour de l’abdomen et des hanches. Il a pour type le « zona », ceinture large appliquée autour des hanches, particulièrement affectée aux jeunes filles. Destinée à soutenir le ventre, c’était une sorte de rempart de la pudeur des femmes ; l’époux seul était autorisé à détacher le zona, d’où l’expression « zonam solvere » (prendre femme).

Notons qu’à cette époque la tunique, formant jupe, était liée à la taille par des cordons, par conséquent les ceintures ne serraient pas, ce qui nous éloigne passablement de l’office et des fonctions du corset moderne. Et cette absence de constriction nous explique l’usage que les femmes, grecques ou romaines faisaient de ces ceintures, dont elles se servaient comme poche ; c’est là, en effet, que l’on serrait les choses intimes, les tablettes, les missives, les souvenirs.

Les époques gallo-romaines ne nous ont laissé aucun document sur la question qui nous occupe ; mais, d’après ce que l’on peut voir sur les gravures du temps, on en conclut que les femmes adoptèrent et subirent la mode romaine, qui se continua sous les Mérovingiens et les Carolingiens. C’est ainsi que dès le début de l’époque gallo-romaine l’on porta, semble-t-il, les bandes et en particulier le « strophium » et le « capitium ». Vers le ive siècle cependant, les femmes soignèrent un peu plus leur parure et, durant quelques années seulement, on voit apparaître les robes justaucorps, dessinant la taille depuis les hanches jusqu’aux épaules. Sous Charlemagne, les robes des femmes sont tellement collantes que « non seulement les côtes, les seins se dessinaient au travers, mais aussi l’ombilic ». Clotilde, la femme de Clovis ier, porte un corsage ajusté au plus près, prenant le ventre, n’ayant qu’une ouverture de dimensions restreintes en haut de la poitrine et lacé dans le dos. Ce justaucorps corsage est en tissu de soie crépelée dont la tension sur les seins fait disparaître la gaufrure. Ces vêtements, qui se continuent sous le règne de Blanche de Castille et de saint Louis et qui s’adaptaient exactement au corps, tenaient lieu de corset surtout lorsqu’ils étaient doublés ; un chroniqueur rapporte même que parfois on les cousait au corps et que les femmes y étaient si étroitement lacées qu’elles ne pouvaient plier ni leurs bras ni leur corps.

Cependant rien de tout cela n’est encore le corset, nous ne trouvons ni tiges ni buscs rigides, non plus que la constriction violente et impérieuse qui s’exerce au niveau de la taille.

C’est au xiiie siècle que les derniers vestiges du costume romain disparaissent peu à peu et que l’on voit les femmes adopter la robe à corsage serré laissant à découvert le cou et le haut de la poitrine. Sous Charles V, pour la première fois, apparaît le mot « corcet » (Joinville), vêtement commun aux deux sexes, fendu des deux côtés et lacé par derrière. Avec Isabelle Stuart, « la surcotte » laisse voir une robe de dessous qui est parfaitement collante sur la poitrine et sur les flancs ; de plus, elle est largement évidée sur les côtés et ce sont ces ouvertures que les ecclésiastiques du temps appelaient les « fenêtres d’enfer ».

Vers 1340, on porte la cotte hardie avec corsage décolleté et dans une telle étendue, que le Père Galvani de la Flamma écrivait : « Quod ostendunt mamillas et videtur quod dictæ mamillæ velint exire de sinu earum. »

Quelques années plus tard, vers 1390, les femmes portent la « sorquame » très ajustée, et tellement que, à celles qui la portaient, il fallait venir en aide « au vestir et au despouillir. »

Aux xive et xve siècles, la femme porte la cotte avec manches étroites et large échancrure : elle était primitivement très longue, mais à partir de 1488 la cotte s’arrête au genou et la ceignant on voit le « demi-ceint », ceinture posée sur la hanche gauche et nouée sur la droite.

Pendant toute cette longue époque que nous venons de passer rapidement nous voyons que les femmes n’ont, en somme, porté qu’une sorte de vêtement de dessus, plus ou moins ajusté, consistant en de simples corsages se rapprochant très peu de nos corsets proprement dits.

À la fin du xve siècle et au commencement du xvie, apparaît la « basquine » ou « vasquine », corset en grosse toile garni d’un busc en bois ou en acier et bordé le plus souvent de fil de laiton, en même temps qu’apparaissait le « vertugadin », bourrelet placé sur les hanches et destiné à faire « baller » la robe. Le caractère le plus saillant du début du xvie siècle, c’est la fine taille ; pour avoir fine taille on serre le buste dans des corsages étroitement ajustés et pour faire ressortir la sveltesse, le costume se trouve composé de deux évasements issus de la ceinture et c’est pour cela que la basquine serrait graduellement la poitrine jusqu’à la taille et que le vertugadin rendait les hanches plus volumineuses.

C’est sous le règne de Henri III que l’on voit apparaître le corps de baleine porté par hommes et femmes. On attribue à Catherine de Médicis cette importation nouvelle, issue des modes florentines. Ce nouveau vêtement ne moula pas les formes, mais devint un moule inflexible qui, de simplement baleiné et rigide qu’il était d’abord, finit par devenir entièrement en acier, comme on peut en voir encore des spécimens aux musées Carnavalet et de Cluny. C’est le corset en entonnoir, en cornet, qui, dès son apparition, souleva les clameurs des voix autorisées de l’époque.

Ambroise Paré en écrit, dans son livre, les effets désastreux. Il raconte la mort d’une dame de la cour, tombée dans le marasme à la suite de vomissements répétés dus à la pression de l’estomac par les corps de baleine pressant tellement sur les fausses côtes qu’il les trouva, à l’ouverture du corps, chevauchant les unes sur les autres. Et il ajoute que « par trop serrer et comprimer les vertèbres du dos, on les jette hors de leur place, ce qui fait que les filles sont bossues ». Il note enfin le corset comme agent d’avortement.

Et le sage Montaigne, dans ses Essais, s’écrie en se lamentant : « Le corset était une sorte de garni qui emboîtait la poitrine depuis le dessous des seins jusqu’au défaut des côtes et qui finissait en pointe sur le ventre… Pour faire un corps bien espagnolé, quelle géhenne ne souffrent-elles point, guindées et sanglées à tour de grosses coches sur les costées et jusques à la chair vifve, oui, quelquefois à en mourir ! » Et plus loin, il se plaint de l’inconstance du peuple qui, à chaque instant, change de mode « quand il portoit le busc de son pourpoint entre ses mamelles, il soutenoit par de vifves raisons qu’il étoit en son vray lieu ; quelques années après, le voilà avalé jusqu’entre les cuisses. »

Tous font entendre les mêmes reproches et Spiegel, en 1650, signalait comme effet de la compression par les corps à baleine, chez les jeunes filles, les dispositions aux crachements de sang, aux inflammations des viscères thoraciques et, par suite, le développement des maladies de langueur mortelles.

On comprendra du reste, aisément, les véhémentes protestations des hommes autorisés de l’époque lorsqu’on saura que, sous Henri IV, la fureur de la constriction est telle qu’on ajoute au corset des sangles pour l’augmenter, et cela à un tel point que le Parlement d’Aix dut, en 1619, promulguer un édit contre le corset !

Cette mode du corset baleiné, une fois instituée, se continua pendant deux siècles jusqu’à la Révolution où sa disparition fut momentanée, pour reparaître ensuite avec plus de force encore.

À partir de la fin du xvie siècle, le corset devient un objet très luxueux. Les dames portent alors un busc apparent qui était en bois, en ivoire ou en nacre ; on le découvrait à vue et il pouvait être gravé, damasquiné, ciselé, sculpté même ; on y pouvait mettre des inscriptions et, même lorsqu’il ne fut plus apparent, l’usage n’en continua pas moins, comme en témoigne l’inscription lue sur un busc de baleine d’Anne d’Autriche, qui se termine par «… ma place ordinairement est sur le cœur de ma maîtresse ».

La précieuse porta le corset dit « gourgandine », riche, entr’ouvert par devant à l’aide d’un lacet. Sous Louis XIV, les femmes qui avaient été d’abord somptueuses et gracieuses avec Mme de Montespan et Mlle de Fontanges ne tardèrent pas à devenir sévères et empesées avec Mme de Maintenon. Le corset subit lui aussi ces fluctuations de la toilette générale. Il fut d’abord grand, terminé en bas et en avant par une pointe arrondie, bombé sur les seins, avec un grand busc de haut en bas. C’est à cette époque que Madame de Sévigné écrivait, en parlant d’une jeune fille, « il faut un petit corps un peu dur qui lui tienne la taille ». Mme de Montespan, en 1641, mit à la mode les robes ballantes, vêtements sans ceintures ; mais cet âge d’or ne dura pas. Avec Mme de Maintenon, le corsage redevint raide, serré, allongé, produisant la taille en pointe ; plus de décolletage ; le corset cependant fut amélioré : il fut fabriqué en tissu souple en même temps que les hanches étaient avantagées par la « criarde ».

Avec Louis XV, le corset continue à être serré et à descendre très bas : c’est l’époque des vapeurs, si fréquentes chez les dames de la cour. Sous Louis XVI, époque des déshabillés et des demi-déshabillés, le corset se perfectionne, il devient plus souple, est lié par de larges lisières de velours retenues par des agrafes d’argent. En même temps il devient plus confortable : on corrige les défauts des premiers corps à baleine : on les modifie pour les femmes enceintes ; on en fait pour les femmes fortes, pour les seins volumineux ; enfin on imagine des corsets sans baleine pour l’intérieur.

Cet état de choses dura à peu près jusqu’à la Révolution, qui « balaya tous ces vêtements, insignes de coquetterie, de richesse, de faste insolent ». Le corset fut supprimé comme séditieux symbole de l’ancien régime. Dès 1793, on ne trouve plus les corps à baleine ni le buste allongé ; c’est l’acheminement vers les modes du premier Empire. On voit apparaître la robe collante en étoffe légère, avec la fine ceinture placée sous les seins, appliquée sur une simple chemise de batiste. L’Antiquité fut en honneur : le zona grec revécut. Le Directoire fit des restaurations archéologiques telles que l’on apprit tout à coup que les « Merveilleuses » ne portaient plus de chemise, parce que, d’après la théorie des costumes étroits et collants, cela dépareillait la taille. Les femmes furent simplement vêtues de robes légères, la beauté plastique étant leur principal mérite.

En 1810, c’est le corset à la « Ninon », petit corselet lacé, qui apparaît après quelques essais infructueux pour restaurer l’ancien corset haut et très serré. Plus tard, c’est le petit corset souple dit à la « paresseuse », sans buscs ni baleine, qui n’avait pour but que de protéger et maintenir sans douleur ; il se laçait par derrière et c’est ce mode de laçage qui persiste encore aujourd’hui et qui permet à la femme de se lacer toute seule.

Sous le second Empire, le corset remonte plus haut : il est muni de larges goussets soutenant et élevant les seins : il a un aspect orthopédique et présente une innovation : le busc, qui jusqu’alors avait été d’un seul morceau, s’entr’ouvre en deux parties.

En 1850, c’est le corset cuirasse qui s’impose, vrai justaucorps, faisant la taille très longue, muni de buscs, lacé par derrière, très serré et tellement que Réveillé-Parise écrit : « Combien de fois avons-nous plaint Mme de C…, grande, forte et replète, d’une obésité faisant son désespoir… Elle se faisait lacer en trois temps : quand on avait serré à un certain degré, la femme de chambre s’arrêtait, Madame demandait un peu de répit ; puis, au bout de quelques minutes, on serrait davantage, alors Madame demandait grâce ; enfin au bout d’un quart d’heure, on serrait de nouveau : Madame était presque suffoquée ; elle mourut d’apoplexie. »

C’est cette même folie de la constriction qui fit s’enfermer et coudre dans un sac en peau de renne une dame, celle-ci ayant entendu dire que la peau de renne était complètement inextensible. Mais au bout de quelques mois elle ne put, bien entendu, y résister quand les suffocations et les malaises survinrent. C’est de la folie, dira-t-on ? Certes non ; et s’il était permis aux incrédules de pénétrer les mystères de toilette de certaines femmes, ils se convaincraient vite qu’il en est ici comme dans les romans où les réalités dépassent quelquefois les fictions.

Nous voilà donc arrivé à travers la suite des temps au vêtement actuel, généralement supporté avec une patience digne d’admiration… si la pitié n’était la plus forte. De nos jours cependant, sous l’influence des idées d’hygiène, la révolution dans le corset s’opère peu à peu : leur caractéristique, c’est le triomphe du corset droit. Certains reviennent à l’antiquité : ils sont une combinaison savante et plus ou moins pratique du strophium et du zona, formant ainsi un corset souple, léger, laissant à découvert la partie supérieure de la poitrine.

Les hygiénistes tolérants, qui pensent que la pression que le corset est appelé à exercer doit s’ajouter aux efforts de la nature au lieu d’agir en sens inverse, donnent des modèles de corsets de toutes sortes, en tous tissus. L’un d’eux mérite surtout de retenir l’attention : c’est le corset abdominal de Mme Gaches-Sarraute, corset dont la partie essentielle, destinée à embrasser la région hypogastrique pour soutenir le ventre ainsi que le fait la ceinture abdominale, est représentée par une bande de tissu dirigée obliquement d’avant en arrière et de bas en haut, de la région pubienne à la région sacrée. Ce corset prend point d’appui sur les crêtes iliaques et soutient le ventre au lieu de le refouler, et en même temps qu’il modifie la silhouette de la femme il facilite les mouvements du buste. Enfin le simple enveloppement du bassin qu’il fait au-dessous de l’épigastre permet aux organes inférieurs et à l’estomac de rester en place.

D’autres, et en grand nombre, nous donnent chaque jour des corsets-ceintures, des corsets-sangles, des corselets… À quoi tout cela sert-il ? Et si l’action des corsets qui descendent la taille doit être différente de celle des corsets qui la remonte, ne devons-nous pas dire, avec M. Robin, « que les diverses formes de corsets nuisent chacun à leur manière » ? Le corset médical, hygiénique, est évidemment un progrès : force est de nous en contenter, car il serait téméraire d’en demander la disparition. Et d’ailleurs si les femmes, dans un bon mouvement au nom de la logique et de la raison (?), voulaient s’y résoudre, est-ce que la mode, dans un de ses caprices, ne les devancerait point ?…