Académie des sciences – Séance hebdomadaire/14

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13 et 20 octobre 1873 27 octobre 1873 3 novembre 1873

ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 27 octobre 1873. — Présidence de M. de Quatrefages.

Les diamants du Cap. — C’est dans un dépôt détritique reposant sur les couches du trias que se rencontrent, au cap de Bonne-Espérance, les diamants qui ont tant fixé l’attention dans ces derniers temps. M. Hugon, qui vient de faire une étude géologique de la région diamantifère, remarque d’abord que le terrain fournissant les gemmes a été remué par les hommes. On y trouve, en effet, des écailles d’huîtres, des fragments d’œufs d’autruche et des objets d’industrie, tels que des perles tombées de quelque collier. Les diamants gisent dans ces dépôts à toutes les profondeurs, depuis la surface jusqu’à la roche vierge, et leur abondance est telle, que tous les chercheurs ont vu leurs travaux récompensés d’une manière fructueuse.

Les diamants sont toujours plus ou moins cassés, ce dont on va voir la cause dans un moment. On remarque qu’en général ils sont d’autant plus jaunâtres que leur volume est plus grand. Plusieurs ont atteint le poids de 224, de 246 et même de 288 carats. Dans aucun pays on n’a vu des mines fournissant autant de beaux diamants que celles du Cap. Une seule exploitation a produit trois mille diamants par jour pendant huit mois !

Les plus précieux, c’est-à-dire ceux dont l’eau est la plus pure, sont cristallisés en octaèdres à arêtes vives. Mais, chose très-inattendue et qui rend compte de leur état fragmentaire habituel, ils sont très-sujets à éclater spontanément au contact de l’air, et cela dans le cours de la première semaine après l’extraction. Exceptionnellement, cette explosion d’un nouveau genre peut se faire au bout de trois mois ; en tout cas, on l’empêche, paraît-il, en enduisant les diamants de suif. Jamais ce fait n’avait été signalé jusqu’ici et il est peut-être de nature à guider les recherches tentées pour découvrir le mode de formation et l’origine de la plus précieuse des pierres précieuses.

En terminant, l’auteur signale l’abondance des grenats comme indice de la présence du diamant. Il note aussi que là où sont beaucoup de petits diamants on n’a guère de chance d’en trouver de gros.

Les mouvements des plantes. — On sait que plusieurs plantes sont douées de la faculté d’exécuter des mouvements plus ou moins étendus. Les unes se livrent ainsi à des mouvements spontanés, comme on l’observe, par exemple, pour les étamines de la rue (ruta), qui viennent d’elles-mêmes se placer en contact avec le pistil ; les autres exécutent leurs mouvements lorsqu’elles reçoivent une excitation extérieure ; telle est la sensitive (mimosa pudica), dont les feuilles se ferment au moindre attouchement. Depuis longtemps les physiologistes se sont demandé si ces divers phénomènes reconnaissent la même cause, ou s’ils sont dus à des actions distinctes. M. Paul Bert, pour trancher la question, a même soumis la sensitive, sous une cloche de verre, à l’action de vapeurs anesthésiques, et il a vu que cette plante continuait de se fermer spontanément, le soir, alors qu’elle était devenue complètement inerte aux excitations extérieures.

Il a paru à M. Eckel, professeur à l’École de pharmacie de Montpellier, que ce résultat n’était pas suffisamment net parce qu’il était fourni par une plante possédant à la fois les deux ordres de mouvements. Aussi s’est-il adressé à des végétaux chez qui cette superposition n’existe pas. On sait que les étamines de l’épine vinette (berberis) touchées au moyen d’une pointe fine, se contractent fortement, et nous venons de rappeler que les étamines de la rue se meuvent spontanément. Cela posé, l’auteur met sous deux cloches distinctes un pied de ces deux plantes, et les soumet à l’action des vapeurs du chloroforme. Bientôt, sous l’influence anesthésique, l’épine vinette est complètement endormie, tandis que la rue possède encore ses mouvements. C’est-à-dire que l’expérimentateur de Montpellier confirme pleinement les résultats de M. Bert.

Le phylloxéra. — Naturellement, il est encore question du phylloxéra. Revenant sur la question de l’emploi du sulfure de carbone, M. Gaston Basile conteste que la vigne ait à souffrir de ce remède, d’ailleurs si efficace contre le parasite. Il ajoute que la dose de 150 grammes, par cep, a pu être réduite, dans des essais récents, à 30 grammes et moins encore, de sorte que la dépense est notablement diminuée.

Un naturaliste très-connu, M. Guérin Menneville, défend de nouveau son opinion, d’après laquelle le phylloxéra n’est pas du tout cause de la maladie de la vigne. Suivant lui, cet insecte a existé de tout temps chez nous, et restait confondu parmi les innombrables parasites de la vigne, jusqu’au jour où un état pathologique spécial de celle-ci a fourni des conditions favorables à sa multiplication. En même temps, M. Maxime Cornu annonce s’être assuré expérimentalement que le phylloxéra déposé sur les radicelles saines y développe, au contraire, tous les accidents caractérisant les vignes malades.

L’Homme-Chien. — Au sujet de l’exhibition qui a lieu en ce moment, dans Paris, d’un homme dont le système pileux est développé d’une manière exagérée, tandis que son système dentaire est tout à fait atrophié, M. Roulin fait remarquer, avec son érudition ordinaire, que des anomalies du même genre ont été plusieurs fois signalées.

Ainsi, il y avait, en 1835, dans la province d’Anam, en Cochinchine, une femme offrant les mêmes caractères. De même, Wallis, directeur du jardin de botanique de Calcutta, a décrit et figuré, en 1826, un individu exactement pareil. C’est plus qu’il n’en faut pour montrer que des éleveurs d’un nouveau genre pourraient arriver à créer une race humaine offrant les caractères généraux du malheureux qui est en passe de devoir une fortune à son affreuse difformité.

Stanislas Meunier.