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Évangile d’une grand’mère/13

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Librairie de L. Hachette et Cie (p. 39-43).

XIII

JÉSUS AU DÉSERT.



Avant d’instruire les Juifs et avant de leur faire voir qu’il était bien réellement le Fils de Dieu fait homme, Notre-Seigneur voulut montrer à tous les hommes, par son exemple, qu’il fallait mortifier son corps.

Valentine. Qu’est-ce que c’est, mortifier ?

Grand’mère. Mortifier veut dire maltraiter, punir.

Valentine. Et pourquoi donc punir son corps ? Ainsi, mon corps à moi, qu’est-ce qu’il a fait de mal ? Il ne fait que ce que je veux.

Grand’mère. Tu te trompes ; ton corps a de mauvais penchants qui te poussent à vouloir des choses mauvaises que Dieu défend, telles que la gourmandise, la paresse, la nonchalance, la colère et beaucoup d’autres vilaines choses. Il est donc juste de faire pénitence, c’est-à-dire de retenir et de punir ce corps qui te pousse sans cesse à faire du mal.

Henriette. Et si je ne le punis pas ?

Grand’mère. Si tu ne le punis pas, le bon Dieu le punira après ta mort, et bien plus sévèrement que tu ne l’aurais puni toi-même. Ainsi, il vaut mieux se mortifier pendant qu’on vit, pour que le bon Dieu n’ait plus à punir après la mort.

Jacques. Alors, qu’est-ce qui arrive ?

Grand’mère. Il arrive que le bon Dieu, ne trouvant plus rien à punir, mais seulement nos bonnes actions à récompenser, nous fait entrer tout de suite dans le Paradis avec lui, avec la Sainte Vierge, les Anges et tous les Saints, et que nous sommes très-heureux toujours et toujours.

Jeanne, réfléchissant. Toujours !… Toujours !… c’est que c’est bien long, toujours !

Grand’mère. C’est si long, que cela ne finit jamais. Et je vous le demande, mes chers petits, ne vaut-il pas mieux entrer ainsi tout de suite au Paradis, que de brûler quelquefois très-longtemps dans les flammes du Purgatoire ? Le Purgatoire, c’est la pénitence de ceux qui n’ont pas fait assez pénitence sur la terre. L’Enfer, qui est éternel comme le Paradis, est la pénitence de ceux qui n’ont pas voulu faire du tout pénitence sur la terre.

Je vous disais donc que Jésus voulut nous donner l’exemple de la mortification. Il se retira tout seul dans le désert.

Petit-Louis. Celui de saint Jean-Baptiste ?

Grand’mère. Le même désert, mais pas à l’endroit qu’avait habité saint Jean-Baptiste ; d’ailleurs saint Jean-Baptiste n’y était plus depuis un an. Il était habituellement sur les rives du Jourdain pour y baptiser.

Marie-Thérèse. Où était-il quand Jésus entra dans le désert ?

Grand’mère. Il parcourait la Judée et la Galilée pour annoncer la venue prochaine de Jésus-Christ, du Sauveur, du Messie, afin que Jésus trouvât tout le monde préparé à le reconnaître et à l’adorer. Jésus alla dans le désert tout seul et y resta dans une grotte sur une montagne pendant quarante jours sans boire ni manger.

Henriette. C’est impossible, Grand’mère ! Il serait mort de faim !

Grand’mère. Si Notre-Seigneur avait été un homme comme nous, il serait certainement mort de faim et de soif avant huit jours ; mais n’oubliez pas que Jésus était Dieu fait homme, qu’il avait la toute-puissance d’un Dieu et qu’il avait la volonté de souffrir, plus, beaucoup plus que les hommes ordinaires n’auraient pu souffrir sans mourir. Il voulut donc souffrir d’une manière extraordinaire de la faim et de la soif pendant quarante jours pour expier les péchés que commettent les hommes par leur gourmandise, leur indolence, leur sensualité.

Jeanne. Qu’est-ce que c’est, sensualité ?

Grand’mère. C’est l’amour de tout ce qui est agréable au corps : bien manger, bien boire, être couché mollement, être assis commodément, n’avoir ni trop chaud, ni trop froid, enfin être bien à l’aise sans rien qui gêne.

Henri. Mais il n’y a pas de mal à cela.

Grand’mère. En apparence, il n’y a pas de mal ; mais, par le fait, quand on vit de cette manière, on devient indolent, lâche ; on devient incapable de faire aucun sacrifice à son devoir, on ne pense plus qu’à s’amuser, à passer agréablement son temps ; on oublie le ciel, on oublie qu’on est pécheur et qu’on a des péchés à expier ; enfin, on risque beaucoup de tomber en enfer, comme vous le verrez plus tard, dans la terrible histoire du mauvais riche.

Pendant que Jésus était dans le désert, le démon, qui s’étonnait et se fâchait depuis longtemps de n’avoir jamais pu lui faire commettre un seul péché, même le plus léger, voulut profiter de la souffrance de Jésus pour le faire tomber dans quelque faute ; il lui promit et lui présenta les mets les plus excellents en lui disant :

« Si vous êtes le Fils de Dieu, commandez que ces pierres deviennent du pain. »

Jésus lui répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »

Le démon, se voyant repoussé et ne sachant toujours pas si Jésus était ou non le Fils de Dieu qui devait venir sur la terre pour sauver les hommes de la puissance de l’enfer, essaya d’un autre moyen pour découvrir si Jésus était homme ou Dieu. Il prit Jésus, l’enleva et le transporta.

Jacques. Comment le transporta-t-il ?

Grand’mère. C’est ce que nous ne pouvons savoir ; l’Évangile dit tout simplement que le démon le transporta sur le haut du temple de Jérusalem, qui était très-élevé :

« Si vous êtes le Fils de Dieu, lui dit-il, jetez-vous en bas ; car il est écrit que Dieu a commandé à ses Anges de prendre soin de vous, et qu’ils vous soutiendront avec leurs mains, de peur que votre pied ne heurte contre quelque pierre. »

Jésus lui répondit : « Oui, mais il est encore écrit : Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu. »

Le démon, encore une fois vaincu par la sagesse des réponses de Jésus, essaya d’un troisième moyen pour le tenter et savoir ce qu’il était. Il le transporta sur une montagne très-élevée, et de là lui montrant tous les Royaumes du monde avec toute leur gloire, il lui dit :

« Je vous donnerai toute la puissance et la gloire de ces Royaumes, si, vous prosternant devant moi, vous m’adorez ! »

Jésus lui dit : « Retire-toi, Satan ! car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et n’adoreras que lui seul ! »

Alors le démon, honteux, se retira, et les Anges s’approchèrent de Jésus et le servirent.

Armand. Ah ! tant mieux ! Je suis bien content pour le bon Jésus et pour le méchant démon ! Mais comment les Anges le servirent-ils ?

Grand’Mère. En lui donnant une nourriture céleste, qui était aussi supérieure à celle que nous mangeons en ce monde que Jésus était supérieur à tous les hommes et à tous les Anges.