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Évangile d’une grand’mère/24

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Librairie de L. Hachette et Cie (p. 65-69).

XXIV

PÊCHE MIRACULEUSE.



Le lendemain, dès qu’il fit jour, Jésus sortit et alla dans un lieu désert où il avait l’habitude de prier. Simon et les autres disciples qui l’accompagnaient l’y cherchèrent, et, l’ayant trouvé, ils lui dirent :

« Tout le monde vous cherche, Maître.

— Il faut que j’annonce aux autres villes le royaume de Dieu, répondit Jésus, car c’est pour cela que j’ai été envoyé en ce monde. »

Jésus se mit donc à parcourir toute la Galilée, parlant dans les synagogues, prêchant le royaume de Dieu.

Jacques. Qu’est-ce que c’est, le Royaume de Dieu ?

Grand’mère. C’est le Paradis où règne Dieu ; et puis, c’est aussi dans ce monde la vie bonne et sainte qui fait régner le bon Dieu dans nos cœurs et dans nos actions. Notre-Seigneur expliquait ce qu’il fallait faire pour entrer dans ce Royaume, et il guérissait les malades et les infirmes. Le bruit de ces guérisons se répandit dans toute la Syrie…

Valentine. Comment ! la Syrie, puisque Jésus était en Galilée ?

Grand’mère. La Galilée est dans la Palestine, et la Syrie est au nord de la Palestine ; c’est tout près. Toute la Syrie sut donc en peu de temps les miracles de Jésus, et on lui amena tous les malades et ceux qui souffraient de divers maux, comme les possédés, les paralytiques, les aveugles, les sourds-muets, et il les guérit tous. Une grande multitude de gens, de tous les pays environnants, le suivait partout où il allait.

Un jour, il était sur le bord du lac de Génésareth.

Louis. Où était le lac de Génésareth ?

Grand’mère. Le lac de Génésareth est le même que la mer de Tibériade. Génésareth était, comme Tibériade, une ville bâtie sur les bords de la mer de Galilée, et qui lui donnait son nom.

Notre-Seigneur marchait donc au bord de ce lac, et il était tellement entouré d’une foule de peuple qui venait pour entendre la parole de Dieu, qu’il en était accablé. Il aperçut deux barques arrêtées près du bord du lac ; les pêcheurs en étaient descendus pour raccommoder leurs filets. Jésus monta dans l’une de ces barques qui appartenait à Simon-Pierre, et le pria de s’éloigner un peu du rivage ; puis il s’assit, et il instruisait le peuple de dessus la barque.

Quand Notre-Seigneur eut achevé son discours, il dit à Simon : « Avance en pleine mer et jette tes filets pour pêcher. »

Simon lui répondit : « Maître, nous avons pêché toute la nuit sans rien prendre ; mais, pour obéir à votre parole, je jetterai les filets. »

Simon-Pierre les jeta dans le lac, et quand il voulut les tirer, ses filets étaient si pleins et si lourds qu’ils se rompaient, c’est-à-dire que les mailles des filets cassaient. Alors ils appelèrent à leur aide les hommes qui étaient sur l’autre barque ; et quand on tira les filets et qu’on mit les poissons dans les barques, il y en avait une si grande quantité que les barques étaient sur le point de couler.

Armand. Comment couler ? Où couler ?

Grand’mère. Couler au fond du lac ; parce que les barques se trouvaient si lourdes, pleines comme elles l’étaient, qu’elles enfonçaient jusqu’au bord, et si elles avaient enfoncé un peu plus, l’eau serait entrée par-dessus le bord, et les barques auraient été au fond du lac.

Simon-Pierre, voyant ce nouveau miracle de Jésus, se jeta à ses pieds et lui dit : « Éloignez-vous de moi, Seigneur, parce que je ne suis qu’un pêcheur. »

Louis. C’était très-mal à Simon-Pierre de dire cela à Jésus, qui avait été si bon pour lui et qui avait guéri sa belle-mère.

Madeleine. Pierre était donc marié ?

Grand’mère. Oui, il était marié et il avait même une fille connue sous le nom de Pétronille ; mais il quitta sa maison et sa femme pour suivre Notre-Seigneur. Et ce que disait Pierre à Jésus était au contraire très-bien, car il le disait par humilité ; ce miracle d’une pêche si abondante lui démontrait de plus en plus que Jésus était Dieu ; il ne se croyait pas digne de le recevoir dans sa pauvre barque.

Mais Jésus lui dit : « Ne crains pas. À l’avenir tu seras pêcheur d’hommes. »

Jacques. Comment pêcheur d’hommes ? On ne pêche pas les hommes comme des poissons !

La grand’mère rit et tout le monde rit.

Grand’mère. Jésus voulait dire qu’au lieu de passer son temps à prendre des poissons, Simon-Pierre passerait son temps à prêcher aux hommes ce qu’ils doivent croire et savoir, et qu’il retirerait des hommes au démon pour les donner au bon Dieu, au lieu de retirer des poissons de la mer pour les donner en nourriture aux hommes.

Simon-Pierre et Jacques et Jean, fils de Zébédée, qui étaient avec Simon, ramenèrent les barques au rivage, et cette fois ils quittèrent leurs barques et leurs filets pour suivre Jésus. Jusqu’alors ils avaient cru en lui et ils étaient ses disciples, mais ils n’étaient pas toujours avec lui ; ils le quittaient quelquefois pour leurs affaires et pour voir leurs familles.

Et à présent, mes enfants, nous aussi, nous allons quitter notre bon Jésus pour revenir à lui demain.