Œuvres complètes de Frédéric Ozanam, 3e édition/Volume 11/104b

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Lecoffre (Œuvres complètes volume 11, 1873p. 563-565).

EXTRAIT DU TESTAMENT
DE
ANTOINE-FRÉDÉRIC OZANAM
DÉCÉDÉ A MARSEILLE, LE 8 SEPTEMBRE 1853, LE JOUR DE LA FÊTE DE LA NATIVITÉ DE LA TRES-SAINTE VIERGE

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. Aujourd’hui, vingt-trois avril mil huit cent cinquante-trois, au moment où j’accomplis ma quarantième année, dans les inquiétudes d’une maladie grave, souffrant de corps, mais sain d’esprit, j’ai écrit en peu de mots mes dernières volontés, me proposant de les exprimer plus complétement quand j’aurai plus de force. Je remets mon âme à Jésus-Christ mon Sauveur effrayé de mes péchés, mais confiant dans l’infinie miséricorde, je meurs au sein de l’Église catholique, apostolique et romaine. J’ai connu les doutes du siècle présent, mais toute ma vie m’a convaincu qu’il n’y a de repos pour l’esprit et le cœur que dans la foi de l’Église et sous son autorité. Si j’attache quelque prix à mes longues études, c’est qu’elles me donnent droit de supplier tous ceux que j’aime de rester fidèles à une religion où j’ai trouvé la lumière et la paix.

Ma prière suprême à ma famille, à ma femme, à mon enfant, à mes frères et beaux-frères, à tous ceux qui naîtront d’eux, c’est de persévérer dans la foi, malgré les humiliations, les scandales, les désertions dont. ils seront témoins.

A ma tendre Amélie, qui a fait la joie et le charme de ma vie, et dont les soins si doux ont consolé depuis un an tous mes maux, j’adresse des adieux courts comme toutes les choses de la terre. Je la remercie, je la bénis et je l’attends. Au Ciel seulement je pourrai lui rendre autant d’amour qu’elle en mérite. Je donne à mon enfant la bénédiction des Patriarches, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Il m’est triste de ne pouvoir, travailler plus longtemps à l’œuvre si chère de son éducation, mais je la confie sans regret à sa vertueuse et très-aimée mère. A mes frères Alphonse et Charles toute ma reconnaissance pour leur affection. A mon frère Charles particulièrement pour toutes les sollicitudes que lui a causées ma santé. A ma mère, madame Soulacroix, à Charles Soulacroix, rendez-vous auprès de ceux que j’ai pleures avec eux. J’embrasse dans une seule pensée tous mes parents et amis que je ne puis nommer ici. Cependant je veux que mon oncle Haraneder, mes cousins Jaillard, M. Noirot et M. Ampère à qui je dois tant, Henri Pessonneaux, Lallier et Duficux, mes plus anciens’amis, trouvent ici un souvenir. Je remercie encore une fois ici tous ceux qui m’ont rendu service. Je demande pardon de mes vivacités et de mes mauvais exemples. Je sollicite les prières de tous les miens ; de la Société de Saint-Vincent de Paul ; de mes amis de Lyon. Ne vous laissez pas ralentir par ceux qui vous diront : Il est au ciel. Priez toujours pour celui qui vous aime beaucoup ; mais qui a beaucoup péché. Aidé de vos supplications, chers bons amis, je quitterai la terre avec moins de crainte. J’espère fermement que nous ne nous séparerons point et que je reste avec vous jusqu’à ce que vous veniez à moi. Que sur vous tous soit la bénédiction du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

Pise, 25 avril 1855.
J’ajoute ici les plus tendres remercîments pour les frères Bevilacqua, M. le docteur Prato et le Révérend M. Massucco qui m’ont comblé de leur amitié. Dieu seul peut les en récompenser dignement.

All’Antignano, 18 août 1853.