Œuvres de Blaise Pascal/Tome 4/Première Provinciale (23 janvier 1656)

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Hachette, 1914 (Tome IV, pp. 107-148).

INTRODUCTION

I. — HISTORIQUE DE LA PREMIÈRE LETTRE.

D’après le rapport qui lui avait été fait par les examinateurs les 1er et 2 décembre 1655, la Faculté de théologie de Paris décida de juger d’abord la question de fait et de rechercher si Arnauld avait été téméraire en affirmant que, à son sens, les cinq propositions n’étaient point dans Jansénius. Les docteurs opinèrent sur cette question du 10 décembre au 14 janvier, et, lorsque le syndic compta les suffrages sur le « plumitif », il trouva « environ » 71 docteurs favorables à Arnauld, 130 contraires et de 8 à 15 indifférents. Aussitôt commencèrent les discussions sur la question de droit et sur l’accusation d’hérésie.

Arnauld, dès le 14 octobre, s’était caché : de sa retraite, où il était journellement tenu au courant des événements par des docteurs amis, par son frère et par d’autres laïcs encore, il envoyait à la Faculté de nombreux mémoires justificatifs. Pascal vint le rejoindre au début de janvier, comme le montre une lettre du 3 ou du 4 janvier 1606 que la Mère Angélique adressa à son frère. « Encore que nous ayons esté consolées de voir mon cher neveu de Saci, neantmoins c’a esté avec douleur de vous sçavoir seul ; et s’il ne falloit pas aimer tout ce que Dieu fait, je regretterois le pauvre frere Simon [M. de Séricourt, mort en 1650] sur qui je me reposois avec asseurance pour son grand soin. On m’a dit que vous auriez M. Pasqual, j’en suis bien aise. Mais cela n’est bon que pour le spirituel ; pour le reste, je ne sçay à qui vous pensez. Il vout faut quelqu’un ; vous pouvez choisir et dire votre pensée….. » (Copie de la Bibliothèque Nationale, ms. fr. 17790.)

Dès le 23 janvier, la Censure paraissait presque certaine ; c’est alors que fut composée la première Provinciale. Pendant longtemps les contemporains ont ignoré quel en était l’auteur ; on attribua les Petites Lettres à Arnauld, à Antoine Le Maître, à Gomberville, à Le Roi de Hautefontaine, à Arnauld d’Andilly, à Baudry d’Asson, à Hermant, à d’autres encore. Pour la première fois, semble-t-il, en 1659, le P. Fabri indique que Pascal et Montalte ne doivent faire qu’un seul personnage. Quant aux circonstances où ces lettres ont été composées, elles commencèrent à être révélées au public à la fin de 1657 par l’Avertissement que Nicole rédigea. Marguerite Perier et Perrault nous ont donné d’autres récits. On trouvera tous ces documents réunis dans l’appendice à la dix-huitième Provinciale.

La première Provinciale[1] porte la date du dimanche 23 janvier 1656 ; selon l’abbé Goujet[2], elle fut revue par Nicole, et par Arnauld.

II. — SOURCES.

Les pièces que Pascal a eues sous les yeux en composant cette Provinciale peuvent être distribuées en deux groupes.

Les indications de pages en italiques mises entre crochets à la fin des citations renvoient au passage correspondant des Provinciales.


A. — DOCUMENTS RELATIFS AU DÉBAT DE SORBONNE

Pascal eut connaissance des avis des docteurs de Sorbonne, avis qui étaient chaque jour notés par des partisans, et envoyés à Arnauld. Ils nous ont été conservés en grand nombre, et l’on trouve entre autres ces déclarations que Pascal utilisa :


Avis des docteurs de Sorbonne.

Et quia ego legi jam illum librum, nec in eo reperi propositiones illas damnatas, imo vero reperi alias istis omnino contrarias… (avis manuscrit de Claude Cordon du 31 décembre, Bibliothèque de M. A. Gazier) [infra, p. 121].

Ce livre [l’Augustinus] est entre les mains de tout le monde ; il n’y a personne qui ne le puisse voir ; il a esté imprimé trois fois, et il n’est pas escrit dans une langue barbare, mais en latin. Est-ce donc une chose si perilleuse, non seulement pour des Bacheliers, mais pour des Docteurs, que de le lire ; si difficile que de l’entendre ; et si dangereuse que d’en juger… (avis manuscrit de Claude Tristan, du 12 janvier, traduction de l’époque, Ibid.) [p. 123]. == 110 ŒUVRES ==

Mr d’Amiens... rejetta la proposition de Mr de Mincé en disant que personne n’avoit qualifié la proposition de Mr Arnauld de fausseté, mais bien de temerité (avis énoncé le 17 décembre; Mémoires manuscrits de Beaubrun, T. II, p. 70) [p. 122}.

Pascal fut aussi mis au courant des propos échangés entre la reine et la princesse de Guéméné, propos que nous font connaître ces deux lettres, extraites des documents annexés aux Mémoires de l’abbé Beaubrun :

Lettre de P. [Princesse de Guemené ?] à 901 [Arnauld d’Andilly] du 19 decembre 1655 (copie écrite par le secrétaire de d’Andilly).

Dimanche au soir je viens du Louvre ou Mr de Roddez s’est plaint à la Reyne de ce qui se passe en Sorbonne. Me de Senecey se tourmente fort pour tout cela. La Reyne m’a dit en cholere, vos docteurs sont si longs à parler que je croy que l’on sera obligé de les haster, ou de les en empescher. Mr le Chancelier est venu expres pour cela. L’on m’a dit qu’ils veullent faire quelque chose demain contre ces messieurs qui ont parlé ou par le Parlement ou quelque commandement du Roy. Je vous en donne avis, afin que vous jugiez ce que l’on pourra faire. J’ay respondu que tant de Cordeliers et autres Moynes qui estoient dans la Sorbonne feroient passer la chose come elle souhaittoit. Elle me dit que l’on en envoyera querir encore d’autres, et que l’on avoit fait signer des morts. Je ne scay ce que cela veut dire..... [p. 142 ].

Lettre du lundy 20 decembre (écrite, semble-t-il, par le duc de Luynes et adressée à Arnauld ; — copiée de la main de Pontchâteau).

Je viens d’apprendre qu’hier au soir Dimanche 19. M. l’Evêque de Rodés fit encore des plaintes au Louvre de ce que les Docteurs qui estoient pour M. Arnauld s’etendoient trop en opinant, et que sur cela la Reyne dit à Made la Princesse de Guemené au Cercle : Vos Docteurs parlent trop. A quoy elle == PREMIÈRE PROVINCIALE. - INTRODUCTION 111 ==


repondit : Vous ne vous en souciez gueres Madame, car vous ferez venir tant de Cordeliers et de Moines mendians que vous en aurez de reste. — Surquoy la Reine dit : Nous en faisons encore venir tous les jours [p. 142].


B. — ÉCRITS THÉOLOGIQUES[modifier]

Quelques exemples ont été empruntés par Pascal à l’écrit suivant :


[NOËL DE LALANE ET LE P.DESMARES ]. — Defense de la Constitution du Pape Innocent X. et de la Foy de l’Eglise; contre deux livres; dont l’un a pour titre: « Cavilli Jansenianorum... etc. » et l’autre: « Response à quelques demandes, etc. » S. 1. 1655. 288 p. in-4°.


p. 3... [Il est question du pouvoir prochain]. Il n’y a point d’homme de bon sens, qui ne juge d’abord par la seule lumiere naturelle, que si un secours est necessaire pour faire une chose, on peut dire veritablement que celuy à qui ce secours manque, ne peut faire cette chose; comme si un batteau m’est necessaire pour passer une riviere, il est vray de dire que je ne la puis passer sans batteau ; ou si je la puis passer à nâge, et sans l’aide d’un batteau, on ne peut pas dire absolument parlant, qu’un batteau me soit necessaire pour la passer, mais seulement pour la passer avec plus de facilité... [p. 135].


p. 4. Un exemple fera mieux entendre cette difference qu’il faut mettre entre plusieurs sortes de pouvoir, dont les uns sont plus éloignez, et les autres plus parfaits et plus accomplis. Il est vray de dire d’un homme qui n’est pas aveugle, mais qui a les yeux si malades, qu’il ne les peut ouvrir sans estre obligé aussi-tost de les refermer, qu’il peut voir, et qu’il ne peut pas voir : On dit qu’il peut voir, en considerant la faculté de voir, qui n’est pas esteinte en luy ; et l’on dit qu’il ne peut pas voir, en considerant la maladie de ses yeux qui l’empesche de voir. Ainsi jusques à ce que les yeux de cet == 112 ŒUVRES ==

homme soient gueris, la puissance qu’il a de voir n’est qu’une puissance éloignée ; et il en aura une plus proche et plus parfaite lors qu’on aura guery sa veuë. Neantmoins en suite mesme de cette guerison, s’il est dans les tenebres, cette puissance de voir ne sera pas en luy toute parfaite et toute accomplie, et rien n’empeschera qu’on ne puisse dire encore de luy, qu’il ne peut pas voir, parce qu’outre la faculté de voir et la santé de ses yeux, il luy manque une chose qui est entierement necessaire pour voir, qui est la lumiere, sans laquelle nul ne peut voir, quelques bons yeux qu’il ait d’ailleurs. Cette comparaison est d’autant plus propre, que c’est la mesme dont S. Augustin se sert pour expliquer le besoin qu’ont les justes mesmes du secours actuel de la grace de Jesus-Christ à chaque bonne action, non seulement pour la faire, mais aussi pour pouvoir la faire. De mesme, dit ce S. Pere, que l’œil du corps, quoy qu’il ait une santé tres-parfaite, ne peut voir sans le secours de la lumiere ; ainsi l’homme, quoy qu’il soit tres-parfaitement justifié, ne peut pas bien vivre si Dieu ne l’aide, et ne le fortifie par la lumiere éternelle de sa Justice (de Nat. et Grat., c. 26.) [p. 135].

Enfin il semble que Pascal s’est inspiré de très près d’un écrit qui parut en 1656, après la Censure de Sorbonne il est vrai, et par conséquent après la première Provinciale, mais qui fut fait « long-tems avant la publication de l’avis et des theses du P. Nicolaï » (31 janvier 1656), et « peu » après la lettre de M. Chamillard à un de ses amis (11 décembre 1655). Les auteurs les plus dignes de foi, Quesnel et Fouillou, l’attribuent à Nicole; Arnauld y a collaboré. Pascal a pris là, croyons-nous, un grand nombre d’arguments, le plan de sa discussion et aussi l’idée première de la scène comique qu’il imagine.

[NICOLE ?]. — Defense de la Proposition de Mr Arnauld Docteur de Sorbonne, touchant le droit. Contre la Premiere Lettre de Monsieur Chamillard Docteur de Sorbonne, et Pro== PREMIÈRE PROVINCIALE. — INTRODUCTION 113 ==

fesseur du Roy en Theologie. Par un Bachelier en Theologie de la Faculté de Paris. S. 1. 1656. 44. p. in-4°.

p. 8. M. le Moine... a veu que le stile des distinctions n’estoit pas celuy des livres, que l’amas qu’il en avoit fait avoit esté tellement dissipé, qu’il auroit de la peine à le remettre en estat... [p. 139].

p. 10. Et pour le mot de pouvoir que Mr Arnauld explique du pouvoir prochain, les Peres ont parlé mille fois du pouvoir prochain et de l’impuissance prochaine et ne se sont jamais avisez de se servir d’autres mots que de ceux de posse et non posse [p. 142].

Ne dit-on pas que l’on ne peut manger lors que l’on n’a point de vivres, qu’on ne peut naviger lors qu’on n’a point de navire, qu’on ne peut lire lors qu’on n’a point de Livre, qu’on ne peut peindre lors qu’on n’a point de couleurs, et enfin qu’on ne peut voir lors qu’on est dans les tenebres? Et en toutes ces expressions ne marque t’on pas l’impuissance prochaine, et le deffaut d’une chose nécessaire pour agir ?... [p. 135].

p. 13. Ce que pour entendre, il faut remarquer que comme c’est le propre des Erreurs de se combattre elles-mesmes, aussi bien qu’elles combattent la verité: Ainsi ces Mrs , quoy qu’unis dans le dessein de flestrir Mr Arnauld par une censure, ne s’accordent nullement entr’eux du sens auquel ils doivent prendre sa proposition pour la faire condamner [p. 132].

Les Thomistes qui sont les plus considerables d’entr’eux croyent que la grace efficace est nécessaire à toute action de pieté, et mesme à la priere, et par consequent que ceux qui pechent n’ont point cette grace efficace necessaire pour ne pecher point.

Neantmoins suivant les principes d’Alvarez, ils veulent que ceux qui sont destituez de grace efficace ne laissent pas d’avoir une autre grace qu’ils appellent suffisante de nom et non d’effet, et que par cette grace ils ont le pouvoir prochain d’accomplir les commandemens.

Mais ils n’entendent pas ce pouvoir prochain comme les

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114 OEUVRES[modifier]

Molinistes l’entendent, car ils enseignent que ce pouvoir ne donne pas tout ce qui est necessaire pour agir comme celuy que les Molinistes soustiennent, et qu’il n’exclut pas la necessité de la grace efficace pour toute action de pieté... [p. 137].

p. 20. Pour moy j’entends par ces mots [avoir le pouvoir prochain et accomply de faire une action] avoir tout ce qui est necessaire pour faire cette action. Ou pour parler encore plus precisément, avoir tout ce qui est principe necessaire et antecedent de faire cette action....

p. 22 . L’on pourroit respondre à ceux qui auront cette pensée qu’à proprement parler la définition d’un mot ne peut estre fausse, pourveu qu’on ne responde pas des autres, mais seulement de soy-mesme, et qu’on ne dise pas, par un tel mot on entend cecy ; mais seulement, par un tel mot j’entend cecy. Et qu’elle peut encore moins estre cause de fausseté, pourveu qu’on le prenne tousjours en un mesme sens..... Il sera tousjours permis de substituer la definition en la place du definy, et d’exprimer la mesme notion par des termes qui ont le mesme sens et la mesme force [4e Pr. p. 250]... On demandera peut-estre laquelle de ces deux notions du pouvoir prochain, est la veritable. Je respond que les notions des mots sont aussi veritables les unes que les autres, pourveu qu’elles soient d’une part egalement authorisées par l’usage, et que de l’autre elles n’enferment rien qui se contredise.

Or il est certain que celle que j’ay apportée est tres autorisée par l’usage, et que celle de quelques nouveaux Thomistes n’est en usage que parmy eux.

Et pour la verité de la notion en soy, il est encore certain que la notion du pouvoir prochain, telle qu’elle est exprimée dans la definition que j’en ay donnée n’enferme aucune contradiction.

Mais la definition que quelques nouveaux Thomistes en apportent paroist à la pluspart du monde contenir une contradiction. Que s’ils en peuvent neantmoins former une idée dont les termes ne se destruisent point les uns les autres, il leur sera permis alors d’exprimer cette idée par le mot de == PREMIÈRE PROVINCIALE, - INTRODUCTION 115 ==

pouvoir prochain, pourveû qu’ils avertissent les Lecteurs à l’entrée de leurs livres, qu’ils ne parlent pas comme les autres hommes, et ne prennent pas les mots dans leur signification ordinaire... [p. 137].

p. 25. Supposons donc qu’un de ces pretendus Heterodoxes qui ne veulent pas avouer ce pouvoir prochain, estant touché de quelque mouvement de repentir, aille trouver M. le Moine 1 pour apprendre de luy la foy de l’Eglise, mais que retenant tousjours une secrete aversion pour le Molinisme, il prie le P. Nicolaï d’assister à la Conference, de peur que M. le Moine au lieu de l’instruire de la foy catholique non contestée ne luy veüille inspirer de ses propres opinions.

On ne manquera pas de luy dire d’abord que pour estre catholique il faut renoncer à Jansenius. Mais cet homme que nous supposons estre un peu instruit de la doctrine de l’Eglise leur repartira, qu’il ne sçait pas quels sont les sentimens de Jansenius, mais qu’il sçait bien que la foy catholique ne peut consister à croire que des erreurs soient ou ne soient pas dans un auteur particulier, et partant qu’il les prie de luy apprendre, ce que l’on estoit obligé de croire pour estre veritablement orthodoxe et catholique avant que Jansenius eut rien escrit de la Grace.

Sur cette proposition on luy donnera à signer le nouvel article de foy conceu en ces termes. Nulli justo deest gratia sine qua non habeat proximam et completam potestatem vincendi tentationem.

Jamais aucun juste ne manque de la grace sans laquelle il nauroit pas le pouvoir prochain et accomply de vaincre la tentation.

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1. Déjà le P. Gaborens, dans le Discours d’un Religieux, Professeur en Theologie sur le sujet d’un voyage qu’il a esté obligé de faire à Paris, à l’occasion de la doctrine de la Grace. Paris, 1652. 58 p. in-4°, avait mis en scène un homme curieux de théologie qui faisait des visites aux représentants des divers partis. Nicole imite le procédé, que Pascal reprendra, cf. infra p. 133 sqq. == 116 OEUVRES ==


Mais il aura raison de repliquer, que les mots qu’ils luy voudroient faire signer n’appartenant point à la foy, et n’estant pas sacrez et autorisez par les Conciles ou par les decrets des Papes, il faudroit que ce fust le sens de ces mots qui fust de foy, et que comme il n’entend point ces termes prochain et accomply, quoy qu’il entende bien celuy de pouvoir, il les supplie tres-humblement de les luy expliquer avant que de les luy faire signer [p. 142].

M. le Moine respondra, que le sens de ces mots n’est pas difficile, que tout le monde entend par pouvoir prochain, une puissance qui a tout ce qui est necessaire pour agir, et qu’ainsi il faloit avoüer, que les justes avoient tousjours tout ce qui estoit necessaire, ou pour agir immediatement, ou au moins pour prier et pour obtenir par la priere la grace efficace necessaire pour agir [p. 134 sq.].

Mais le Pere Nicolai l’interrompra, et soustiendra que ce n’est point ce pouvoir prochain que l’Eglise obligeoit de confesser puisque c’estoit une heresie, que de dire que les justes ont tousjours tout ce qui est necessaire, pour agir ou pour prier, estant certain qu’ils n’ont pas tousjours la grace efficace, qui est aussi necessaire pour l’un que pour l’autre, qu’il suffisoit donc d’admettre un pouvoir prochain, qui n’exclut pas la necessité de la grace efficace pour agir ou pour prier.

M. le Moine doit respondre au P. Nicolai selon ses principes, qu’il fait grand tort à l’Eglise de luy imposer une pretention aussi estrange, que celle d’obliger ses enfans à croire un pouvoir prochain, non prochain, tel qu’estoit celuy des Thomistes, qui enferme une contradiction manifeste selon tous les autres theologiens. Sur ce differend dans lequel ils ne pourront jamais s’accorder, on consultera sans doute M. Cornet comme estant l’oracle du parti, et l’ame de ce grand Corps.

Et comme il est ingenieux à trouver des accommodemens, il dira à l’un et à l’autre qu’ils ne doivent pas faire des veritez de foy de leurs opinions particulieres, qu’il ne faloit point avoir d’autre dessein que celuy de declarer les Jansenistes == PREMIÈRE PROVINCIALE.- INTRODUCTION 117 ==


heretiques, et qu’il sufïisoit pour cela d’establir un pouvoir prochain indeterminé, laissant à la liberté d’un chacun de l’expliquer comme il le voudroit [p. 140].

Avec cette decision on reviendra trouver le cathecumene, on luy dira qu’il n’est pas necessaire qu’il confesse ce pouvoir prochain en aucun de ces deux sens, qu’il suffit de le confesser en general, en faisant abstraction des deux opinions de l’Eschole : et pour parler en leurs termes, abstrahendo a posse proximo Thomistarum, et posse proximo Molinistarum [p. 141].

Mais il témoignera qu’il n’est pas satisfait de cette confession de foy qu’on luy veut faire signer, qu’il sçait que la foy ne peut consister dans les paroles, qu’il les prie donc de luy en dire le sens, puisque c’est dans le sens qu’elle consiste [p. 138]..... Il leur demandera par exemple ce que signifie le mot de Lion en faisant abstraction s’il signifie ou un animal ou une ville. Ce que signifie le mot de Canon en faisant abstraction s’il signifie un canon de Concile, ou un canon de guerre. Enfin il protestera de sa soumission envers l’Eglise. Mais qu’il ne peut croire qu’elle oblige ses enfans à confesser des mots qu’elle n’a point consacrez, et dont personne ne peut expliquer le sens.

Cette response ayant mis un peu en desordre la subtilité de ces Inquisiteurs de la foy, je ne voy pas ce qu’ils pourront luy repliquer, si ce n’est peut-estre ce que nous sçavons qu’ils ont desjà dit à des personnes de condition, qu’il prend un mauvais chemin et pour son salut et pour sa fortune, qu’il est obstiné dans son erreur, et que l’on ne peut plus avoir de conference avec luy, puis qu’il a plus d’envie de disputer que de se sousmettre [p. 142].

Ce discours paroistra peut-estre peu serieux à M. Chamillard, il m’accusera de faire respondre ces Messieurs à ma fantaisie, et de former des hommes de paille pour les défaire. Mais je le prie de considerer que je ne suppose rien de faux et que quelque subtilité qu’ils ayent, ils ne sçauroient dire autre chose que ce que je leur ay fait dire.

N’est-il pas vray que les Thomistes soustiennent, que le sens auquel les Molinistes disent que nous avons tousjours le pouvoir prochain, est une erreur ou une heresie ?

N’est-il pas vray que les Molinistes disent, que celuy des Thomistes est une contradiction et une folie ?

N’est-il pas vray que l’on pretend establir le pouvoir prochain en tant que prochain, en aucun de ces deux sens en particulier, mais seulement en general, et en faisant abstraction de toutes les deux opinions ?…

Or c’est ce que je pretens estre une des plus extravagantes chimere qui soit jamais entrée dans l’esprit d’un homme, puisque les deux sens ausquels les Thomistes et les Molinistes prennent ce mot de prochain, lors qu’ils parlent du pouvoir prochain, estant contradictoires, ils n’ont aucune notion commune qui enferme quelque chose de plus que le posse, ou pouvoir, qui est reconnu de tout le monde ; et ainsi en faisant abstraction de ces deux sens, il ne reste plus que deux ou trois sillabes sans sens… [p. 141].

Qui pourroit croire qu’on excitast de si grands troubles dans l’Eglise pour un sujet si ridicule ? Qu’on remuast toutes sortes de machines, qu’on interessast toutes les puissances seculieres, qu’on occupast si long-temps la plus celebre Faculté du monde, et que tout cet appareil se terminast à establir un veritable pouvoir d’accomplir les Commandemens qui est confessé de tout le monde, et de plus le mot de prochain ou de proximum abstrahendo, c’est à dire deux ou trois sillabes sans sens, que ceux mesme qui en veulent faire un article de foy ne sçauroient entendre [p. 141 sq.].

L’on peut juger de là combien les Molinistes se joüent de la simplicité de la pluspart des personnes seculieres, qui prennent part à leurs intrigues, et à leur querelle. Et qu’il ne s’agit de rien moins que de ce qu’ils s’imaginent et que l’on leur fait entendre… [p. 120].



Œuvres de Blaise Pascal, IV.djvu
[3]LETTRE
ESCRITE À UN PROVINCIAL
PAR UN DE SES AMIS.
SUR LE SUJET DES DISPUTES
présentes de la Sorbonne[4]
De Paris ce 23. Janvier 1656.

Monsieur,

Nous estions bien abusez. Je ne suis détrompé que d’hier[5], jusque-là j’ay pensé que le sujet des disputes de Sorbonne estoit bien important, et d’une extrême consequence pour la Religion. Tant d’assemblées d’une Compagnie aussi celebre qu’est la Faculté[6] de Paris, et où il s’est passé tant de choses si extraordinaires, et si hors d’exemple, en font concevoir une si haute idée, qu’on ne peut croire qu’il n’y en ait un sujet bien extraordinaire.

Cependant vous serez bien surpris quand vous apprendrez par ce recit, à quoy se termine un si grand éclat ; et c’est ce que je vous diray en peu de mots aprés m’en estre parfaitement instruit.

On examine deux Questions ; l’une de Fait, l’autre de Droit.

Celle de Fait consiste à sçavoir si Mr Arnauld est temeraire, pour avoir dit dans sa seconde Lettre ; Qu’il a leu exactement le Livre de Jansenius, et qu’il n’y a point trouvé les Propositions condamnées par le feu Pape ; et neanmoins que comme il condamne ces Propositions en quelque lieu qu’elles se rencontrent, il les condamne dans Jansenius, si elles y sont[7]. La question[8] est de sçavoir, s’il a pu sans temerité témoigner par là qu’il doute que ces Propositions soient de Jansenius, apres que Messieurs les Evesques ont declaré qu’elles y sont.

On propose l’affaire en Sorbonne. Soixante et onze Docteurs entreprennent sa defense, et soutiennent qu’il n’a pû respondre autre chose à ceux qui par tant d’écrits luy demandoient s’il tenoit que ces Propositions fussent dans ce livre, sinon qu’il ne les y a pas veuës, et que neantmoins il les y condamne si elles y sont.

Quelques-uns mesme passant plus avant, ont declaré que quelque recherche qu’ils en ayent faite, ils ne les y ont jamais trouvées, et que mesme ils y en ont trouvé de toutes contraires, [9]en demandant avec instance ; que s’il y avoit quelque Docteur qui les [10]y eût veûes, il [11]voulut les monstrer, que c’estoit une chose si facile, qu’elle ne pouvoit estre refusée, puis que c’estoit un moyen seur de les reduire tous, et Monsieur Arnauld mesme ; mais on le leur a tousjours refusé. Voila ce qui [12]se passa de ce costé-là.

De l’autre [13]part se sont trouvez quatre-vingts Docteurs seculiers, et quelques quarante [14]Moines mandiants, qui ont condamné la Proposition de Monsieur Arnauld, sans vouloir examiner si ce qu’il avoit dit estoit vray ou faux, et ayant mesme declaré qu’il ne s’agissoit pas de la verité, mais seulement de la temerité de sa Proposition[15]. Il s’en est [16]trouvé de plus quinze qui n’ont point esté pour la censure, et qu’on appelle indifferents.

Voila comment s’est terminée la Question de Fait, dont je ne me mets gueres en peine ; car que Monsieur Arnaud soit temeraire, ou non, ma conscience n’y est pas interessée. Et si la curiosité me prenoit de sçavoir si ces Propositions sont dans Jansenius, son livre n’est pas si rare, ny si gros[17], que je ne le peusse lire tout entier pour m’en éclaircir, sans en consulter la Sorbonne.

Mais si je ne craignois aussi d’estre temeraire, je croy que je suivrois l’avis de la pluspart des gens que je voy, qui ayant creu jusqu’icy sur la foy publique que ces Propositions sont dans Jansenius, commencent à se défier du contraire par le refus bizarre qu’on fait de les monstrer, qui est tel que je n’ay encore veu personne qui m’ait dit les y avoir veuës. De sorte que je crains que cette censure ne fasse plus de mal que de bien, et qu’elle ne donne à ceux qui en sçauront l’histoire, une impression toute opposée à la conclusion. Car en verité le monde devient méfiant, et ne croit les choses que quand il les voit. Mais comme j’ay desja dit, ce point là est peu important, puis qu’il ne s’y agit point de la Foy.

Pour la question de Droit, elle semble bien plus considerable en ce qu’elle touche la foy. Aussi j’ay pris un soin particulier de m’en informer. Mais vous serez bien satisfait de voir que c’est une chose aussi [18]peu importante que la premiere.

Il s’agit d’examiner ce que Monsieur Arnauld a dit dans la même Lettre : Que la grace sans laquelle on ne peut rien, a manqué à S. Pierre dans sa cheute[19]. Sur quoy nous pensions vous et moy qu’il estoit question d’examiner les plus grands principes de la Grace, comme si elle n’est pas donnée à tous les hommes, ou bien si elle est efficace : mais nous estions bien trompez. Je suis devenu grand Theologien en peu de temps, et vous en allez voir des marques.

Pour sçavoir la chose au vray, je vis Monsieur N. Docteur de Navarre, qui demeure prés de chez moy, qui est, comme vous le sçavez, des plus zelez contre les Jansenistes : et comme ma curiosité me rendoit presque aussi ardent que luy, je luy demanday[20] s’ils ne decideroient pas formellement que la grace est donnée à tous [21]les hommes, afin qu’on n’agitast plus ce doute. Mais il me rebuta rudement, et me dit que ce n’estoit pas là le poinct ; qu’il y en avoit de ceux de son costé qui tenoient que la grace n’est pas donnée à tous : Que les Examinateurs mesmes avoient dit en pleine Sorbonne, que cette opinion est problematique[22] : et qu’il estoit luy mesme dans ce sentiment ; ce qu’il me confirma par ce passage qu’il dit estre celebre de saint Augustin[23], Nous sçavons que la grace n’est pas donnée à tous les hommes.

Je luy fis excuse d’avoir mal pris son sentiment, et le priay de me dire s’ils ne condamneroient donc pas au moins cette autre opinion des Jansenistes qui fait tant de bruit, que la grace est efficace, et qu’elle determine nostre volonté à faire le bien. Mais je ne fus pas plus heureux en cette seconde question. Vous n’y entendez rien, me dit-il, ce n’est pas là une heresie : C’est une opinion orthodoxe, tous les Thomistes la tiennent, et moy-mesme [24]l’ay soustenuë dans ma Sorbonique[25].

Je n’osay plus luy proposer mes doutes, et [26]mesme je ne sçavois plus où estoit la difficulté ; quand pour m’en éclaircir je le suppliay de me dire en quoy consistoit [27]l’heresie de la proposition de Monsieur Arnauld : C’est, [28]ce me dit-il, en ce qu’il ne reconnoist pas que les justes ayent le pouvoir d’accomplir les Commandemens de Dieu en la maniere que nous l’entendons. Je le quittay après cette instruction, et bien glorieux de sçavoir le nœud de l’affaire, je fus trouver Monsieur N. qui se porte de mieux en mieux, et qui eut assez de santé pour me conduire chez son beau-frere qui est Janseniste s’il y en [29]eust jamais, et pourtant fort bon homme. Pour en estre mieux receu, je feignis d’estre fort des siens, et luy dis. Seroit-il [30]bien possible que la Sorbonne introduisit dans l’Eglise cette erreur, que tous les justes ont tousjours le pouvoir d’accomplir les Commandemens ? Comment parlez-vous, me dit mon Docteur, appellez-vous erreur un sentiment si Catholique, et que les seuls Lutheriens et Calvinistes combattent. Et quoy luy dis-je, n’est-ce pas vostre opinion. Non, me dit-il, nous l’anathematisons comme heretique, et impie. Surpris de cette response, je connus bien que j’avois trop fait le Janseniste, comme j’avois l’autre fois esté trop Moliniste. Mais ne pouvant m’asseurer de sa réponse, je le priay de me dire confidemment s’il tenoit que les justes eussent tousjours un pouvoir véritable d’observer les preceptes. Mon homme s’échauffa là dessus, mais d’un zele devot, et dit qu’il ne déguiseroit jamais ses sentimens, pour quoy que ce fust, que c’estoit sa creance, et que luy et tous les siens la defendroient jusqu’à la mort, comme estant la pure doctrine de saint Thomas et de saint Augustin leur Maistre.

Il m’en parla si serieusement que je n’en pus douter. Et sur cette asseurance je retournay chez mon premier Docteur, et luy dis bien satisfait, que j’estois [31]seur que la paix seroit bien-tost en Sorbonne : que les Jansenistes estoient d’accord du pouvoir qu’ont les justes d’accomplir les préceptes : que j’en estois garand, que je [32]leur ferois signer de leur sang. Tout beau, me dit il, il faut estre Theologien pour en voir [33]le fin. La difference [34]qui est entre nous est si subtile, qu’à peine pouvons-nous la [35]marquer nous-mesmes : vous auriez trop de difficulté à l’entendre. Contentez-vous donc de sçavoir que les Jansenistes vous diront bien ; que tous les justes ont tousjours le pouvoir d’accomplir les Commandemens : ce n’est pas de quoy nous disputons. Mais ils ne vous diront pas que ce pouvoir soit prochain. C’est là le poinct.

Ce mot me fut nouveau, et inconnu. Jusques-là j’avois entendu les affaires, mais ce terme me jetta dans l’obscurité, et je croy qu’il n’a esté inventé que pour broüiller. Je luy en demanday donc l’explication, mais il m’en fit un mystere, et me renvoya sans autre satisfaction pour demander aux Jansenistes s’ils admettaient ce pouvoir prochain[36]. Je chargeay ma memoire de ce terme : Car mon intelligence n’y avoit aucune part. Et de peur [37]de l’oublier je fus promptement retrouver mon Janseniste, à qui je dis incontinent, apres les premieres civilitez. Dites-moy, je vous prie, si vous admettez le pouvoir prochain : Il se mit à rire et me dit froidement : Dites-moy vous-mesme en quel sens vous l’entendez ; et alors je vous diray ce que j’en croy. Comme ma connoissance n’alloit pas jusques-là, je me vis en terme de ne luy pouvoir repondre, et neantmoins pour ne pas rendre ma visite inutile, je luy dis au hazard. Je l’entends au sens des Molinistes. A quoy mon homme, sans s’émouvoir : Ausquels des Molinistes, me dit-il, me renvoyez-vous. Je les luy offris tous ensemble, comme ne faisans qu’un mesme corps, et n’agissans que par un mesme esprit.

Mais il me dit. Vous estes bien peu instruit. Ils sont si peu dans les mesmes sentimens, qu’ils en ont de tout contraires. [38]Mais estans tous unis dans le dessein de perdre Monsieur Arnauld, ils se sont avisez de s’accorder de ce terme de prochain, que les uns et les autres diroient ensemble, quoy qu’ils l’entendissent diversement, afin de parler un mesme langage ; et que par cette conformité apparente, ils pussent former un corps considerable, et composer [39]le plus grand nombre, pour l’opprimer avec asseurance.

Cette response m’estonna. Mais sans recevoir ces impressions des meschans desseins des Molinistes, que je ne veux pas croire sur sa parole, et où je n’ay point d’interest, je m’attachay seulement à sçavoir les divers sens qu’ils donnent à ce mot mysterieux de prochain. [40]Mais il me dit ; je vous en esclaircirois de bon cœur : mais vous y verriez une repugnance et une contradiction si grossiere, que vous auriez peine à me croire. Je vous serois suspect : Vous en serez plus seur en l’apprenant d’eux-mesmes, et je vous en donneray les adresses. Vous n’avez qu’à voir séparément [41]Monsieur le Moine, et le Pere Nicolai. Je [42]n’en connois pas un, luy dis-je. Voyez donc, me dit-il, si vous ne connoistrez point quelqu’un de ceux que je vous vas nommer : Car ils suivent les sentimens de Monsieur le Moine. J’en connus en effet quelques-uns. Et en suite il me dit : Voyez si vous ne connoissez point des Dominicains, qu’on appelle nouveaux Thomistes[43] ; car ils sont tous comme le Pere Nicolai. J’en connus aussi entre ceux qu’il me nomma : Et resolu de profiter de cet avis, et de sortir d’affaire, je le quittay. [44]Et fus d’abord chez un des disciples de Monsieur le Moine.

Je le suppliay de me dire ce que [45]c’estoit qu’avoir le pouvoir prochain de faire quelque chose. Cela est aisé, me dit-il, c’est avoir tout ce qui est necessaire pour la faire de telle sorte qu’il ne manque rien pour agir. Et ainsi, luy dis-je, avoir le pouvoir prochain de passer une riviere, c’est avoir un bateau, des bateliers, des rames, et le reste, en sorte que rien ne manque. Fort bien, me dit-il. Et avoir le pouvoir prochain de voir, luy dis-je, c’est avoir bonne veuë, et estre en plein jour. Car qui auroit bonne veuë dans l’obscurité, n’auroit pas le pouvoir prochain de voir, selon vous, puis que la lumiere luy manqueroit, sans quoy on ne voit point[46]. Doctement, me dit-il : Et par consequent, continuay-je, quand vous dites, que tous les justes ont tousjours le pouvoir prochain d’observer les Commandemens, vous entendez qu’ils ont tousjours toute la grace necessaire pour les accomplir, en sorte qu’il ne leur manque rien de la part de Dieu. Attendez, me dit-il, ils ont tousjours tout ce qui est necessaire pour les observer, ou du moins [47]pour prier Dieu. J’entends bien, luy dis-je, ils ont tout ce qui est necessaire pour prier Dieu de les assister, sans qu’il soit necessaire qu’ils ayent aucune nouvelle grace de Dieu pour prier. Vous l’entendez, me dit-il. Mais il n’est donc pas necessaire qu’ils ayent une grace efficace pour prier Dieu ? Non, me dit-il, suivant Monsieur le Moine.

Pour ne point perdre de temps, j’allay aux Jacobins [48]et demanday ceux que je sçavois estre des nouveaux Thomistes. Je les priay de me dire ce que c’est que pouvoir prochain. N’est-ce pas celuy, leur dis-je, auquel il ne manque rien pour agir. Non, me dirent-ils. Mais quoy, mon Pere, s’il manque quelque chose à ce pouvoir, l’appellez-vous prochain, et diriez-vous, par exemple, qu’un homme ait la nuit, et sans aucune lumière, le pouvoir prochain de voir. Ouy dea, il l’auroit selon nous, s’il n’est pas aveugle : Je le veux bien, leur dis-je ; mais Monsieur le Moine l’entend d’une maniere contraire. Il est vray, me dirent-ils, mais nous l’entendons ainsi. J’y consens, leur dis-je. Car je ne dispute jamais du nom, pourveu qu’on m’avertisse du sens qu’on luy donne. Mais je voy par là que quand vous dites que les justes ont tousjours le pouvoir prochain pour prier Dieu, vous entendez qu’ils ont besoin d’un autre secours pour prier, sans quoy ils ne prieront jamais. Voila qui va bien, me respondirent mes Peres, en m’embrassant, voila qui va bien. Car il leur faut de plus une grace efficace qui n’est pas donnée à tous, [49]et qui determine leur volonté à prier. Et c’est une heresie de nier la necessité de cette grace efficace pour prier.


Voila qui va bien, leur dis-je à mon tour : mais selon vous les Jansenistes sont Catholiques, et Monsieur le Moine heretique : Car les Jansenistes disent que les justes ont le pouvoir de prier, mais qu’il faut pourtant une grace efficace, et c’est ce que vous approuvez. Et Monsieur le Moine dit que les justes prient sans grace efficace, et c’est ce que vous condamnez. Ouy dirent-ils, mais [50]Monsieur le Moine appelle ce pouvoir, pouvoir prochain.

[51]Mais quoy, mes Peres, leur dis-je, c’est se joüer des paroles de dire, que vous estes d’accord à cause des termes communs dont vous usez, quand vous estes contraires dans le sens. Mes Peres ne répondent rien, et sur cela mon disciple de Monsieur le Moine arriva par un bon-heur que je croyois extraordinaire ; mais j’ay sceu depuis que leur rencontre n’est pas rare, et qu’ils sont continuellement meslez les uns avec les autres.

Je dis donc à mon disciple de Monsieur le Moine. Je connois un homme qui dit que tous les justes ont tousjours le pouvoir de prier Dieu, mais que neantmoins ils ne prieront jamais sans une grace efficace qui les determine, et laquelle Dieu ne donne pas tousjours à tous les justes. Est-il heretique ? Attendez, me dit mon Docteur, vous me pourriez surprendre. Allons [52]donc doucement, Distingo[53], s’il appelle ce pouvoir, pouvoir prochain, il sera Thomiste, et partant Catholique ; sinon il sera Janseniste, et partant heretique. Il ne l’appelle, luy dis-je, ni prochain, ny non prochain : Il est donc heretique, me dit-il : demandez-le à ces bons Peres. Je ne les pris pas pour juges, car ils consentoient desja d’un mouvement de teste. Mais je leur dis, il refuse d’admettre ce mot de prochain, parce qu’on ne le veut pas expliquer. À cela un de ces Peres voulut en apporter sa definition ; mais il fut interrompu par le disciple de Monsieur le Moine, qui luy dit : Voulez-vous donc recommencer nos broüilleries ? Ne sommes-nous pas demeurez d’accord de ne point expliquer ce mot de prochain, et de le dire de part et d’autre, sans dire ce qu’il signifie ? À quoy le Jacobin consentit.

Je penetray par là dans leur dessein, et leur dis en me levant pour les quitter : En verité, mes Peres, j’ay grand peur que tout cecy ne soit une pure chicanerie ; et quoy qu’il arrive de vos assemblées, j’ose vous predire, que quand la Censure seroit faite, la paix ne seroit pas établie. Car quand on auroit décidé qu’il faut prononcer les syllabes pro, chain ; qui ne voit que n’ayant point esté expliquées chacun de vous voudra jouïr de la victoire. Les Jacobins diront que ce mot s’entend en leur sens. Monsieur le Moine dira que c’est [54] au sien, et ainsi il y aura bien plus de disputes pour l’expliquer, que pour l’introduire. Car apres tout, il n’y auroit pas grand peril à le recevoir sans aucun sens, puis qu’il ne peut nuire que par le sens. Mais ce seroit une chose indigne de la Sorbonne et de la Theologie d’user de mots equivoques et captieux sans les expliquer.

[55]Car enfin, mes Peres, dites-moy, je vous prie, pour la derniere fois, ce qu’il faut que je croye pour estre Catholique : Il faut, me dirent-ils tous ensemble, dire que tous les justes ont le pouvoir prochain en faisant abstraction de tout sens. Abstrahendo à sensu Thomistarum et à sensu aliorum Theologorum[56]. C’est à dire, leur dis-je en les quittant, qu’il faut prononcer ce mot des lévres, de peur d’estre heretique de nom. Car [57]enfin est-ce que [58]le mot est de l’Écriture ? Non, me dirent-ils. Est-il donc des Peres ou des Conciles, ou des Papes ? Non. Est-il donc de saint Thomas ? Non. Quelle necessité y a-t-il donc de le dire, puis qu’il n’a ny authorité ny aucun sens de luy-mesme ? Vous estes opiniastre, me dirent-ils, vous le direz, ou vous serez heretique, et Monsieur Arnauld aussi. Car nous sommes le plus grand nombre : et s’il est besoin nous ferons venir tant de Cordeliers, que nous l’emporterons[59]. Je les viens de quitter sur cette [60]solide raison pour vous écrire ce recit, par où vous voyez qu’il ne s’agit d’aucun des points suivants, et qu’ils ne sont condamnez de part ny d’autre. 1. Que la grace n’est pas donnée à tous les hommes. 2. Que tous les justes ont le pouvoir d’accomplir les Commandemens de Dieu. 3. Qu’ils ont neantmoins besoin pour les accomplir, et mesme pour prier, d’une grace efficace qui determine leur volonté. 4. Que cette grace efficace n’est pas tousjours donnée à tous les justes ; et qu’elle dépend de la pure misericorde de Dieu. De sorte qu’il n’y a plus que le mot de prochain sans aucun sens qui court risque.

Heureux les peuples qui l’ignorent ! heureux ceux qui ont precedé sa naissance ! car je n’y voy plus de remede, si Messieurs de l’Academie [61]ne bannissent par un coup d’authorité ce mot barbare de Sorbonne qui cause tant de divisions. Sans cela la Censure paroist asseurée, mais je voy qu’elle ne fera point d’autre mal que de rendre la Sorbonne [62]méprisable, par ce procedé qui luy ostera l’authorité [63]qui luy est [64]necessaire en d’autres rencontres.

Je vous laisse cependant dans la liberté de tenir pour le mot de prochain, ou non, car [65]j’aime trop mon prochain [66]pour le persecuter sous ce pretexte. Si ce recit ne vous déplaist pas, je continuëray de vous avertir de tout ce qui se passera. Je suis, etc.

Ludovici Montaltii de Sorbonicis contentionibus, epistola prima ad amicum Provincialem. Lutetiæ Parisiorum X. Kal. Febr. Anno 1656.

Quanto in errore versati sumus ! At illo me leva vit hesterna dies. In istis Sorbonicis turbis rem gravissimam agi, tantumque non totam Religionem verti putabamus. Eam opinionem attulerant tot celeberrimæ Facultatis comitia, tot inauditarum rerum concursus, quibus non graves aliquas et inusitatas causas subesse vix credibile erat. At tu mecum non mediocriter stupebis, quò tantus redierit apparatus. Paucis igitur accipe quæ diligenter exquisita cognovi.

Aguntur duæ quæstiones : una factum, altera jus attingit. Illa est, An temeritatis reus Arnaldus, quòd in secunda epistola ita scripserit : Jansenii librum accuratè à se perlectum, nec tamen inventas in eo propositiones illas, quas Innocentius X. damnat : cæterùm illas à se ubilibet damnari ; et si sint in Jansenio, etiam in Jansenio. Quæritur ergo, an hæc quam præ se tulit dubitatio sit temeraria, cùm quinque propositiones in Jansenio esse Episcopi declararint ? Defertur res ad Sorbonam, unus supra septuaginta Doctores ab illo stant. Quid enim, aiunt, aliud responderet Arnaldus, tam multis scriptoribus odiosè quærentibus an has propositiones in Jansenio esse sentiret, nisi eas minime quidem reperisse se, damnare tamen vel in Jansenio, si reperiantur? Nonnulli etiam ultra provecti non modò frustra quæsitas à se in Jansenio propositiones dixerunt ; sed etiam planè contrarias à se repertas. Itaque contra sentientes Doctores compellabant, ut si quis illas à se visas diceret, palam ostendere ne gravaretur : nil esse facilius ; neque hanc conditionem rejici sine injuriâ posse : hòc enim compendio omnes, imò ipsum Arnaldum in eundem sensum adductum iri. Æquum postulare videbantur ; repudiati sunt tamen. Habes quid ex hac parte sit gestum.

Ast alii numero octoginta seculares, cum quadraginta circiter Mendicantium stipatu, hanc Arnaldi propositionem damnandam censuerunt, veráne an falsa esset nihil inquirentes. Neque enim, uti denuntiarunt, veritas ejus ; sed tantùm temeritas agebatur. Fuere alii numero quindecim, qui totum Censuræ consilium improbarunt ; hos indifferentes vocant.

Hunc exitum habuit facti quæstio, qui non me valde sollicitum habet. Sit temerarius Arnaldus, anne sit, quid ad conscientiam meam ? Quod si libido me incessat pernoscendi an quinque illæ propositions extent in Jansenio, nihil est cur propterèa mihi Sorbonam consulere necesse sit : nec enim aut tam grandis aut tam rarus est liber, ut non facilè possim illo penitus evoluto totam rem, ut se habeat, explorare. Quin etiam ni temeritatis vererer notam, in eam proclivis essem sententiam, in quam plerosque omnes ferri video, qui cùm propositiones in Jansenio esse pervulgato rumori antè credidissent, huic jam incipiunt sententiæ diffidere. Cur enim, inquiunt, illarum sedes ostendi tam absurdè recusatur ? Cur nemo illas à se visas affirmat ? Ita, si verum dicendum sit metuo ne plus mali pariat Censura, quàm boni ; neve apud illos, qui rei gestæ seriem norint, eam opinionem confirmet, quam tendit evellere. Fiunt enim homines nescio quomodò magis in dies suspiciosi ; nil jam credunt, nisi quod cernunt. Ut ut fit, tota res, ut dixi, leviuscula, et fides hic in vado.

Plùs me movebat juris quæstio : gravioris enim longè momenti videbatur, utpote quà fidem attingi jactabant. Quare ad eam penitus cognoscendam nullam diligentiam reliquam feci. Sed tu non sine risu perspicies, quàm non illa priore sit gravior.

Recténe Arnaldus in epistolâ dixerit, Defuisse Petro gratiam ; sine quâ nihil possumus, id agitur. Hic tu altissima gratiæ mysteria excussum iri nonne mecum existimabas ? An omnibus detur : an per se sit efïicax, etc. Verum totâ erravimus vià. Quantus brevi Theologus effectus sum, jam faxo scias.

Amicum illum nostrum ac vicinum Navarrae Doctorem nostin ? Acerrimus ille in Jansenistas. Hune convêni de toto hoc negotio scitaturus ; atque ut curiositate non minus ardebam, quàm ille partium studio, nihil præfatus ; Vestróne igitur decreto firmabitur, omnibus hominibus gratiam dari, ne quis ampliùs possit ambigere ? At ille duriusculè : Quasi verò, inquit, hoc agatur, ac non contra sentiant complures etiam è nostris. An omnibus detur gratia, problematicum est : agnoverunt Inquisitores nostri : ipse privatim ita sentio, non omnibus dari. Hoc ille continuo celeberrimo Augustini loco confirmat : Scimus gratiam non omnibus hominibus dari.

Hic ego : mentem, ut video, tuam minus tenebam, quod tu boni consulas velim : at illam certè Jansenistarum tantopere jactatam sententiam proscribetis : Per se efficacem esse gratiam, et ab ea voluntatem insuperabiliter flecti ? Verùm hîc quoque sensi me nihilominus infelicem fuisse. Abi, inquit ille, cum istâ tantâ tuâ istarum rerum inscientiâ. Non hæc hæresis, sed orthodoxa sententia est, quam Thomistæ omnes, quam ipse in Sorbonicâ disputatione defendi. Nil jam ego proferre audebam, et tamen ubinam quæstio resideret prorsus ignorabam. Sed ut id quoquomodo ex ipso elicerem : Fac igitur, amabo, ut quamobrem hæretica sit Arnaldi periodus, nos doceas. Quia, inquit, non agnoscit in justis eam quam volumus bene agendi potestatem. Nec plura ego, de quæstionis statu probe, ut mihi videbar, edoctus, alacer et gestiens ab illo discessi. Inde ad amicum N. continuò : is in dies consanescit. ltaque simul ad uxoris suse fratrem perreximus : virum, si quisquam alius, Jansenistam ; optimum tamen. Huic quò me magis insinuarem, Jansenianum me assimulo. Itáne, inquam, Sorbonæ decreto in Ecclesiam invehetur tantus hîc error : Justis nunquam deesse implendæ divinœ legis potestatem ? Quem tu, inquit, errorem narras ? Hoccine erroneum dicis quod soli cum Lutherianis Calvinistæ negant ? Tum ego : An tu, inquam, non ita sentis ? Bona verba, inquit : imô verò hune sensum tanquam hæreticum et impium ejuro et execror. Hâc oratione perculsus intellexi qui modo Molinistam nimis egeram, hîc me Jansenistam nimis egisse. Verùm necdum ipsi penitus fidens: Obsecro,inquam,tune sic sentis, Justis veram implendæ divinæ legis potentiam semper adesse ? Hic ille vehementiùs, at ut pietatem intimam cerneres, concalescens : Non is sum, inquit, quem ulla ratio ad obtegendos sensus meos possit adducere : hæc sicut dixi, ita sentio ; hæc pro viribus, dum vita suppetet, ego meique defendemus. Hæc enim Sanctus Thomas, hæc docuit Augustinus Magister meus. Sic ille tam graviter et seriò, ut dubitationem nullam relinqueret.

Rectà ergo ad priorem illum Doctorem, quem lætus appellans : Bono, inquam, animo esse impero. Silebunt brevi Sorbonicæ turbæ. De potestate justorum ad observanda mandata Jansenistas assentientes habebitis ; id ab ipsis vel sanguinis subscriptione probatum iri spondeo : Tura ille : Cautiùs ista quaeso. Hæc non nisi Theologis pervia sunt : ita tenui limite discludimur, ut illum assignare vix satis ipsi valeamus : in illo pervidendo frustra sudaveris. Hoc tibi ergo satis habeto. Implendæ divinæ legis potestatem omnibus justis præsto esse dicent Jansenistæ : nec de hoc capite certatur inter nos : illam potestatem proximam nunquam dicent. Audin tu ? Hic nodus est. Mirum et insolens istuc verbi mihi videri. Hactenùs quid dicerent intellexeram : nunc mihi noctem offudit vox inusitata, permiscendis, nisi fallor, rebus inventa. Quæsivi ergo quid sibi vellet ? At ille nescio quid arcani in hac voce latêre signifîcans, nihil ampliùs ad rem evolvendam adjiciens, ad Jansenistas me remisit, percontatum proximamne potestatem admitterent ?

Igitur hâc voce memoriam onero, nam intelligentiæ nullæ hic partes ; et ne efflueret, properanter pergo ad Jansenistam. Ibi post prima illa quæ in salutando solent : Die sodes, inquam, proximamne potestatem agnoscis ? Arridere ille, et nihil commotus : Explana, inquit, quâ tu notione vocem illam usurpes, pòst quid ipse sentiam scies.

Quid tu hîc me censes ? Pene obmutui ; neque enim hue intelligentiâ pertingebam. Ne tamen frustra venissem, temerè quod in buccam venit locutus : Molinistarum, inquam, sensu usurpo. Ille autem leniter : Quorum, inquit, Molinistarum ? Tum ego conglobatim universos obtuli, quasi unum corpus quod una mens regeret. Quam tu, inquit, satis ista non tenes ! Sequuntur illi disjunctissimas sententias, adeò parum illis inter se convenit. Sed cùm omnibus una mens sit opprimendi Arnaldi, fictam in hoc verbo consensionem mentiuntur, quod utrique pariter, at diversâ notione pronuntient ; ut si minus unus omnium sensus, una certè sit omnium lingua. Hâc fucatâ concordià partes suas numerosiores efficiunt, et viam sibi ad obruendum Arnaldum securam parant. Intellexistin ?

Hæc mira prorsùs mihi videri ; nec tamen in commodam illam de perversis Molinistarum machinationibus opinionem animo insidere sura passus : nam et illœ nihil me attingebant, et isti non habebam fidem tantùm affirmanti. Ergo illud quærere institi, quos sensus arcanæ illi voci subjicerent ? Ille autem : Facerem equidem libentissimè ; sed tu tam manifestam ibi cerneres pugnam, ut meritò verbis meis diffideres : exploratiùs ista et meliùs ex ipsis cognosces : quâ via jam ostendam. Separatim tibi Doctor Moynius, et Pater Nicolai invisendi sunt. Neuter, inquam, mihi notus est. At ex illis quos recensebo attende an neminem noris. Omnes isti Moynio assentiuntur. Enumeravit multos, ex quibus aliquos mihi benè notos esse respondi. Mox ille : Prætereà Dominicanorum, quos novos Thomistas appellant, aliquis tibi adeundus est. Omnes illi Patris Nicolai gemini sunt. Multos deinde nominavit, et in iis quosdam mihi familiares. Hæc cum essent dicta, discessimus. Stabat consilium ejus exsequi, et totum id videre quid esset.

Ergo Moynii discipulum statim convenio. Nec mora, percontor quid esset alicujus rei faciendæ proximam potestatem habere ? Nil facilius, inquit : Cui suppetunt omnia ad agendum necessaria, ita ut nihil desit, is habet hujus rei proximam potestatem. Ergo, inquam, tranare fluvium proximè potest, cui scapha, portitor, remus, et cætera omnia sic adsunt, ut nullâ re necessarià deficiatur. Tenes, inquit ille. Et videre, inquam, proximè potest, cui sana oculorum acies, et lumen præterèa suppetit : nam cui lux deesset, sine quâ nihil cernitur, vigerent licet oculi, non tamen haberet proximam videndi potestatem. Doctissimè, inquit. Cùm igitur divinæ legis servandæ proximam potestatem omnibus justis conceditis, id dicitis : Gratiam omnem ad hoc necessariam ipsis præsto esse, ita ut nihil desit ex parte Dei. Mane, inquit, præsto est semper ipsis quicquid necessarium est ad implendum præceptum, vel saltem ad orandum. Teneo, inquam : quæ gratia ad alliciendum precibus divinum auxilium necessaria est, hæac semper adest, nec ulla præterèa nova gratia ad id præstandum requiritur. Habes, inquit. Non ergo ad orandum necessaria est efficax quaedam gratia ? Minime gentium, inquit, ex Doctore Moynio.

Ne quid mihi temporis frustra periret, inde extemplò ad Dominicanos. Hîc cùm aliquos ex novis Thomistis mihi notis evocari jussissem : Quæso, inquam, illud edisserite, quis potestatem proximam habere dicendus sit ? An non is cui nihil necessarium deest ? Minimè vero, inquiunt. An igitur, inquam, eam potestatem proximam dicetis, cui deest aliquid? An homini luce carenti proximam videndi potestatem concedetis ? Ita prorsus, inquiunt, nisi sit cæcus. Atqui, inquam, Doctori Moynio potestas proxima longè aliud sonat. Sic est, inquiunt : at nobis, id quod diximus sonat. Facile patior, inquam ; nam de verbis litigare non placet, dum ne quis in sensu me velit errare. Verùm, ut video, cùm justis proximam orandi potestatem’inesse dicitis, id sentitis : aliam præterèa gratiam opus esse, sine quâ nunquam orabunt. Hîc unus amanter me complexus : Bellissimè, inquit, bellissimè ; est enim insuper necessaria efficax gratia non omnibus concessa, quæ voluntatem ad agendum indeclinabiliter impellat. Nam illius efïicacis gratiæ necessitatem ad orandum negare, certissima hæresis est. Tum ego vicissim : Bellissimè, retuli, bellissimè. At ex vobis, ut video, Jansenistæ catholici, Doctor Moynius hæreticus. Illi omnibus justis orandi potestatem concedunt, necessariam tamen esse contendunt gratiam efficacem : id vobis catholica fides est. Hic autem gratiam efficacem justis ad orandum necessariam negat : id vobis hæresis est. Rectè, inquiunt ; sed potestatem orandi quam omnes, etiam Jansenistæ justis concedunt, nos proximam cum Moynio appellamus ; Jansenistæ non item.

Hic ego : Placet igitur vobis sic nos in verbulo ludificari ? Hæccine est illa consensio quam obtenditis ? Eamdem utrique vocem usurpatis, audio : at in sensu vocis diffidetis. O præclarum concentum ! Nil illi contrà retulerunt. Interea ecce tibi is quem antè conveneram, Doctoris Moynii discipulus advenit, tam opportunè, ut hoc non fortuitum, sed divinum putarem. Post tamen comperi nil esse novi, assiduéque illos inter se consilia conferre.

Ergo illum intuens : ego, inquam, quemdam hîc novi sic sentientem : Justis deprecandi Dei potestatem nunquam deesse, nec tamen quemquam ex illis reipsa deprecari, nisi efficacem gratiam, non omnibus justis concessam, cælitùs acceperit. An tu illum hæreticum dices ? Tum ille noster : Mane, inquit ; non ægrè hìc me illaquearis. Pedetentim ergo et cautè. Distinguo : Si hanc potestatem quam justis largitur, proximam appellet, Thomista erit et catholicus ; sin minùs, Jansenista erit, atque adeò hæreticus. Ibi tum ego : Nec proximam, inquam, appellat ; nec proximam negat. Certè, inquit, hæreticus est : hosce interroga. Ego verò rem ipsorum arbitrio non permisi : jam enim nutu assentiebantur. Sed vocem illam, inquam, proptereà usurpare refugit, quia vos illam exponere detrectatis. Ibi tum notionem suam proferre unus è Patribus adornabat : sed obstitit Moynii discipulus. Vin tu, inquit, veteres rixas exsuscitare ? Nonne dictum inter nos fuit, ut vocem illam utrique pronuntiaremus, explanaret nullus ? Concessit Dominicanus, et tacuit.

Ex hoc mihi totum ipsorum consilium subito patuit. Itaque consurgens : Quàm vereor, inquam, ne hoc negotium merum sit in frigidâ cavillatione ludibrium ! Quemvis exitum habeant hæc vestra comitia, fidenter hoc dico : confectâ Censurâ nihilo magis constituta pax erit. Age, decernatis has syllabas, pro-xi-mè, proferendas esse, quid fiet ? Cùm illarum vis nusquam exposita fuerit, se volet quisque dici victorem. Sensum suum valere cupient Dominicani : contra Moynius opponet suum : hinc de sensu lites exurgent nihilo minores quàm de voce primùm inducendâ. Postremò quid periculi sit vocem fundere sensu vacuam, non video. Sensus enim nocere, non sonus potest. Sed illud indignum et Sorbonâ et Theologiâ fuerit, verbis fallacibus et ambiguis, quæ ipsa explicare nolit, autoritatem dare. Quid enim ad extremum credere me jubetis, ut catholici nomen retineam ? Tum illi uno ore : Hoc tibi confitendum est : Omnibus justis divinæ tegis explendæ proximam potestatem adesse, abstrahendo ab omni sensu, sive abstrahendo à sensu Thomistarum, et à sensu aliorum Theologorum.

Ego verò discedens : Bene est, inquam ; nempe hic sonus ore fundendus est, ne hæreticus sis nomine tenus. Quid enim ? An hæc è scripturis petita vox est ? Negarunt. An à Patribus, à Conciliis, à summis Pontificibus sancita est ? Negarunt itidem. Certè, inquam, à Sancto Thomâ ? Nihil minùs. Quid igitur, inquam, necesse est, vocem pronuntiare et autoritate et sensu carentem ? Nimis, inquiunt, pervicax es ! cæterùm nihil agis : ni pronunties, hæreticus eris et tu et Arnaldus : numero superiores sumus ; quin, si opus sit, tot Monachos advocabimus, ut victoria nostra incerti nihil habitura sit. Hîc illos tam solidâ ratione utentes relîqui, ut ad te omnia exacta perscriberem. Cernis, opinor, nullum ex sequentibus capitibus ab alterutrâ parte damnari : 1. Non omnibus dari gratiam. 2. Justis servandæ legis potestatem semper suppetere. 3. Ad id tamen necessariam esse gratiam efficacem, quâ voluntas insuperabiliter agatur. 4. Non omnibus justis hanc gratiam semper adesse ; sed quibusdam gratuito Dei munere dari, quibusdam non item. Ita unius verbi, proximè, sensu vacui, periculo certatur. Felices quibus illud incognitum est ! felices qui ejus ortum antecesserunt ! Omninò hujus mali unam video medicinam ; si nostri Academici barbaram hanc vocem, tot turbarum semen, pro imperio è Sorbonâ ejiciant. Ni faciant, de Censurà non dubitatur. Vis dicam ex illâ quid net ? In contemptum adducetur Sorbona, et necessariâ in aliis causis autoritate spoliabitur, cùm in hoc tam ineptè[67] se gesserit.

Tu verò vocem, proximè, aut defende, aut abige tuo arbitratu. Carior mihi proximus, quàm ut ipsi velim tam inani specie molestus esse. Hæc tibi si non ingrata fuisse sensero, quæ consequentur itidem ad te explorata deferam. Vale.


APPENDICE

Dans son édition latine, Nicole a commenté le texte de Pascal en de nombreuses notes, qui ont été traduites en français par Mlle de Joncoux, en vue de l’édition de 1699. Nous n’avons pas à suivre les différentes phases de la polémique qui a été soulevée alors par les Provinciales et à laquelle Pascal n’a pas été directement mêlé. En général, nous nous bornerons à donner le titre des notes de Nicole. Nous ferons quelques exceptions pourtant ; c’est ainsi que nous reproduisons, en suivant la version française de Mlle de Joncoux, cette note première de la première Provinciale : on y trouve un commentaire théologique que Pascal a lu, et qu’il a certainement approuvé.

NOTE I. DE NICOLE

En quel sens Montalte rejette le terme de Pouvoir prochain.


Il est constant que les termes de pouvoir prochain, ou de puissance prochaine sont trés-équivoques. Les Thomistes, quand ils parlent de la grace, entendent par ces termes une certaine vertu intérieure qui ne produit jamais l’action, si elle n’est aidée d’un secours efficace de Dieu. Les Molinistes au contraire entendent un pouvoir qui renferme tout ce qui est nécessaire pour agir. Alvarez distingue avec soin ces deux sens (Disp. 117, n. 11), et s’attachant à celui des Thomistes, il rejette celui des Molinistes ; et soûtient que sans la grace efficace il ne peut y avoir de pouvoir prochain, en ce dernier sens.

Mais parce que le sens des Molinistes est plus naturel et plus conforme à la notion commune de pouvoir, M. Arnauld avoit dit simplement dans sa lettre ; Que la grace, sans laquelle nous ne pouvons vaincre les tentations, avoit manqué à S. Pierre ; ce qu’il entendoit du pouvoir prochain, comme il l’a protesté lui-même. Cependant ses ennemis formerent le dessein de condamner cette proposition. Mais se voiant divisez en deux partis, les uns voulant passer pour Thomistes, et les autres se déclarant ouvertement pour Molina, ils eurent peur que cette division ne fût un obstacle au dessein qu’ils avoient d’oprimer M. Arnauld. C’est pourquoi ils feignirent pour un tems une union qui ne consistoit qu’en des mots équivoques qu’on n’expliquoit point, et que chacun interprétoit différemment. Ils choisirent les termes de pouvoir prochain. Tous s’en servoient également, mais un parti les entendoit dans un sens, et l’autre dans un autre.

C’est ce malicieux artifice, et non le pouvoir prochain en lui-même, que nôtre Auteur également éloquent et enjoüé tourne en ridicule, sans s’écarter dans ses railleries de l’exactitude qu’on doit garder quand on traite des matières Théologiques. Il dépeint toute cette fourberie avec les couleurs les plus agréables, mais sans rien outrer. Il soûtient qu’on ne doit point regarder, comme des termes consacrez, pour exprimer la foi, ni exiger de personne de recevoir avec un respect religieux, des mots nouveaux et barbares, qui ne sont établis par aucun endroit de l’Ecriture, des Conciles, ou des Peres. Mais il est bien éloigné de vouloir condamner quelques Théologiens célèbres qui s’en sont quelquefois servis dans un bon sens, c’est à dire dans le sens des Thomistes, et avec les précautions nécessaires. Car ils n’auroient pas voulu en user indifféremment en toutes rencontres, et en parlant même au peuple. Ils n’ont jamais obligé personne à s’en servir ; et ils ont eu soin, lorsqu’ils s’en sont servis, d’en rejetter le venin, c’est à dire, le sens des Molinistes, comme fait Alvarez dans l’endroit que j’ai cité, au lieu que ceux que Montalte condamne faisoient tout le contraire.

Au reste comme ce pouvoir prochain n’étoit qu’un jeu inventé pour faire hâter la Censure, elle ne fut pas plutôt faite qu’on n’en parla plus : Et peu de tems aprés la Sorbonne vit soutenir publiquement chés les Peres de l’Oratoire le 13 Juin 1656. en presence et avec l’aplaudissement du Clergé de France, qu’on peut dire dans un sens véritable que sans la grace efficace il n’y a point de pouvoir prochain : Cependant la Censure subsiste, parce que les Auteurs de cette broüillerie ont toujours la même autorité dans la Sorbonne ; et que la faveur du P. Annat qui est la source de cette tempête, est toujours la même. Lorsque tout cela ne sera plus, la Censure tombera, et peut-être que la mémoire n’en sera conservée que dans les écrits de Montalte, qui ne périront jamais.

  1. Si l’on en croit l’Avertissement qui fut mis en tête du recueil de 1657, « ces Lettres ont été appellées Provinciales parce que l’auteur ayant adressé les premières sans aucun nom à un de ses amis de la campagne, l’imprimeur les publia sous ce titre, Lettre écrite à un Provincial par un de ses amis. » — Cf. ce que Pascal dit lui-même sur ce sujet Pensées, fr. 52, T. I. p. 56, et notes.
  2. L’abbé Goujet publia en 1732 la Vie de Nicole et l’histoire de ses ouvrages. Il la composa en se servant de mémoires manuscrits de l’abbé Beaubrun, mémoires qu’il rectifia souvent. Il semble bien que la Bibliothèque Nationale possède cet écrit de Beaubrun (ms. fr. 13898). Ce manuscrit explique ainsi le rôle de Nicole dans la composition des Provinciales : « Ce fut pendant le séjour que [M. Nicole ] fit [à Paris] qu’il revit avec M. Arnauld une partie des Lettres Provinciales, et ses amis lui ont entendu dire qu’en janvier 1656 il corrigea la seconde, la sixiesme, la septieme et la huitieme ; qu’à l’Hôtel des Ursins il avoit donné le plan de la 9e, 11e, et 12e ; qu’il avoit revu la 13e et la 14e chez M. Amelin qui demeuroit au faubourg St Jacques au-dessus de P. R. ; qu’à Vaumurier il avoit fourni la matiere de la 16e, 17e et de la 18e qui est entièrement conforme à la 3e Disquisition qu’il avoit fait imprimer en latin sous le nom de Paul Irénée. ». Goujet, dans sa Vie de Nicole, p. 52, modifie ainsi ce texte : « La premiere et la seconde de ces Lettres furent faites au mois de janvier… et M. Nicole les revit avec M. Arnauld, et corrigea seul la seconde ; il donna les mêmes soins à la sixiéme, à la septiéme et à la huitiéme ; peu de tems après etant à l’Hôtel des Ursins, il y donna le plan de la neuvieme, de l’onzieme et de la douzieme ; il revit aussi et corrigea la treizieme et la quatorzieme, dans la maison de M. Hamelin… M. Nicole étant allé faire vers le même tems un court voyage à Vaumurier… il y fournit la matiere des trois dernieres… »
  3. B. [Premiere] Lettre.
  4. L’édition de 1699 et les suivantes donnent ce sous-titre : « Des disputes de Sorbonne, et de l’invention du terme de Pouvoir prochain dont les Molinistes se servirent pour faire conclure la Censure de M. Arnauld. »
  5. P’B. hier. Jusque-là.
  6. A2B. [de Thelogie] de Paris.
  7. Ce n’est là qu’un résumé de la thèse soutenue par Arnauld. Les éléments de cette phrase sont empruntés aux pages 139 et 150 de la Lettre à un duc et pair (3e Proposition déférée à la Faculté), cf. supra p. 94, sq.
  8. A2B. [sur cela].
  9. A2B. [ils ont demandé en suite]. — Sainte-Beuve dans son Port-Royal, 5e édition, 1888, T. III, p. 46, n., estime que Pascal exagère ici. Il n’en est rien pourtant, comme le prouvent l’opinion avancée déjà en 1657 par Arnauld, cf. supra p. 90, n., et l’avis du docteur Claude Cordon, cf. supra p. 109.
  10. P. y, manque.
  11. B. [voulust].
  12. A2B. [s’est passé].
  13. B. part, manque.
  14. A2B. [Religieux]. — Selon le dictionnaire de Richelet, « le mot de moine se prend quelquefois en bonne part, mais ordinairement il se prend en mauvaise. C’est pourquoi en la place du mot de Moine on se sert du mot de Religieux ». Cette question de l’intervention des moines mendiants sera reprise dans la 3e Provinciale, infra p. 217.
  15. Cf. l’opinion énoncée par l’évêque d’Amiens, supra p. 110.
  16. A2B. de plus trouvé.
  17. Cf. l’avis du docteur Tristan, supra p. 109.
  18. P. peu, manque.
  19. Cf. la phrase exacte d’Arnauld, supra p. 97 sq.
  20. B. [d’abord].
  21. A 2 B. les hommes, manque.
  22. Saint-Amour, dans une relation de ce qui s’était passé en Sorbonne le 2 décembre, écrivait à Arnauld, en résumant le rapport du docteur Chappelas : « Il dit que M. Arnauld traittoit dans sa lettre la question de sçavoir si la grace estoit donnée aux Aveugles, aux Endurcis et aux Infideles, mais ce n’estoit pas là ce qui leur sembloit mauvais hoc nolumus quærere ; Que c’estoit la question qui regardoit les Justes dont ils avoient de la peine et qu’ils ne pouvoient souffrir et que c’estoient des questions qui se traittoient problematiquement dans les escoles… M. Bréda eust bien la hardiesse de nier dans une des assemblées suivantes, que Monsieur Chappelas eust accordé que ces questions là fussent problématiques. » Cette dernière phase est écrite d’une autre main, peut-être par Arnauld. (Cette lettre se trouve à la suite des Mémoires de Beaubrun, T. II, p. 355.)
  23. Epist. ad Vitalem 107 [ancienne numérotation]. Scimus [gratiam Deï] non omnibus hominibus dari. La citation se trouve dans plusieurs écrits antérieurs : dans les Apologies pour Jansénius, p. 76, 270, etc. ; dans l’Apologie pour les Saints Pères, p. 305 ; dans les Escrits de M. Le Moine, ibid., p. 717 ; dans la Lettre d’Arnauld à un duc et pair. p. 173.
  24. A2B. [je] l’ay.
  25. Première des trois thèses de licence, que l’on passait deux ans après la Tentative, examen du baccalauréat.
  26. B. mesme, manque.
  27. A2B. [donc].
  28. B. ce, manque.
  29. A2B. [eut].
  30. P. bien, manque.
  31. B. [certain].
    2e série. I
  32. P B. je [le] leur. — Vaugelas (I. 95) constate, tout en le regrettant, qu’on omet le, les devant lui, leur, pour éviter la cacophonie Voir un exemple semblable dans la dixième Provinciale.
  33. PB. [la].
  34. P. [qu’il y a].
  35. P. [remarquer].
  36. Nicole, trouvant sans doute que Pascal avait trop raillé cette expression, cherche à mettre les choses au point dans sa première note : « En quel sens Montalte rejette le terme de Pouvoir prochain », cf. infra, p. 145.
  37. B. [d’oublier].
  38. A. Mais, manque. — Cette idée était déjà énoncée dans un écrit qui paraît être de Nicole, et dont Pascal s’est beaucoup inspiré dans tout ce qui suit, cf. supra p. 113.
  39. A2, [un].
  40. A2B. Mais, manque.
  41. A2, [un nommé] Monsieur. — Alphonse Le Moine (mort en 1659), docteur de Sorbonne et professeur de théologie, auteur d’un système sur la grâce, où il distinguait la grâce d’action et la grâce de prière, et soutenait que celle-ci n’était que suffisante, tandis que la grâce d’action était toujours efficace. Arnauld avait combattu cette doctrine dans son Apologie pour les Saints Pères. Nicole consacre à Le Moine sa troisième note. — Jean Nicolai (1594-1673), dominicain. Dans sa deuxième note, Nicole écrit : « Montalte s’étant laissé aller aux aparences, a mis le P. Nicolai au rang des Thomistes, ne croiant pas qu’il se fût écarté de la doctrine de son Ordre. Mais son suffrage qui a été imprimé depuis, a fait voir qu’il n’est rien moins que Thomiste, et qu’il a entièrement abandonné la doctrine de son Ordre… »
  42. A2B. [ne connois ny l’un ny l’autre]. — Voir l’idée première de cette petite scène de comédie, supra p. 115 sqq.
  43. Dans sa note IV. : Des nouveaux Thomistes et des distinctions de M. le Moine, Nicole écrit : « Les nouveaux Thomistes sont disciples d’Alvarez, ils soùtiennent fortement la grace efficace, mais ils en admettent encore une autre qu’ils nomment suffisante, à laquelle néanmoins on ne consent jamais sans la grace efficace. On les appelle nouveaux, parce qu’on ne trouve presque point parmi les Anciens ce terme de grace suffisante, quoi qu’on puisse dire qu’ils ont reconnu la chose qu’il signifie… »
  44. A2B. [et allay] d’abord.
  45. B. [c’est].
  46. Exemples empruntés à un écrit de Lalane et du P. Desmares, supra p. 111 sq. ; cf. aussi l’écrit attribué à Nicole, supra p. 113.
  47. A2, pour [le demander à] Dieu; B. pour [la demander à prier] Dieu (sic).
  48. Le grand couvent des Dominicains était situé à l’angle de la rue Saint-Jacques et de la rue des Grès.
  49. P. et, manque.
  50. P’A.2. Monsieur le Moine [et nous appellons] ; B. mais [nous sommes d’accord avec] M. le Moine, [en ce que nous appellons prochain aussi bien que luy le pouvoir que les justes ont de prier, ce que ne font pas les Jansenistes]. — La suite des idées semble en effet exiger une modification du texte primitif.
  51. A2B. Mais, manque.
  52. A2, donc, manque.
  53. M. Le Moine était fameux par son ingéniosité à inventer des distinctions. Cf. une allusion à cette habitude dans l’écrit attribué à Nicole, supra p. 113.
  54. P. [le], variante fournie par l’exemplaire de Basse, signalé supra p. 105.
  55. A2B. Car, manque.
  56. Voir cette citation dans l’écrit attribué à Nicole, supra p. 117.
  57. A2B. enfin, manque.
  58. PB. [ce].
  59. Allusion à une parole de la reine. Cf. les deux lettres de décembre 1655, supra p. 110 sq.
  60. A2, [derniere].
  61. B. par un coup d’autorité ne bannissent de la Sorbonne ce mot barbare qui cause
  62. A2, [moins considérable]. — Le mot méprisable doit être pris, semble-t-il, dans le sens de négligeable comme dans ce passage de la Response de l’Université de Paris à l’Apologie pour les Jésuites, 1644, 2e édition, p. 489 : « Vous sçavez que vous estes mesprisables la plume à la main, et que vous ne vous soutenez que par la cabale. »
  63. PB. [laquelle].
  64. A2B. [si] necessaire.
  65. A2, [je vous] aime trop pour [vous] persecuter.
  66. Nicole avait déjà dans la Défense que nous avons citée dans notre introduction, plaisanté sur le pouvoir prochain : il y accuse ses adversaires de songer à « s’establir eux-mesmes dans un veritable pouvoir prochain de persecuter ceux qu’ils haïssent dont ils n’ont encore pu avoir qu’une puissance éloignée » (p. 31).
  67. Corrigé depuis en tam imprudenter.