Académie des sciences – Séance hebdomadaire/22

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15 décembre 1873 22 décembre 1873 29 décembre 1873

ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 22 décembre 1873, — Présidence de M. de Quatrefages.

Hètèrogènie. — À l’occasion du procès-verbal de la dernière séance, M. Pasteur demande à constater que, dans son mémoire inséré au compte rendu, il a supprimé toutes les expressions qui pouvaient paraître blessantes pour plusieurs de ses confrères. Il ajoute que M. Trécul a catégoriquement refusé d’emporter les flacons qui avaient été, ou se le rappelle, préparés à son intention. M. Trécul n’accepte pas les reproches de M. Pasteur. Selon lui, les flacons mis si libéralement à sa disposition ne présentent pas les conditions favorables au succès et surtout n’étaient point comparables à ceux dont il s’est servi. L’absence absolue d’air dans les vases qu’on lui proposait, vases qui se trouvaient complètement remplis de liquide est, à son sens, incompatible avec la manifestation des phénomènes de transformation qu’il a signalés. Le savant micrographe commençait à cet égard une discussion approfondie et voulait énumérer les résultats secrets obtenus par M. Hofmann, par M. Bastien, etc., lorsque, l’ordre du jour étant très-chargé, M. le président lui a demandé de rédiger sa réponse et de la renvoyer à huitaine.

Tremblement de terre à Barcelone. — La secousse éprouvée le 26 novembre dernier, à 5 heures du matin, se dirigeait très-sensiblement du N.-E. au S.-O. en suivant le littoral de la mer. À douze kilomètres de la ville, cette trépidation s’infléchit très-nettement vers l’ouest. Une remarque très-intéressante résultant du témoignage des veilleurs de nuit et des promeneurs attardés est, qu’au moment du phénomène, les arbres de la place de Catalogne se sont mis à chanter, c’est-à-dire ont rendu un son tout à fait comparable à celui des poteaux télégraphiques. Cette comparaison parait conduire le correspondant a voir dans le bruit des arbres un phénomène électrique, mais on sait que, pour les fils télégraphiques, le vent seul est la cause du bruit, ces fils constituant une gigantesque harpe éolienne.

Parachoc. — Le secrétaire annonce gravement que M. Gagne, avocat, adresse la description d’un « parachoc sauveteur des navires et des wagons. » Le président, non moins gravement, renvoie cet archi-mémoire à une commission. On ne nous dit pas si l’auteur de l’Unitéide s’est servi du langage des dieux pour s’adresser aux immortels.

Quadrature du cercle. — Nous ne pouvons saisir le nom de l’auteur d’une note envoyée de Trieste, et relative à la quadrature du cercle, combinée au mouvement perpétuel. D’ordinaire de pareilles communications ne sont même pas mentionnées, mais M. Élie de Beaumont ayant parcouru le nouveau travail pense que, malgré son titre, il est sérieux, ne traitant que des approximations dont ces questions sont susceptibles ( ?). Là-dessus le président prie M. le général Morin de lire la lettre en question et de dire ce qu’il en pense. Celui-ci se récrie : « Il suffit, dit-il, après avoir jeté un coup d’œil sur la pièce, que le mot quadrature du cercle soit dans le titre pour que je refuse d’être commissaire ; il est contraire aux règlements de l’Académie de s’occuper de pareilles questions. » À quoi le président fait spirituellement observer que le savant général a fait, en définitive en exprimant son opinion, le rapport qu’il prétend refuser et qu’on n’a rien de plus à lui demander.

Panification des légumineuses. — Une invention qui pourra rendre de très-grands services, en temps de siège ou de disette, est celle que publie aujourd’hui M. Ruloz. Suivant lui, à la suite de quelques lavages préalables, la farine des pois, des lentilles, des haricots, etc., devient susceptible d’une panification parfaite. Le pain obtenu ne peut être distingué, quant à sa qualité, de celui que donne le froment.

Le phylloxéra. — Dans un nouveau mémoire très-étendu et accompagné de nombreuses planches, M. Cornu fait voir que le phylloxéra, alors même qu’il est en état d’hibernation, peut néanmoins se déplacer, quitter les portions épuisées de racines et gagner des régions plus succulentes. D’ailleurs on peut très-aisément faire cesser l’état d’hibernation ; il suffit pour cela, à l’aide d’une étuve, d’élever la température à un degré comparable à la chaleur de l’été. L’insecte réveillé reprend immédiatement le cours de ses pontes, comme si l’été, était réellement revenu. Quelquefois il suffit de huit jours pour que le phylloxéra ainsi arraché à sa léthargie accomplisse ses trois mues et commence à pondre.

Stabilité et métamorphoses réciproques des oxydes de l’azote. — Ce sujet, déjà étudié par beaucoup de chimistes, fournit à M. Berthelot plusieurs faits nouveaux. Ainsi l’acide hypoazotique, considéré jusqu’ici comme le plus stable des oxydes de l’azote, s’est, entre ses mains, décomposé en oxygène et en azote. Il a suffi, pour obtenir ce résultat, de soumettre le gaz, dans un tube scellé à la lampe, à une série d’étincelles électriques. Au bout d’une heure un quart, de l’acide hypoazotique était décomposé ; après 18 heures d’expériences, il n’en restait plus que les 14/100 du volume primitif, mais il ne semble pas que cette limite puisse être dépassée et, par conséquent, que la décomposition totale puisse être obtenue. On sait que plusieurs chimistes avaient pensé que l’action du bioxyde d’azote sur l’oxygène pourrait fournir un procédé eudiométrique, tout l’oxygène d’un mélange gazeux devant être absorbé par le bioxyde. Or il n’en est rien, car il ne se fait jamais soit de l’acide azoteux seul, soit de l’acide hypoazotique seul, mais un mélange de ces deux corps. Toutefois si l’on introduit dans l’appareil un corps, de la potasse par exemple, capable de retenir l’acide azoteux au fur et à mesura de sa formation, on constate qu’il ne se produit absolument que cet acide, et par conséquent que tout l’acide hypoazotique qu’on observe en opérant par le procédé ordinaire provient d’une modification subséquente de l’acide azoteux, acide qu’il est, comme on volt, impossible de conserver à l’état gazeux. M. Péligot a trouvé, de son côté, dans des recherches déjà anciennes que l’acide azoteux liquide contient toujours un excès d’oxygène ; cet excès correspond à un septième, environ, d’acide hypoazotique. M. Berthelot signale à cet égard l’anomalie très-curieuse que présente la comhinaison directe de l’acide azoteux avec l’oxygène pour produire l’acide hypoazotique. Contrairement à ce qu’on observe dans tous les cas analogues, il y a ici dilatation. Deux volumes d’acide azoteux s’unissent à un seul volume d’oxygène et il en résulte quatre volumes d’acide hypoazotique.

Passant au protoxyde d’azote, l’auteur a reconnu que c’est vers 500 à 520 degrés que ce gaz commence à être décomposé par la chaleur. L’étincelle électrique le décompose très-vite : en 1 minute, il y a un tiers du gaz décomposé, et, au bout de 5 minutes, les deux tiers ou les trois quarts. Le bioxyde d’azote se défait sous l’action de l’étincelle électrique. Une partie se résout en azote et oxygène et une autre en protoxyde d’azote et oxygène. Le protoxyde d’azote, à la limite, forme sensiblement les deux tiers de la portion décomposée. Sous l’influence d’un contact prolongé à froid avec le bioxyde d’azote beaucoup de substances minérales ou organique » subissent une oxydation lente et partielle.

Double élection de correspondants. — Avant de se former en comité secret, l’Académie procède à l’élection de deux correspondants dans la section de physique. M. Angstrom est nommé par 45 voix contre 2 données à M. Stokes et une à M. Tyndall. Il faut dire que plusieurs membres avaient mis par erreur, sur leur bulletin, le nom de M. Armstrong. Puis M. Billet, de Dijon, est appelé à l’unanimité à la seconde place. Stanislas Meunier.