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Évangile d’une grand’mère/120

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Librairie de L. Hachette et Cie (p. 319-320).

CXX

DÉSESPOIR ET MORT DE JUDAS.



Pierre se repentit après son péché. Il pleura, eut recours à Marie et ne désespéra point de la bonté de Jésus.

Judas se repentit aussi, dit l’Évangile, lorsqu’il vit que son crime causait la mort de son Maître. Mais il n’eut pas le bon repentir.

Élisabeth. Comment, Grand’mère ? Est-ce qu’il y a un bon et un mauvais repentir ? Il me semble que le repentir est toujours bon.

Grand’mère. Oui, mon enfant, il est toujours bon quand il vient de l’amour, quand il est causé par le regret d’avoir mal fait, d’avoir offensé le Dieu qu’on aime ; mais chez Judas, ce repentir provenait de la honte de s’être déshonoré, de la colère de n’avoir ni prévu ni compris les suites de l’action infâme qu’il commettait, et de s’être fait complice des meurtriers de Jésus ; il prévoyait une vie de honte et de misère, et au lieu de prier, de pleurer comme avait fait saint Pierre, il se laissa aller à la rage et au désespoir.

Lorsqu’il entendit condamner à mort ce Maître qui avait été si bon pour lui, il alla trouver les Princes des Prêtres et leur dit en jetant à leurs pieds les trente pièces d’argent :

« J’ai péché en vous livrant le sang du Juste. »

Les Princes des Prêtres le repoussèrent et se moquèrent de lui ; Judas sortit en courant comme un fou, le cœur plein de rage et de terreur ; il alla en dehors de la ville et se pendit à un arbre ; son ventre creva, et ses entrailles se répandirent par terre.

Jésus-Christ avait dit : « Malheur à celui par qui le Fils de l’Homme sera livré. Il eût mieux valu pour lui n’être jamais né. »

En se tuant, Judas s’était ôté la possibilité du repentir. Il aurait dû se souvenir de la bonté du Sauveur et pleurer son crime en implorant son pardon. Quelque mal qu’on ait fait, quelque crime qu’on ait commis, il ne faut jamais se livrer au désespoir, ni douter de la miséricorde divine.