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Évangile d’une grand’mère/55

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Librairie de L. Hachette et Cie (p. 154-157).

LV

DÉCOLLATION DE SAINT JEAN-BAPTISTE.



Grand’mère. L’autre jour, mes enfants, vous me demandiez ce que c’était que le scandale et se scandaliser ; aujourd’hui vous allez être scandalisés de l’horrible conduite du Roi Hérode.

Louis. Celui qui a tué les pauvres petits innocents ?

Grand’mère. Non ; celui-là était mort depuis trente-deux ans. C’est son fils Hérode qui régnait en ce temps-là.

Henri. Comment, son fils Hérode ? puisque c’est son fils Archélaüs qui lui avait succédé lorsque Joseph ramena d’Égypte la sainte Vierge et l’Enfant Jésus ?

Grand’mère. Archélaüs n’a régné qu’un an ; il était mort depuis trente et un ans, et son méchant frère lui avait succédé.

Décollation de saint Jean-Baptiste.


Armand. Qu’est-ce que c’est, succéder ?

Grand’mère. C’est venir après, remplacer. C’était donc Hérode II, fils d’Hérode Ier, qui régnait en Judée. Il entendait beaucoup parler de Jésus et de ses miracles. Quelque temps auparavant, Hérode avait fait saisir saint Jean-Baptiste ; il le fit enchaîner et jeter en prison.

Jacques. C’est abominable ! Pourquoi cela ?

Grand’mère. Parce que Hérodiade, la belle-sœur d’Hérode, détestait saint Jean-Baptiste qui rappelait au Roi, devant le peuple, que la loi lui défendait d’épouser sa belle-sœur pendant que Philippe, époux d’Hérodiade, vivait encore. Hérodiade, qui était ambitieuse…

Armand. Qu’est-ce que c’est, ambitieuse ?

Grand’mère. C’est aimer les honneurs, la puissance, la richesse ; c’est vouloir toujours être plus qu’on n’est. Hérodiade voulait être Reine, et saint Jean l’en empêchait ; elle chercha à faire mourir Jean, mais n’ayant pu y faire consentir Hérode, elle obtint du moins qu’il le fît mettre en prison.

Un jour, c’était la fête d’Hérode, le jour de sa naissance ; il donnait un grand festin aux grands de sa cour, aux premiers officiers de ses troupes et aux principaux de la Galilée. La fille d’Hérodiade y étant venue, dansa ; et il paraît qu’elle dansait très-bien, car elle plut tellement à Hérode et à tous les gens du festin, que le Roi l’appela et lui dit : « Demande-moi ce que tu voudras, je te le donnerai. Oui, je jure de te donner tout ce que tu demanderas, fût-ce la moitié de mon royaume. » La fille d’Hérodiade sortit pour réfléchir à ce qu’elle pourrait demander ; elle alla consulter sa mère. Hérodiade lui répondit : « Demande la tête de Jean-Baptiste dans un plat. »

La fille, qui était aussi mauvaise et méchante que sa mère, se rendit près du Roi et lui dit : « Je veux que vous me donniez tout de suite la tête de Jean-Baptiste dans un plat. »

Le Roi fut attristé de cette demande. Néanmoins, à cause de son serment et de tous ceux qui l’avaient entendu, il ne voulut pas la refuser ; il envoya donc un de ses gardes et lui commanda d’apporter dans un plat la tête de Jean-Baptiste et de la remettre à la fille d’Hérodiade.

Le garde obéit, et la fille d’Hérodiade remit à sa mère la tête de Jean-Baptiste.

Les disciples de Jean l’ayant su, vinrent dans la prison, prirent le corps et le déposèrent dans un tombeau.

Henriette. Et la tête de ce pauvre saint Jean, qu’est-ce que la méchante Hérodiade en a fait !

Grand’mère. Il paraît, d’après les traditions et les révélations…

Petit-Louis. Qu’est-ce que c’est, traditions et révélations ?

Grand’mère. Les traditions sont les récits des personnes qui ont vu les choses ou les événements qu’elles racontent ; ceux qui les entendent les racontent à leur tour à leurs enfants, qui en font autant aux leurs, et ainsi de suite pendant des siècles. Les révélations sont des choses révélées, c’est-à-dire apprises miraculeusement aux personnes très-pieuses, très-saintes, qui prient beaucoup et que le bon Dieu favorise tout particulièrement.

Je disais donc que, d’après les traditions et les révélations, il paraîtrait qu’Hérodiade fit jeter la tête de saint Jean dans un cloaque qui était auprès des cuisines du palais d’Hérode.

Armand. Qu’est-ce que c’est, cloaque ?

Grand’mère. C’est un trou, un endroit creux où on jette toutes les saletés qui empesteraient les cours et les maisons.

Des saintes femmes qui savaient que la tête de saint Jean-Baptiste avait été jetée dans ce cloaque, voulurent la ravoir pour l’ensevelir près de son corps ; mais ce ne fut qu’après la mort de Notre-Seigneur qu’elles purent y parvenir. On nettoya ce cloaque pour faire des réparations aux murs qui l’entouraient ; les saintes femmes se mélèrent aux ouvriers qui y travaillaient ; elles aperçurent la tête de saint Jean-Baptiste sur une pierre saillante ; elles s’en emparèrent, l’enveloppèrent de linges et l’emportèrent pour l’ensevelir dans le tombeau où avait été déposé son corps.