Académie des sciences – Séance hebdomadaire/12

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29 septembre 1873 6 octobre 1873 13 et 20 octobre 1873

ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 6 octobre 1873. — Présidence de M. de Quatrefages.

Condensation du gaz par le charbon pur. — Le fait saillant de la séance est la présentation par M. Dumas d’un travail de M. Melsens sur la condensation des gaz par le charbon pur. On sait que, pour obtenir le charbon pur, on le soumet, sous l’influence d’une température convenable, à l’action d’un courant de chlore ; toutes les matières étrangères sont entraînées et un coup de feu final enlève le chlore lui-même. Dans cet état, le charbon peut condenser son propre poids de chlore, ce qui dépasse de beaucoup tout ce qu’on a vu jusqu’ici dans cette voie. Les autres gaz volatils, cyanogène, ammoniaque, acide chlorhydrique, acide carbonique, etc., sont condensés en proportion analogue ; au contraire, la condensation est très-faible pour les gaz insolubles, tels que l’oxygène, l’hydrogène, l’azote, etc. C’est en partant de ces faits que M. Melsens modifie une expérience célèbre de Faraday et rend facilement visible la liquéfaction de certains gaz. Voici comment il opère : un tube de 1 mètre de long est rempli de charbon pur que l’on sature de gaz, de chlore, par exemple. Ce tube portant, à sa partie supérieure, une petite branche recourbée, et fermée, on le soumet dans un manchon à la température de 100°, tandis que la petite branche est plongée dans un mélange réfrigérant. Sous l’action de la chaleur, le chlore se dégage ; il distille vers la portion froide, et là, se comprimant lui-même, il passe à l’état liquide ; en quelques moments on a ainsi de 0m,15 à 0m,20 de chlore liquéfié, et il suffit d’arrêter l’expérience pour que ce liquide se volatilisant, sa vapeur soit de nouveau absorbée par le charbon, toute prête à se dégager de nouveau par la même manipulation. Le froid extrême déterminé par cette volatilisation est rendu sensible par le givre qui se dépose sur l’appareil.

L’affinité capillaire du charbon pur pour certaines vapeurs est si grande qu’elle développe souvent une notable élévation de température : du brôme à 20 degrés étant versé sur du charbon à la même température, on observe un échauffement instantané pouvant dépasser 45 degrés. On a une autre preuve de cette énergie d’affinité dans ce second fait que les vapeurs absorbées par le charbon ne se dégagent que bien au-dessus du point thermométrique où bout le liquide dont elles proviennent. Ainsi du charbon saturé d’alcool ou d’éther n’abandonne ces substances, cependant si volatiles, que vers 100 degrés.

Météorologie fossile. — Voici une idée ingénieuse émise par M. Charles Cros. On sait que les arbres dicotylédonés acquièrent chaque année une nouvelle couche ligneuse, de façon que le nombre de ces couches indique l’âge de chaque tronc. Or il suffit d’une observation superficielle pour reconnaître que ces diverses couches n’ont point la même épaisseur, la même dureté, les mêmes caractères, en un mot : ce qui doit tenir à ce que les diverses années qui se succèdent pendant la vie d’un arbre ne sont pas également favorables à son développement. En comparant divers troncs contemporains et en y retrouvant la même succession de couches minces et de couches relativement épaisses, on arriverait peut-être à reconstituer la météorologie des époques auxquelles ces arbres étaient en végétation. Il faudrait aussi arriver à faire la part dans ces observations de ce qui revient à la température de l’été, à l’état hygrométrique, au vent, à l’état électrique, etc., mais ceci résulterait d’études préparatoires fertiles sans doute en faits intéressants. Enfin, les bois fossiles ayant souvent conservé tous les détails de leur structure, on comprend que le nouveau mode d’investigation météorologique s’appliquerait également aux périodes géologiques. Il y a là, sans doute, un sujet très-digne d’exercer les efforts d’observateurs sagaces, et il faut espérer que M. Cros trouvera lui-même le moyen de mettre, son ingénieuse idée à exécution.

Encore le phylloxéra. — Dans les sciences, le progrès consiste souvent dans la disparition d’une idée fausse qu’on croyait exacte, ou, si l’on veut, dans le rétablissement d’un problème non résolu à la place d’une solution incomplète. C’est ce qui a lieu aujourd’hui pour le phylloxéra. Nous avons dit précédemment que, d’après M. Monestier et d’autres expérimentateurs, le sulfure de carbone possède la double faculté de détruire le phylloxéra en respectant la vigne. Il paraît aujourd’hui qu’il faut revenir d’une assurance si agréable. Que le sulfure de carbone tue les parasites, voilà qui ne fait, au moins jusqu’ici, de doute pour personne, mais M. Lecoq de Boisbaudrant conclut de ses expériences qu’il pourrait bien déterminer en même temps la mort du végétal en traitement.

Le phénate d’ammoniaque contre la pustule maligne. — Dans une lecture écoutée avec intérêt, M. le docteur Déclat rapporte des cas vraiment frappants de guérison du charbon par l’acide phénique, et surtout par le phénate d’ammoniaque employé d’abord comme cautère, puis comme boisson titrée à la dose de 1 à 2 grammes en vingt-quatre heures. Parmi ces cas se trouve celui de quatre bouchers qui, employés pendant le siège à abattre des animaux plus ou moins malades, furent tous les quatre pris de charbon. Deux d’entre eux étant les patrons furent soignés chez eux ; les autres, simples garçons, furent envoyés à l’hôpital. Ces derniers, malgré, l’apparence, furent les mieux partagés, car, traités par M. Déclat et soumis par lui au traitement ammoniacal, ils ne tardèrent pas à être guéris ; pendant ce temps les deux autres, soignés par les anciennes méthodes, virent se succéder les divers accidents de l’effroyable maladie et succombèrent. On sait que M. Déclat propose l’emploi des mêmes médicaments dans le traitement du choléra.

Stanislas Meunier.