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Évangile d’une grand’mère/25

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Librairie de L. Hachette et Cie (p. 69-73).

XXV

LE LÉPREUX.



Grand’mère. Nous avons eu hier, mes chers enfants, des miracles intéressants, surtout celui de la pêche miraculeuse ; après cette pêche, Jésus continua à aller de ville en ville pour prêcher, pour faire connaître aux Juifs la loi de Dieu et pour se faire connaître à eux. Un jour, il se trouvait dans une des villes de la Galilée, lorsqu’un homme couvert de lèpre…

Armand. Qu’est-ce que c’est, la lèpre ?

Grand’mère. La lèpre est une maladie de la peau, affreuse, douloureuse et si contagieuse, c’est-à-dire qui se gagne si facilement, qu’on défendait aux lépreux (gens atteints de cette maladie) de vivre avec les autres hommes ; ils logeaient ensemble dans des maisons hors des villes et il leur était défendu de toucher ni d’approcher personne. On leur apportait ce qui leur était nécessaire pour vivre et se vêtir et on le déposait dans un endroit où ils allaient le chercher.

Jeanne. Vous disiez, Grand’mère, que la lèpre était douloureuse et affreuse. Comment ça ?

Grand’mère. Douloureuse, parce que toute la peau était enflammée…

Petit-Louis. Comment ? Elle flambait ?

Grand’mère, riant. Non ; quand on dit qu’une partie du corps est enflammée, cela veut dire qu’il y a là une grande chaleur et une vive douleur. Dans la lèpre, la peau était donc très-enflammée et enflée ; elle se fendait partout, et de ces fentes il sortait du sang et de l’humeur ; de plus, on souffrait d’une démangeaison insupportable et continuelle qui empêchait même de dormir. Jésus vit donc ce pauvre lépreux, qui, l’apercevant et se tenant éloigné, se prosterna le visage contre terre et lui dit :

« Seigneur, si vous voulez, vous pouvez me guérir. »

Jésus, étendant la main, lui dit : « Je le veux ! Sois guéri. »

Et à l’instant même sa lèpre disparut. Jésus lui commanda de n’en parler à personne.

« Mais va, lui dit-il, te montrer aux prêtres, et en reconnaissance de ta guérison, fais l’offrande que Moïse ordonne de faire, afin de bien leur prouver que tu es guéri. »

Cet homme ne fut pas plus tôt parti, qu’il se mit à publier partout ce miracle, de sorte que tout le monde le sut et que Jésus ne pouvait plus se montrer dans la ville sans être entouré de la foule qui accourait de toutes parts pour être guérie par lui et pour l’entendre. Mais Jésus évitait la foule et se retirait dans le désert pour prier.

Jacques. Pourquoi Jésus a-t-il défendu au lépreux de dire qu’il avait été guéri par lui ?

Grand’mère. Pour nous donner un exemple d’humilité, pour nous faire voir qu’il faut éviter les louanges et les honneurs ; ensuite pour ne pas être trop généralement reconnu comme le Christ, le Fils de Dieu, puisqu’il voulait accomplir sa mission, qui était de mourir pour les hommes pour les racheter, comme l’avaient prédit tous les Prophètes. Et si on l’avait reconnu pour le Christ, les Juifs n’auraient pas osé le faire mourir.

Pierre. Il y a des choses que je ne comprends pas bien, Grand’mère. Puisque Jésus voulait se faire connaître, pourquoi empêchait-il le lépreux de publier sa guérison ? Et pourquoi voulait-il absolument mourir pour racheter les hommes ?

Grand’mère. Jésus voulait faire tout ce qu’il pouvait, comme homme, pour se faire reconnaître des Juifs, mais il ne voulait pas forcer leur volonté par sa puissance Divine, afin de ne pas ôter à ceux qui se convertissaient, c’est-à-dire qui devenaient bons, de mauvais qu’ils avaient été, le mérite de leur changement. Et Jésus voulait mourir comme l’avaient annoncé les Prophètes, parce qu’il venait pour expier nos péchés, qui nous avaient mérité non-seulement la mort, mais la punition éternelle dans l’enfer. Il a voulu souffrir et mourir, pour nous donner à tous l’exemple de la patience dans les plus grandes souffrances et jusque dans la mort. C’est par amour pour nous aussi, et non par nécessité, qu’il a voulu souffrir et mourir.

Henriette. Vous dites, Grand’mère, que Jésus voulait racheter les hommes. Racheter à qui et de qui ?

Grand’mère. Racheter, c’est-à-dire arracher de la puissance du démon ; c’est Adam et Ève qui se sont laissés séduire par lui et qui se sont livrés à lui par le péché ; à partir du péché, Adam et tous les hommes qui devaient venir de lui et dont il devait être le père, se sont trouvés esclaves du démon. Seulement Jésus leur a donné, par ses souffrances et par sa mort, la possibilité d’être heureux éternellement, en suivant la loi qu’il leur donnait ; c’est comme cela qu’il nous a rachetés.

Henriette. Ah ! oui, je comprends. C’est comme si un homme me devait de l’argent, à moi qui suis un Roi, je suppose. Il refuse de payer ; je le mets en prison avec sa famille. Mais son frère, à force de travail, paye pour lui, pour que je le fasse sortir de prison. Et je lui ouvre la porte, il peut sortir s’il veut.

Grand’mère. C’est très-bien compris et expliqué ; il faut seulement ajouter qu’en ouvrant la porte, tu lui dis : « La porte restera ouverte jusqu’à la nuit ; si vous n’êtes pas sorti de votre prison quand je viendrai fermer la porte, vous n’en sortirez plus jamais et vous souffrirez toujours. »

Louis. Comment ? Je ne comprends pas.

Grand’mère. D’après la comparaison d’Henriette, la dette de l’homme, c’est le péché ; le Roi, c’est le bon Dieu ; la prison, c’est la vie de pénitence que nous sommes condamnés à mener, pleine d’ennuis, de privations, de souffrances ; le frère, c’est Jésus-Christ, qui souffre et travaille tant, qu’il paye la dette de son frère et de sa famille. Le roi ouvre la porte ; donc les prisonniers peuvent sortir de leur prison, c’est-à-dire que les hommes peuvent sortir du péché. S’ils ne le veulent pas, s’ils aiment mieux rester dans le péché jusqu’à la nuit, c’est-à-dire jusqu’à la mort, le Roi referme la porte et les hommes restent toujours et toujours dans la prison du péché qui est l’enfer.