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Évangile d’une grand’mère/6

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Librairie de L. Hachette et Cie (p. 20-23).

VI

LES ROIS MAGES.



Peu de temps après, on vint dire au Roi Hérode, qui régnait à Jérusalem, que des Rois Mages qui arrivaient de très-loin voulaient le voir et qu’ils demandaient : « Où est le Roi des Juifs qui vient de naître, car nous avons vu son étoile en Orient et nous venons à Jérusalem pour l’adorer ? »

Hérode fut très-effrayé de ce qu’on lui disait, parce qu’il craignait qu’un Roi plus puissant que lui ne vînt lui enlever son Royaume. Et toute la ville de Jérusalem eut peur aussi. Hérode fit venir les Rois Mages, leur parla, les questionna, et il sut que le Roi dont parlaient les Mages était le Christ, le Fils de Dieu que les Juifs attendaient d’après les livres des Prophètes. Alors Hérode fit venir les savants, Princes des prêtres et docteurs du peuple, et il leur demanda où le Christ devait naître.

Ils lui répondirent : « À Bethléem, ville de Juda. »

Hérode emmena les Mages chez lui, leur fit beaucoup de questions sur l’étoile qu’ils avaient vue. Ils lui racontèrent que des Anges leur étaient apparus, qu’ils leur avaient annoncé la naissance du Roi des Juifs, le Christ, le Messie promis, le Fils de Dieu, et leur avait ordonné d’aller l’adorer ; qu’ils allaient se mettre en route sans savoir où ils devaient aller, mais qu’au moment de partir, une étoile, plus grosse et plus brillante que toutes les étoiles du ciel, se montra à eux et se mit à avancer devant eux ; elle s’arrêtait quand ils s’arrêtaient et avançait quand ils marchaient ; cette étoile avait disparu quand ils étaient entrés à Jérusalem, et c’est pourquoi ils avaient demandé à voir le Roi des Juifs que leur avaient désigné les Anges.

Hérode les remercia, leur dit d’aller à Bethléem, car c’était là que devait naître le Messie, le Christ, pour sauver tous les hommes, en les délivrant du démon.

« Allez, leur dit le Roi Hérode, informez-vous à Bethléem de cet enfant, et quand vous l’aurez trouvé, revenez me le faire savoir, pour que moi aussi j’aille l’adorer. »

Les Rois Mages le lui promirent et se remirent en route ; aussitôt, leur étoile reparut, ce qui leur causa une grande joie ; et l’étoile marcha devant eux, jusqu’à ce qu’étant arrivée à la grotte où était l’Enfant et Marie sa mère, elle s’arrêta.

Les Mages en furent transportés de joie ; ils entrèrent dans la grotte, et trouvèrent l’Enfant avec Marie sa mère. Et se prosternant devant lui, ils l’adorèrent. Puis, ouvrant les caisses qui étaient sur le dos de leurs chameaux et qui contenaient leurs trésors, ils en tirèrent leurs présents qu’ils lui offrirent ; c’était de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

Jacques. Comment l’encens était-il un trésor ? Ce n’est pas du tout un beau présent ; on en brûle ici dans toutes les églises.

Grand’mère. L’encens qu’on brûle chez nous, n’est pas le vrai encens des Juifs ; le nôtre est bien une résine, une espèce de gomme qui coule de certains arbustes, mais il n’a pas l’odeur excellente de l’encens des Juifs et des peuples de l’Asie ; celui-là est rare et coûte fort cher.

Jacques. Mais qu’est-ce que l’Enfant Jésus et la Sainte Vierge pouvaient faire avec l’encens ? Ça ne leur servait a rien.

Grand’mère. C’était un hommage, une marque de respect que leur donnaient les Mages. Ils l’offraient non-seulement comme une chose précieuse, mais parce qu’ils voulaient faire voir par là qu’ils reconnaissaient l’Enfant Jésus pour le vrai Dieu, puisqu’on n’offre de l’encens qu’à Dieu.

Henriette. Et qu’est-ce que c’est que la myrrhe ?

Grand’mère. La myrrhe est un parfum très-précieux et très-amer au goût ; elle signifiait que Jésus devait beaucoup souffrir, faire une pénitence suffisante pour effacer les péchés des hommes et puis mourir pour les sauver. Le bon Dieu avait fait connaître tout cela aux Rois Mages ; ils l’offrirent à Jésus comme un présent fort rare et fort cher.

Après avoir adoré l’Enfant, et après s’être reposés quelque temps, ils repartirent pour retourner dans leur pays, mais un Ange leur apparut en songe et leur ordonna de ne pas aller retrouver le Roi Hérode à Jérusalem, parce qu’il voulait faire mourir l’Enfant Jésus au lieu de l’adorer ; l’Ange leur ordonna de s’en retourner par un autre chemin, et les Mages obéirent. Quand ils furent de retour chez eux, le Roi Hérode les attendait toujours et il s’impatientait de ne pas les voir revenir.