Académie des sciences – Séance hebdomadaire/15

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27 octobre 1873 3 novembre 1873 10 novembre 1873

ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 3 novembre 1873. — Présidence de M. de Quatrefages.

Effet de capillarité. — Mettez dans un petit flacon un peu de sulfure de carbone, puis, au travers du bouchon, faites-y plonger un papier à filtrer roulé en flèche, dont l’extrémité supérieure reste au-dessus du bouchon. Grâce à la porosité du papier, le liquide s’élèvera, traversera le bouchon, et, au contact de l’atmosphère, s’évaporera rapidement. En s’évaporant, il produira un froid de 16 à 18 degrés au-dessous de zéro, dans les circonstances ordinaires ; par conséquent, l’eau contenue dans l’air à l’état de vapeur sera condensée et précipitée à l’état de givre. Au contact du sulfure de carbone, cette eau formera avec lui un hydrate particulier, étudié depuis longtemps par MM. Berthelot et Duclaux, qui, se déposant sur le papier, y formera une couche blanche persistante. Une nouvelle quantité de sulfure remplaçant constamment dans le papier celui qui vient de s’évaporer, le phénomène continue sans cesse et, au bout d’un instant, un champignon blanc de plusieurs centimètres de haut et de large surmonte le flacon. Telle est l’expérience signalée par M. Decharme et répétée aujourd’hui devant l’Académie. Elle semble de nature, pour M. Dumas et pour M. Chevreul, à rendre compte de certains phénomènes géologiques, tels que les concrétions ferrugineuses et calcaires, dont les formes générales sont identiques à celles des stalagmites artificielles dont nous venons d’indiquer la formation.

Dérivés du caoutchouc. — Étudiant le caoutchouc du Gabon, M. Aimé Girard en a isolé une substance cristalline blanche qui, soumise à l’analyse, s’est résolue en éther méthylique et en sucre de raisin. Dans une seconde série de recherches, l’auteur s’attachant au caoutchouc de Bornéo, en retira une seconde matière, analogue pour l’aspect à la première, contenant comme celle-ci de l’éther méthylique, mais en différant en ce qu’elle renferme du sucre de raisin condensé, si on peut dire ; c’est-à-dire répondant à la formule C12H12O12, au lieu de C6H6O6, qui convenait dans le premier cas. M. Girard pousse les choses plus loin, et voici que le caoutchouc de Madagascar lui abandonne un composé continuant admirablement la série, si bien indiquée par les deux autres. C’est encore une matière cristalline, donnant à l’analyse de l’éther méthylique, mais on y trouve en outre un sucre dont la molécule contient C18H18O18, c’est-à-dire qui représente le sucre de raisin condensé deux fois.

La série si nette au point de vue de la composition chimique se manifeste aussi relativement aux propriétés physiques. Ainsi, le premier composé fond à 212 degrés ; le second à 220, et le dernier à 235 : la température monte avec le degré de condensation, ce qui est conforme aux lois établies. Il en est de même pour les propriétés optiques. Le premier composé est inactif sur la lumière polarisée ; le second fait tourner le plan de polarisation de 32 degrés vers la droite ; le dernier détermine dans le même sens une rotation de 79 degrés. M. Girard a donc découvert toute une série de composés, liés entre eux de la manière la plus intime, et représentant des éthers dont les acides sont des isomères du sucre de raisin.

Volcans et tremblements de terre. — Nous avons dit, dans un précédent article, que M. Gorceix demandait à être envoyé par l’Académie à Nysiros, dans l’archipel où se manifestent en ce moment des phénomènes volcaniques. Ce géologue arrivé à Smyrne et sur le point de partir pour l’île qu’il doit étudier, donne sur les faits observés depuis le mois de juin quelques détails nouveaux. Le 2 juin, après une très-violente secousse de tremblement de terre suivie bientôt de deux autres moins fortes, un petit cratère s’ouvrit tout à coup. Des pierres et des cendres furent lancées de toutes parts et un torrent d’eau salée et chaude convertit l’ancien cratère en un lac. L’évaporation dessécha bientôt le sol qui se trouva recouvert, comme les arbres eux-mêmes, d’une épaisse couche de sel marin qu’on aurait pris pour du givre. Des gaz combustibles s’échappèrent en longues flammes, mais on ne parle pas de coulées de laves. Le 24 septembre, il y eut recrudescence dans ces phénomènes peu à peu affaiblis. De Rhodes on voyait s’élever à l’horizon une épaisse fumée. Plusieurs habitants furent blessés, et il a été question d’évacuer Nysiros.

Une dépêche télégraphique informe le secrétaire d’un fait moins important peut-être, au point de vue géologique, mais d’un intérêt beaucoup plus poignant pour nous, vu la situation des lieux soumis au phénomène. Vendredi dernier à 1 h. 20, on ressentit à Nancy une secousse de tremblement de terre : les sonnettes furent agitées, les objets déplacés. À 12 kilomètres de la ville, à Varangéville-Saint-Nicolas, les choses prirent l’allure d’un vrai désastre. Des éboulements se produisirent dans les magnifiques galeries souterraines des salines et ils déterminèrent la ruine totale des bâtiments et des cheminées de l’usine. Dix-sept personnes furent blessées et deux tuées. Nous ne pouvons nous empêcher de nous rappeler, à cette occasion, l’aspect de fête que présentaient ces mêmes galeries, malgré leur situation à 150 mètres au-dessous de la surface du sol, éclairées par d’innombrables torches, lors d’une des dernières courses géologiques du Muséum.

Muscles rouges et muscles blancs. — En voyant un lapin dépouillé de sa peau tout le monde a été frappé de la différence de coloration que présentent les divers muscles d’une même région, d’un membre par exemple. Les uns sont rouge foncé, les autres sont presque blancs. Dans un travail du plus vif intérêt, M. Ranvier montre que ces nuances distinguent deux catégories de muscles ayant des structures différentes et des propriétés différentes. On se rend compte de ce dernier fait en soumettant, par exemple, les muscles qui nous occupent à l’action de l’électricité. Les blancs se contractent presque instantanément, et si on y détermine une série très-rapide d’excitations ils donnent une série de contractions très-nettement distinctes les unes des autres. Au contraire les rouges sont beaucoup plus paresseux ; il leur faut un certain temps pour obéir à l’excitation et les décharges interrompues n’y font qu’une contraction permanente. Il paraît que ceux-ci sont de la nature du cœur et comme lui des muscles de la vie animale ; les autres seraient des muscles de la vie volontaire.

Un bon livre. — C’est l’Almanach astronomique de M. Joseph Vinot, le zélé directeur du journal le Ciel. M. Faye, en le présentant, en fait le plus complet éloge. On y trouve, outre les éléments numériques obligés de tout almanach, une foule de notions intéressantes sur tous les chapitres de l’astronomie. Saisissons cette occasion pour annoncer que M. Vinot reprendra, le 9 de ce mois, à 10 heures 1/2, dans le grand amphithéâtre de l’École de médecine, son cours public et gratuit d’astronomie populaire qui a eu tant de succès l’année dernière.

Stanislas Meunier.