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Évangile d’une grand’mère/36

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Librairie de L. Hachette et Cie (p. 104-107).

XXXVI

LE CENTURION.



Après avoir guéri le lépreux, Notre-Seigneur entra dans la ville de Capharnaüm. Et un centurion s’approcha de lui en disant :

Jeanne. Qu’est-ce que c’est, un centurion ?

Grand’mère. Un centurion était un capitaine romain, qui commandait cent hommes, de même que le décurion était un officier qui commandait dix hommes.

Le centurion dit donc à Jésus :

« Seigneur, mon serviteur est dangereusement malade ; il est là, dans ma maison, et il souffre beaucoup. »

Jésus lui dit :

« J’irai, et je le guérirai. »

Et le centurion lui répondit :

« Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison ; mais dites seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. »

Pierre. Ce sont les mêmes paroles que dit le prêtre au moment de communier et de donner la sainte communion.

Grand’mère. Oui, ce sont des paroles si belles et si humbles, qu’elles ont été placées dans la bouche du prêtre au moment où il va recevoir et donner le bon Dieu.

Et le centurion dit encore :

« Car moi, qui ne suis qu’un homme soumis à la puissance d’un autre, et qui ai des soldats auxquels je commande, je dis à l’un : Viens, et il vient ; et à mon serviteur : Fais cela, et il le fait. »

Jésus, entendant ces paroles, en fut étonné…

Henriette. Comment était-il étonné, puisqu’il savait tout ce qu’on pensait et ce qu’on allait dire ?

Grand’mère. Sans doute, il le savait parce qu’il était Dieu, mais, comme homme, il témoigna de la surprise qu’il y eût en Galilée autant de foi, c’est-à-dire qu’on crût en sa puissance avec la foi et la confiance qu’on a en Dieu. Et Notre-Seigneur dit à ceux qui le suivaient :

« Je vous le dis, en vérité, je n’ai pas trouvé une foi aussi vive dans Israël. Et je vous dis que plusieurs viendront de l’Orient et de l’Occident et s’assiéront avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des Cieux. Tandis que les fils du Royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures. Là seront les pleurs et les grincements de dents. »

Louis. Grand’mère, je ne comprends pas du tout ce que dit Notre-Seigneur. D’abord qu’est-ce qui viendra ? Et d’où viendra-t-on ?

Grand’mère. Notre-Seigneur dit cela à propos du centurion, qui était Romain et pas Juif. Il veut dire que les peuples à l’Orient et à l’Occident de la Judée, c’est-à-dire les autres nations qui n’ont pas eu comme les Juifs le bonheur d’avoir parmi eux le Christ, le Sauveur du monde, mais qui, malgré cela, croiront en lui et auront la foi du centurion, seront sauvés après leur mort de même que les trois grands Patriarches Abraham, Isaac et Jacob, qui sont dans le Royaume des Cieux avec le bon Dieu.

Louis. Et qu’est-ce que c’est que les fils du Royaume ? Et pourquoi les jettera-t-on dans les ténèbres ? Et pourquoi y aura-t-il des pleurs et des grincements de dents ?

Grand’mère. Les fils du Royaume sont le peuple juif que le bon Dieu avait toujours protégé et auquel il a envoyé son Fils Jésus, qui s’est ainsi fait leur frère et qui a voulu les faire entrer dans le Royaume de Dieu. Ils n’ont pas voulu y entrer ; ils ont été des fils ingrats et révoltés, et le bon Dieu les jettera en enfer, où tout est nuit ; on n’y voit rien, on n’y comprend rien, on n’y sait rien, on est au milieu de flammes qui brûlent sans éclairer, et les souffrances terribles qu’on éprouvera feront verser des pleurs et feront grincer des dents.

Jeanne. Quelle terrible chose que l’enfer !

Grand’mère. Oui, bien terrible, bien plus terrible que toutes les souffrances de la terre ; voilà pourquoi il faut tâcher de n’y pas tomber.

Jacques. Mais comment faire pour ne pas y aller ?

Grand’mère. Il faut être bien bon, bien charitable, bien fidèle à tous ses devoirs, ne rien faire de ce que nous savons être mal, faire tout le bien qui dépend de nous, savoir nous priver de ce que nous aimons, nous soumettre à la volonté du bon Dieu et bien l’aimer, bien le prier, en un mot être de bons chrétiens ; en faisant tout cela, nous sommes sûrs de ne pas aller en enfer.

Tous les enfants promettent de suivre les conseils de leur grand’mère ; elle les embrasse et continue.

Jésus dit au centurion :

« Va, et qu’il te soit fait comme tu l’as cru. »

Et son serviteur fut guéri à l’heure même.

À présent, mes enfants, arrêtons-nous jusqu’à demain.

Les Enfants. Oh ! non, Grand’mère, c’est intéressant ! Continuez encore un peu.

Grand’mère. Non, mes chers enfants ; j’ai d’autres occupations importantes. Et voici une occasion de vous soumettre de bonne grâce à la petite privation que je vous impose. Attendez patiemment à demain, et amusez-vous entre vous ; vous profiterez ainsi de ce que vous venez d’entendre.

Les enfants suivirent le conseil de leur grand’mère et aucun deux ne témoigna ni mécontentement ni tristesse.