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Évangile d’une grand’mère/132

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Librairie de L. Hachette et Cie (p. 344-348).

CXXXII

RÉSURRECTION ET TRIOMPHE DU CHRIST.



Quatorze fois dans le temps de ses prédications Notre-Seigneur avait annoncé qu’après sa Passion et sa mort, il ressusciterait le troisième jour, et il présentait d’avance cette résurrection comme le signe évident et définitif auquel, non-seulement les Apôtres, mais les Juifs infidèles eux-mêmes, pourraient reconnaître qu’il était le Fils de Dieu, égal à Dieu son Père.

Les ennemis du Sauveur connaissaient si bien cette prophétie et en comprenaient tellement l’importance, que leur premier soin, aussitôt que Jésus eut été enlevé de la croix et déposé au Saint Sépulcre, fut d’y mettre des gardes, et de fermer la porte du tombeau avec les grands sceaux publics.

Par cette méfiance des vues des Apôtres, par ces précautions excessives, ils rendirent eux-mêmes plus certaine la résurrection de Notre-Seigneur dont tous les gardes du tombeau furent témoins.

Valentine. Comment ! C’est devant eux tous que Jésus sortit vivant du tombeau ?

Grand’mère. Oui, devant tous, à leur grande frayeur, comme je vais vous le raconter tout à l’heure.

Saint Jean et saint Pierre avaient accompagné Marie au

La Résurrection.


Cénacle aussitôt après que Notre-Seigneur fut déposé dans le tombeau ; ils pleuraient et ils priaient avec elle.

Marie-Thérèse. Qu’est-ce qu’on appelait le Cénacle ?

Grand’mère. Le Cénacle était la salle où Jésus avait soupé le jeudi soir avec ses disciples et où il avait institué la sainte Eucharistie.

Saint Jean avoue lui-même dans son Évangile qu’ils avaient tous oublié la prophétie de Jésus touchant sa résurrection ; excepté la Sainte Vierge, ils avaient tous perdu la foi en la Divinité de Notre-Seigneur. Ils étaient comme hors d’eux-mêmes et ne savaient plus que croire. La Sainte Vierge seule connaissait ce qui devait arriver ; mais alors, comme pendant la vie de son Divin Fils, elle conservait toutes ces choses dans son cœur.

Les autres Apôtres s’étaient dispersés depuis le jeudi soir, peu après l’arrestation de leur Maître. Ils avaient passé le vendredi et le samedi dans l’abattement, presque dans le désespoir. Thomas Dydime, l’un des douze Apôtres, saisi d’une terreur panique, s’était même enfui au loin, hors de Jérusalem.

Les Apôtres, réduits au nombre de dix, à cause de la trahison de Judas et de la fuite de Thomas, s’enfermèrent dans le Cénacle. Leur esprit était bouleversé et ils n’avaient qu’un seul sentiment, la peur des Juifs.

Depuis le vendredi soir, les gardes s’étaient succédé près du tombeau ; ils étaient plusieurs ensemble pour mieux le garder.

Les saintes femmes, en rentrant à Jérusalem, s’étaient hâtées d’acheter cent livres de parfums pour achever le lendemain de la Pâque, l’embaumement du corps de Jésus. N’ayant pu sortir le jour du sabbat, elles ignoraient, comme les Apôtres, que les Princes des Prêtres eussent envoyé des soldats pour veiller près du sépulcre.

Au moment où le jour commençait à luire, le tombeau Divin fut ébranlé tout à coup. Un Ange brillant comme l’éclair apparut au milieu des gardes, qui, dans leur effroi, tombèrent à la renverse. La porte scellée du tombeau se brisa et fut lancée au loin.

Le Fils de Dieu était ressuscité.

Il venait d’accomplir la prédiction qu’il avait faite :

Je quille ma vie pour la reprendre ; personne ne me la ravit ; c’est par ma propre volonté que je l’abandonne. J’ai le pouvoir de la quitter et j’ai le pouvoir de la reprendre. C’est le commandement que j’ai reçu de mon Père.

La mort était vaincue et Notre Sauveur venait de reconquérir pour nous tout ce qu’Adam avait perdu par le péché.

Jacques. Comment, par qui la mort a-t-elle été vaincue ? Et comment peut-on vaincre la mort ? Pour vaincre il faut combattre ; et la mort n’est pas un homme avec lequel on puisse se battre.

Grand’mère. C’est Notre-Seigneur qui a vaincu la mort par sa Résurrection ; c’est-à-dire que par son expiation des péchés des hommes, il a donné à leur âme la possibilité de vivre de la vie éternelle, dans le bonheur éternel. La mort n’a pas de corps comme un homme, mais elle est un mal terrible qui existe bien réellement. On dit souvent : vaincre ses mauvais penchants ; vaincre la maladie ; vaincre sa paresse. C’est de même que Notre-Seigneur a vaincu la mort, en se montrant plus fort qu’elle, puisqu’il a repris sa vie. En outre, vaincre la mort signifie vaincre la mort et l’enfer.

Lorsque les gardes furent revenus de leur terreur, ils s’enfuirent vers la ville et allèrent raconter à Caïphe et aux Princes des Prêtres ce qui venait d’arriver. Ceux-ci, persistant dans leur mauvaise foi, dans leur haine et dans leur incrédulité, s’endurcirent dans le crime en donnant aux soldats une somme d’argent considérable, afin qu’ils ne parlassent pas de ce qu’ils avaient vu, et qu’ils répandissent le bruit que pendant la nuit, les disciples de Jésus, profitant du sommeil des gardes, étaient venus et avaient enlevé le corps.

Jeanne. Est-ce qu’on les a crus ?

Grand’mère. Personne ne pouvait y croire, car il était trop évident : d’abord, que les gardes n’avaient pu tous dormir à la fois, et si profondément que le bruit causé par le brisement de la pierre du tombeau, et par la chute de cette pierre énorme, n’en eût pas éveillé un seul.

Ensuite, personne ne put croire que ces disciples si timides, qui s’étaient enfuis au premier danger, sans avoir tenté de défendre leur maître, fussent devenus assez intrépides et audacieux pour combattre les hommes armés qui gardaient le sépulcre et qu’ils devaient s’attendre à trouver éveillés, prêts à défendre l’entrée du tombeau.

Et dans quel but auraient-ils risqué leur vie ?

Pour retirer d’un sépulcre le cadavre d’un homme qui les aurait trompés en leur faisant croire qu’il était Dieu et qu’il ressusciterait.

Enfin, si les gardes s’étaient réellement endormis et s’étaient laissés jouer de la sorte par les disciples dont ils se méfiaient et dont on leur avait ordonné de se méfier, les Princes des Prêtres, au lieu de payer aux gardes leur silence, les auraient fait poursuivre et juger, les auraient fait comparaître et parler en public pour confirmer l’imposture de Jésus et la justice de sa condamnation.

Personne à Jérusalem ne crut aux paroles des soldats et des Princes des Prêtres. Le bruit de la résurrection de Notre Seigneur se répandit partout et ce fut là ce qui prépara des milliers de conversions qui suivirent tes premières prédications de saint Pierre et des Apôtres.