Étymologies des noms de lieu de la Drôme/Préface

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Texte établi par Auguste Aubry,  (p. I-IV).

Préface.


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Les 245 pages qui suivent ont été imprimées de 1867 à 1871, dans diverses livraisons du Bulletin de la Société d’archéologie et de statistique de la Drome. J’ai été reconnaissant et flatté de l’accueil bienveillant fait par MM. les Membres du bureau de cette Société à un travail dont la longueur semblait dépasser le nombre de feuilles que je pouvais espérer dans une revue trimestrielle, et je suis heureux de trouver l’occasion de leur en témoigner ma gratitude et de remercier en même temps les autres Membres de cette Société.

Depuis l’impression des premières pages de ce volume, on a publié, sur le Dauphiné, un nombre relativement considérable d’ouvrages qui m’auraient permis de donner plus de développements à certains passages de mon travail. Quelques-unes des personnes à la bienveillance et à l’érudition desquelles je dois beaucoup d’aperçus nouveaux, ont eu l’obligeance de lire attentivement ce volume et de m’envoyer le résultat de leurs observations. Telles sont les principales causes des nombreuses notes qui doivent le terminer.

En donnant une certaine étendue à un travail étymologique local, j’ai cru pouvoir remplacer en grande partie le second volume de l’Origine et de l’Étymologie des noms propres, dont j’avais annoncé la publication en 1867 dans la préface du premier volume, et qui devait traiter spécialement des noms de lieu. En présence des difficultés que je rencontrais souvent pour traduire les noms des localités qui m’entourent, et pour lesquelles les renseignements historiques et topographiques ne me faisaient pas défaut, j’ai senti mon insuffisance au point de vue d’un ouvrage général, qui aurait dû s’appliquer à une partie des villes et des villages de la France entière ; j’ai pensé qu’en restreignant le cadre de mon travail au pays que j’habite et à quelques localités des départements voisins, je gagnerais en certitude ce que je perdrais en généralité et que je diminuerais les chances d’erreur.

Quant aux autres chapitres que devait renfermer le second volume, bien qu’ils soient terminés depuis plusieurs années, j’ai à peu près renoncé à les publier. J’ai cru qu’il valait mieux améliorer le premier volume, favorablement accueilli, malgré les défauts inhérents aux ouvrages de cette nature, et j’en ferai peut-être imprimer plus tard une seconde édition. Dans ce but, j’ai fait subir à mon œuvre un remaniement considérable ; j’ai renvoyé au bas des pages, sous forme de notes, les étymologies placées entre parenthèses comme phrases incidentes, qui nuisaient souvent à l’action du récit ; j’ai fait disparaître plusieurs erreurs qu’on a bien voulu me signaler, et j’accueillerai avec empressement toutes les observations qu’on voudra bien m’adresser.

J’ai ajouté plus de 100 pages, qui complètent un assez grand nombre de passages, notamment ceux qui sont relatifs à la signification emblématique des armoiries et aux noms empruntés aux peuples germaniques, si nombreux en France, et qu’il est souvent difficile de reconnaître à cause des altérations qu’ils ont subies. Les ouvrages, publiés récemment de l’autre côté du Rhin m’ont été d’un grand secours. J’ai pensé qu’il valait mieux m’en tenir strictement à l’étude des étymologies pures, que d’aborder simultanément des sujets qui s’y rattachent d’une manière secondaire, comme l’origine du langage, la classification des langues, et l’histoire de la langue française, que j’avais annoncé devoir former trois longs chapitres.

Le premier de ces sujets a été traité par un grand nombre d’auteurs. Malgré le talent de la plupart d’entre eux, ils n’ont pas pu réussir à élucider complètement un problème qui se rattache à l’origine de l’humanité. Je n’avais donc fait que résumer leurs ouvrages au point de vue de mon opinion personnelle, c’est-à-dire au point de vue de l’origine humaine des diverses langues mères, créées ou inventées, comme les diverses espèces d’écritures, phonétiques, syllabiques, idéographiques, symboliques ou littérales, par l’homme, a qui Dieu avait accordé les facultés nécessaires pour arriver à ces diverses découvertes. Les idées qui pouvaient être le produit de mon propre travail n’étaient certainement pas de nature à modifier les résultats acquis à l’actif ou au passif de la thèse que je défendais.

Divers linguistes de beaucoup de mérite ont traité les deux autres sujets dans des ouvrages spéciaux. Un chapitre, quelle qu’en soit la longueur, serait d’ailleurs insuffisant pour analyser, même d’une manière sommaire, les nombreux éléments qui se rattachent à l’origine et à la formation de la langue française.

Enfin, je devais consacrer un dernier chapitre à l’analyse et à la critique d’un assez grand nombre d’ouvrages philologiques. J’ai cru devoir renoncer à le publier, à cause de la longueur et du peu d’intérêt d’un travail de cette nature. J’ai souvent cité, soit dans le présent volume, soit dans celui que j’ai fait imprimer en 1867, les noms des philologues avec lesquels j’étais en communion d’idées, et dont le nombre dépasse cent. C’est donc, de ma part, une approbation implicite de leur méthode et de leurs ouvrages.

J’ai lu aussi, avec l’attention qu’ils méritent, divers travaux relatifs à des étymologies locales, ou des brochures d’un mérite secondaire. Si je n’ai pas eu l’occasion de les mentionner, c’est parce que les noms qu’on y rencontre ne se retrouvent pas dans la Drome ; mais il convient de les signaler, pour faciliter les recherches et les travaux des personnes qui s’occupent de ce genre d’études. Je citerai notamment : M. Dartois, grand-vicaire à Besançon, qui a bien voulu me communiquer, en 1854, presqu’à mes débuts dans les études philologiques, de précieux renseignements manuscrits sur les noms de lieu de la Franche-Comté ; en le remerciant de sa bienveillance, il me permettra de lui témoigner mes regrets de ce qu’il n’a pas encore fait imprimer le résultat de ses savants travaux ; MM. Grandgagnage, à Liège ; de Gerville, en Normandie ; Courtois, à Saint-Omer ; Melleville, à Laon ; de Billy, à Orléans ; Thomas, à Montpellier ; Sauzet, au Puy ; Ignon, à Mende ; l’abbé Corblet, à Amiens ; Sauvage, à Angers ; Fabry-Roscius, à Liège ; Colson (sur les noms de lieu terminés en argues) ; La Tour-d’Auvergne-Corret, qui n’est pas le premier philologue de France, bien qu’il en ait été le premier grenadier ; et enfin M. Génac-Moncaut, qui a publié sur les États pyrénéens beaucoup d’étymologies, mais dont un certain nombre me paraissent très-hasardées.

Après avoir fait connaître les sources auxquelles j’ai puisé de préférence, il doit m’être permis de citer le nom des auteurs dont la méthode et le système me paraissent être contestables ou défectueux, et de protester contre certains ouvrages qui réunissent toutes les conditions voulues pour fausser l’esprit d’un débutant et pour discréditer complètement aux yeux du public la science étymologique, déjà si compromise. Cette critique a lieu, du reste, presqu’à huis-clos, puisque ces pages, tirées à 110 exemplaires seulement, ne doivent avoir qu’une publicité très-restreinte. Afin de pouvoir invoquer le bénéfice des circonstances atténuantes, je déclare que j’accepterai de bonne grâce toute espèce de représailles de cette nature, et je reste autant que possible dans le vague, à cause des auteurs contemporains, en indiquant seulement les noms de MM. Azaïs, Bacon-Tacon, Barranger, Bouché, Bouclier, Bullet, Chavée, Drojat, de Grave, Latouche, Lebrigant, Ledoze, Lenglet-Mortier, Letellier, Michalowski, Murray, Robert, de Saint-Mars, Terquem, Thonnelier, Vandamme, de Vertus, Voisin et Yrizar-y-Moya.

Montèlimar, 27 janvier 1872.