Œuvres complètes d’Élisa Mercœur/À l’Écho

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Œuvres complètes d’Élisa Mercœur, Texte établi par Adélaïde AumandMadame Veuve Mercœur (p. iii-v).


À L’ÉCHO.

 
Déjà tel qu’un rêve elle s’est effacée ;
Elle dort maintenant.
Élisa Mercœur.
 


Echo ! toi qui, comme la vie et la mort, passes tous les seuils, franchis tous les espaces, retourne dans les lieux où tu fis entendre l’horrible vérité qui me tue : que la mère d’Élisa Mercœur n’avait plus d’enfant; fais savoir à tous les bonnes et vertueuses jeunes filles que je leur dédie les Mémoires que j’écris sur la vie de celle qui travaillait sans relâche pour soulager ma misère et que la mort a surprise au milieu de ses nobles et pieux travaux. Dis aussi aux mères si heureuses de posséder leurs filles, si fières de leur amour, de leurs vertus et de leur naïve confiance, que je remplissais le cœur de ma bonne et vertueuse enfant ; qu’Élisa n’avait point de pensées muettes pour sa mère ; qu’elles avaient toutes une voix qui vibrait dans mon cœur ; que nous ne nous quittions jamais. Dis qu’une fois seulement Élisa s’éloigna de sa mère… Oh mais ajoute, Écho, que ce fut pour aller vers son Dieu que la jeune vierge est montée au ciel pure de toute tache, et que si toutes les vertus dont elle était parée lorsque Dieu l’enleva à mon amour, pouvaient devenir les rayons de son auréole de gloire, Élisa brillerait ineffaçable dans les cieux, et dissiperait les ténèbres qui la dérobent à sa malheureuse mère.

Mais si, après leur avoir fait connaître la perte irréparable que j’ai faite, les yeux des jeunes filles restent secs, si chacune d’elles ne se précipite sur le sein de sa mère en lui disant : Ma mère, prolonge mes jours pour ton bonheur ; vois tout ce que souffre la pauvre mère d’Élisa Mercœur d’avoir perdu son enfant si les mères, avec un mouvement d’anxiété convulsive, ne pressent leurs filles sur leur cœur comme pour les dérober à la mort, oh alors, Écho, fais-leur comprendre s’il se peut, pour les rendre sensibles à mon malheur, tout ce que je souffris lorsque j’entendis prononcer : Élisa est morte !


        Morte !… ce mot dit toute ma douleur !
        Morte !… ce mot a déchiré mon cœur
        Ce mot horrible et me glace et m’accable
        Morte si jeune ! oh ! c’est épouvantable !
Je n’avais que ma fille, elle était tout mon bien !
Elle est morte, grand Dieu morte !… je n’ai plus rien !


Ah que du moins son nom trouve dans le cœur des bonnes et vertueuses jeunes filles la vie du souvenir !…