Évangile d’une grand’mère/106

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Librairie de L. Hachette et Cie (p. 280-282).

CVI

L’AMOUR DE DIEU ET DU PROCHAIN



Les Pharisiens, ayant appris que Jésus avait réduit les Saducéens au silence par ses Divines réponses, en furent très-mécontents ; et l’un des Docteurs de la loi, espérant encore l’embarrasser, s’approcha de Jésus et lui demanda quel était le premier de tous les commandements.

« Voici le premier des commandements, » répondit Notre-Seigneur.

« Tu aimeras ton Seigneur Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces. »

« C’est là le premier et le plus grand des commandements. Le second est semblable au premier :

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

« Ces deux commandements renferment toute la loi et les prophètes. »

Henri. Comment cela ? Puisqu’il y a dix commandements ?

Grand’mère. Dieu en a donné dix à Moïse pour expliquer plus clairement ce que les hommes auraient pu ne pas comprendre, c’est-à-dire que lorsqu’on aime Dieu, on lui obéit, on l’invoque, on l’honore, on l’adore ; et quand on aime les hommes, qu’on voit en eux des frères et des enfants de Dieu, on est tout naturellement charitable, humble, doux, patient, dévoué, généreux ; et alors ces deux amours, se fondant dans un seul qui est l’amour de Dieu, nous rendent aussi parfaits que nous pouvons l’être en ce monde.

Camille. Mais, Grand’mère, comment peut-on aimer tous les hommes ? Comment pourrais-je aimer comme je vous aime, ceux qui vous offensent, qui vous chagrinent ? Ou bien, comment aimer des gens désagréables, maussades, ennemis du bon Dieu, comme j’aime les personnes aimables, bonnes, pieuses et qui m’aiment ?

Grand’mère. Chère enfant, le bon Dieu ne nous oblige pas d’aimer tout le monde de cœur, d’affection, de sympathie, de goût. Aimer les hommes, c’est n’avoir aucun mauvais sentiment contre eux ; c’est tâcher de faire tout le bien que nous pouvons ; c’est pardonner leurs torts ; c’est être indulgents pour leurs défauts ; c’est prier pour eux ; c’est désirer sincèrement leur amélioration et chercher à les y aider. C’est de cet amour-là que nous devons aimer tous les hommes.

Madeleine. Pourtant, Grand’mère, quand une personne m’a fait du mal, ou qu’elle cherche à m’en faire, je ne puis pas lui rendre des services et chercher à l’obliger comme si je l’aimais.

Grand’mère. C’est précisément là où est le mérite, mon enfant ; c’est l’effort, très-pénible, j’en conviens, que le bon Dieu te demande, qu’il récompensera magnifiquement ; obliger ceux qui nous aiment ou que nous aimons, c’est un bonheur, un vrai plaisir ; mais rendre service à ceux qui nous ont offensés et que notre cœur repousse, c’est un grand et généreux effort que Notre-Seigneur nous demande et dont il nous a montré l’exemple dans toute sa vie, surtout dans sa Passion que je vous raconterai bientôt.

Le Pharisien qui avait interrogé le Sauveur, comprit la beauté de la réponse de Jésus-Christ, et il parla si bien que Notre-Seigneur lui dit :

« Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu. »

Et personne n’osait plus lui faire de questions. Comme les Pharisiens étaient assemblés autour de Jésus, il leur en fit une à son tour.

« Que pensez-vous du Christ ? De qui est-il fils ?

— De David, répondirent-ils.

— Comment donc, ajouta Jésus, David l’appelle-t-il son Seigneur, lorsqu’il dit : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : « Asseyez-vous à ma droite jusqu’à ce que j’aie mis vos ennemis sous vos pieds. » Si David l’appelle son Seigneur, comment est-il son fils ? »

Aucun d’eux ne put répondre et depuis ce jour, personne n’osa plus l’interroger.

Louis. Et nous non plus nous ne comprenons pas.

Grand’mère. C’est pourtant bien simple pour ceux qui savent leur catéchisme. Jésus-Christ est le Seigneur de David, parce qu’il est vrai Dieu avec le Père et le Saint-Esprit. Et il est le fils de David, parce qu’il est vraiment homme, et descendant de David par la sainte Vierge Marie sa mère. C’est tout simplement le Mystère de l’Incarnation ; les Juifs ne voulaient pas y croire.