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Évangile d’une grand’mère/91

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Librairie de L. Hachette et Cie (p. 242-245).

XCI

LE SALUT DES RICHES EST DIFFICILE.



Un jour que Notre-Seigneur se mettait en route, un jeune homme riche accourut, et s’étant mis à genoux devant lui :

« Bon maître, dit-il, que dois-je faire pour acquérir la vie éternelle ? »

Jésus lui répondit :

« Pourquoi m’appelles-tu bon ? Nul n’est bon que Dieu seul. Tu connais les commandements ? Vous ne commettrez pas le mal, vous ne tuerez point, vous ne rendrez pas de faux témoignage, vous ne tromperez point. Honorez votre père et votre mère. »

Pierre. Grand’mère, pourquoi Jésus a-t-il l’air de ne pas vouloir être Dieu ? Il dit : « Pourquoi m’appelez-vous bon ? Dieu seul est bon. » Il n’est donc pas Dieu ?

Grand’mère. Notre-Seigneur ne parle que de sa nature humaine ; le jeune homme ne lui en connaissait pas d’autre, et c’est comme Jésus-homme qu’il le trouvait bon ; c’est à cela que répond le Sauveur.

Le jeune homme lui répondit : « Maître, j’observe tous ces préceptes dès ma jeunesse. »

Jésus le regardant, l’aima, et lui dit :

« Une seule chose te manque : si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, tu auras un trésor dans le Ciel. Puis, viens et suis-moi. »

Mais le jeune homme, affligé de ces paroles, s’en alla triste, car il avait de grands biens.

Henriette. Pourquoi Notre-Seigneur voulait-il que ce pauvre homme vendît et donnât tous ses biens ? Ce n’est pourtant pas défendu d’être riche ?

Grand’mère. Non ; aussi Notre-Seigneur ne lui en donne pas l’ordre, mais seulement le conseil. Ce jeune homme semblait désirer la perfection, puisqu’il observait déjà tous les commandements de la loi, et que, malgré cela, il accourait vers Jésus pour lui demander ce qu’il devait encore faire afin de gagner la vie éternelle. C’est pourquoi Notre-Seigneur l’aima, car il vit un cœur pur qui désirait faire plus que ne lui commandait la foi. Il lui conseilla alors de renoncer au monde, de faire le sacrifice de tous ses biens, par conséquent de tout ce qu’on appelle plaisir et bonheur dans le monde, et de se consacrer entièrement à Dieu, comme le font à présent les prêtres et les religieux. Ils se dépouillent de tout ce qui est satisfaction du corps, et ils suivent Jésus.

Aussi quand Jésus vit que ce jeune homme n’avait pas le courage de se séparer de ses richesses, il regarda autour de lui et dit :

« Qu’il est difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le Royaume de Dieu ! »

Ses disciples, l’entendant, s’étonnèrent beaucoup.

Et Jésus reprit une seconde fois :

« Mes enfants, qu’il est difficile à ceux qui aiment les richesses d’entrer dans le Royaume de Dieu ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille, qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu. »

Henri. Comment, Grand’mère ! Alors tous les riches iront en enfer ?

Grand’mère. Non ; Notre-Seigneur ne parle que des riches égoïstes, qui mettent tout leur bonheur dans leurs richesses, qui les aiment et qui ne les sacrifieraient pas à la volonté du bon Dieu. Par exemple, s’il fallait faire une mauvaise action ou perdre ses richesses, le riche d’esprit égoïste préférerait commettre le mal pour conserver ses richesses, tandis que le vrai chrétien, celui qui est riche sans aimer ses richesses, aimerait cent fois mieux perdre tout ce qu’il a, qu’offenser le bon Dieu.

Les disciples s’étonnaient de plus en plus et ils se firent la question que vient de faire Henri : « Qui donc pourra être sauvé, car tout le monde, sauf le mendiant, a plus ou moins de fortune sur la terre ? » Jésus, les regardant, dit :

« Cela est impossible aux hommes, mais pas à Dieu, car tout est possible à Dieu. »

Pierre lui dit : « Voilà que nous avons tout quitté pour vous suivre ! quelle sera notre récompense ? »

Jésus leur répondit :

« Je vous le dis en vérité ; vous qui m’avez suivi, lorsque le Fils de l’Homme sera sur le trône de sa gloire, vous serez sur douze trônes pour juger les douze tribus d’Israël. Et quiconque laissera sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses fils, ou ses champs, à cause de mon nom, recevra le centuple et possédera la vie éternelle.

« Mais les premiers seront les derniers, et les derniers seront les premiers. »

Louis. Comment cela ? je ne comprends pas.

Grand’mère. Cela veut dire que beaucoup de personnes qui paraissent devoir être des saints, et par conséquent destinés à être les premiers dans le Royaume de Dieu, peuvent devenir mauvais comme Judas, qui a trahi Notre-Seigneur, et qui, au lieu d’aller en Paradis, a été en enfer. Et d’autres qui étaient mauvais et qui semblaient devoir être damnés, peuvent devenir de grands saints, comme saint Paul, qui a commencé par faire mourir les chrétiens et qui est devenu un des Apôtres les plus admirables.

Et puis ces paroles regardent encore la punition de l’incrédulité des Juifs, qui, au lieu de rester enfants de Dieu, sont devenus maudits ; tandis que les peuples païens, qui étaient bien inférieurs aux Juifs, sont devenus les enfants de Dieu et sont montés au premier rang par leur foi en Jésus-Christ. Notre-Seigneur dit alors cette parabole :