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Évangile d’une grand’mère/102

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Librairie de L. Hachette et Cie (p. 271-273).

CII

PARABOLE DES VIGNERONS.
FESTIN DU PÈRE DE FAMILLE.



Notre-Seigneur leur dit ensuite une parabole :

« Que vous semble de ceci ? dit-il. Un homme avait deux fils. Appelant le premier il lui dit : « Mon fils, allez aujourd’hui travailler à ma vigne. » — « Non, répondit le fils ; je ne veux pas y aller. » Pourtant il se repentit de ses paroles et il alla travailler à la vigne de son père. Le père s’adressa à l’autre fils et lui donna le même ordre. Il répondit : « Oui, mon père, j’y vais. » Mais il n’y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté de son père ?

— Le premier, » dirent-ils.

Alors Jésus ajouta :

« En vérité, je vous le dis, les Publicains et les pécheresses entreront avant vous dans le Royaume de Dieu ; parce que Jean est venu à vous, menant une vie innocente et pénitente, et vous ne l’avez pas cru, tandis que les Publicains et les pécheresses ont ajouté foi à ses discours. Et leur exemple ne vous a donné ni la foi ni le repentir.

« Écoutez une autre parabole : « Un père de famille planta une vigne et l’entoura d’une haie. Il y établit un pressoir et bâtit une tour, puis il la loua à des vignerons et s’en alla en pays étranger. Le temps des vendanges étant venu, il envoya ses serviteurs aux vignerons pour recueillir le fruit de sa vigne. Mais les vignerons, s’étant saisis des serviteurs, frappèrent l’un, tuèrent l’autre, et en lapidèrent plusieurs. Il envoya d’autres serviteurs en plus grand nombre que les premiers, mais on les traita de même. Enfin, il leur envoya son fils, disant : « Ils auront du respect pour mon fils. »

« Mais les vignerons, voyant venir le fils, dirent entre eux : « Voici l’héritier, venez, tuons-le, et nous aurons son héritage. » Alors, s’étant saisis de lui, ils le tuèrent et le jetèrent hors de la vigne.

« Quand viendra le maître, que fera-t-il de ces méchants ? »

Les Juifs lui répondirent : « Il les fera périr et il louera sa vigne à d’autres vignerons, qui lui rendront ce qu’elle aura rapporté. Mais, à Dieu ne plaise ! » ajoutèrent-ils.

HENRI. Qu’est-ce que c’est donc, Grand’mère, que ces vignerons, et pourquoi les Juifs disent-ils : À Dieu ne plaise !

Grand’mère. Le maître de la vigne, c’est le bon Dieu.

La vigne, c’est la vraie religion, qui porte des fruits, la foi, l’espérance, la charité, et toutes les vertus qui proviennent de ces trois vertus principales.

Les vignerons ce sont les Juifs, auxquels le bon Dieu a confié le soin de cultiver la foi et de la répandre.

Les serviteurs envoyés aux vignerons, ce sont les Prophètes, que les Juifs ont outragés, chassés et même tués.

Le fils, c’est Notre-Seigneur, que les Juifs chassèrent de la Synagogue et mirent à mort.

Les vignerons, qui remplacent les premiers, sont les païens, qu’on nomme aussi les gentils, qui ont reçu le don de la foi, et qui, à la place des Juifs indignes de cette grâce, ont connu la vraie religion.

Armand. Pourquoi les a-t-on appelés gentils ?

Grand’mère. Ce n’est pas parce qu’ils étaient bons. Le mot gentils veut dire en latin peuples, nations.

Les Juifs s’écrient : À Dieu ne plaise ! parce qu’ils ont compris la parabole de Notre Seigneur et qu’ils ont peur des maux qu’ils attireraient sur eux-mêmes et sur leur nation en faisant mourir le Messie, le Fils de Dieu.

Les Princes des Prêtres et les Pharisiens, comprenant que les paroles de Notre-Seigneur et les menaces qu’il adressait de la part de Dieu son Père étaient dites pour eux, cherchèrent à s’emparer de lui ; mais ils craignaient le peuple, qui honorait Jésus comme un Prophète, et ils n’osèrent le prendre.