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Évangile d’une grand’mère/58

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Librairie de L. Hachette et Cie (p. 163-167).

LVIII

JÉSUS ANNONCE L’EUCHARISTIE
QUI EST LE PAIN DE VIE.



Le lendemain de son arrivée à Génésareth, le peuple, qui était demeuré à Tibériade, de l’autre côté de la mer, se mit à sa recherche, et, ne le trouvant pas de ce côté du lac, ils montèrent dans leurs barques pour aller le chercher à Capharnaüm.

L’ayant trouvé, ils lui dirent :

« Maître, comment et quand êtes-vous venu ici ? »

Jésus leur répondit qu’il voyait le fond de leur cœur, et qu’ils ne le cherchaient que parce qu’il les avait nourris avec les pains qu’il avait multipliés, et non pour connaître les vérités qu’il leur enseignait. Il leur dit de songer que cette vie n’est pas la vraie vie, que le pain qu’il leur avait donné n’était pas le pain de vie, le pain qui fait vivre éternellement.

Ils lui demandèrent alors de leur donner de ce pain de vie qui empêche de mourir.

Et Notre-Seigneur leur expliqua en paroles magnifiques, que vous lirez et comprendrez quand vous serez grands comme Camille, Madeleine, Élisabeth et Pierre, que ce pain de vie était lui-même, sa propre chair et son propre sang, qu’il donnerait à tous les hommes pour s’en nourrir, et que ceux qui ne le mangeraient pas n’auraient pas la vie éternelle, la vie de l’âme, ne vivraient pas en lui et ne l’auraient pas en eux.

Louis. Comment, Grand’mère ? Je ne comprends pas du tout. Comment pouvons-nous manger Notre-Seigneur ? Et comment peut-il se donner à manger aux hommes, puisqu’il n’est plus avec eux ? Et comment serions-nous assez méchants pour manger le bon Jésus, comme les sauvages qui mangent leurs ennemis ?

Grand’mère. Notre-Seigneur nous a laissé réellement sa chair à manger, en continuant le miracle de la multiplication des pains. Les personnes qui communient, c’est-à-dire qui reçoivent du prêtre qui dit la Messe, une parcelle blanche, qu’on appelle une hostie, reçoivent réellement le corps de Notre-Seigneur, tout le corps entier de Notre-Seigneur, qui se donne à nous, qui entre en nous sous l’apparence d’une hostie, et qui se multiplie ainsi à l’infini pour tous ceux qui veulent le recevoir. On ne mange donc pas Notre-Seigneur comme les sauvages mangent leurs prisonniers, puisqu’il se dissimule, se cache pour ainsi dire à nos yeux sous la forme de l’hostie ; mais il est bien réellement là, et c’est pourquoi le pain de la communion, « le pain de vie, » est « sa propre chair et son propre sang. »

Et il dit aussi : « Je suis le pain vivant descendu du ciel, afin que celui qui en mange ne meure point. Et si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je donnerai, c’est ma chair, que je dois livrer pour la vie du monde. Et en vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez ma chair et si vous ne buvez mon sang, vous n’aurez point la vie en vous. Car ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage ; celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui.

« C’est là le pain du ciel. Il n’est pas de ce pain comme de la manne. Vos pères ont mangé de la manne et ils sont morts ; mais celui qui mange de ce pain vivra éternellement. »

Les Juifs et même les disciples qui entendaient parler ainsi Notre-Seigneur, ne le comprirent pas, ne le crurent pas et trouvèrent que ce qu’il disait était fort étrange, et pas possible. Jésus lut dans leurs cœurs endurcis ce qu’ils pensaient.

« Cela vous scandalise, dit-il. Que direz-vous donc, quand vous aurez vu le Fils de l’Homme remonter où il était auparavant ? »

Pierre. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Grand’mère. Cela veut dire qu’il faut une grande foi et une grande soumission à la parole de Dieu et de l’Église, pour croire que le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit véritablement présent sur la terre, dans l’Eucharistie, bien qu’on l’ait vu remonter au Ciel au jour de l’Ascension. C’est en effet un grand mystère que nous ne pouvons comprendre.

Il continua à leur parler, mais plusieurs le quittèrent et ne voulurent plus être ses disciples.

Et c’est ce que font encore maintenant les protestants, c’est-à-dire les hommes qui ne veulent pas croire ce que l’Église leur enseigne de la part de Notre-Seigneur. Ils quittent l’Église comme les Juifs et les faux disciples quittèrent le Sauveur.

Jésus se retourna vers les douze Apôtres :

« Et vous, ne voulez-vous pas aussi me quitter ? » leur demanda Notre-Seigneur.

Simon-Pierre lui répondit :

« Seigneur, à qui irions-nous ? Vous avez les paroles de vie éternelle ; nous croyons et nous savons que vous êtes le Christ, Fils de Dieu. »

Et Jésus les regardant avec amour :

« Ne vous ai-je pas choisis tous les douze ? » dit-il.

Puis regardant Judas :

« Et cependant, parmi vous, il y a un démon. »

Ce démon était Judas Iscariote, car c’était lui qui devait le trahir, quoiqu’il fût un des douze.

Depuis ce temps Jésus resta en Galilée, ne voulant pas aller en Judée parce que les Juifs cherchaient à le faire mourir et que le temps de son sacrifice n’était pas encore venu.

Il cherchait à démontrer au peuple et aux Docteurs de la loi que ce n’était pas seulement les pratiques extérieures de la loi qui étaient agréables à Dieu, mais les bons sentiments du cœur, l’humilité, la patience, la douceur, l’obéissance, la pureté, la charité. Il leur expliqua qu’il ne leur servirait de rien d’avoir jeûné, d’avoir offert des sacrifices, de s’être bien exactement lavé les mains et le visage avant de manger, s’ils avaient conservé de mauvais sentiments dans leur cœur et commis des fautes d’orgueil, d’avarice, de colère, d’envie, de blasphème, de méchanceté, etc. « Car, dit-il, ce qui souille l’homme c’est ce qui sort de l’homme même ; ce sont les mauvaises pensées, les mauvais sentiments, les mauvaises actions. Tous ces maux viennent du cœur de l’homme et c’est là ce qui le souille. »

Petit-Louis. Qu’est-ce que c’est, souille ?

Grand’mère. Souiller veut dire salir, tacher. Un cœur souillé veut dire un cœur taché, sali par le péché.