Œuvres complètes de Lamartine (1860)/Tome 1/Adieu à Graziella

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HUITIÈME

MÉDITATION



ADIEU À GRAZlELLA



1813

Adieu ! mot qu’une larme humecte sur la lèvre ;
Mot qui finit la joie et qui tranche l’amour ;
Mot par qui le départ de délices nous sèvre ;
Mot que l’éternité doit effacer un jour !

Adieu !… Je t’ai souvent prononcé dans ma vie,
Sans comprendre, en quittant les êtres que j’aimais,
Ce que tu contenais de tristesse et de lie
Quand l’homme dit, Retour ! et que Dieu dit, Jamais !


Mais aujourd’hui je sens que ma bouche prononce
Le mot qui contient tout, puisqu’il est plein de toi ;
Qui tombe dans l’abîme, et qui n’a pour réponse
Que l’éternel silence entre une image et moi !…

Et cependant mon cœur redit à chaque haleine
Ce mot qu’un sourd sanglot entrecoupe au milieu,
Comme si tous les sons dont la nature est pleine
N’avaient pour sens unique, hélas ! qu’un grand adieu !