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Évangile d’une grand’mère/56

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Librairie de L. Hachette et Cie (p. 157-160).

LVI

MULTIPLICATION DES PAINS.



Les Apôtres que Notre-Seigneur avait envoyés pour faire connaître la vérité aux peuples, revinrent près de Jésus et lui rendirent compte de ce qu’ils avaient fait.

Notre-Seigneur leur dit :

« Venez à l’écart, dans un lieu désert pour vous reposer. »

Car il y avait tant de monde qui allait et venait, que Notre-Seigneur et les disciples n’avaient pas même le temps de manger

Et montant avec eux dans une barque, ils se rendirent dans un lieu désert au delà de la mer de Galilée, nommée aussi lac ou mer de Tibériade.

Mais comme la foule le vit partir, on alla l’annoncer de tous côtés, et le peuple accourut de toutes les villes voisines pour aller le rejoindre du côté où on voyait sa barque se diriger. Quand Jésus sortit de la barque, il vit toute cette foule arrivée avant lui, et il se dirigea avec ses disciples vers une montagne où il s’assit. Jésus, levant les yeux, vit cette grande multitude qui était venue pour l’entendre. Il eut pitié d’eux, car ils étaient là comme un troupeau de brebis sans pasteur. Et après les avoir enseignés longtemps il dit à Philippe :

« Où achèterons-nous du pain pour donner à manger à tout ce peuple ? »

Il lui parlait ainsi pour l’éprouver, car il savait bien ce qu’il devait faire.

Ses disciples lui répondirent :

« Maître, ce lieu est désert et il est déjà tard ; renvoyez-les, afin qu’ils aillent dans les hameaux et les villages voisins acheter ce qu’il faut pour leur nourriture. »

Mais il leur dit :

« Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

Et ils dirent :

« Irons-nous donc acheter pour deux cents deniers de pain ? »

Il leur dit :

« Combien de pains avez-vous ? Allez et voyez. »

Ils allèrent voir et ils lui dirent :

« Il y a ici un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons. »

Multiplication des pains.



On dit que ce petit garçon, qui s’appelait Martial, est ce même saint Martial qui fut, depuis, Apôtre de Limoges et de cette partie de la France.

Et Jésus leur commanda de faire asseoir tout le monde, par petits groupes, sur l’herbe verte. Et ils s’assirent par groupes de cent à cent cinquante.

Notre-Seigneur, ayant pris les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux au ciel, les bénit, rompit le pain, le donna à ses disciples pour le distribuer à ces pauvres gens, et il partagea entre tous, les deux poissons.

Et tous mangèrent et furent rassasiés.

Jacques. Comment était-ce possible ?

Grand’mère. C’était possible et très-facile à Notre-Seigneur, parce qu’il était Dieu et Créateur de toutes choses ; il créait ces pains et ces poissons à mesure qu’il les distribuait, comme il a créé les poissons qui sont dans la mer.

Et des restes de pain et de poisson, ils remplirent douze corbeilles.

Or, ceux qui mangèrent étaient au nombre de cinq mille hommes, femmes et enfants. Et tout ce peuple, ayant vu le miracle qu’avait fait Jésus, disait : « C’est là vraiment le Prophète qui doit venir dans le monde. »

Et Jésus, sachant qu’ils voulaient l’enlever pour le faire Roi, dit à ses disciples de monter dans une barque et de passer de l’autre côté du lac, vers Bethsaïde, pendant qu’il ferait partir tout ce peuple.

Élisabeth. Mais après un si grand miracle, qui montrait à tous qu’il était réellement le Fils de Dieu, pourquoi donc Notre-Seigneur ne voulut-il pas se laisser faire Roi, puisqu’il venait dans le monde pour se faire connaître ? Il lui eût été bien plus facile de convertir les Juifs étant Roi, qu’en restant pauvre et sans puissance.

Grand’mère. Notre-Seigneur a toujours dit que son Royaume n’était pas de ce monde ; en effet, sa puissance était tellement plus grande que celle des Rois de ce monde, qu’un royaume terrestre eût été trop misérable pour sa grandeur. De plus, Notre-Seigneur a toujours prêché le mépris et le danger des richesses et des honneurs. Il a voulu, par toute sa vie, démontrer l’avantage de la pauvreté et d’une humble position. Il aurait contredit toutes ses prédications en se faisant Roi, et il n’aurait pas racheté les hommes de la puissance du démon ; il n’aurait pas péri sur une croix pour les sauver, il n’aurait pas laissé s’accomplir les prophéties. D’ailleurs, je le répète, qu’était-ce pour Notre-Seigneur, maître du monde, qu’un misérable royaume dans un coin de ce monde ? Son Royaume, son beau, son éternel et magnifique Royaume, était et est encore au Ciel, où il ne doit jamais périr ni diminuer de gloire, de beauté et de puissance.