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Œuvres complètes de Béranger/Le Vieux Vagabond

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LE VIEUX VAGABOND


Air : Guide mes pas, Ô Providence ! (des Deux Journées) (Air noté )


        Dans ce fossé cessons de vivre.
        Je finis vieux, infirme et las.
        Les passants vont dire : Il est ivre.
        Tant mieux ! ils ne me plaindront pas.
        J’en vois qui détournent la tête ;
        D’autres me jettent quelques sous.
        Courez vite ; allez à la fête.
Vieux vagabond, je puis mourir sans vous.

        Oui, je meurs ici de vieillesse
        Parce qu’on ne meurt pas de faim.
        J’espérais voir de ma détresse
        L’hôpital adoucir la fin.
        Mais tout est plein dans chaque hospice,
        Tant le peuple est infortuné.
        La rue, hélas ! fut ma nourrice.
Vieux vagabond, mourons où je suis né.

        Aux artisans, dans mon jeune âge,
        J’ai dit : Qu’on m’enseigne un métier.
        Va, nous n’avons pas trop d’ouvrage,
        Répondaient-ils, va mendier.

        Riches, qui me disiez : Travaille,
        J’eus bien des os de vos repas ;
        J’ai bien dormi sur votre paille.
Vieux vagabond, je ne vous maudis pas.

        J’aurais pu voler, moi, pauvre homme ;
        Mais non : mieux vaut tendre la main.
        Au plus, j’ai dérobé la pomme
        Qui mûrit au bord du chemin.
        Vingt fois pourtant on me verrouille
        Dans les cachots, de par le roi.
        De mon seul bien on me dépouille.
Vieux vagabond, le soleil est à moi.

        Le pauvre a-t-il une patrie ?
        Que me font vos vins et vos blés,
        Votre gloire et votre industrie,
        Et vos orateurs assemblés ?
        Dans vos murs ouverts à ses armes,
        Lorsque l’étranger s’engraissait,
        Comme un sot j’ai versé des larmes.
Vieux vagabond, sa main me nourrissait.

        Comme un insecte fait pour nuire,
        Hommes, que ne m’écrasiez-vous ?
        Ah ! plutôt vous deviez m’instruire
        À travailler au bien de tous.
        Mis à l’abri du vent contraire,
        Le ver fût devenu fourmi ;
        Je vous aurais chéris en frère.
Vieux vagabond, je meurs votre ennemi.



Air noté dans Musique des chansons de Béranger :


LE VIEUX VAGABOND.

Air : Guide mes pas, ô Providence (des Deux Journées).
No 299.



\relative c'' {
  \time 3/4
  \key g \major
  \tempo "Andante."
  \autoBeamOff
  \set Score.tempoHideNote = ##t
    \tempo 4 = 120
  \set Staff.midiInstrument = #"piccolo"
b4 b g | d'2 d4 | d2 e4 | d2 c4 | e e d
d2 b4 | d2 a4 | b r r | b b g | d'2 d4 | d2 e4 | d2 c4
e e d | d2 b4 | d2 a4 | b r r | cis2 e4 | d2 d4 | dis dis fis
fis2 e4 | cis2 e4 | d2 d4 | dis dis fis | fis2 (e4) | e2 g4
cis, cis cis | cis2 e4 | e2 \fermata e8.[ (d16)] | d4\fermata r b | b2 b4 | b b d 
d c a | b2 d4 | g2 d4 | d b b | g a a | g2 g'8. e16
d4 d d | b2 g'8. e16 | d4 d d | b g' e | c a d | g, r r \bar "||"
}

\addlyrics {
Dans ce fos -- sé ces -- sons de vi -- vre
Je fi -- nis vieux in -- firme et las
Les pas -- sans vont dire il est i -- vre
Tant mieux ils ne me plain -- dront pas
J’en vois qui dé -- tour -- nent la tê -- te
D’au -- tres me jet -- tent quel -- ques sous
Cou -- rez vi -- te al -- lez à la fê -- te
Vieux va -- ga -- bond je puis mou -- rir sans vous
Vieux va -- ga -- bond je puis mou -- rir sans vous
Je puis mou -- rir sans vous
Je puis mou -- rir sans vous
Je puis mou -- rir sans vous.
}

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