Académie des sciences – Séance hebdomadaire/02

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21 juillet 1873 28 juillet 1873 4 août 1873

ACADÉMIE DES SCIENCES

Séance du 28 juillet 1873. — Présidence de M. de Quatrefages.

C’est, par l’annonce d’un nouveau deuil que s’ouvre la séance.

M. Gustave Rose est mort à Berlin, le 15 juillet, d’une péripneumonie. Le nom de ce célèbre savant est lié d’une manière indissoluble à une série de grands progrès en chimie et en minéralogie. M. Rose, en effet, s’est attaché à prouver que les résultats de l’analyse chimique sont toujours concordants avec ceux de la cristallographie, et c’est comme application de ce fécond principe qu’il établit, dans le groupe, jusque-là si confus des feldspaths, les quatre espèces orthose, anorthite, labrador, et oligoklase. M. Gustave Rose s’est occupé aussi avec assiduité des météorites. C’est à lui que l’on doit la spécification des cinq types si net désignés sous les noms d’eukrite, de chladnite, de chassignite, de howardite, et de shalkite, dont nous aurons à entretenir nos lecteurs dans notre prochain article sur les pierres qui tombent du ciel.

— « La question de l’amélioration des relations entre la France et l’Angleterre est plus que jamais à l’ordre du jour. » — C’est par cette phrase élégante que M. Dupuy de Lôme commence la description d’un système de communication au travers du pas de Calais. Ce travail constitue par son étendue, par son importance et par le talent que l’auteur déploie à l’exposer, le fait saillant de la séance.

Après avoir éliminé les projets qui consistent dans un tunnel sous-marin ou dans un pont au-dessus de l’eau, l’auteur montre que l’entreprise ne peut avoir de succès que par l’emploi de grands navires. Mais, dans ce cas, il faut de grands ports où, même à marée basse, ceux-ci puissent aborder. Sur la côte anglaise un port de ce genre existe. À Douvres, grâce à la construction d’une longue jetée, on a un débarcadère où, même à marée basse, le fond est à 40 mètres. Mais, du côté français, rien de pareil n’existe. Avant tout il faut donc améliorer un port de nos côtes. Seulement cette entreprise coûterait fort cher et on doit se demander si l’opération serait de nature à faire récupérer ses frais. Or on ne peut prévoir ce résultat que si le nouveau mode de transport s’applique aux marchandises dont le transit, comme on sait, fait vivre les compagnies de chemin de fer. Alors une nouvelle difficulté se présente ; elle est relative à l’embarquement. Pour faire une traversée de 1 heure et demie, il ne faut pas qu’on ait à passer 21 heures à arrimer les marchandises dans le navire.

Évidemment l’embarquement le plus rapide consiste à mettre à bord le train tout entier qui le contient, et c’est ainsi qu’on arrive forcément à la conception des navires porte-train.

Dès lors l’entreprise est de nature à couvrir ses frais et il faut voir quel port on doit chercher à améliorer. Celui qui par sa position est naturellement désigné, c’est Calais. Mais à marée basse on n’y peut entrer qu’avec de très-petites embarcations ; aussi le service des ponts et chaussées a-t-il construit une double jetée traversant la zone des sables du littoral. Ce travail repris à plusieurs reprises est toujours devenu inutile à cause de l’ensablement que le courant reproduit très-rapidement, et on y a définitivement renoncé. Il faut dont s’attacher à faire un port qui ne contrarie pas le régime des courants, et par cela M, Dupuy construit en mer, à 350 mètres de la laisse de basse mer, un îlot en forme de navette présentant sa pointe au courant. Cet îlot, ouvert du coté de la terre, renferme un vaste bassin qui servira de port toujours à l’abri du gros temps. L’îlot est relié à la terre ferme parmi pont à grandes arches de 1 150 mètres de longueur et prolongeant la voie ferrée jusqu’au port d’embarquement. Un train arrivant de France traverse ce pont, arrive à l’îlot par une pente de 5 millimètres par mètre, et, reculant alors sur une autre voie, vient s’engager, grâce à des dispositions très-ingénieuses, dans l’entrepont d’un navire disposé pour le recevoir.

Ce navire de 135 mètres de long peut recevoir soit un train de 17 wagons dont 3 pour les bagages, soit un train de 15 wagons de marchandises. Sa force est de 3 500 chevaux. Il fait 18 milles marins à l’heure et effectuera, par conséquent, sa traversée en moins de l heure et demie par le plus mauvais temps. L’auteur entre dans une foule de détails au sujet de l’embarquement et du débarquement des trains, et expose les conditions que remplissent ses navires pour que le roulis y soit le moins sensible. Il termine en annonçant que son travail va être soumis à l’Assemblée nationale avec un projet de loi qui résoudrait prochainement avec l’Angleterre la « question de l’amélioration de nos relations. »

— Si l’on ajoute à ces divers faits une communication fort intéressante sur la planète Mars, un mémoire de M. Sédillot sur l’application de l’électricité à la médecine et à la chirurgie et l’élection de nombreuses commissions chargées de juger les ouvrages adressés à différents concours, on aura un bilan à peu près exact de la séance.

Stanislas Meunier.