Œuvres complètes de Lamartine (1860)/Tome 1/La Charité

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Œuvres complètes de LamartineChez l’auteur1 (p. 167-168).
SEIZIÈME

MÉDITATION



LA CHARITÉ



HYMNE ORIENTAL

1846

Dieu dit un jour à son soleil :
« Toi par qui mon nom luit, toi que ma droite envoie
» Porter à l’univers ma splendeur et ma joie,
» Pour que l’immensité me loue à son réveil ;
» De ces dons merveilleux que répand ta lumière,
» De ces pas de géant que tu fais dans les cieux,
» De ces rayons vivants que boit chaque paupière,
» Lequel te rend, dis-moi, dans toute ta carrière,
» Plus semblable à moi-même et plus grand à tes yeux ? »


— Le soleil répondit, en se voilant la face :
« Ce n’est pas d’éclairer l’immensurable espace,
» De faire étinceler les sables des déserts,
» De fondre du Liban la couronne de glace,
» Ni de me contempler dans le miroir des mers,
» Ni d’écumer de feu sur les vagues des airs ;
» Mais c’est de me glisser aux fentes de la pierre
» Du cachot où languit le captif dans sa tour,
» Et d’y sécher des pleurs au bord d’une paupière
» Que réjouit dans l’ombre un seul rayon du jour ! »

— « Bien ! reprit Jéhovah ; c’est comme mon amour ! »
Ce que dit le rayon au Bienfaiteur suprême,
Moi, l’insecte chantant, je le dis à moi-même.
Ce qui donne à ma lyre un frisson de bonheur,
Ce n’est pas de frémir au vain souffle de gloire,
Ni de jeter au temps un nom pour sa mémoire,
Ni de monter au ciel dans un hymne vainqueur ;
Mais c’est de résonner, dans la nuit du mystère,
Pour l’âme sans écho d’un pauvre solitaire
Qui n’a qu’un son lointain pour tout bruit sur la terre,
Et d’y glisser ma voix par les fentes du cœur.