Œuvres de Louise Labé, édition Boy, 1887/I/07

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Texte établi par Charles Boy, Alphonse Lemerre, éditeur (p. 109-161).

ESCRIZ DE

diuers Poëtes, à la louenge de

LOVÏZE LABE’ LIONNOIZE.

Εἰς ᾠδὰς Λοίσης Λαβάιας.


Τὰς Σαπφοῦς ᾠδὰς γλυκυφώνου ἃς ἀπόλεσσεν
 Ἡ παμφάγου χρόνου βίη,
Μειλιχίῳ Παφίης καὶ ἐρώτων νῦν γε Λαβαίη
 Κόλπῳ τραφεῖσ’ ἀνήγαγε.
Εἰ δὲ τις ὡς καινὸν θαυμάζει, καὶ πόθεν ἐστὶ,
 Φησΐν, νεὴ ποιήτρια ;
Γνοίη ὡς γοργὸν, καὶ ἄκαμπτον, δυστυχέουσα
 Ἔχει Φαών’ ἐρώμενον :
Τοῦ πληχθεῖσα φυγῇ, λιγυρὸν μέλος ἦρξε τάλαινα
 Χορδαῖς ἐναρμόζειν λύρης.
Σφόδρα δὲ πρὸς ταύτας ποήσεις οἶστρ’ ἐνίησι
 Παιδῶν ἐρᾷν ὑπερήφανων.


De Aloyſæ Labæ oſculis.



Iam non canoras Pægaſidas tuis
 Aſſueſce votis : nil tibi Cynthius
 Fontiſue Dircæi receſſus
 Proſuerint, vel inanis Euan.
Sed tu Labææ baſia candidæ
 Imbuta poſcas nectare, quæ roſas
 Spirant amaracoſque molles :
 Et violas, Arabumque ſuccos.
Non illa ſummis diſpereunt labris,
 Sed quà recluſis obicibus patet
 Inerme pectus, ſuaueolentis
 Oris aculeolo caleſcit.
Illo medullæ protinus æſtuant,
 Et diſſolutis ſpiritus omnibus
 Nodis in ore ſuauiantis
 Lenius emoritur Labææ.
Hoc plenus æſtro (dicere ſeu lubet
 Sectis puellas vnguibus acriter
 Depræliantes, aut inuſtam
 Dente notam labiis querenteis :
Cæliue motus & redeuntia
 Anni viciſſim tempora : nec ſuo
 Fulgore lucentem Dianam,
 Sideribuſue polos micanteis.


Dignum Labææ baſiolis melos
 Quod voce miſtis cum fidibus canat)
 Dices coronatus quod aureis
 Cecropias Latiaſque pungat.



En grace du Dialogue d’Amour, & de Folie,
Euure de D. Louïze Labé Lionnoize.



Amour eſt donq pure inclinacion
 Du Ciel en nous, mais non neceſſitante :
 Ou bien vertu, qui nos coeurs impuiſſante
 À reſiſter contre ſon accion ?
C’eſt donq de l’ame une alteracion
 De vain deſir legerement naiſſante
 À tout obiet de l’eſpoir periſſante.
 Comme muable à toute paſſion ?
Ia ne ſoit crù, que la douce folie
 D’un libre Amant d’ardeur libre amollie
 Perde ſon miel en ſi amer Abſynte,
Puis que lon voit un eſprit ſi gentil
 Se recouurer de ce Chaos ſutil.
 Ou de Raiſon la Loy ſe laberynte.

non si non la

En contemplacion de D. Louïze Labé.



Quel Dieu graua cette mageſté douce
 En ce gay port d’une pronte allegreſſe ?
 De quel liz eſt, mais de quelle Deeſſe
 Cette beauté, qui les autret dejſtrouſſe ?
Quelle Syrene hors du ſein ce chant pouſſe,
 Qui deceuroit le caut Prince de Grece ?
 Quels ſont ces yeus, mais bien quel Trofee eſt ce,
 Qui tient d’Amour l’arc, les trets & la trouſſe ?
Ici le Ciel libéral méfait voir
 En leur parfait, grace, honneur, & ſauoir,
 Et de vertu le rare témoignage :
Ici le traytre Amour me veut ſurprendre :
 Ah ! de quel feu brule un cœur ia en cendre ?
 Comme en deus pars ſe peut il mettre en gage ?

P. D. T.

À D. Louïze Labé, ſur ſon portrait.



Iadis un Grec ſus une froide image,
 Que conſacra Praxitèle à Cyprine,
 Rafrechiſſant ſon ardente poitrine
 Rendit du maitre admirable l’ouurage.


Las ! peu s’en faut qu’à ce petit ombrage,
 Reconnoiſſant ta bouche coralline,
 Et tous les trais de ta beauté diuine,
 Ie n’aye autant porté de témoignage.
Qu’uſt fait ce Grec ſi cette image nue
 Entre ſes bras fuſt Venus deuenue ?
 Que ſuis ie lors quand Louïze me touche,
Et l’accollant d’un long baiſer me baiſe ?
 L’ame me part, & mourant en cet aiſe,
 Ie la reprens ia fuiant en ſa bouche.



SONNET.



Ie laiſſe apart Meduſe, & ſa beauté,
 Qui tranſmuoit en pierre froide & dure,
 Ceus qui prenoient à la voir trop de cure.
 Pour admirer plus grande nouueauté :
Et reciter la douce cruauté
 De belle à soy, qul fait bien plus grand’choſe,
 Lors qu’en ſon tout grâce naïue encloſe
 Veut eſlargir ſa douce priuauté.
Car d’un corps fait au comble de ſon mieus,
 Du vif mourant contournement des yeus,
 À demi clos tournant le blanc en vuë :


Puis d’un ſoupir mignardement iſſant,
 Auant l’apas d’un ſouzris blandiſſant,
 Les regardans en ſoymeſme tranſmue.


devoir de voir.

À celle qui n’eſt ſeulement à ſoy belle.


Si le Soleil ne peut touſiours reluire.
 Fuir ne faut pourtant tout ce qui luit.
 Car ſi au Ciel quelqu’autre flamme duit.
 Sans le Soleil peut bien la clarté luire.
Mais quoy ? ſans lui, las ! on la veut réduire
 Au ſeul plaiſir d’un Aſtre radieus,
 Qui autre part d’eſclairer enuieus.
 Par ce moyen peut à la clarté nuire.
Las ! quel Climat lui ſera donq heureus.
 N’ayant faueur que par l’Aſtre amoureus,
 Ou viue meurt cette lueur premiere ?
Si d’autre eſpoir de ſa propre vertu
 N’eſt par effet ſon luſtre reuétu.
 Sous tel Phebus s’eſteindra ſa lumière.


devoir de voir.

Autre à elle meſme.


Voyez, Amans, voyez ſi la pitié
 À mon ſecours or’à tort ie reclame :
 Du haut, ou bas, rien n’eſt, fors ma poure ame,
 Qui n’ait goûté quelque fruit d’amitié.
Par quel deſtin, las ! toute autre moitié
 La mienne fuit ? ſuiuant l’ingrate trace
 De celle là, dont eſperant la grâce.
 Acquis ie n’ay que toute inimitié ?
Ô douce Mort (à tous plus qu’à ſoy belle)
 À ta clarté ne ſois ainſi rebelle,
 Ains doucement la fais en toy mourir :
Si tu ne veus par façon rigoureuſe
 Sans aliment la rendre tenebreuſe ;
 Car ia l’eſteint, qui la peut ſecourir.


À D. Louïze, des Muſes ou première
ou dizieme couronnante la troupe.


Nature ayant en ſes Idees pris
 Vn tel ſuget, qu’il ſurpaſſoit ſon mieus :
 De grâce ell’ùt pour l’illuſtrer des Dieus
 Otroy entier du plus ſupernel pris :


Dont elle put l’Vniuers rendre eſpris.
 Ouvrant l’amas des influz bienheureus,
 Duquel le rare zpuré par les Cieus
 Atire encor le bien né des eſprits.
Dieus qui ſoufrez flamboyer tel Soleil
 À vous égal, à vous le plus pareil,
 Témoin le front de ſa beauté première,
Permettrez vous choſe ſi excellente
 Patir l’horreur d’Atrope paliſſante.
 Ne la laiſſant immortelle lumière ?


d’immortel zele.

SONETTO.


Qui doue in braccio al Rodano ſi vede
 Girne le Sona queta, ſi ch’à pena
 Scorger ſi puo là doue l’onde mena,
 Si lenta muoue entr’al ſuo letto il piede :
Giunſi punto d’Amor, cinto di Fede,
 Di ſpeme priuo, e colmo de la pena,
 Ch’ all’ Alma (pria d’ogni dolcezza piena)
 Fa di tutto il piacere aperte prede ;
E mouendo i ſoſpiri à chiamar voi
 (Lungi dal voſtro puro aër’ ſereno)
 Sperai vinto dal ſonno alta quiete :


Ma toſto vdi, dirmi da voi : Se i tuoi
 Occhi ſon triſti e molli, i miei non meno,
 Cosi ſempre per noi pianto ſi miete.


SONETTO.


Ardo d’un dolce fuoco, e queſt’ ardore
 Smorzar non cerco, anzi m’è caro tanto,
 Che lieto in mezo de le fiamme io canto
 Le voſtre lodi e’ l ſopran voſtro honore ;
E chieggio in guiderdone al mio Signore
 Che non mi dia cagion d’eterno pianto ;
 Ma d’un’ iſleſſo fuoco hoggi altrettanto
 Vi porga ſi ch’ ogn’ hor n’auuampi il cuore.
Amor ſeco ogni ben mai ſemper apporta,
 Quando d’un par diſio due Petti inuoglia ;
 Ma s’un ne laſcia, è morte atroce e ria :
Siatemi dunque voi ſicura ſcorta :
 Suegliate homai queſta grauoſa ſpoglia,
 Ch’ à voi conſacrero la penna mia.

  Auuenturoſi fiori,
   Che cosi dolce ſeno,
   Che cosi care chiome in guardia haueſte ;
   Benedetto il ſereno
   Aër’ doue naſceſte ;
   E’ que’ mille colori


   Di cui natura in voi vaga ſi piacque :
   Ben’ ſù dolce deſtino
   Il voſtro, é quel’ mattino
   Che ſi felice al morir’ voſtro nacque :
   Vinchino hor’ voſtri odori
   Gli odoroſi Sabei, gli Arabi honori.
  Dolce Luiſa mia
   Che tanto bella ſete,
   Quanto eſſer’ vi volete : E’ come il core
   Hauete ſculto amore, e corteſia :
   Tal’ ne gli occhi di lor’ ſi ſcorge traccia :
   Da queſte dolci braccia,
   Da queſti ardenti baci, anima bella,
   Morte ſola mi ſuella
   Ne vnqua mai fra noi maggior’ ſi ſia
   Paura é geloſia.
  Altra luce non veggio :
   Altro ſole, alma bella,
   Fuor’ che i voſtri occhi ſanti
   Non ho : é queſti hor chieggio
   Sol’ per mia guida é ſtella
   Sempre come hor’ ſereni.
   A voi beati amanti
   Altra inuidia, altro zelo
   Non hauro mai : ſe il cielo
   Vuol’ che io mia vita meni
   In coſi fatta guiſa
   A i dolci raggi lor’dolce Luiſa.

Eſtreines, à Dame Louïze Labé


 Louïze eſt tant gracieuſe & tant belle,
Louïze à tout eſt tant bien auenante,
Louïze ha l’œil de ſi viue eſtincelle,
Louïze ha face au corps tant conuenante.
De ſi beau port, ſi belle & ſi luiſante,
Louïze ha voix que la Muſique auoue,
Louïze ha main qui tant bien au lut ioue,
Louïze ha tant ce qu’en toutes on priſe,
Que ie ne puis que Louïze ne loue,
Et ſi ne puis aſſez louer Louïze.


À D. L. L.


 Ton lut herſoir encor ſe reſentoit
De ta main douce, & gozier gracieus,
Et ſous mes doits ſans leur ayde chantoit :
Quand un Dzmon, ou ſur moy enuieus.
Ou de mon bien ſe feignant ſoucieus,
Me dit : c’eſt trop ſus un lut pris plaiſir.
N’aperçois tu un furieus deſir
Cherchant autour de toy une cordelle,
Pour de ton cœur la Dame au lut ſaiſir ?
Et, ce diſant, rompit ma chanterelle.

Épitre à ſes amis, des gracieuſetez
de D. L. L.


 Que faites vous, mes compagnons,
Des cheres Muſes chers mignons ?
Au’ ous encore en notre abſence
De votre Magny ſouuenance ?
Magny votre compagnon dous,
Qui ha ſouuenance de vous
Plus qu’aſſez, s’une Damoiſelle
Sa douce maitreſſe nouuelle
Qui l’eſtreint d’une eſtroite Foy
Le laiſſe ſouuenir de ſoy.
Mais le Pouret qu’Amour tourmente
D’une chaleur trop vehemente,
En oubli le Pouret ha mis
Soymeſme & ſes meilleurs amis :
Et le Pouret à rien ne penſe.
Et ſi n’a de rien ſouuenance,
Mais ſeulement il lui ſouuient
De la maitreſſe qui le tient :
Et rien ſinon d’elle il ne penſe
N’ayant que d’elle ſouuenance.
Et tout brûlé du feu d’amours
Paſſe ainſi les nuits & les iours.
Sous le ioug d’une Damoiſelle
Sa douce maitreſſe nouuelle,


Qui le fait ore eſclaue ſien,
Ataché d’un nouueau lien :
Qui le cœur de ce miſerable
Brûle d’un feu non ſecourable,
Si le ſecours ſoulacieus
Ne lui vient de ſes meſmes yeus,
Qui premiers ſa flamme alumerent,
Qui premiers ſon cœur enflammèrent.
Et par qui peut eſtre adouci
L’amoureus feu de ſon ſouci.
Mais ny le vin ny la viande.
Tant ſoit elle douce & friande,
Ne lui peuuent plus agréer.
Rien ne pourroit le recréer ;
Non pas les gentileſſes belles
De ces gentiles Damoiſelles,
De qui la demeure lon met
Sur l’Heliconien ſommet,
Qu’il auoit touſiours honorées,
Qu’il auoit touſiours adorées
Des ſon ieune âge nouuelet,
Encores enfant tendrelet.
Adieu donq Nynfes, adieu belles.
Adieu gentiles Damoiſelles,
Adieu le Chœur Pegaſien,
Adieu l’honneur Parnaſien.
Venus la mignarde Deeſſe,
De Paphe la belle Princeſſe,
Et ſon petit fils Cupidon


Me maitriſent de leur brandon.
Vos chanſons n’ont point de puiſſance
De me donner quelque allégeance
Aus tourmens qui tiennent mon cœur,
Genné d’une douce langueur
Ie n’ay que faire de vous, belles :
Adieu, gentiles Damoiſelles :
Car ny pour voir des monceaus d’or
Aſſemblez dedens un treſor,
Ny pour voir flofloter le Rone,
Ny pour voir eſcouler la Sone,
Ny le gargouillant ruiſſelet,
Qui coulant d’un bruit doucelet,
À dormir, d’une douce enuie,
Sur la freſche riue conuie :
Ny par les ombreus arbriſſeaus
Le dous ramage des oiſeaus,
Ny violons, ny eſpinettes,
Ny les gaillardes chanſonnettes,
Ny au chant des gayes chanſons
Voir les garces & les garçons
Fraper en rond, ſans qu’aucun erre,
D’un branle meſuré, la terre.
Ny tout celà qu’a de ioyeus
Le renouueau delicieus,
Ny de mon cher Giués (qui m’ayme
Comme ſes yeus) le confort meſme,
Mon cher Giués, qui comme moy
Languit en amoureus émoy,


Ne peuuent flater la langueur
Qui tient genné mon poure cœur ;
Bien que la mignarde maitreſſe,
Pour qui ie languis en détreſſe,
Contre mon amoureus tourment
Ne s’endurciſſe fierement,
Et bien qu’ingrate ne fait celle,
Celle gentile damoiſelle
Qui fait d’un regard bien humain,
Ardre cent feus dedens mon ſein.
 Mais que ſert toute la careſſe
Que ie reçoy de ma maitreſſe ?
Et que me vaut paſſer les iours
En telle eſperance d’amours.
Si les nuiz de mile ennuiz pleines
Rendent mes eſperances veines ?
Et les iours encor pleins d’ennuis,
Qu’abſent de la belle ie ſuis ?
Quand ie meurs, abſent de la belle.
Ou quand ie meurs preſent pres d’elle
N’oſant montrer (ô dur tourment !)
Comment ie l’ayme ardantement ?
 Celui vraiment eſt miſerable
Qu’Amour, voire eſtant fauorable,
Rend de ſa flame langoureus.
Chetif quiconque eſt amoureus.
Par qui ſi cher eſt eſtimee
Vne ſi legere fumee
D’un plaifir ſuiui de ſi près


De tant d’ennuiz qui ſont après.
Si ây ie auſſi cher eſtimee
Vne ſi legere fumee.


Des beautez de d. l. l.


Ou print l’enfant Amour le fin or qui dora
 En mile creſpillons ta teſte blondiſſante ?
 En quel iardin print il la roze rougiſſante
 Qui le liz argenté de ton teint colora ?
La douce grauité qui ton front honora,
 Les deus rubis balais de ta bouche allechante,
 Et les rais de cet œil qui doucement m’enchante,
 En quel lieu les print il quand il t’en decora ?
D’ou print Amour encor ces filets & ces leſſes
 Ces haims & ces apaſts que ſans fin tu me dreſſes
 Soit parlant ou riant ou guignant de tes yeus ?
Il print d’Herme, de Cypre, & du ſein de l’Aurore,
 Des rayons du Soleil, & des Graces encore,
 Ces atraits & ces dons, pour prendre hommes & Dieus.

À elle meſme.


 Ô ma belle rebelle,
Las que tu m’es cruelle !
Ou quand d’un dous ſouzris
Larron de mes eſprits,
Ou quand d’une parole
Si mignardement mole,
Ou quand d’un regard d’yeus
Traytrement gracieus,
Ou quand d’un petit geſte
Non autre que celeſte.
En amoureuſe ardeur
Tu m’enflammes le cœur.
 Ô ma belle rebelle,
Las que tu m’es cruelle !
Quand la cuiſante ardeur
Qui me brûle le cœur.
Veut que ie te demande
À ſa brûlure grande
Vu rafrechiſſement
D’un baiſer ſeulement.
 Ô ma belle rebelle,
Que tu ferais cruelle !
Si d’un petit baiſer
Ne voulais l’apaiſer,


Au lieu d’alegement
Acroiſſant mon tourment.
Me puiſſe-ie un iour, dure,
Vanger de cette iniure :
Mon petit maitre Amour
Te puiſſe outrer un iour,
Et pour moy langoureuſe
Il te face amoureuſe,
Comme il m’a langoureus
Pour toy fait amoureus.
Alors par ma vengeance
Tu auras connoiſſance
Que vaut d’un dous baiſer
Vn Amant refuſer.
Et ſi ie te le donne,
Ma gentile mignonne,
Quand plus fort le deſir
En viendrait te ſaiſir :
Lors après ma vengeance,
Tu auras connoiſſance
Quel bienfait, d’un baiſer
L’Amant ne refuſer.


Double Rondeau, à elle.


Eſtant nauré d’un dard ſecrettement,
 Par Cupidon, & bleſsé ù outrance,
 Ie n’oſois pas declairer mon tourment
 Saiſi de peur, delaiſsé d’eſperance.
 Mais celui ſeul, qui m’auoit fait l’ofenſe,
 M’a aſſeurè, diſant, que ſans ofenſe
 Ie pouuois bien mon ardeur deceler,
 Ce que i’ay fait ſans plus le receler,
   Eſtant nauré.
À une donq pourement aſſuré,
 Creingnant bien fort d’elle eſtre refusé,
 Ay déclairé du tout ma doleance :
 Et ſur mon mal hardiment excusé
 Lui ſupliant me donner allegeance,
 Ou autrement ie perdrois pacience
   Eſtant nauré.
Au mien propos ha ſi bien reſpondu
 Celle que i’ay plus chere que mon ame,
 Et mon vouloir ſagement entendu,
 Que ie confſns qu’il me ſoit donne blame
 Si ie l’oublie : car elle m’a rendu
 Le ſens, l’eſprit, l’honneur, le cœur & l’ame
   Eſtîant nauré.


Ode en faueur de D. Louïze Labé
à ſon bon Signeur.
d. m.


Muſes, filles de Iupiter,
 Il nous faut ores aquiter
 Vers ce docte & gentil Fumee,
 Qui contre le tems inhumain
 Tient vos meilleurs trets en ſa main,
 Pour paranner ſa renommée.
Ie lui dois, il me doit auſſi :
 Et ſi i’ay ores du ſouci
 Pour faire mon payment plus dine,
 Ie le voy ores deuant moy
 En un auſſi plaiſant émoy
 Pour faire ſon Ode Latine.
Mais par ou commencerons nous ?
 Dites le, Muſes : car ſans vous
 Ie ne fuis l’ignorante tourbe,
 Et ſans vous ie ne peu chanter
 Choſe, qui puiſſe contenter
 Le pere de la lyre courbe.
Quand celui qui iadis naquit
 Dens la tour d’erein, que conquit
 Iupiter d’une caute ruſe,


 Vt trenché le chef qui muoit
 En rocher celui qu’il voyoit,
 Le chef hideus de la Meduſe :
Adonques par l’air s’en allant.
 Monté ſur un cheual volant,
 Il portoit cette horrible teſte :
 Et ia défia voiſin des Cieus
 Il faiſoit voir en mile lieus
 La grandeur de cette conqueſte.
Tandis du chef ainſi trenche
 Eſtant freſchement arraché,
 Diſtiloit du ſang goute à goute :
 Qui ſoudein qu’en terre il eſtoit.
 Des fleurs vermeilles enfantoit,
 Qui changeaient la campagne toute,
Non en Serpent, non en ruiſſeau,
 Non en Loup, & non en oiſeau,
 En pucelle, Satire, ou Cyne :
 Mais bien en pierre : faiſant voir
 Par un admirable pouuoir
 La vertu de leur origine.
Et c’eſt auſſi pourquoy ie crois,
 Que fendant l’air en mile endrois
 Sur mile étrangères campagnes,
 À la fin en France il vola,
 Ou du chef hideus s’eſcoula
 Quelque ſang entre ces montagnes :
Meſmement aupres de ce pont
 Opposé viz à viz du mont,


 Du mont orguilleus de Foruiere :
 En cet endroit ou ie te vois
 Egaier meinte & meinte fois
 Entre l’une & l’autre riuiere.
Car deſlors que fatalement
 I’en aprochay premierement,
 Ie vis des la premiere aproche
 Ie ne ſay quelle belle fleur :
 Qui ſoudein m’eſclauant le cœur
 Le fit changer en une roche.
Ie viz encor tout à lentour
 Mile petis freres d’Amour,
 Qui menoient mile douces guerres :
 Et mile creintifs amoureus
 Qui tous comme moy langoureus
 Auoient leurs cœurs changez en pierres.
Depuis eſtant ainſi rocher,
 Ie viz près de moy aprocher
 Vne Meduſe plus acorte
 Que celle dont s’arme Pallas.
 Qui changea iadis cet Atlas
 Qui le Ciel ſur l’eſchine porte.
Car elle ayant moins de beautez,
 De ces cheueus enſerpentez
 Faiſoit ces changemens eſtranges :
 Mais cetteci, d’un ſeul regard
 De ſon œil doucement hagard
 Fait mile plus heureus eſchanges.
Celui qui voit ſon front ſi beau,


 Voit un ciel, ainçois un tableau
 De criſtal, de glace, ou de verre :
 Et qui voit ſon ſourcil benin.
 Voit le petit arc hebenin,
 Dont Amour ſes traits nous deſſerre.
Celui qui voit ſon teint vermeil.
 Voit les roſes qu’à ſon réueil
 Phebus épanit & colore :
 Et qui voit ſes cheueus encor,
 Voit dens Pactole le treſor
 Dequoy ſes ſablons il redore.
Celui qui voit ſes yeus iumeaus,
 Voit au ciel deus heureus flambeaus.
 Qui rendent la nuit plus ſerene :
 Et celui qui peut quelquefois
 Eſcouter ſa diuine voix
 Entend celle d’une Sirene.
Celui qui fleure en la baiſant
 Son vent ſi dous & ſi plaiſant.
 Fleure l’odeur de la Sabee :
 Et qui voit ſes dens en riant
 Voit des terres de l’Orient
 Meinte perlette deſrobee.
Celui qui contemple ſon ſein
 Large, poli, profond & plein,
 De l’Amour contemple la gloire.
 Et voit ſon teton rondelet.
 Voit deus petis gazons de lait.
 Ou bien deus boulettes d’iuoire.


Celui qui voit ſa belle main,
 Se peut aſſeurer tout ſoudein
 D’auoir vù celle de l’Aurore :
 Et qui voit ſes piez ſi petis,
 S’aſſeure que ceus de Thetis
 Heureus il ha pù voir encore.
Quant à ce que l’acoutrement
 Cache, ce ſemble, expreſſement
 Pour mirer ſur ce beau chef d’euure.
 Nul que l’Ami ne le voit point :
 Mais le graſſelet embonpoint
 Du viſage le nous deſcœuure.
Et voilà comment ie fuz pris
 Aus rets de l’enfant de Cypris,
 Eſprouuant ſa douce pointure :
 Et comme une Meduſe fit,
 Par un dommageable proufit,
 Changer mon coeur en pierre dure.
Mais c’eſt au vray la rarité
 De ſa grace & de ſa beaute,
 Qui rauit ainſi les perſonnes :
 Et qui leur ote cautement
 La franchiſe & le ſentiment,
 Ainſi que faiſoient les Gorgonnes.
Le Tems cette grand’fauls tenant
 Se vét de couleur azuree,
 Pour nous montrer qu’en moiſſonnant
 Les choſes de plus de duree,
 Il ſe gouuerne par les Cieus :


 Et porte ainſi la barbe griſe.
 Pour faire voir qu’Hommes & Dieus
 Ont de lui leur naiſſance priſe.
Il aſſemble meinte couleur
 Sur ſon azur, pource qu’il treine
 Le plaiſir apres la douleur
 Et le repos apres la peine :
 Montrant qu’il nous faut endurer
 Le mal, penſant qu’il doit fin prendre.
 Comme l’Amant doit eſperer.
 Et merci de ſa Dame atendre.
Il porte ſur ſon vétement,
 Vn milier d’eſles empennees.
 Pour montrer comme vitement
 Il s’en vole auec nos années :
 Et s’acompagne en tous ſes faits
 De cette gente Damoiſelle,
 Conférant que tous ſes efets
 N’ont grâce ne vertu ſans elle.
Elle s’apelle Ocaſion
 Qui chauue par derrière porte,
 Sous une docte alluſion,
 Ses longs cheueus en cette ſorte :
 À fin d’enſeigner à tous ceus
 Qui la rencontrent d’auenture.
 De ne ſe montrer pareſſeus
 À la prendre à la cheuelure.
Car s’elle ſe tourne & s’en fuit.
 En vain apres on ſe trauaille :


 Sans eſpoir de fruit on la fuit.
 Le Tems ce dous loiſir nous baille,
 De pouuoir gayement ici
 Dire & ouir meintes ſornettes.
 Et adoucir notre ſouci.
 En contant de nos amourettes.
Le Tems encore quelquefois
 Admirant ta grace eternelle.
 Chantera d’une belle voix
 D’Auanſon ta gloire eternelle :
 Mais or’l’ocaſion n’entend
 Que plus long tems ie l’entretienne,
 Creingnant perdre l’heur qui m’atend
 Ou qu’autre maſque ne ſuruienne.


MADRIGALE.


 Arſe coſi per voi, Donna, il mio core
Il primo di ch’ intento vi mirai,
Che certo mi penſai
Che no poteſſe in me creſcere piu ardore :
Ma in voi belta creſcendo d’hor’ in hora,
Creſc’ in me il ſuoco ancora.
Il qual no potra mai creſcer’ ſi pocco,
Ch’ altro no ſaro piu che ſiamme e fuoco.


ODE.


Toute bonté abondante
 Aus gouuerneurs des ſaints Cieus,
 Vn, qui de main foudroyante
 Eſtonne mortels & Dieus,
 Enſemença ces bas lieus
 De diuerſité d’atomes
 Formez de ce vertueus
 Surpaſſant celui des hommes.
Leſquels d’une deſtinee
 Sous quelque fatal heureus,
 Pour former une bien née
 Furent enſemble amoureus :
 Et goutant le ſauoureus.
 Lequel ou l’Amour termine,
 Ou le rend plus doucereus,
 La font voir choſe diuine.
Meſmement ſi familiere
 À la troupe des neuf Seurs,
 Qu’elles l’ont pour leur lumière
 Fait lampeger en leurs chœurs :
 Là receuant les honneurs
 De ceus, qu’on n’a laiſsé boire
 Aus ſourſes & cours donneurs
 De perpetuelle gloire.


Elle le fait aparoitre
 Au docte de ſes eſcriz,
 Qu’on voit iournellement naitre,
 Et deuancer les eſprits,
 Qui auoient gaigné le pris
 D’eſtre mieus luz en notre aage.
 Ô féminin entrepris
 De l’immortalite gage !
Qui une flame amoureuſe,
 Qui mieus les paſſionnez,
 Et de veine plus heureuſe
 Diſcerne les aptes nez,
 Et à l’Amour fortunez,
 De ceus, leſquels à outrance
 Seront touſiours mal menez,
 Et repuz d’une eſperance ?
Qui de langue plus diſerte
 Fait le Muſagete orer
 Contre l’eloquence experte
 Du Dieu, qui peut atirer
 Par le caut de ſon parler
 L’erreur à la vraye trace ?
 Qui près d’eus peut ſommeiller,
 Comme elle, ſur le Parnaſſe ?
Donq que ſur ſes temples vole
 Ce vert entortillonné
 Pris de la ramure mole
 De la fuyarde Daphné,
 Et doctement façonné


 Pour orner la ſeur de celle,
 Qui ſortit, le coup donné,
 En armes, de la ceruelle.


Sonnet à d. l. l. par a. f. r.


Si de ceus qui ne t’ont connue, qu’en liſant
 Tes Odes & Sonnets, Louïze, es honoree :
 Si ta voix de ton lut argentin tempérée,
 D’arreſter les paſſans eſt moyen ſufiſant :
Et ſi ſouuent tes yeus d’un ſeul rayon luiſant
 Ont meinte ame en priſon pour t’adorer ferree :
 Tu te peus bien de moy tenir toute aſſeuree.
 Car ſi iamais ton oeil ſus un coeur fut puiſſant.
Il ha eſté ſur moy, & fait meinte grand’ playe :
 Telle grâce à chanter, baller, ſonner te ſuit,
 Qu’à rompre ton lien ou fuir ie n’eſſaye.
Tant tes vers amoureus t’ont donné los & bruit,
 Qu’heureus me ſens t’auoir non le premier aymee,
 Mais priſé ton fauoir auant la renommee.


À Dame Louïze Labé, Lionnoize,
la comparant aus Cieus.


 Sept feus on voit au Ciel, leſquels ainſi
Sont tous en toy meſlez enfemblement.
Phebé eſt blanche : & tu es blanche auſſi.
Mercure eſt docte : & toy pareillement.
 Venus touſiours belle : ſemblablement
Belle touſiours à mes yeus tu te montre.
Tout de fin or eſt le chef du Soleil :
Le tien au ſien ie voy du tout pareil.
Mars eſt puiſſant : mais il creint ta rencontre.
 Iupiter tient les Cieus en ſa puijſſnce :
Ta grand’ beauté tient tout en ſfon pouuoir.
Saturne au Ciel ha la plus haute eſſence :
Tu as auſſi la douce iouiſſance
Du plus haut heur qu’autre pourroit auoir.
 Donq qui veut voir les grans dons, que les Dieus
Ont mis en toy, qu’il contemple les Cieus.


Des louenges de Dame Louïze Labé,
Lionnoize.


Il ne faut point que i’apelle
 Les hauts Dieus à mon ſecours,
 Ou bien la bande pucelle


 Pour m’ayder en mon diſcours.
 Puis que les Dieus, de leur grace.
 Les ſaintes Muſes, les Cieus
 Ont tant illuſtré la face,
 Le corps, l’eſprit curieus
 De celle, dont i’apareille
 La louenge nompareille,
 Ie congnoy bien clerement
 Que toute eſſence diuine
 Me fauoriſe, & s’encline
 À ce beau commencement.
Sus ſus donq, blanche feneſtre,
 Fay tes reſonans effors ;
 Et toy, ô mignarde deſtre,
 Chatouille ſes dous acors :
 Chantons la face angelique,
 Chantons le beau chef doré,
 Si beau, que le Dieu Delphique
 D’un plus beau n’eſt decoré.
 N’oublions en notre metre
 Comme elle oſa s’entremettre
 D’armer ſes membres mignars :
 Montrant au haut de ſa teſte
 Vne eſpouuentable creſte
 Sur tous les autres ſoudars.
Ô noble, ô diuin chef d’euure
 Des Dieus hauteins tous puiſſans,
 Au moins meintenant deſcœuure
 Tes yeus tous reſiouiſſans,


 Pour voir ma Muſe animee,
 Qui de ſa robuſte main
 Hauſſera ta renommée,
 Trop mieus que ce vieil Rommein,
 Qui ſa demeure ancienne,
 La terre Saturnienne
 Delaiſſa pour ta beauté,
 À fin qu’à toy rigoureuſe
 Il fut hoſtie piteuſe
 En ſa ferme loyauté.
La Muſe docte diuine
 Du vieillard audacieus,
 Par le vague s’achemine
 Pour t’enleuer iuſqu’aus Cieus :
 Mais la Parque naturelle
 Dens les Iberiens chams
 Courut deſemplumer l’aile
 De ſes pleurs, & de ſes chants :
 Enuoyant en ſa vieilleſſe,
 Malſeant en ta ieuneſſe,
 Son corps, au tombeau ombreus :
 Et ſon ame enamouree
 En l’obſcure demouree
 Des Royaumes tenebreus.
Dieus des voûtes eſtoilees,
 Qui en perdurable tour
 Retiennent emmantelees
 Les terres, tout à l’entour :
 Permetez moy que ie viue


 Des ans le cours naturel,
 À fin qu’à mon gré i’eſcriue
 En un ouurage eternel.
 De cette noble Deeſſe
 La beauté enchantereſſe,
 Ce qu’elle ha bien mérité :
 Et qu’en ſa gloire immortelle.
 On voye esbahie en elle
 Toute la poſterité.
Ainſi que Semiramide,
 Qui feingnant eſtre l’enfant
 De ſon mari, print la guide
 Du Royaume trionfant,
 Puis démantant la Nature
 Et le ſexe féminin
 Hazarda à l’auenture
 Son corps iadis tant bénin.
 Courant furieuſe en armes
 Parmi les Mores gendarmes,
 Et es Indiques dangers
 De ſa rude ſimeterre
 Renuerſant deſſus la terre
 Les eſcadrons eſtrangers.
Ainſi qu’es Alpes cornues
 (Qui, ſoit Hiuer ſoit Eſté,
 Ont touſiours couuert de nues
 Le front au Ciel arreſté)
 On voit la ſuperbe teſte
 D’un roc de [1]pins emplumé,


 Rauie par la tempeſte
 De ſon corps acoutumé,
 En roullant par ſon orage
 Froiſſer tout le labourage,
 Des Beufs les âpres trauaus,
 Ne laiſſant rien en ſa voye
 Qu’en pièces elle n’enuoye,
 Cherchant les profondes vaux :
Ou comme Penthaſilee,
 Qui pour ſon ami Hector
 Combatoit entremeſlee
 Par les Grecs, ans cheueus d’or,
 Ores de ſa roide lance
 Enferrant l’un au trauers.
 Or’ du branc en violance
 Trebuchant l’autre à l’enuers :
 Et ainſi que ces pucelles
 Qui l’une de leurs mammelles
 Se bruloient pour s’adeſtrer
 Aus combas & entrepriſes
 Aus bons guerroyeurs requiſes,
 Pour l’ennemi rencontrer :
Louïze ainſi furieuſe
 En laiſſant les habiz mols
 Des femmes, & enuieuſe
 De bruit, par les Eſpagnols
 Souuent courut, en grand’ noiſe,
 Et meint aſſaut leur donna,
 Quand la ieuneſſe Françoiſe


 Parpignan enuironna.
 Là ſa force elle deſploye,
 Là de ſa lance elle ploye
 Le plus hardi aſſaillant :
 Et braue deſſus la celle
 Ne demontroit rien en elle
 Que d’un cheualier vaillant.
Ores la forte guerriere
 Tournait ſon deſtrier en rond :
 Ores en une carriere
 Eſſayoit s’il eſtoit pront ;
 Branlant en flots ſon panache.
 Soit quand elle ſe iouoit
 D’une pique, ou d’une hache,
 Chacun Prince la louoit ;
 Puis ayant à la feneſtre
 L’eſpee ceinte, à la deſtre
 La dague, enrichies d’or,
 En s’en allant toute armee
 Ell’ ſembloit parmi l’armee
 Vn Achile, ou un Hector.
L’orguilleus fils de Clymene
 Nous peut bien auoir apris
 Qu’il ne faut par gloire vaine
 Qu’un grand trein ſoit entrepris.
 L’entrepriſe qui eſt faite
 Sans le bon conſeil des Dieus
 N’a point, ainſi qu’on ſouhaite,
 Son dernier efet ioyeus :


 Ainſi cette belliqueuſe
 Ne fut iamais orguilleuſe :
 Telle au camp elle n’alla :
 Ains ce fut à la priere
 De Venus, ſa douce mere,
 Qui un ſoir lui en parla.
Vn peu plus haut que la plaine,
 Ou le Rone impetueus
 Embraſſe la Sone humeine
 De ſes grands bras tortueus,
 De la mignonne pucelle
 Le plaiſant iardin eſtoit.
 D’une grâce & façon telle
 Que tout autre il ſurmontoit :
 En regardant la merueille
 De la beauté nompareille
 Dont tout il eſtoit armé,
 Celui bien on l’uſt pù dire
 Du iuſte Roy de Corcyre
 En pommes tant renommé.
À l’entrée on voyoit d’herbes,
 Et de thin verfloriſſant,
 Les lis & croiſſans ſuperbes
 De notre Prince puiſſant :
 Et tout autour de la plante
 De petits ramelets vers
 De marioleine flairante
 Eſtoient plantez ces ſix vers :

 DV TRESNOBLE ROY DE FRANCE
 LE CROISSANT NEVVE ACROISSANCE
 DE IOVR EN IOVR REPRENDRA,
 IVSQVES À TANT QVE SES CORNES
 IOINTES SANS AVCVNES BORNES
 EN VN PLEIN ROND IL RENDRA.
Tout autour eſtoient des treilles
 Faites auec un tel art,
 Qu’aucun n’uſt ſù ſans merueilles
 Là eſpandre ſon regard :
 La voûte en eſtoit ſacree
 Au Dieu en Inde inuoqué,
 Car elle eſtoit accoutrée
 Du ſep au raiſin muſqué :
 Les coulomnes bien polies
 Eſtoient autour enrichies
 De Romarins & Roſiers,
 Leſquels faciles à tordre
 S’entrelaſſoient en bel ordre
 En mile neus fais d’oſiers.
Au milieu pour faire ombrage
 Eſtoient meints arceaus couuers
 De Coudriers, & d’un bocage
 Fait de cent arbres diuers :
 Là l’Oliue paliſſante
 Qu’Athene tant reclama,
 Et la branche verdiſſante
 Qu’Apolon iadis ayma :
 Là l’Arbre droit de Cibelle,


 Et le ceruerin rebelle
 Au plaiſir venerien :
 Auec l’obſcure ramee
 Par Phebe iadis formee
 Du corps Cypariſſien.
Sous cette douce verdure,
 Soit en la gaye ſaiſon.
 Ou quand la triſte froidure
 Nous renferme en la maiſon,
 Tarins, Roſſignols, Linotes
 Et autres oiſeaus des bois
 Exercent en gayes notes
 Les dous iargons de leurs voix :
 Et la veſue tourterelle
 Y pleint & pleure à par elle
 Son amoureus tout le iour :
 De ſa parole enrouee
 À pleints & à pleurs vouee
 Efroyant l’air tout autour.
Et à fin qu’à beauté telle
 Rien manquer on ne puſt voir,
 De la beauté naturelle
 Qu’un beau iardin peut auoir,
 Il y ut une fonteine,
 Dont l’eau coulant contre val
 En ſautant hors de ſa veine
 Sembloit au plus cler criſtal :
 Elle ne fut point ornee,
 Ny autour enuironnee


 De beaus mirtes Cipriens,
 Ny de buis, ny d’aucun arbre,
 Ny de ce precieus marbre
 Qu’on taille es monts Pariens :
Mais elle eſtoit tapiſſee
 Tout l’enuiron de ſes bors,
 Ou ſon onde courroucee
 Murmuroit ſes dous acors,
 D’herbe touſiours verdoyante.
 Peinte de diuerſes fleurs,
 Qui en l’eau douſondoyante
 Meſloient leurs belles couleurs.
 Qui uſt regardé la teſte
 D’un Narciſſe qui s’arreſte
 Tout panchant le col ſur l’eau,
 On uſt dit que ſon courage
 Contemploit encor l’image
 Qui trop & trop lui fut beau.
Auſſi par cette verdure
 Eſtoit le iaune Souci,
 Qui encor la peine dure
 De ſes feus n’a adouci :
 Ains touiours ſe vire & tourne
 Vers ſon Ami qu’il veut voir,
 Soit au matin, qu’il aiourne,
 Ou quand il eſt près du ſoir.
 Là auſſi eſtoient Brunettes,
 Maſtis, damas, violettes
 Çà & là ſans nul compas :


 Auec la fleur, en laquelle
 Hiacinte renouuelle
 Son nom apres ſon treſpas.
Le ruiſſeau de cette ſourſe
 À par foy s’ebanoyant,
 D’une foible & lente courſe
 Deça dela tournoyant
 Faiſoit une protraiture
 Du lieu ou fut renfermé
 Le monſtre contre nature
 En Paſiphaë formé :
 Puis ſon onde entrelaſſee,
 De longues erreurs laſſee
 Par un beau pré s’eſpandoit :
 Ou maugré toute froidure
 Vne plaiſante verdure
 Eternelle elle rendoit.
Titan laſſant ſa campagne
 Peu à peu ſous nous couloit,
 Et dens la tiède eau’ d’Eſpagne
 Son char il deſateloit :
 Quand en ce lieu de plaiſance
 Louïze eſtoit pour un ſoir,
 Qui cherchant reſiouiſſance
 Près la font ſe vint aſſoir :
 Elle ayant aſſez du pouce
 Taté l’harmonie douce
 De ſon lut, ſentant le ſon
 Bien d’accord, d’une voix franche


 Iointe au bruit de ſa main blanche,
 Elle dit cette chanſon :
La forte Tritonienne,
 Fille du Dieu Candien,
 Et la vierge Ortygienne,
 Seur du beau Dieu Cynthien,
 Sont les deus ſeules Deeſſes
 Ou i’ay mis tout mon deſir,
 Et que ie fù pour maitreſſes
 Des mon enfance choiſir.
 Si Venus m’a rendu belle,
 Et toute ſemblable qu’elle,
 Auec ſa diuinité,
 Que pourtant elle ne penſe,
 Qu’en un ſeul endroit i’ofenſe
 Ma chaſte virginité.
La pucelle Lionnoize
 Fredonnant meints tons diuers,
 Au ſon plein de douce noiſe,
 N’ut deus fois chanté ces vers,
 Qu’un ſommeil de courſe lente
 Deſcendant parmi les Cieus,
 Finit ſa voix excellente
 Et ſon ieu melodieus.
 Sur la verdure eſpandue
 Tous dous il l’a eſtendue,
 Flatant ſes membres diſpos :
 Deſſus ſes yeus il ſe poſe,
 Et tout ſon corps il arroſe
 D’un treſgracieus repos.


En dormant tout deuant elle
 Sa mere ſe preſenta,
 En ſon beau viſage telle
 Qu’alors qu’elle s’acointa
 D’Anchiſe, pres du riuage
 Du Simoent Phrygien :
 Dont naquit le preus courage
 Qui au camp Heſperien
 Renouuella la memoire,
 Et la trionfante gloire
 Du ſang Troyen abatu.
 Qui deuoit en rude guerre
 Tout le grand rond de la Terre
 Conquérir par ſa vertu.
Ell’ regarde par merueille
 Son viſage nompareil,
 Son haut front, ſa ronde oreille.
 Son teint freſchement vermeil,
 Le vif coral de ſa bouche.
 Ses ſourcis tant gracieus,
 Que doucement elle touche
 Pour voir les rais de ſes yeus :
 Non ſans contempler encore
 Celle beauté qui decore
 La rondeur de ſon tetin,
 Qui ni plus ni moins ſoupire
 Qu’au printems le dous Zephire
 Alenant l’air du matin.
Apres que la Cyprienne


 Vt ſon regard contenté,
 Voyant de la fille ſienne
 La plus qu’humeine beauté,
 Esbahie en ſon courage
 De ſa grand’ perfeccion,
 Elle augmenta dauantage
 Vers ell’ ſon afeccion :
 Puis toute gaye & ioyeuſe,
 D’une voix treſgracieuſe,
 Pour deſcouurir ſon ſouci.
 Tenant les vermeilles roſes
 De ſa bouche un peu deſcloſes
 Elle parola ainſi :
Les Dieus n’ont voulu permettre
 Aus vains penſers des mortels,
 Que d’eus ils ſe puſſent mettre
 À fin : bien que leurs autels
 Soient tous couuers de fumee,
 Ou pour gaigner leur faueur
 Ou pour leur ire animee
 Faire tourner en douceur,
 Tous les veus pas ils n’entendent
 Qui deuant leurs yeus ſe rendent :
 Ains les ont à nonchaloir.
 Veu ni priere qu’on face
 N’y font rien, ſi de leur grâce
 Ils n’ont un meſme vouloir,
Que penſes tu fille chere,
 Penſes tu bien reſiſter


 Contre les dars de ton frere
 S’il lui plait t’en moleſter ?
 Il ſcet domter tout le monde
 De ſon arc audacieus :
 L’Ocean, la Terre ronde,
 L’Air, les Enfers, & les Cieus.
 Onq fille n’ut la puiſſance
 De lui faire reſiſtance,
 Et ſes fiers coups ſoutenir :
 Mais ie te veus faire entendre
 Pourquoy i’ay voulu deſcendre
 Du Ciel, pour à toy venir.
Les hommes pleins d’ignorance,
 Citoyens de ces bas lieus,
 Te penſent de leur ſemence,
 Et non de celle des Dieus :
 Mais par trop ils ſe deçoiuent
 (Bien qu’ils le tiennent pour ſeur)
 Et aſſez ils n’aperçoiuent
 De ta beauté la grandeur.
 Qui dirait, voyant ta face,
 Que tu fuſſes de la race
 D’un homme ſimple & mortel ?
 La Terre ſale & immunde,
 Ne ſauroit aus yeus du monde
 De ſoy produire riens tel.
Tout ainſi la beauté rare
 D’Heleine, chacun penſoit
 Engendree de Tyndare :


 Car on ne la connoiſſoit.
 Toutefois ſi eſtoit elle
 Fille du Dieu haut tonnant,
 Qui ſa maiſon ſupernelle.
 Le haut Ciel, abandonnant,
 Atourné d’un blanc plumage,
 Semblant l’Oiſeau qui preſage.
 En chantant, ſa proche mort,
 En Lede fille de Theſte
 De ſa ſemence celeſte,
 La conçut par ſon effort,
Auecques deus vaillans freres,
 Dont l’un alaigre eſcrimeur
 Domta les menaſſes fieres,
 Et la trop âpre rigueur
 Du cruel Roy de Bebrice,
 Acoutumé d’outrager
 Et meurtrir par ſa malice
 Chacun ſoudart eſtranger :
 L’autre de hardi courage,
 Inuenta premier l’uſage
 De ioindre au char le courſier :
 Ou il ſe roula grand’ erre,
 Effroyant toute la terre
 Des deus ronds bornez d’acier.
Ainſi, bien qu’on ne te donne
 L’honneur d’eſtre de mon ſang,
 Et du fier Dieu qui ordonne
 Les puiſſans ſoudars en rang,


 Si m’eſt ce choſe aſſeuree,
 Que de Gradiue le fort
 En moy tu fus engendree,
 Ioingnant le gracieus bord,
 Ou la Sone toute quoye
 Fait une paiſible voye
 S’en allant fendre Lion :
 Dens lequel on voit encore
 Vn mont[2], ou lon me décore,
 Qui retient de moy ſon nom.
Le lieu ou tu fus conçue
 Ne fut vile ny chateau,
 Ains une foreſt tiſſue
 De meint plaiſant arbriſſeau,
 Dont ie veus (en témoignage
 De ta race) te pouruoir,
 Ainſi que d’un heritage
 Que ie tiens en mon pouuoir.
 Là autour ſont meintes plaines,
 Eſquelles les blondes graines
 De Ceres pourras cueillir,
 Et la liqueur qui agree
 À Bachus, & meinte pree
 Ou l’herbe ne peut faillir.
Là auſſi font meints bocages
 Deça delà eſpandus.
 Ou en tout tems les ramages
 Des Oiſeaus ſont entendus.
 Parfois tu y pourras tendre


 Le ret rare, à ton deſir,
 Et quelque gibier y prendre
 Pour acroitre ton plaiſir :
 Ou t’exerçant à la chaſſe
 Tu pourſuiuras à la trace
 Les Lieures fuians de peur,
 De chiens autour toute armee,
 Vagans deſſous la ramee,
 Se guidans à la ſenteur.
Et ſi par trop tu te peines
 En trop violent effort,
 De meintes cleres fonteines
 Tu pourras auoir confort :
 L’eau ſortante de leur ſourſe
 Tes membres refreſchira,
 Et la murmurante courſe
 À ſon bruit t’endormira :
 Apres chargee de proye,
 Tu te pourras mettre en voye
 Pour à ton château tourner,
 Qu’en brief batir ie veus faire,
 Sufiſant pour te complaire
 S’il te plait y ſeiourner.
Sur tout (fille) ie t’auiſe,
 Que d’un cœur tant odieus
 Ton frère tu ne meſpriſe,
 C’eſt le plus puiſſant des Dieus.
 En ta beauté excellente
 Meint homme il rendra tranſi,


 Mais ſa main ne ſera lente
 À te tourmenter auſſi.
 Prens bien à ce propos garde,
 Car ia deſia il te darde
 Son tret âpre & rigoureus :
 Dont il t’abatra par terre,
 Rendant d’un homme de guerre
 Ton tendre cœur amoureus.
En ce il prendra bien vengeance
 Du bon Poëte Rommain,
 Auquel ſans nulle allégeance
 Ton cœur eſt trop inhumein.
 Bien prendra à ta ieuneſſe
 Auoir apris à ſoufrir
 Des durs harnois la rudeſſe,
 Et à meint trauail s’ofrir :
 Souuent ſeras rencontrée
 Depuis la tarde veſpree
 Iuſqu’au point du prochein iour,
 Parmi les bois languiſſante,
 Et tendrement gemiſſante
 La grand’ cruauté d’Amour.
Alors pour eſtre aſſeuree
 Point en femme tu n’iras,
 Ains d’une lance paree
 Cheualier tu te diras.
 Ia en ton harnois brauante
 Ie te regarde aſſaillir
 Meint cheualier, qui ſe vante


 Hors de l’arçon te ſaillir :
 Puis dextrement apreſtee,
 Ayant ta lance arreſtee,
 Le deſarçonner en bas,
 Lui tout froiſse, à grand’ peine
 Leuer ſon arme incerteine,
 Chancelant à chacun pas.
À ſi grans trauaus ton frere
 Durement te contreindra,
 Iuſqu’à ce qu’à la première
 Liberté il te rendra :
 Alors laiſſant les alarmes.
 Et les hazars perilleus,
 Tu rueras ius les armes,
 Et le courage orguilleus,
 Dont tu ſoulois mettre en terre
 Meint vaillant homme de guerre
 Renuersé ſous ſon eſcu,
 Qui repentant en ſa face
 De ſa première menaſſe
 Tout haut ſe crioit vaincu.
Donq laiſſant dague & eſpee
 Ton habit tu reprendras,
 À plus dous ieus ocupee
 Ton dous lut tu retendras :
 Et lors meints nobles Poëtes,
 Pleins de celeſtes eſprits,
 Diront tes grâces parfaites
 En leurs treſdoctes eſcriz :


 Marot, Moulin, la Fonteine,
 Auec la Muſe hauteine
 De ce Sceue avdacieus,
 Dont la tonnante parole.
 Qui dens les Aſtres carole,
 Semble un contrefoudre es Cieus
Toutefois leur fantaſie
 Ton loz point tant ne dira,
 Comme d’un la Poëſie,
 Qui de l’onde ſortira.
 Du petit Clan, dont la riue
 Priuee de flots irez
 Ha en tout tems l’herhe viue
 Autour des bors retirez.
 De cil la Muſe nouvelle
 Rendra ta grace immortelle :
 Du Ciel il eſt ordonné
 Qu’à lui le bruit de la gloire
 De t’auoir miſe en mémoire,
 Entierement ſoit donné.
Qu’à ton cœur touſiours agree
 Du Poëte le labeur :
 Son eſcriture eſt ſacree
 À tout immortel bonheur.
 Ayant qui ton loz eſcriue,
 Mourir ne peus nullement :
 Ainſi Laure, ainſi Oliue
 Viuent eternellement.
 Vn Bouchet en façon telle,


 Met en memoire immortelle
 De ſon Ange le beau nom :
 Sacrant l’Angelique face,
 Sa beauté, ſa bonne grace,
 Au temple du ſaint renom.
À tant la Deeſſe belle
 Mit fin à ſon dous parler :
 Son chariot elle atelle
 Toute preſte à s’en voler :
 Les mignonnes colombelles
 Par le vague doucement
 Eſbranlent leurs blanches eſles
 D’un paiſible mouuement.
 Louïze eſtant eſueillee
 Reſta toute eſmerueillee
 De la ſainte viſion ;
 Ignorante ſi ſon ſonge
 Eſt verité ou menſonge.
 Ou quelque autre illuſion.
Son corps droit, ſa bonne grâce,
 Son dur teton, ſes beaus yeus,
 Les diuins traits de ſa face,
 Son port, ſon ris gracieus.
 Le front ſerein, la main belle,
 Le ſein comme albaſtre blanc
 Montrent euidemment qu’elle
 Sortit du Ciprien flanc.
 Puis ſa vaillance & proueſſe,
 Son courage, ſon adreſſe,


 Et la force du bras ſien
 De grand heur acompagnee,
 La montrent de la lignee
 Du Gradiue Thracien.
Mais d’autre part, ſa doctrine,
 Sa ſageſſe, ſon ſauoir,
 La penſee aus arts encline
 Autant qu’autre onq put auoir ;
 Les vers doctes quelle acorde.
 En les chantant de ſa voix,
 À l’harmonieuſe corde,
 Fretillante ſous ſes doits :
 Et la chaſteté fidelle,
 Qui touſiours eſt auec elle,
 Nous rendent quaſi tous ſeurs
 Qu’elle ut la naiſſance ſienne
 De la couple Cynthienne,
 Ou de l’une des neuf Seurs.
Toutefois il nous faut croire
 Ce que nous diſent les Dieus,
 Qui par la nuitee noire
 Se montrent aus dormans yeus.
 Ainſi Hector à Enee
 En un ſonge s’aparut.
 Et la ſienne deſtinee
 En ſonge il lui diſcourut.
 Souuent la future choſe
 Du ſain eſprit qui repoſe
 Eſt preuuë de bien loin :


 Ce ſonge preſque incroyable,
 Qui après fut veritable,
 En pourra eſtre témoin.
Mais il eſt tems douce Lire,
 Que tu ceſſes tes acors.
 Si aſſez tu n’as pù dire,
 Si as tu fait tes effors.
 Celle harpe Methimnoiſe,
 Qui peut la mer eſmouuoir,
 N’ut la Ninfe Lionnoize
 Chanté ſelon ſon deuoir :
 Non pas toute la Muſique
 De celle bende Lirique
 Qui (longtems ha) floriſſoit
 En la Grece : qui meint Prince,
 Meint pais, meinte Prouince,
 De ſon chant reſiouiſſoit.


FIN.

  1. Aphereſe pour ſapins.
  2. Le mont de Fouruiere anciennement apele forum Veneris