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Évangile d’une grand’mère/93

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Librairie de L. Hachette et Cie (p. 249-255).

XCIII

RÉSURRECTION DE LAZARE.



Il y avait dans la ville de Béthanie un homme bon et riche, nommé Lazare, ami de Jésus ; il était frère de Marthe et Marie, et il tomba malade. Ses sœurs, qui savaient que Jésus l’aimait, lui envoyèrent dire par des amis : « Seigneur, celui que vous aimez est malade. »

Ce qu’entendant, Jésus leur dit :

« Cette maladie n’est pas pour la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de l’Homme soit glorifié par elle. »

Jésus aimait Marthe et Marie-Magdeleine sa sœur, et Lazare. Ayant entendu qu’il était malade, il resta pourtant deux jours encore au lieu où il était. Ensuite, il dit à ses disciples :

« Retournons en Judée ! »

Les disciples lui dirent :

« Maître, il y a peu de jours les Juifs voulaient vous lapider, et vous voulez y retourner ? »

Après avoir fait entendre à ses disciples que rien ne pouvait avancer ni retarder l’heure de sa mort prédite par les Prophètes, Jésus leur dit :

« Notre ami Lazare dort, mais je vais le réveiller. »

Les disciples lui dirent : « S’il dort, il guérira. » Jésus parlait de la mort, mais eux croyaient que c’était le sommeil de la convalescence.

Armand Qu’est-ce que c’est, convalescence ?

Grand’mère. Convalescence veut dire fin de la maladie, guérison, mais faiblesse encore. Alors Jésus leur dit :

« Lazare est mort. Et à cause de vous, je me réjouis de ce que je n’étais pas là. Mais allons à lui. »

Jacques. Et pourquoi donc Notre-Seigneur se réjouit-il de n’avoir pas été là ? Il aurait pu l’empêcher de mourir et le guérir.

Grand’mère. Parce que Notre-Seigneur savait qu’il le ressusciterait, et il se réjouissait de rendre ses disciples témoins d’un si grand miracle.

Thomas, appelé Didyme, dit aux autres disciples : « Et nous aussi, allons et mourons avec lui. » Car ils croyaient tous que Jésus courait les plus grands dangers en allant à Jérusalem.

Jésus vint donc, et il trouva que Lazare était depuis quatre jours dans le sépulcre. Béthanie était à quinze stades de Jérusalem, c’est-à-dire à trois kilomètres, car un stade équivaut à deux cents mètres ; il y avait donc cinq stades par kilomètre.

Beaucoup de Juifs étaient venus près de Marthe et de Marie pour les consoler de la mort de leur frère. Marthe, ayant entendu dire que Jésus venait, alla au-devant de lui ; mais Marie, qui ignorait la venue du Sauveur, était assise dans la maison.

Marthe dit donc à Jésus : « Seigneur, si vous aviez été ici,

Résurrection de Lazare.


mon frère ne serait pas mort. Cependant, je sais que tout ce que vous demanderez à Dieu, Dieu vous le donnera. »

Jésus lui dit :

« Ton frère ressuscitera. »

Marthe lui dit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection au dernier jour. » Jésus lui dit :

« Je suis la résurrection et la vie. Quiconque croit en moi, fût-il mort, vivra.

« Et quiconque vit et croit en moi, ne mourra jamais. Le crois-tu ? »

Elle lui dit : « Oui, Seigneur, je crois que vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant, qui est venu en ce monde. » Ayant dit cela, elle s’en alla, et appela Marie en secret, disant : « Le Maître est là ; il t’appelle. »

Ce que Marie ayant entendu, elle se leva vite et vint à lui. Car Jésus n’était pas encore entré dans le bourg, mais il était dans le lieu où Marthe l’avait rencontré.

Des Juifs qui étaient dans la maison avec Marie et la consolaient, l’ayant vue se lever en hâte et sortir, la suivirent, disant : « Elle va au sépulcre pour y pleurer. »

Mais Marie, étant venue à l’endroit était Jésus et le voyant, tomba à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si vous aviez été ici, mon frère ne serait pas mort. » Et Jésus, lorsqu’il la vit pleurant, et les Juifs qui étaient venus avec elle pleurant aussi, frémit en son esprit, et se troubla lui-même. Il dit :

« Où l’avez-vous déposé ? »

Les Juifs répondirent : « Seigneur, venez et voyez. »

Et Jésus pleura.

Jacques. Jésus pleura ? et pourquoi, s’il l’aimait, ne l’a-t-il pas empêché de mourir ? Les pauvres sœurs et les amis n’auraient pas eu de chagrin, ni Jésus non plus.

Grand’mère. Jésus pleura pour nous montrer par son exemple qu’il est permis de pleurer ses parents et ses amis ; et qu’abandonner le monde pour vivre chrétiennement, pieusement, ne veut pas dire qu’on ne puisse continuer à aimer tendrement ses parents et ses amis. Notre-Seigneur voulut laisser mourir Lazare pour opérer le miracle éclatant de sa résurrection, afin de ne rien négliger pour ouvrir les yeux aux Juifs sur sa puissance divine ; et plus la mort de Lazare était constatée par la douleur des sœurs et des amis, plus le miracle de la résurrection devait avoir de retentissement.

Quand les Juifs le virent pleurer, ils dirent : « Voyez comme il l’aimait ! » Mais quelques-uns d’entre eus dirent :

« Lui qui a ouvert les yeux d’un aveugle-né, ne pouvait-il pas faire que celui-ci ne mourût point ? »

Jésus, frémissant de nouveau en lui-même, vint au sépulcre ; c’était une grotte, et une pierre était posée dessus. Jésus dit :

« Ôtez la pierre. »

Marthe, sœur de Lazare, répondit : « Seigneur, il sent déjà mauvais, car il y a quatre jours qu’il est là. » Jésus lui dit :

« Ne t’ai-je pas dit que si tu croyais, tu verrais la gloire de Dieu ? »

Ils ôtèrent donc la pierre. Alors Jésus, levant les yeux, dit :

« Père, je vous rends grâce de ce que vous m’avez écouté. Pour moi, je savais que vous m’écouteriez toujours, mais j’ai dit ceci à cause de ce peuple qui m’entoure, afin qu’ils croient que vous m’avez réellement envoyé. » Ayant dit cela, il cria d’une voix forte :

« Lazare, sors du tombeau ! »

Et aussitôt, celui qui avait été mort, sortit, les pieds et les mains entourés de bandelettes et le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le et laissez-le aller. »

Valentine. Pourquoi l’avait-on attaché avec des bandelettes ?

Grand’mère. C’était l’usage, chez les Juifs, d’arranger ainsi les morts. On leur remplissait la bouche, les narines, les oreilles, d’herbes aromatiques ; on les enveloppait de bandelettes de lin ou de toile, et par-dessus on roulait une grande pièce d’étoffe pour que le mort fût bien enveloppé de la tête aux pieds. Une tromperie était donc impossible ; car aucun homme n’aurait pu vivre même quelques minutes, enveloppé ainsi ; et les Juifs présents au miracle ne pouvaient pas le nier, ou même faire semblant de n’y pas croire. Aussi beaucoup d’entre les Juifs qui étaient venus près de Marthe et Marie, et qui avaient vu ce grand miracle fait par Jésus, crurent en lui.

Mais plusieurs allèrent trouver les Pharisiens, et leur dirent ce qui venait de se passer. Les Pontifes et les Pharisiens assemblèrent alors le conseil et dirent : « Que ferons-nous ? Car cet homme fait beaucoup de miracles. Si nous le laissons faire, tous croiront en lui, et les Romains viendront et ils nous ruineront nous et notre ville. »

Un d’eux, nommé Caïphe, qui était Grand Prêtre cette année…

Henriette. Comment, cette année ? Est-ce que le Grand Prêtre ne restait pas jusqu’à la mort le chef des autres comme maintenant le Pape ?

Grand’mère. Non ; on le nommait tous les ans.

Henriette. Et qui est-ce qui le nommait ?

Grand’mère. Un tribunal qu’on appelait le Sanhédrin, qui était composé de soixante-dix Prêtres et Docteurs, et qui était présidé par le Grand Prêtre.

Caïphe, qui était Grand Prêtre cette année, leur dit : « Vous n’y entendez rien ! Vous ne songez pas qu’il est plus utile qu’un homme meure pour le peuple, plutôt que de laisser périr la nation entière. »

Louis. C’est bien méchant ce qu’il dit, car il savait bien que Jésus était innocent et excellent.

Grand’mère. Il le savait très-bien, de même que les autres Juifs, mais il craignait que les Romains ne fussent jaloux de l’admiration que le peuple avait pour Jésus, et de sa puissance qui augmentait tous les jours, et qu’ils n’envoyassent des troupes pour chasser les Prêtres, les Pharisiens et tous ceux que les Romains avaient chargés de gouverner le peuple juif. Et puis, le bon Dieu permettait que le méchant Caïphe aidât ainsi à l’accomplissement des prophéties qui annonçaient la mort du Sauveur pendant le pontificat de ce même Caïphe.

Et à partir de ce jour, les Pharisiens et les Docteurs de la loi cherchèrent à faire mourir Jésus.

Et Jésus le sachant, ne se montra plus en public chez les Juifs ; mais il se retira dans un pays près du désert, en une ville nommée Éphrem, et il y resta avec ses disciples.

Élisabeth. Pourquoi Notre-Seigneur ne se montrait-il plus, puisqu’il voulait se laisser tuer par les Juifs ?

Grand’mère. Parce que le temps n’était pas encore venu et qu’il fallait que les prophéties s’accomplissent.

Or, la Pâque des Juifs approchait, et beaucoup d’habitants d’Éphrem allèrent à Jérusalem pour se purifier avant la Pâque.

Valentine. Comment se purifiaient-ils ?

Grand’mère. En offrant des sacrifices pour effacer, laver leurs péchés, et se trouver purs de tout mal ; c’était une image de notre Pâque à nous ; nous devons à ce moment nous purifier tout particulièrement de nos péchés par la confession, avant de manger l’agneau pascal, c’est-à-dire avant de communier et recevoir le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Les habitants d’Éphrem cherchaient Jésus, et s’étonnaient de ne pas le trouver et qu’il ne fût pas venu pour la fête. Et les Pharisiens et les Princes des Prêtres avaient donné ordre que si quelqu’un savait où il était, de le leur faire savoir, parce qu’ils voulaient le prendre.