Académie des sciences – Séance hebdomadaire/01

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21 juillet 1873 28 juillet 1873

ACADÉMIE DES SCIENCES

Séance du 21 juillet 1873. — Présidence de M. de Quatrefages.

Tout chemin mène à Rome. M. Ferdinand de Lesseps arrive à l’Institut par le canal de Suez. La première classe s’est honorée en s’adjoignant le célèbre ingénieur qui a fait de la plus grande traversée du monde une excursion de cabotage ; aussi, malgré la chaleur torride que nous subissons, tous les membres valides de l’Académie ont-ils eu à cœur de prendre part au scrutin. La place que se disputaient les candidats, d’ailleurs nombreux, était celle d’académicien libre, laissée vacante par le récent décès de M. A. de Verneuil. Le nombre des votants étant de 60, 33 voix se sont portées sur M. de Lesseps ; M. Bréguet a obtenu 24 suffrages, et MM. du Moncel, Jacquemin et Sédillot, chacun 1.

Après une communication de M. Bouillaud sur la suite de ses études du cerveau, la nitrification de la terre arable occupe le savant et sympathique directeur de l’École d’application des tabacs. L’acide azotique, on le sait, se forme aux dépens de l’air contenu dans la terre, mais ce que M. Schlœsing démontre, c’est que la quantité d’acide produit n’est pas proportionnelle à celle de l’oxygène que cet air contient.

La terre étant imprégnée d’air normal, le phénomène de la nitrification en opère en quelque sorte l’analyse et ne s’arrête qu’au moment où la proportion d’oxygène est descendue à 1 1/2 p. 0/0. De plus, on constate que l’énergie de la nitrification va en croissant quand cette proportion passe progressivement de zéro à 16 p. 0/0. Mais de 16 à 21 p. 0/0 (qui est la proportion normale) elle diminue très-sensiblement. C’est là un fait très-inattendu et d’autant plus intéressant qu’il trouve son analogue exact dans la combustion spontanée des matières organiques dans la terre arable.

— Même, si vous n’étiez pas disposés à suivre M. le général Didion dans l’analyse mathématique à laquelle il se livre, rien ne vous sera plus facile que de répéter la curieuse expérience qu’il fait devant l’Académie. Placez horizontalement un miroir et déposez-y (la convexité en dessous) un verre de montre très-bombé. Interposez une goutte d’eau entre le verre et le miroir, puis inclinez le dernier peu à peu.

Au lieu de glisser le long du plan comme on aurait pu s’y attendre, le verre se met à rouler de droite à gauche, ou inversement le long d’une ligne qui semble sensiblement horizontale : l’expérience est très-intéressante, et l’effet observé s’explique très-simplement… par des calculs très-compliqués.

— Les intéressants articles, publiés ici même par M. Vignes, sur le terrible parasite, le phylloxéra vastatrix, permettront à nos lecteurs d’apprécier l’importance du fait que signale aujourd’hui M. Dumas au nom de M. Cornu. On sait que deux sortes très-distinctes de phylloxéra ont été signalées : celui des racines et celui des feuilles, qui est incomparablement plus rare. M. Cornu a placé une feuille infestée de ce dernier dans un vase où se trouvait un cep jeune et absolument sain, comme le montrait la terminaison régulièrement conique de ses radicelles. En très-peu de temps, cette vigne fut attaquée, et les radicelles se recouvrirent des gibbosités caractéristiques : le phylloxéra des feuilles est donc le même que le phylloxéra des racines.

— « Tout cela est bel et bon, interrompt M. Le Verrier, mais voilà bien des communications sur le phylloxéra, et en définitive ses ravages continuent toujours. Y a-t-il dans les travaux faits, quelque chose qui ressemble à un remède ? car c’est là le point… »

M. Dumas fait observer qu’à côté de la question pratique, il y a le problème scientifique. — D’ailleurs, on peut ajouter que, dans le Midi où l’on a fait comparativement l’essai des innombrables méthodes proposées, toutes ont échoué… sauf une : celle qui consiste à arroser la vigne avec de l’urine contenant un peu de sulfure de potassium. L’ammoniaque est à la fois un poison pour l’insecte et un engrais pour la plante ; il y a peut-être lieu de fonder quelque espérance sur ce procédé. — Cela serait d’autant plus désirable que les cultivateurs sont dans la plus profonde consternation, bien que la récolte actuelle se présente très-bien. Leur opinion unanime est que si un remède efficace n’est trouvé promptement, la vigne est destinée à disparaître de France dans un très-petit nombre d’années !

Stanislas Meunier.