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Évangile d’une grand’mère/83

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Librairie de L. Hachette et Cie (p. 221-224).

LXXXIII

L’ÉCONOME INFIDÈLE.



Notre-Seigneur dit un jour à ses disciples :

« Un homme riche avait un Économe qui fut accusé devant lui d’avoir dissipé ses biens… »

Valentine. Qu’est-ce que c’est, un Économe ?

Grand’mère. Un Économe est un intendant chargé par un homme riche de surveiller les ouvriers et les travaux, d’acheter ce qu’il faut, de vendre le bois, les grains, les bestiaux, enfin de faire toutes les affaires de son maître.

« Le maître fit donc venir cet Économe et lui dit : « Qu’est-ce que j’entends dire de vous ? Rendez-moi compte de votre administration, car je ne veux plus que vous gouverniez mon bien. » Alors l’Économe se dit en lui-même : « Que ferai-je, puisque mon maître m’ôte l’administration de son bien ? Travailler à la terre, je n’en ai pas la force, et j’ai honte de mendier.

« Je sais ce que je ferai, afin qu’étant renvoyé de ma charge, je trouve des gens qui me reçoivent dans leur maison. »

« Ayant donc fait venir ceux qui devaient à son maître, il dit au premier : « Combien devez-vous à mon maître ? »

« Cent barils d’huile, » répondit-il

L’Économe lui dit : « Prenez votre billet ; asseyez-vous et écrivez-en vite un autre de cinquante seulement. »

Pierre-Louis. Qu’est-ce c’est, un billet ?

Grand’mère. Un billet est un papier sur lequel on a écrit qu’on doit à une personne de l’argent ou un objet quelconque.

« Ensuite il dit à un autre : « Et vous, combien devez-vous ? »

« L’autre répondit : « Cent mesures de froment. »

« L’Économe dit : « Prenez vite votre billet et écrivez-en un autre de quatre-vingts mesures. »

« Et il fit de même pour tous ceux qui devaient à son maître. Et le maître, ayant plus tard appris ce qu’avait fait

La parabole de l’enfant prodigue


son Économe, loua son habileté ; car les hommes sont plus prudents pour les affaires du monde que pour les affaires du Ciel.

« Et moi je vous dis : « Faites-vous des amis avec l’argent qui sert si souvent au mal, afin que lorsque vous viendrez à manquer, ils vous ouvrent les portes des tabernacles éternels. »

Élisabeth. Grand’mère, cette parabole est singulière. Comment Notre-Seigneur peut-il trouver bien ce qu’a fait cet Économe qui a volé son maître, et comment nous conseille-t-il de faire de même ?

Grand’mère. Notre-Seigneur ne nous dit pas de voler comme cet Économe. Il nous dit seulement que les méchants étant fort habiles pour leurs affaires, nous devons l’être comme eux pour faire le bien ; que nous devons être actifs et habiles comme eux pour la grande affaire de notre salut. Il nous recommande surtout de faire servir les richesses, qui sont si dangereuses quand on les emploie mal, à faire le bien, à secourir les pauvres. Cette habileté s’appelle la charité.

Notre-Seigneur ajoute qu’il faut être fidèle dans les petites choses pour être fidèle aussi dans les grandes, et que si on est infidèle, c’est-à-dire trompeur, dans les petites choses, on n’inspirera pas de confiance pour les choses importantes.

« Nul ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon, c’est-à-dire les richesses »

Louis. Pourquoi cela ?

Grand’mère. Parce que, si nous aimons Dieu, nous devons nous méfier des richesses qui nous exposent à offenser Dieu en vivant mollement, en satisfaisant tous nos désirs, en nous accordant toutes les douceurs de la vie, et par conséquent en n’imitant pas Notre-Seigneur, en ne portant pas de croix avec lui et pour lui. Et si nous aimons les richesses, nous ne pouvons pas aimer Dieu, qui est l’ennemi des richesses et de tout ce qu’elles donnent.

Aussi les Pharisiens, qui étaient avares, écoutaient tout cela avec rage et se moquaient du Sauveur. Jésus, qui voyait le fond de leur cœur, leur dit encore :