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Évangile d’une grand’mère/113

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Librairie de L. Hachette et Cie (p. 299-302).

CXIII

JÉSUS LAVE LES PIEDS DES APÔTRES.



Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant ce qui devait arriver et que son heure était venue de souffrir pour sauver les hommes et de quitter ce monde pour s’en retourner à son Père, voulut leur prouver tout son amour, et que, les ayant aimés, il les avait aimés jusqu’à la fin. Et il institua le sacrement de l’Eucharistie.

Louis. Comment Notre-Seigneur l’a-t-il institué ?

Grand’mère. En changeant le pain et le vin en son corps et en son sang, et en le faisant manger à ses Apôtres. Il voulut ainsi leur prouver son amour et leur donner la consolation de s’unir à lui par l’Eucharistie quand il aurait quitté le monde pour remonter au Ciel près de son Père. Et ce qu’il fit pour les Apôtres, il l’a fait et le fait encore tous les jours pour tous les chrétiens qu’il aime comme il aime ses disciples.

Avant d’instituer la sainte communion, Notre-Seigneur voulut laver les pieds de ses disciples…

Valentine. Oh ! Notre-Seigneur laver les pieds de ses disciples ! Pourquoi cela ?

Grand’mère. Pour leur donner un dernier exemple d’humilité, et pour figurer l’état de pureté que doit avoir l’âme avant de recevoir le corps et le sang de Jésus-Christ ; cette pureté s’obtient par le repentir et par la confession ; le Prêtre lave et purifie l’âme par l’absolution, c’est-à-dire l’effacement, le pardon des péchés qui ont souillé l’âme.

Le souper étant fini, Notre-Seigneur se leva de table, prit un bassin, y versa de l’eau, mit un linge autour de ses reins, et commença à laver les pieds de ses disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait autour de lui. Il vint donc à Simon-Pierre et il voulut lui laver les pieds.

Mais Pierre lui dit : « Quoi, Seigneur, vous me laveriez les pieds ! »

Jésus lui répondit :

« Tu ne sais pas maintenant ce que je fais, mais tu le sauras plus tard.

— Non, reprit Pierre, jamais vous ne me laverez les pieds.

— Si je ne te lave, répondit Jésus, tu n’auras point de part à mon Royaume.

— Seigneur, lui dit alors Simon-Pierre, lavez-moi non-seulement les pieds, mais encore les mains et la tête. »

Jésus lui répondit :

« Celui qui est déjà pur, n’a besoin que de laver ses pieds, pour être tout à fait pur. Et vous êtes purs, mais non pas tous. »

Henriette. Mais pourquoi Jésus veut-il absolument laver les pieds de Pierre qui ne le voulait pas ?

Grand’mère. Parce que, comme je te l’ai dit, Notre-Seigneur donnait à ses disciples une leçon d’humilité, et qu’il voulait

Jésus lave les pieds des Apôtres.


que saint Pierre l’acceptât comme les autres disciples. De plus Notre-Seigneur nous enseigne par là que les Prêtres, et les Pontifes eux-mêmes, sont tenus à s’humilier de leurs péchés et à se confesser comme tous les autres fidèles.

Louis. Et pourquoi lorsque ce bon saint Pierre demande à Notre-Seigneur de lui laver les mains et la tête, Jésus refuse-t-il, et répond-il que Pierre est déjà lavé et qu’il n’a plus que les pieds à laver pour être pur ?

Grand’mère. Parce que, comme je vous l’ai dit aussi, en lavant les pieds de ses disciples, Notre-Seigneur voulait, en outre de la leçon d’humilité, faire comprendre aux disciples le sacrement de pénitence, c’est-à-dire la confession, qui rend pur en nettoyant l’âme des péchés qu’elle a commis. Les disciples étaient purifiés par la présence, les paroles de Notre-Seigneur ; ils n’avaient plus à se purifier que des faiblesses de la nature humaine, de ces péchés qu’on peut appeler petits par comparaison avec les grands péchés des ennemis de Dieu. C’est ce que veut dire Notre-Seigneur en disant qu’il leur suffit d’avoir les pieds lavés pour être purs.

Valentine. Et pourquoi Notre-Seigneur dit-il qu’ils ne sont pas tous purs ?

Grand’mère. Parce que Jésus savait que Judas, l’un des Apôtres, devait le trahir, et qu’il était bien loin d’être pur.

Jeanne. Je crois bien, il devait avoir une vilaine âme noire et sale comme un trou à charbon.

Armand. Est-ce que l’âme a une couleur ? Peut-on la voir ?

Grand’mère. Non, l’âme n’a ni couleur, ni forme, et par conséquent nous ne pouvons pas la voir. L’âme est un esprit qui fait vivre le corps, qui pense, qui réfléchit, qui aime ; c’est ce qui en nous ne mourra jamais.

Petit-Louis. Comment ça ? Je voudrais bien comprendre.

Grand’mère. C’est une des choses que ni toi, ni moi, ne pouvons comprendre en ce monde, cher enfant, mais que nous comprendrons dans le Ciel.