Acadie/Tome II/25

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Texte établi par Henri d’Arles, J.-A. K.-Laflamme (Tome 2p. 478-497).

APPENDICE VII


Notes sur l’arrivée des Acadiens dans le district des Trois-Rivières après 1755.


Par Ls. Richard, Ptre Ch. P. A.


(MS. conservé dans les Archives du Séminaire des Trois-Rivières.)


NOTIONS PRÉLIMINAIRES[1]


La première colonie que les Français fondèrent en Amérique fut Port-Royal (1604), aujourd’hui Annapolis, à l’ouest de la Nouvelle-Écosse que les Français nommèrent d’abord l’Acadie.

Cette colonie, antérieure de quatre années à la fondation de Québec, fut, vers le milieu du dix-septième siècle, tout aussi florissante que cette dernière. Mais le voisinage des colonies anglaises, l’exposant aux incursions périodiques de ces éternels ennemis des Français, paralysa son développement, en arrêtant le flot de l’émigration française, laquelle se porta bientôt presqu’exclusivement vers le Saint-Laurent.

Ce ne fut donc, pour ainsi dire que par le développement naturel des premières familles de colons, que la population de l’Acadie put un peu grandir et s’étendre aux postes voisins de Beaubassin, fondé en 1674, au fond de la baie de Fundy, c’est aujourd’hui Amherst ; Grand Pré, fondé en 1680, aujourd’hui Wolfville, Kentville, Cornwallis, Herton Landing dans la baie des Mines, Piziquid, fondé en 1682, aujourd’hui Windsor ; Cobequid fondé en 1689, aujourd’hui Truro.

En 1710, Port-Royal fut définitivement conquis par les Anglais qui lui donnèrent le nom d’Annapolis et qui furent confirmés dans la possession de l’Acadie par le traité d’Utrecht en 1713. Mais la France qui s’était réservée la possession des îles St-Jean, aujourd’hui du Prince Édouard, et du Cap Breton, appelée lors l’Île Royale, espérait y attirer les Acadiens. En effet, ceux-ci avaient, pour la plupart, manifesté leur désir de rester sujets français ; mais les gouverneurs anglais d’AnnapoIis, qui tiraient toute leur subsistance des habitants français, et qui ne pouvaient alors songer à les remplacer par les colons anglais, à cause de l’hostilité déclarée des Sauvages, employèrent toutes sortes de prétextes et de moyens bons et mauvais, pour empêcher les Acadiens de partir.

En sorte que ce fut sous l’occupation anglaise, de 1710 à 1755, que les Acadiens, protégés par un serment qui les constituait dans un état de neutralité entre les Anglais leurs maîtres, et les Français leurs frères, se multiplièrent au point d’arriver à former plusieurs grandes paroisses dont deux sur la rivière de Port-Royal, St-Jean-Baptiste et St-Laurent, (ou St-François, comme je l’ai trouvé dans quelques actes) ; cinq dans le district des Mines, savoir : St-Charles de la Grand Pré, St-Joseph de la rivière aux Canards, la Ste-Famille et l’Assomption sur la rivière Pigiquid, St-Pierre et St-Paul, sur la rivière Cobequid ; une à Beaubassin, St-Louis, et une à la rivière St-Jean, Ste-Anne.

Outre ces centres principaux, il y avait encore plusieurs petits postes ou missions au Cap de Sable, à la Hêve, au détroit de Canso, sans parler de Louisbourg, fondé en 1713 à l’est de l’Île Royale, pour la protection des intérêts français dans le golfe St-Laurent.

Plus tard, quand le traité d’Aix-la-Chapelle, (mai 1748), eut définitivement consacré la possession de l’Acadie à l’Angleterre, et que la France, sans attendre le jugement des arbitres, qui devaient déterminer les limites entre les deux pays, eut affirmé ses droits sur toutes les terres arrosées par les rivières se jetant à l’ouest de la baie de Fundy, c’est-à-dire sur tout le Nouveau-Brunswick actuel, en construisant les forts de Gaspéreau et de Beauséjour, de chaque côté de l’isthme qui unit la Nouvelle-Écosse au Continent, il se produisit dans les vieilles paroisses acadiennes un courant considérable d’émigration vers les nouveaux établissements des rivières Chipoudy, Petitcoudiac et Memramcook, où ne tardèrent pas à s’élever de nouvelles chapelles dont les titulaires sont moins connus.

On estime qu’en 1755, la population acadienne, tant de la Nouvelle-Écosse que du Nouveau-Brunswick, s’élevait à 14,000 ou 15,000 âmes. Rameau la porte à 16,000 ; mais ses calculs sont peut-être exagérés. C’est cette population paisible et tout-à-fait inoffensive qui fut, un jour, inhumainement arrachée de ses foyers et jetée éparse sur les côtes inhospitalières des diverses colonies anglaises. Cet acte de cruauté, de fanatisme et de cupidité, fut perpétré par les gouverneurs d’Halifax, secondés par ceux de Boston, en contravention aux volontés et aux instructions données par le Gouvernement Supérieur de Londres.[2]

Dans cet exil en masse de la nation acadienne, ce furent les districts de Port-Royal, de Grand Pré et de Pigiquid qui fournirent le plus grand nombre des déportés de 1755, environ six mille. Les habitants de Cobequid, prévenus du danger, abandonnèrent leurs fermes et s’enfuirent à l’île St-Jean.[3] Ceux de l’Acadie française purent aussi se soustraire, en partie, à la déportation en fuyant dans les bois et en s’y tenant cachés.

Les notes qui suivent immédiatement, se rapportent plus particulièrement à l’un de ces derniers groupes.


CHAPITRE PREMIER


Premiers Acadiens réfugiés à Bécancourt.[4]


Les premiers Acadiens qui cherchent refuge à Bécancourt et qu’on y trouve dès l’automne de 1758, viennent principalement de Beaubassin, et paraissent pour la plupart alliés entre eux ou à la famille Cormier. Ce sont : Jacques Bourg, marié à Marguerite Cormier ; Pierre Bourg, marié à Anne Richard ; Joseph Richard, marié à Françoise Cormier ; Pierre Cormier, marié à Judith Galant ; Étienne Migneau, marié à Madeleine Cormier ; Charles Gaudet, veuf de Marie Cormier ; Madeleine Bourg, veuve de Pierre Richard ; Antoine Bélony Bourg, veuf de Marie-Joseph Hébert ; Claude Hébert, marié à Marguerite Robichaud ; Jean-Bte Hébert, marié à Marie Anne Amiran, François Robichaud, marié à Cécile Thibodeau ; Simon Darois, marié à Anne Thibodeau ; François Doucet, marié à Marie Poirier.

Puis, ce sont quatre grands enfants de feu Pierre Cormier et de défunte Marie Cyr, François, Pierre, Marie et Marguerite (La Blanche), beaux-frères et belles-sœurs de Charles Gaudet et de Jacques Bourg ; trois enfants d’un autre défunt Pierre Cormier et Marguerite Cyr, Jean, Marie, Madeleine et Rosalie, beau-frère et belles-sœurs de Joseph Richard, et quelques célibataires, fils de famille, séparés du reste de leurs parents, comme Jean-Bte Bourgeois, Jean-Bte Alain, Simon Bourg, etc., etc.

À ces familles de Beaubassin, il faut en ajouter quelques-unes de Port-Royal, comme : Jean Part, marié à Marie Roy ; François-Régis Part, marié à Marie Belliveau ; Joseph Leprince, veuf de Anne Forest ; son frère Jean Leprince, veuf de Judith Richard ; leurs belles-sœurs, Isabelle Forest, veuve de Honoré Leprince, avec ses enfants et Félicité Bourgeois, veuve de Pierre Leprince avec une fille ; Madeleine Leblanc, veuve de Joseph Richard avec deux enfants ; Hélène Hébert, veuve de Grégoire Richard avec trois ou quatre enfants ; Amant Thibeau, etc., etc.

Enfin Joseph Michel, marié à Madeleine Comeau, et son frère Jean-Bte Michel ; Amant Guilbeau, veuf de Françoise Poirier ; Alexandre Guilbeau, veuf de Marguerite Girouard ; Élisabeth Breau, veuve de Pierre Aucoin ; Amant Richard, marié à St-Pierre en 1760 avec Marie Gaudet et Charles Chandonnay, marié à Cédile Bellefeuille, venant de la rivière St-Jean, appartiennent aussi à ce premier groupe de réfugiés acadiens.

On peut aussi considérer comme appartenant à ce groupe : Jean-Jacques Leblanc, marié à Marie Héon ; Pierre Arseneau, marié à Jeanne Héon ; Charles Héon, marié à Madeleine Lebauve et deux de ses frères, Pierre et Joseph Héon. Car la présence de ces Acadiens se constate à Champlain, en même temps que celle des autres à Bécancourt. Cependant, il n’y eut que Jean-Jacques Leblanc qui se fixa définitivement à Champlain. Comme il lui restait encore quelques épargnes quand il arriva en 1758, il y ouvrit un petit commerce qui prospéra si bien qu’il fut bientôt en état d’établir avantageusement ses quatre garçons, Étienne et Joseph dans le commerce, David et Amable dans l’Agriculture. Ses beaux-frères allèrent rejoindre leurs compatriotes à Bécancourt.

D’après une tradition conservée dans plusieurs de ces familles, ces Acadiens prétendaient être passés au Canada une couple d’années avant la dispersion générale de leurs compatriotes. Mais les recherches que j’ai faites pour déterminer l’année précise de leur immigration, m’ont convaincu qu’il y avait ici une erreur dans leur tradition. Le plus tôt qu’ils ont dû arriver à Bécancourt ne serait qu’au printemps de 1758 ; car la plupart de ces familles, atteintes de la petite vérole à leur arrivée au Canada, ont laissé dans le cimetière de Québec, du 27 novembre 1757 au mois de mars 1758, quelques-uns de leurs membres.

Toutes ces familles appartenaient donc au groupe que l’abbé Leguerne avait réussi à soustraire à la griffe du lion britannique, et dont il raconte lui-même les alarmes et les misères dans une lettre ou mémoire, trouvé dans les archives de la cure de Québec et publié en 1889 par Mgr C. O. Gagnon. Évidemment la conviction qu’avaient ces Acadiens d’être passés au Canada avant la dispersion générale de leurs compatriotes, venait tout simplement de ce qu’ils avaient devancé plusieurs de leurs parents et de leurs connaissances qui, s’étant d’abord réfugiés à l’île St-Jean, eu furent proscrits de nouveau en 1758, par les gouverneurs d’Halifax, après la prise de Louisbourg. Ce sont ces proscrits de l’île St-Jean et surtout les déportés aux colonies anglaises qui vinrent les rejoindre quelques années plus tard, notamment en 1767.



CHAPITRE DEUXIÈME


Quelques détails sur les événements qui ont précédé et accompagné l’exode des Acadiens de Beaubassin.


Cependant, dès 1750, l’année même de la descente de Lawrence à Beaubassin, et après les dévastations dont il venaient d’être les victimes, presque tous les Acadiens qui avaient leurs propriétés à l’est de la petite rivière Messagouetche ou Ste-Marguerite, dans la paroisse de Beaubassin, les abandonnèrent et vinrent chercher refuge sous la protection du fort Beauséjour.

Le motif qui détermina ces Acadiens à prendre cette grave résolution n’était autre que la connaissance qu’ils venaient d’avoir du traité d’Aix-la-Chapelle, en vertu duquel la France abandonnait définitivement à l’Angleterre le territoire sur lequel ils étaient établis. Ils désiraient rester sujets français, et surtout ils ne voulaient pas prêter serment d’allégeance à l’Anglais sans condition pour la sauvegarde de leur foi, ni sans avoir la garantie qu’on ne les forcerait pas à porter les armes contre leurs frères les Canadiens, ou contre la France.

Ils ne tardèrent pas à s’apercevoir que les conséquences du dernier traité allaient être plus sérieuses et plus menaçantes pour eux que ne l’avaient été celles des traités antérieurs.

La fondation de Halifax en 1749 et l’arrivée d’un grand nombre de colons anglais allaient bientôt les noyer au milieu d’une population étrangère qui avait en souveraine aversion tout ce qui était catholique et français ; population avec laquelle nos pères ne pouvaient par conséquent pas du tout sympathiser.

Les Acadiens de Port-Royal et ceux de Beaubassin avaient des raisons particulières de haïr les Anglais ; car bien souvent ils avaient été rançonnés par les parties de guerre ; et, du vivant même de mon trisaïeul, qui avait à peine trente ans quand il quitta l’Acadie, deux fois déjà leurs fermes avaient été pillées et brûlés. Cette circonstance, qui d’abord avait échappé à mon attention, m’inclinerait maintenant à croire que, ruinés une première fois par l’invasion de Lawrence à Beaubassin en 1750, Joseph Richard et ses voisins passèrent alors dans l’Acadie française et allèrent commencer de nouveaux établissements sur l’une des rivières Chipoudy, Petit-Coudiac et Memramcook que les Français prétendaient leur appartenir. En 1752, il y avait déjà 51 habitants à Memramcook, dont quatre Richard, 56 à Petit-Coudiac et 60 à Chipoudy. Or, on sait que toutes les habitations françaises des dites rivières furent, à leur tour, dévastées et brûlées par les soldats de Monckton en 1755.

Quoique ruinés par la guerre et quelque désireux qu’ils fussent de se soustraire à la domination anglaise, les malheureux Acadiens hésitèrent longtemps à s’expatrier d’eux-mêmes. Pour prendre une telle détermination, ils avaient à faire des sacrifices excessivement pénibles à la nature. Il leur fallait abandonner des fermes magnifiques qu’eux et leurs pères avaient défrichées à la sueur de leurs fronts ou arrachées à la mer par des travaux gigantesques.[5] Il leur fallait s’exposer à des misères dont on ne pouvait prévoir ni la grandeur ni le terme. Il leur fallait vaincre des difficultés de toutes sortes, dont les moindres étaient de pourvoir aux besoins de plusieurs familles dont les chefs avaient été faits prisonniers, au soin des vieillards, des malades et des jeunes enfants. Il ne faut donc pas s’étonner si tant de familles de Chipoudy, de Petit-Coudiac et de Memramcook qui s’étaient soustraites, par la fuite dans les bois, à la chasse des Anglais, persistèrent si longtemps à rester dans le voisinage de leurs propriétés avant de se décider à passer au Canada.

Mais, pour donner au récit des événements qui vont suivre une autorité qui devra être mieux appréciée de mes lecteurs, je résumerai ici les lettres de l’Abbé Leguerne, missionnaire à l’Acadie française de 1752 à 1757.

Monckton était maître du fort de Beauséjour depuis le 16 juin 1755. Or, le 10 août, il y manda tous les habitants de l’Acadie française, sous prétexte de prendre des arrangements pour les terres. Ils s’y rendirent presque tous et ils furent arrêtés ; c’était pour avoir les femmes et les enfants. « Sur ces entrefaites, » dit Leguerne, « j’étais à Chipoudy et voyant bien que les affaires prenaient un mauvais tour, j’exhortais les jeunes gens, les femmes et les enfants à se retirer dans les bois et à souffrir plutôt que d’exposer leur religion en se rendant à l’Anglais… Je donnai les mêmes conseils partout où il fut possible. Mes avis réussirent, grâce au Seigneur, de façon que des 4 missions que je desservais depuis 3 ans, je veux dire Tintamar, Mem, Chip, Petitcoudiac où il y avait au dessus de trois cents familles, il ne s’est embarqué que 4 femmes qui furent surprises par les Anglais quand ils vinrent brûler Chipoudy ».

« Il n’en fut pas de même de la mission de Mrs Leloutre et Vizien, je veux dire les environs de Beauséjour… Je leur fis dire cependant plusieurs fois de ne point s’embarquer ; mais les malheureuses pour la plupart restèrent sourdes à mes raisons, elles ne purent se résoudre à se séparer de leurs maris, il s’en embarqua donc, par différentes raisons, au dessus de deux cents avec leurs enfants. »

Leguerne mit tout d’abord ses soins à sauver une centaine de femmes avec leurs enfants des environs de Beauséjour et de Tintamarre, lesquelles n’ayant pas voulu s’embarquer, se trouvaient des lors les plus exposées. Il les conduisit lui-même à travers les bois et les marais, du 21 septembre au 20 octobre, jusqu’au bord de la mer, vis-à-vis de l’île St-Jean, où elles purent traverser dans le cours du mois de novembre, grâce aux soins de M. Villejoint qui y commandait au nom du roi de France.

Pendant ce temps-là, le 15 octobre, l’Anglais avait expédié à la Caroline les prisonniers qu’il tenait dans ses forts de Beauséjour et de Beaubassin, « à la réserve de 86, pour la plupart des rivières Chipoudy etc, qui s’étaient sauvés le 30 septembre du fort de Beaubassin par un souterrain qu’ils avaient creusé avec des précautions surprenantes ».

L’histoire de ce souterrain et de cette évasion assez nombreuse de prisonniers, rappelée ici par Leguerne, est encore un de ces souvenirs que la tradition avait conservé dans ma famille ! Serait-ce par hasard que mon trisaïeul aurait été l’un de ces heureux fugitifs du fort de Beaubassin ? C’est ce que je ne saurais affirmer. Mais ce qu’il y a de certain, c’est que parmi les premiers Acadiens réfugiés de Bécancourt, il s’en trouvait quelques-uns.

Revenu à Memramcook vers la fin de novembre, Mr Leguerne y apprit les instructions de Mr le Général : « Chaque habitant devait se tenir caché dans les bois à environ une demi-lieue de son habitation. » Mr de Boishébert, avec quelques soldats et un parti de sauvages, avait ordre d’aller hiverner à Cocagne, pour y être à portée de harceler l’ennemi, protéger les Acadiens et favoriser leur exode vers une terre française. Mais, cette fois encore, la trahison d’un misérable, nommé Daniel, suisse de nation, qui, depuis quatre ans, vivait au milieu des Acadiens, qui avait eu toute la confiance des missionnaires et des principaux officiers français, qui connaissait parfaitement le pays et les instructions données aux Acadiens et aux soldats, causa un mal immense aux Français et fit échouer entièrement la principale expédition que Mr de Boishébert avait organisée contre l’Anglais eu janvier 1756.

Le traître servait de guide aux corps expéditionnaires de l’ennemi ; et, comme l’habitant gardait fort mal la retraite, chaque patrouille anglaise réussissait à faire quelques prisonniers. Trois fois dans le cours de l’hiver, les Anglais parurent dans le haut de la rivière Memramcook. La première fois, ils surprirent deux hommes qui étaient à faire un enterrement dans le cimetière. « Si j’avais été à Memramcook, » dit à ce sujet Mr Leguerne, « j’aurais été pris à cet enterrement. » La seconde fois, ils firent encore trois prisonniers, et la troisième fois, ils poussèrent leur reconnaissance jusqu’à un grand campement qu’avaient abandonné quelques jours auparavant 80 familles [6] auxquelles les captures précédentes avaient inspiré plus de crainte et de prudence. Grâce à une protection spéciale de la Providence, la neige qui tomba la nuit même où les Anglais firent cette expédition, les empêcha de voir la direction prise par les fugitifs et de mettre à exécution le projet qu’avait suggéré le traître Daniel : « de mettre à mort tous les hommes en état de porter les armes et d’amener prisonniers les enfants et les femmes. Ces familles finirent par se rendre à Cocagne où les appelait leur missionnaire et où elles achevèrent d’hiverner, « avec assez de misère ». Au printemps, ou les fît passer à l’île St-Jean.

« Cependant, » dit encore Leguerne, « Je n’étais pas tranquille pour ceux qui restaient aux trois rivières, je leur faisais dire de temps en temps de songer à se retirer. Mais l’Acadien n’aime point absolument à quitter son pays, et plusieurs ne m’en aimaient pas davantage, mais je les regardais comme des malades, sans les priver de ces avis que je leur croyais nécessaires. » «  J’écrivis même une lettre fort longue aux habitants de Chipoudy où je leur marquais fort au long les dangers qu’ils couraient à rester dans leurs quartiers et que le père Labrosse leur expliqua de ma part. Ils firent la sourde oreille et ce que je leur avais prédit leur arriva. L’ennemi vint à la Pentecôte 1756 à Chipoudy, en trouva une vingtaine qui travaillaient autour de leurs masures, en tua deux, leur leva la chevelure et emmena deux jeunes gens qu’il prit à la course. »

« Cet accident leur ouvrit les yeux. Ils vinrent me consulter et je les fis sortir de leur endroit de concert avec Mr de Boishébert, après quoi je les fis passer sur l’île St-Jean. »

Cette insistance et ces efforts de leurs missionnaires pour les faire sortir de leur pays et les empêcher de se rendre aux Anglais est peut-être, entre les souvenirs du grand dérangement, celui qui a laissé les plus profondes impressions parmi les descendants des réfugiés acadiens, en quelque lieu que ceux-ci aient abordé. Les Anciens se rappelaient, toujours avec amertume, d’avoir été obligés presqu’aussitôt après leur arrivée ici, de prêter le serment d’allégeance à l’Angleterre, serment que leurs missionnaires n’avaient jamais voulu leur permettre de prêter là-bas. Et puis, ceux qui voulurent retourner à l’Acadie, qui y trouvèrent leurs terres possédées par des maîtres étrangers, sans avoir aucune espérance d’en recevoir le moindre dédommagement, se demandaient, non sans raisons, pourquoi la France qui avait stipulé pour les Canadiens des garanties sauvegardant leur religion, leur langue, leurs lois et leurs propriétés, n’avait obtenu rien de tout cela pour eux ! N’étaient-ils pas français aux mêmes titres ? n’avaient-ils pas les mêmes droits ? n’avaient-ils pas fait assez de sacrifices pour l’amour et l’intérêt de la patrie ? Mystère et lacune inexplicable du Traité de Paris ! dont les Canadiens assurément n’étaient pas responsables ; mais dont nos frères de là-bas finirent par nous tenir coupables, quand ils eurent constaté l’infériorité de leur condition, en comparaison des droits dont nous jouissions ici ! C’est ce qui explique ces sentiments d’antipathie, d’éloignement, de chagrin jaloux que l’Acadien semble éprouver d’instinct à l’égard du Canadien !

Coupons court à ces réflexions pénibles et revenons auprès des Acadiens, cachés dans les bois, comptant toujours sur des secours qui n’arrivent point, caressant toujours l’espérance chimérique de voir bientôt la France reprendre ses domaines et les remettre en la paisible possession de leurs terres ; et, en attendant, achevant d’épuiser leurs dernières ressources.

Mr. Leguerne leur avait conseillé de se rendre à la mer avant la fin du printemps, pour profiter des glaces des rivières et se trouver plus à portée de recevoir des secours ou d’être transportés ailleurs. Seules les familles de Memramcook avaient suivi ce conseil et étaient rendues à Cocagne, quand, le 10 mars 1756, Leguerne écrivit sa lettre au Gouverneur de Louisbourg, pour lui faire le tableau de la situation des 250 familles encore éparses le long des trois rivières de Mem. Chipoudy et Petitcoudiac et pour demander des secours. Il déclare que la plus grande partie des familles ont dû vivre uniquement de viande tout l’hiver et que ce régime alimentaire a amené une maladie épidémique longue qui a enlevé plusieurs personnes. Les secours qu’on promet de lui envoyer du Canada, arriveront trop tard et il craint que la famine ne lui fasse voir le plus cruel des spectacles. « Nous sommes déjà » dit-il, « dans une grande misère »… Nous avons besoin de tout, farine, lard, pois, grain, poudre, plomb royal surtout, (des balles aussi) un peu de vin, mélasse, eau de vie pour les malades… hameçons, lignes, toiles avec un peu de tabac pour nos pauvres gens »…

Avec les secours qu’ils reçurent de Louisbourg et du Canada, les Acadiens purent encore passer l’été de 1756 dans le voisinage de leurs propriétés. Leur nombre s’accrut même d’une cinquantaine de familles de Port-Royal et des Mines qui, le 14 d’Août, abordèrent heureusement à Petitcoudiac. Pour prévenir les horreurs de la famine, il aurait fallu faire passer immédiatement tout ce monde là au Canada, avec les familles qui restaient encore dans l’Acadie française. C’était l’avis de Mr. Leguerne et il travailla de toutes ses forces à le faire prévaloir. Malheureusement, il avait à lutter, d’une part, contre le mauvais vouloir des autorités canadiennes qui craignaient de se charger de ce surcroît de population, parce que le Canada lui-même était menacé de la disette, la récolte y ayant manqué en cet été de 1756 ; d’autre part, ce projet contrariait fort l’attachement que les Acadiens avaient pour leur pays, lesquels n’étaient jamais plus contents que quand on leur proposait d’en rester le plus proche possible. Enfin Leguerne rencontrait un troisième obstacle à la réalisation de son plan, dans l’intérêt de quelques particuliers qu’il ne veut pas nommer, mais qui voulaient profiter de la distribution des secours pour faire un peu de péculat ! Ces personnages intéressés, s’appuyant sur une requête des Acadiens eux-mêmes, les firent placer à Miramichi, « à dix lieues au dessus de la maison des sauvages dans un lieu affreux où l’on n’avait jamais rien semé et où il n’y avait point de chasse et très peu de pêche ». Aussi la famine ne tarda pas à y faire sentir ses rigueurs et voici le tableau effrayant que l’Abbé Leguerne a tracé de la situation de ces Acadiens durant l’hiver de 1756-57 : « Ces pauvres gens sont morts l’hiver dernier en grande quantité de faim et de misère et ceux qui ont échappé à la mort n’ont point échappé à une horrible contagion et ont été réduits par la famine qui règne à manger le cuir de leurs souliers, de la charogne et quelques-uns même ont mangé jusqu’à des excrémens d’animaux »…

Le retour de la belle saison n’améliora guère leur misérable état. Écoutons l’Abbé Ferland faire la description de la disette qui sévit au Canada en l’année 1757. « Le prix des provisions continua à augmenter d’une manière effrayante, et les souffrances du peuple furent excessives. Les Acadiens qui étaient à Miramichi et à la rivière St-Jean, restaient toujours plongés dans la misère la plus profonde ; les plus vigoureux d’entre eux allaient faire des courses dans les environs de Beauséjour et de Port-Royal ; ils tuaient les animaux domestiques restés dans les bois, ou les chassaient devant eux vers les bords de la mer, d’où ils les conduisaient vers Miramichi. Cette ressource cependant était encore bien faible. M. de Boishébert, commandant sur la rivière Saint-Jean, s’était intéressé dans les vivres, ceux qu’on lui envoyait consistaient en morue salée ou sèche ; ils s’en contentèrent : on n’en paya pas moins au munitionnaire des rations complètes, et, quoiqu’il mourut beaucoup d’Acadiens, le nombre était le même. »

On voit que l’Abbé Ferland qui a écrit l’histoire cent ans après ces événements, n’a pas raison d’avoir les scrupules de l’Abbé Leguerne pour taire les noms des fameux concussionnaire ; et pour un, voilà un commandant français porteur d’un beau nom, cloué désormais au pilori de l’histoire.

La troupe, commandée par M. de Boishébert, qu’on n’avait laissée à la rivière Saint-Jean que pour sauver les familles acadiennes qui avaient échappé à la déportation, fut rappelée à Québec à l’automne de 1757, Près de deux cents familles acadiennes passèrent au Canada en même temps que les soldats.

Mais les circonstances ne pouvaient être plus déplorables pour ces malheureux réfugiés dont la situation réclamait les plus urgents secours, et qui durent cependant supporter les plus grandes rigueurs de la famine qui régnait alors par tout le pays.

« À Québec », dit l’Abbé Ferland, « on était réduit à quatre onces et même à deux onces de pain par jour. On donnait aux Acadiens de vieux chevaux et de la viande en partie gâtée »… « On payait pour le pain dix sous la livre, pour le bœuf vingt sous. »

Le 26 février 1758, M. Doreil écrivait : « Le peuple périt de misère ; les Acadiens réfugiés ne mangent depuis quatre mois, que du cheval et de la morue sans pain ; il en est mort plus de trois cents. »

En rapprochant ces deux témoignages des dernières paroles citées plus haut de l’Abbé Leguerne, décrivant les horreurs de la famine éprouvée par les Acadiens à Miramichi, je suis incliné à croire que cet ami des réfugiés a voulu renfermer dans un même cadre les deux principales phases de leur longue misère, commencée dans les bois de Miramichi et continuée sous les murs de Québec. C’est ce que semble confirmer son allusion « à une épouvantable contagion » laquelle ne fut autre que le fléau de la petite vérole qui vint décimer ces familles acadiennes après leur arrivée en Canada. Pour ma part, j’ai relevé dans les registres de Notre-Dame de Québec, plus de 250 sépultures d’Acadiens morts victimes de la petite vérole, à partir du 27 novembre 1757 au 1er mars 1758. Sur ce nombre, les Richards fournirent à eux seuls plus de 20 victimes et des familles entières de ce nom furent anéanties par le fléau.

Ce fut dans ces conditions de misère et de deuil que les familles plus haut nommées, arrivèrent à Bécancourt au printemps de 1758. La raison qui induisit les Acadiens à venir s’établir en cet endroit, se trouve sans doute dans le fait qu’ils connaissaient déjà un peu ce coin du Canada par leurs relations avec leurs amis et alliés, les sauvages Abénaquis, et peut-être aussi par les rapports qu’ils pouvaient tenir des missionnaires qui avaient, tour à tour, desservi les sauvages de l’Acadie et ceux de Bécancourt. Ainsi par exemple le Père de la Chasse S. J. qu’on trouve en Acadie vers 1711-12-13 et qui plus tard était missionnaire à Bécancourt.

Forcés par leur dénuement et leur pauvreté de rechercher les endroits de chasse et de pêche, les uns s’établirent le long de la « Grand’rivière » laquelle n’est autre que le fleuve St-Laurent, les autres se fixèrent au lac St-Paul. À Ste-Angèle de Laval où à la « Grand’rivière », comme disent encore les anciens, nombre de familles portent des noms acadiens et ce me serait un problème facile de déterminer le degré de parenté que les Bourgeois, les Cormier, les Doucet, les Hébert, les Richard, les Bourg, etc, d’aujourd’hui peuvent avoir avec leur ancêtre venant directement de l’Acadie.

Une chose digne de remarque, c’est que l’on trouve encore aujourd’hui à Ste-Angèle de Laval des arrières petits-fils des premiers Acadiens de l’endroit qui sont restés fidèles aux traditions de leurs ancêtres et qui n’ont jamais ambitionné d’autre état que celui de pêcheurs.

Parmi les premiers habitants du lac St-Paul, il faut mentionner Claude Hébert, Jean et François-Régis Par, Jean Leprince, Joseph Leprince, François Cormier, Pierre Cormier, Amant Thibeau, Antoine Belony Bourg, Simon Bourg, Joseph Richard, Charles Héon et ses frères, Pierre Arseneau, Charles Gaudet, Jean Bte Bourgeois, Jacques Bourg, Étienne Migneau, etc.

Cependant ces pauvres réfugiés ne se montrèrent pas empressés de travailler au défrichement de leurs terres, soit qu’ils conservassent l’espoir de retourner sur leurs anciennes propriétés de l’Acadie, soit qu’ils n’aient pu obtenir immédiatement leurs titres de possesseur [7], soit qu’ils aient demeuré plusieurs années au service des anciens habitants ou encore, vraisemblablement au service du « Roi » dans les milices canadiennes ; car il ne faut pas oublier que, dans ces années là, la guerre de la conquête battait son plein et que les Français y jouèrent leurs derniers atouts en 1759 et 60.

Parmi les Acadiens réfugiés du second groupe, signalons quatre garçons de François Bourg, François, Pierre, Raphaël et Amant. Pierre Benjamin Laur, marié à Marie Josephte Blanchard. Pierre Bergeron, marié à Marguerite Bourg. Simon Bergeron marié à Marie Syndon ; et quelques célibataires, comme Pierre Doucet, Pierre Béliveau, etc.



LES LE PRINCE


Voici une famille assez nombreuse à l’Acadie, lors de la dispersion, et qui semble s’être particulièrement groupée à St-Grégoire, après 1755. Je ne connais pas d’autres localités en Amérique qui en aient recueilli d’aussi importants débris, si tant est qu’il en existe quelque part ailleurs.

C’est une famille qui mérite une attention spéciale, à raison de l’importance que lui ont donnée quelques-uns de ses membres, et tout particulièrement le très illustre et très regretté fondateur de l’Église de St-Hyacinthe, Monseigneur Jean-Charles Prince [8], dernier fils de Jean Prince et de Rosalie Bourg, et ses neveux MM. les chanoines Joël Prince, ancien professeur du Séminaire de St-Hyacinthe, et Jean Octave Prince, décédé en janvier 1898, curé de St-Maurice, diocèse des Trois-Rivières ; d’autant plus que la génération actuelle ne parait pas vouloir déroger à ces glorieuses traditions !

Le premier Leprince qui est venu se fixer à Port-Royal nous est connu par le recensement de 1686. Il se nommait Jacques ou Nicolas et était marié à Marguerite Hébert, fille d’Étienne et de Marie Gaudet. Il avait alors quatre enfants ; mais ce n’étaient que des filles. Plus tard il lui est né trois garçons qui sont devenus les ancêtres des Leprince de Port-Royal et de ceux des Mines. Cependant les deux premières générations des Leprince ayant donné surtout des filles, nous avons là le secret du développement tardif et restreint d’une famille qui remontait pourtant par sa souche primitive à la seconde génération des habitants de l’Acadie.

Le recensement de 1714 ne fait mention que de deux Leprince établis à Pigiquid : François né vers 1690 marié à Grand Pré 23 mai 1712 à Catherine Benoit, fille de Martin et de Marie Chaussegros, et Antoine né vers 1691, marié au même lieu et le même jour que son frère à Anne Trahan, fille de Guillaume et de Jacqueline Benoit. François avait marié la tante et Antoine la nièce. Ils avaient une sœur, Anne mariée à Étienne Rivet qui demeurait aussi à Pigiquid, et, d’après le témoignage d’une des filles d’Étienne Rivet donné à Belle-Isle-sur-Mer en 1767, son grand-père et sa grand’mère Leprince seraient allés mourir à Pigiquid.

Le recensement de 1714 ne donne à Port-Royal aucune famille Leprince. Cependant j’ai lieu de croire que le vieux Jacques y avait conservé sa propriété pour y établir son plus jeune fils qui s’appelait Jean et qui a dû se marier vers 1715 à Jeanne Blanchard veuve d’Olivier Daigle et fille de Guillaume Blanchard et de Huguette Gougeon. C’est cette dernière famille qui a fourni le plus de victimes du grand dérangement.


Voyons plutôt :


cxlviii. Honoré Leprince iii, fils de Jean et de Jeanne Blanchard marié à Port-Royal le 24 novembre 1738 à Isabelle Forest, fille de René et de Françoise Dugas sa par. du 3x3. Honoré Leprince est mort avant 1760. Isabelle Forest a été enterrée à Bécancourt le 12 sept. 1767 âgée de 55 ans. Leurs enfants qui font partie du premier groupe des réfugiés de Bécancourt sont :

Marie Élisabeth née 7 oct. 39, 1°. m. 17 février 1762 à Jean Bourgeois à qui elle ne donne qu’un fils J. Bte b. en 1764. 2°. m. 16 février 1767 à François Bourg dont elle a deux enfants : voir à ces familles.

Anne Jeanne Victoire Françoise née 3 nov. 1741, S. à B. 25 mars 1795 âgé de 54 ans, mariée 7 janvier 1760 à François Cormier fils de Pierre et de Marie Cyr. Pour cette famille voir au Cormier.

3°. Pierre né 24 mars b. 27 juin 1744, mort jeune.

4°. Michel iv b. 4 sept. 1745, S. 10 nov, 1831 âgé de 88 ans environ, il avait 86, marié 14 février 1744 à Madeleine Bergeron sa p. 3x4, fille de Pierre et de Marguerite Bourg, a eu une assez nombreuse famille, savoir, Marie Madeleine b. 23 mai 1775 S. au berceau. Michel b. 29 août 77. S. au berceau. Marie Louise b. 2 août 79. Marie Madeleine b. 25 mars 1781, m. à S-Grégoire 16 janvier 1809 à François Hébert (de Félix et d’Esther Vigneau). Joseph b. 16 août 1782, m. 22 février 1808 à Marguerite Béliveau (de Joseph et Rosalie Richard). Pierre b. 17 mars 1784, m. 5 mars 1810 à Marguerite Forest (de Joseph et de Thérèse Morin), Michel Leprince v b. à Nicolet 19 oct. 1786 m. 9 oct. 1809 à Marie Thibodeau (d’Étienne et de Marie Chartier). David b. 23 mai 1789. Augustin b. 22 août 91. M. Pélagie b. 8 avril 93 S. 93.

5°. Marie Madeleine b. 16 mars 1747, m. 8 avril 1771 à Pierre Cormier le frère de François ci-haut.

6°. Charles Amant iv b. 15 oct. 1750, m. 3 février à Marie Babineau 1777. (de Charles et de Cécile Comeau). Je ne lui connais que des filles : Marie Marguerite b. 10 février 78 S. 20 sept. 78. Marie Euphrosine b. 11 avril 1780, m. 2 juillet 98 à Louis Gauthier (de Nicolas et de M. M. Champoun). Marie Desanges b. 81. Marie Madeleine b. 2 sept. 1783, 1°. m. 2 février 1807 à Augustin Hamel, veuf de Thérèse Béland. 2°. m. 22 février 1813 à Augustin Fontaine dit Bienvenu (Augustin et de Charlotte Sévigny). Marguerite b. 12 mars 1786, m. 1er mars 1802 à Joseph Richard (de Pierre et d’Agathe Filteau). Marie Joseph b… m. à St-Grégoire 13 nov. 1809 à Louis Leprince (de Jean Bte et M. Joste Levasseur). Marie Rose b. 13 août 92. 7°. Joseph b. 22 avril 1753. Il est présent au mariage de sa sœur Marie avec François Bourg. C’est probablement ce Joseph Leprince qui est enterré à Nicolet le 16 déc. 1784, en présence de Michel Leprince et de Michel Richard ?

cxlix. Joseph Leprince iii, fils de Jean et de Jeanne Blanchard né à Port-Royal mars 1719, enterré à Bécancourt 24 mai 1781 à 62 ans. 1°. m. 25 janv. 1740 à Anne Forest, fille de René et de Françoise Dugas. Anne Forest a donné des enfants à Joseph Leprince jusqu’à 1754. Ce seraient donc les misères et les chagrins du grand dérangement qui l’auraient tuée. Je n’ai pu trouver le lieu ni la date du second mariage de Joseph Leprince avec Madeleine Leblanc ; mais celle-ci n’est devenue veuve qu’au 17 décembre 1757, jour où Joseph Richard fut enterré à Québec âgé de 40 ans.


Les enfants du premier lit sont :


1°. Joseph Tranquille b. 12 nov. 1740. Je ne sais ce qu’il est devenu. En 1763, il se trouve à Liverpool un Tranquille Prince qui, avec d’autres acadiens, signe une lettre circulaire à leurs compatriotes ? L’étrangeté et la rareté de ce nom donnent une forte présomption en faveur de l’identité de la personne !

2°. Joseph Timothé iv b. 25 mars 1745, m. à Béc. 12 oct. 1767 à Anne Richard (de Victor et de Marie Richard). Les enfants de ce dernier sont : Madeleine b. 5 déc. 1768, m. 22 fév. 1789 à Joseph Beaudet (de Joseph et Geneviève Hubert). Marguerite b. 5 nov. 1770, m. 20 janv. 94 à Honoré Hébert (de Jean Bte et Marie Rose Leblanc). Victor b. 12 mars 1772, marié à Esther Bourgeois. Marie b. 9 août 1774, mariée 8 oct. à Joseph Béliveau (de Joseph et de Rosalie Richard). Pierre b. 9 juin 1776, S. 2 nov. 1805 âgée de 30 ans. Jean Bte b. 29 déc. 1777, P. m. 19 juillet 1802 à Marguerite Hébert (de Joseph et Perpétue Landry). 2°. m. à Marie Anne Morissette. Marie Anne b. 21 fév. 79 S. en 80. Une autre Marie Anne b. et S. en 1780. Marie Louise b. 1er nov. 1781, m. 4 oct. 1804 à Antoine Desrosiers Dargy (d’Ant. et de M. Louise Dehaies). François Thomas b. déc. 1782 S. 29 août 91 noyé dans la riv. du moulin. Une autre Marie Anne b. 6 juillet 85. Marie Esther b. 7 fév. 1787.

3°. Jean Bte iv b. à P. R. 29 mars 1747, S. 12 janvier 1811 de mort subite, âgé de 68 ans, 1°. m. 1er février 1779, à Marie Josette Levasseur, (de Joseph Marie et de Françoise Deshaies). Enfants : Marie Josephte b, 13 nov. 1779, m. 22 oct. 1804 à François Hébert, originaire de St-Francois, I.-O. (de Joseph et de Marie Poulin), Jean Bte. b. 17 mars 1782.

Joseph b. 22 mai 1784, François de Paule b. en 86, S. en 97, Étienne b. 4 mai 1788. Louis b. 25 août 89, m. 13 nov. 1809 à Marie Joseph Leprince (de Charles et M. Babineau). Honoré b. 9 déc. 91, s. avril 92. Marie Esther b. 19 mars 94. Marguerite Julie b. 18 juin 96, s. 19 août 96. Marie Josette Levasseur fut enterrée à Nicolet 28 sept. 1796.

4°. Pierre iv b. à P. R. 30 avril 1749, m. 16 janv. 1775 à sa par. 3x4 Marie Bergeron (de Pierre et de Marguerite Bourg). Nombreuse famille, savoir : Pierre B. 29 janv. 1776, m. 24 janv. 1803 à Marie Lacourse (de Frs. Xavier et de Marie Thérèse Jutras). Marguerite b. 20 juillet 1777, S. eu 1778 à 7 mois. Joseph b. 22 déc. 79, m. 23 oct. 1804 à Marguerite Gaudet (de Michel et de Françoise Lemay). Élizabeth b. 22 sept. 1781. Charles b. 6 avril 1784, m. 10 février 1812 à Geneviève Thibaudeau (de Joseph et d’Élis. Leblanc). Isidore b. 3 oct. 1785, m. 11 février 1811 à Judith Gagnon (de J. Bte et Marie J. Filteau). Édouard b. 11 septembre 1791. Louis b. 24 avril 1793. Jean Hubert b. 21 mars 95. Marie Bergeron fut enterrée à Béc. 3 mars 1799, âgée de 44 ans.

5°. Paul b. à P. R. 13 mai 1751.

6°. Marie Josephte b. 30 oct. 1753, S. à Québec 5 janvier 1758 à 4 ans.

Du second lit, Joseph Leprince paraît n’avoir eu qu’une fille Marie Madeleine b. à Béc. 14 janvier 1763. Marie Madne Leblanc épouse en 2° de Jos. Leprince fut enterrée à Béc. 2 juin 1788, âgée de 68 ans.

cl. Jean Bte Leprince iii, fils de Jean et de Jeanne Blanchard, né à Port Royal, 8 fév. 1721, enterré à Bécancourt 29 mars 1787 ; 1° m. 8 février 1747 à sa p. 3 x 4, Judith Richard, fille de René et de Marguerite Thériot ; 2° m. 15 février 1762 à Marie Madeleine Bourg, veuve de Pierre Richard, par. d’affinité du 3 x 3 (fille de Michel Bourg et de Marie Cormier) enterrée à St-Grégoire le 11 avril 1809 âgée de 84 ans, morte subitement.

Les enfants du premier lit sont : 1°. Joseph b. 20 avril 1748, mort célibataire. 2°. Madeleine b. 25 oct. 1749, m. 4 nov. 1771 à Honoré Hébert par. de 3 x 4 (de Jean Bte. et d’Éliz. Granger.) 3°. Ane b. en 1751, sép. à Québec 30 sept. 1756 âgée de 5 ans. 4°. Jean b. 7 juillet 1753, m. 9 février 1784 à Madeleine Héon (de Charles et de Madeleine Labove). Enfants : Madeleine b. 8 avril 1785, m. 7 nov. 1808 à Jean Noël Richard (de Joseph et d’Anne Boucher). Marie Anne b. 7 mai 87, m. 4 mai 1808 à Joseph Beliveau (de David et de Marie Gaudet). Jean Joseph b. 6 mai 1790, s. en 1790. Marie Louise b. 17 juin 1791. Marguerite Élisabeth b. 30 juin 93. Jean Bte. b. 30 mai 1796. Marie Julie b. 3 fév. 1799 et Marie Joseph jum. b. 3 fév. 1799. Joseph Charles b. 24 mai 1801. Les enfants du second lit sont : 1°. Thérèse b. 6 décembre 1762 s. 18 janv 1763. 2°. Marie Esther b. 12 juin 1775, m. 9 février 1784 à Pierre Doucet (de Joseph et de Marie Anne Bourg). 3°. Joseph b. 12 février 1768. Il est parrain chez son frère en 1790. 4°. François b. 1er mai 1771, m. 8 février 1796 à Marguerite Doucet (de Louis et de Marguerite Beliveau). Enfants : Joseph F. X. Alexis b. 17 juillet 1797. Joseph Louis b. 28 mai 99. Marie Marguerite b. 20 déc. 1801, m. 24 février 1829 à Pierre Beliveau (de Simon et Margte Prince). Joseph Moïse b. 16 juin 1805, m. 24 fév. 1829 à Angélique Hamel (de Pierre et de Madeleine Champoux). Joseph Jean Marie b. 29 août 1808. Jean b… m. 15 janvier 1831 à Lucie Champoux (de François et Marie Lamothe).

Madeleine Bourg avait eu trois enfants avec Pierre Richard, deux garçons, Pierre et Jean Marie, et une fille Madeleine qui épousa 4 nov. 1771 Joseph Hébert (de J. Bte. et d’Élisabeth Granger) c’est-à-dire que la Madeleine de Jean Bte. Leprince et celle de Madeleine Bourg se marièrent le même jour aux deux frères.

cli. Pierre Leprince iii fils de Jean et de Jeanne Blanchard, né à Port Royal 28 mai 1723, enterré à Québec, 4 janvier 1758, âgé de 35 ans, marié le 3 février 1750 à Félicité Bourgeois, fille de Joseph et d’Anne Leblanc. Je connais deux filles issues de ce mariage : Isabelle Leprince, née 4 oct. 1753, s. à Québec 15 sept. 1756, et Anne Leprince b. 18 Décembre 1750, mariée à Bécancourt 9 février 1769 à Laurent Tourigny (fils de Joseph et de Françoise Turbol). Elle eut une nombreuse famille et périt dans un naufrage 16 juin 1795 âgée de 43 ans, s. 21 juin 95.

La veuve Félicité Bourgeois qui fut enterrée à Nicolet 18 mars 1814, épousa en secondes noces à Bécancourt 27 oct. 1769 Antoine Bénony Bourg, veuf de Marie Josette Hébert, et de ce mariage sont nés plusieurs enfants, entre autre une fille Rosalie Bourg dont il sera question plus loin.

Ces quatre familles Leprince étaient encore à Port Royal en 1755 et cependant elles ont échappé à la déportation et faisaient partie du groupe acadien arrivé à Québec en 1756.

Tous ces Leprince s’établirent d’abord au lac St-Paul. Jean au côté ouest de Pierre Cormier ; il est l’ancêtre des Prince dit « charmante ». Joseph à côté de Jean ; c’est l’ancêtre des « Pierre à Jos. » Bénony Bourg, le mari de la veuve de Pierre Leprince était voisin de Joseph ; et la veuve d’Honoré avait fait inscrire ses deux fils, Charles et Michel, comme propriétaires de la terre voisine à l’ouest de Bénony Bourg.

Avec les déportés qui affluèrent au Canada en 1767, se trouvait un

clii. Jean Leprince marié en secondes noces vers 1763 à sa cousine du 3 x 3, Marie Darois. Jérôme Darois grand-père de Marie était marié à Marie Garant, demi-sœur de Marguerite Hébert, épouse de Jacques N. Leprince. Donc le père de Jean Leprince et le père de Marie Darois étaient cousins-germains, de là leur parenté du troisième au 3e degré. D’un autre côté, le père de ce Jean Leprince était le frère de ce Jean Leprince marié à Jeanne Blanchard. Donc ce Jean Leprince était cousin-germain des quatre Leprince ci-haut notés, habitants du Lac St-Paul. Aussitôt après son arrivée au Canada, Jean Leprince s’empresse de faire réhabiliter son mariage après avoir obtenu dispense de l’empêchement de parenté qu’il savait exister entre lui et sa femme. Ceci se passait à Bécancourt le 3 mars 1767.

Voici donc un ménage qui, vraisemblablement est venu de Boston à Bécancourt à pied à la raquette, dans le cours du mois de février 1767. Assurément, ils n’affrontèrent pas seuls ce long et pénible voyage. Jean Leprince avait eu de sa première femme Ozithe Leblanc, [9] un fils qui avait alors cinq ans ; mais ce n’était pas là un compagnon sur les forces et l’expérience duquel nos voyageurs pouvaient compter ! Il y avait donc avec eux d’autres compatriotes, des Beliveau, des Hébert, des Thibodeau, des Poirier, etc…

Voyons quelle était la tradition à ce sujet :

J’ouvre le 2d volume de l’histoire des Ursulines des Trois-Rivières, page 550 à la note MARIE J. PRINCE, voici ce que je lis : « L’ancêtre de la famille dans le pays est Jean Leprince. Il n’était âgé que d’un an lors de la dispersion des Acadiens en 1755. La Providence permit que son père, capitaine de navire, fut alors sur mer, ayant avec lui sa femme et son fils. Le brave marin apprit, sur les rives étrangères, les malheurs de sa patrie. Il se fixa à Boston ; son fils demeura avec lui jusqu’à ce qu’il eut atteint l’âge de 18 ans. »

« En 1772, un jour d’hiver, Jean Leprince fils, raquettes aux pieds, bagage sur le dos, accompagné de deux amis Hébert et Beliveau, venait visiter ses cousins inconnus du Canada, établis à Nicolet. Ces jeunes gens atteignirent le but de leur excursion après plusieurs jours de marche à travers la forêt. L’accueil cordial qu’ils reçurent des familles Bourgeois, Poirier et Bergeron, engagèrent les jeunes visiteurs à demeurer en ce lieu. »

« Jean Le prince prit une terre près de la rivière Sainte Marguerite, mince filet d’argent qui coupe la plaine où s’élève aujourd’hui la florissante paroisse de St-Grégoire le Grand. »

« Dieu bénit le labeur du colon acadien : marié à mademoiselle Rosalie Bourque, il eut deux filles et cinq garçons dont le dernier devait être plus tard le premier évêque de St-Hyacinthe. »


Évidemment l’annaliste a voulu résumer dans ces lignes, la tradition qui avait cours dans la famille de cette Marie Prince, élève des Ursulines en 1824. Il y a bien ici quelques erreurs de détails, mais le fond principal de la tradition s’y trouve : « Le voyage de Boston à Bécancourt, en plein hiver, à la raquette ; le bon accueil par les Acadiens déjà installés au lac St-Paul, non par les Bourgeois ou les Poirier, il n’y en avait pas encore, mais par les Bourg, les Leprince, les Cormier, » etc.

Il faut ensuite mettre le voyage en 1767 et non en 1772, et que Jean Leprince fils, accompagnait son père : le contexte suppose que celui-ci resta fixé à Boston, c’est une erreur car c’est bien lui qui fait réhabiliter son mariage à Bécancourt le 3 mars 1767 et c’est au mois de juillet 1769 que les Jean Leprince, père et fils, avaient le contrat de concession de leurs terres, situées au fief Godfroy, justement dans le voisinage de la petite rivière Sainte Marguerite. Cependant il est possible que les deux concessionnaires fussent des Leprince du Lac St-Paul, vu surtout que le fils de Jean Leprince arrivé en 1767, était encore bien jeune pour être constitué propriétaire.

Alors même que l’on supposerait que Jean Leprince fils, ne serait pas venu au Canada, en même temps que son père, et qu’il aurait attendu sa 18e année pour entreprendre ce voyage… ce n’aurait été qu’en 1780 qu’il se serait décidé d’aller non pas « visiter des parents inconnus », mais rejoindre son propre père, établi au Canada depuis 13 ans.

On le dit « venu avec un Hébert et un Béliveau » ; or c’est aussi en 1769 que ceux-ci deviennent propriétaires de lots au fief Godfroy et c’est en 1771 que se marient les trois frères Hébert.

Avec sa première femme, Osithe Leblanc, Jean Leprince n’eut qu’un fils, Jean né en 1762, et non en 1754 ; avec Marie Darois il en eut trois : Joseph né ers 1764, s. en décembre 1784, âgé d’environ 20 ans, Jean Bte. né vers 1766, et Marguerite b. à Bécancourt, 11 sept. 1769. Tous sont notés comme mineurs dans l’acte d’inventaire des biens de sa succession, 19 juillet, 1781. Sa seconde femme l’avait précédé dans sa tombe et lui-même mourut le 5 juillet, 1781, et fut enterré à Bécancourt. Il avait 56 ans.

Mais quel était le père de ce Jean Leprince ?… J’ai déjà affirmé que c’était un frère de Jean, marié à Jeanne Blanchard. Le rapports que ce Leprince eut avec Marie Leblanc, épouse de Françoise Beliveau, sous les soins de laquelle il fit sa dernière maladie, m’autorisent à conclure qu’il était l’oncle et le protecteur de cette orpheline que les événements de 1755 avaient séparée du reste de sa famille, de cette fille d’Anne Leprince et de Sylvain Leblanc, mort à Liverpool en 1756.

En 1763, Anne Leprince passa en France avec les autres Acadiens détenus en Angleterre. En 1767, elle demeurait à Morlaix avec ce qui lui restait de sa famille ; mais sa fille, Marie Leblanc, après avoir été adoptée par son oncle Jean Leprince, était passée avec lui au Canada, et est devenue à St-Grégoire, l’ancêtre des Beliveau dit François.

Mais Anne Leprince était fille d’Antoine Leprince [10] et d’Anne Trahan, donc notre Jean Leprince, qui était son frère, avait les mêmes parents »

Toutefois ce fut son cousin issu de germain, Michel Leprince qui fut nommé tuteur de ses enfants avec François Beliveau comme subrogé-tuteur ; et dès le 19 juillet 1781, moins de quinze jours après la mort du dit Jean Leprince, il fut procédé à l’inventaire de tous les biens de sa succession, laquelle s’est élevée à une somme assez rondelette, preuve du travail et de l’économie qui avaient régné dans ce ménage.

Le 1er mars 1783, Jean Leprince fils, étant arrivé à sa majorité, fut mis en possession de la part qui lui revenait de la succession, c’est-à-dire du tiers de la masse, comme seul héritier de sa mère, Ozithe Leblanc, et du quart du second tiers comme co-héritier de son père, avec ses deux autres frères et sa sœur ; pour un tiers dans la part de leur mère Marie Darois.

L’héritage que venait de toucher Jean Leprince n’en faisait pas un richard, mais il le mettait dans une condition relativement aisée au milieu de ses compatriotes et lui permettait de choisir son épouse dans l’une des meilleures familles. Ce fut chez Antoine Bénony Bourg qu’il alla jeter ses filets, auxquels se laissa bientôt prendre mademoiselle Rosalie. Le mariage eut lieu à Bécancourt le 24 janvier 1785. Le même jour, Bénony Bourg mariait l’unique garçon qu’il avait eu de sa première femme, Marie Joseph Hébert. Par sa mère Félicité Bourgeois, qui avait été mariée en 1ères noces à Pierre Leprince, Rosalie Bourg avait une demi-sœur Anne Leprince qui depuis 1769 était mariée à Laurent Tourigny.

Jean Leprince, fils de Jean et d’Ozithe Leblanc, petit-fils d’Antoine et d’Anne Trahan, marié à Bécancourt 24 janvier 1785, à Rosalie Bourg (d’Ant. Bénony et de Félicité Bourgeois) eut l’intéressante famille qui suit : 1° Jean (le père de Jean Yany) b. 8 oct. 1785, m. à St-Grégoire 21 novembre 1808 à Marie Exuère Bergeron, sa p. du 3 x 3 (de Charles et de Marie J. Leblanc. (1)

2° Joseph b. à Nicolet 14 janvier 1788, m. aux Riv. 17 octobre 1815 à Julie Doucet (de Jean et de Marie Anne Mireau). C’est le père de M. le chanoine Joël Prince Ptre, de son vivant professeur au séminaire de St-Hyacinthe. C’est le grand-père de M. l’abbé Basile Prince, curé de St-Léonard, de M. l’abbé Henri Beaudé, de Édouard Richard, de M. J. Auguste Richard, etc.

3° Rosalie Esther b. 13 sept. 1790, m. 13 nov. 1815 à Michel Lamothe, (de Michel et d’Agèle Pinard).

4° Marie Rose, b. 9 sept. 1792, m. 1er février 1813, à Jean Thibodeau, son p. du 4 X 4 (de Joseph et de Marie Joste Lavigne).

5° François, b. 17 mars 1795, m. 9 juin 1821 à Monique Henriette Doucet (de Jean et de M. A. Mireau). C’est le père de M. le chanoine J. Oct. Prince, Ptre, décédé 7 janvier 1898, curé de St-Maurice, et le grand-père du Rev. Père Prince S. J., et M. l’abbé Achille Prince, Ptre vic. à Central Falls, R. I.

6° Pierre, b. 13 janv. 1797, m. février 1822 à Marguerite Pratte, sa p. 3 x 4, (de Pierre et d’Euphrosine Hébert). C’est le fondateur de Stanfold, aujourd’hui Princeville.

7° Jean Charles, b. 13 février 1804. Ordonné prêtre le 23 septembre 1826. Directeur du collège de St-Hyacinthe en 1831, chanoine de Montréal en 1840, évêque in partibus sous le titre de Martyropolis, coadjuteur de Mgr de Montréal, 5 juillet 1844, consacré sous ce titre dans la cathédrale de Montréal, 25 juillet 1845, par Mgr Bourget, assisté des évêques Gaulin et Turgeon. Premier évêque de St-Hyacinthe 8 juin 1852, décédé 5 mai 1860 à l’âge de 56 ans.

Des trois enfants de Jean Leprince et de Marie Darois, Joseph est mort avant d’arriver à l’âge de se marier. Quand, en novembre 1790, sa sœur Marguerite recueille sa part d’héritage de ses parents en se mariant avec Joseph Bourg son p. du 3x4, fils de Joseph et de Marie Bergeron, il est dit dans l’acte de quittance donné au tuteur Michel Leprince, que son frère Joseph est mort depuis qu’il a hérité de ses parents et, en conséquence, elle partage la part de ce dernier avec son frère Jean Bte. qui s’est marié 12 novembre 1792 à Élisabeth Hébert (de Joseph et de Madeleine Richard). À la date de son mariage, il demeurait au village de Ste Marguerite.

Ce Jean Bte. Leprince a eu une nombreuse famille, mais j’ignore le sort que la Providence a fait à ses enfants.

Tels sont les ancêtres de tous les Princes, aujourd’hui répandus dans tous les coins de la Province de Québec et de Manitoba. Tous ceux qui se sont mariés dans ce district après la dispersion, portaient déjà le numéro iv depuis leur premier ancêtre ; et les trois quarts descendaient de Jean ii par Honoré iii, Joseph iii et Jean iii tandis que l’autre quart descendait d’Antoine ii par Jean iii et ses deux fils, Jean iv, époux de Rosalie Bourg et Jean Bte iv, époux d’Élisabeth Hébert. Comme on le voit, le nom de Jean était en grand honneur dans ces familles, et pour les distinguer les unes des autres, il était devenu nécessaire d’y adjoindre des surnoms : de là les noms de Yany, de Yanne affectés à deux de ces familles.



  1. Une bonne fortune inespérée, et de laquelle nous remercions qui de droit, a mis entre nos mains le MS. encore inédit, préparé par feu Mgr. Louis Richard, ancien Supérieur du Séminaire des Trois Rivières, sur les principales familles de ce district. C’est un in-folio considérable, et qui représente de longues années de recherches précises et consciencieuses. Nous en reproduisons, avec les notions préliminaires et le chapitre premier, l’histoire généalogique de la famille le Prince. Celle de la famille Richard sera donnée à la fin de notre tome iii.
  2. « Nos lecteurs savent ce qu’il faut penser de cette légende ? » Henri d’Arles.
  3. Les Acadiens de l’île St. Jean furent à leur tour dispersés en 1758, après la prise de Louisbourg.
  4. Pour le moment, je me contente de signaler les chefs de famille. Nous ferons plus tard connaissance avec leurs enfants.
  5. Le souvenir des aboiteaux s’est conservé si vivace dans les traditions de ma famille, que mon père qui n’en avait jamais rien vu, m’en faisait la description avec une exactitude telle qu’on aurait pu croire qu’il avait mis la main à ces grands travaux. On sait que les aboiteaux sont d’immenses chaussées élevées le long des rivières, pour empêcher les marées de couvrir les prairies.
  6. Dans sa lettre du 10 mars 1756 au gouverneur de Louisbourg, Leguerne dit : « plus de 20 familles » et, dans son mémoire à L’Abbé de L’Isle Dieu il dit : « plus de 80 familles. » Ce dernier chiffre me paraît être le véritable.
  7. Ils eurent le contrat de concession de leurs terres de la part du Seigneur de Montesson à l’automne de 1764.
  8. Le nom véritable de mes ancêtres maternels est Le Prince et non Prince. Nous ne pouvons dire à quelle date précise on laissa tomber le Le, défigurant ainsi le nom bien français. Ce fut certainement après la Dispersion. Il y a encore des Le Prince en France, particulièrement en Bretagne. Le professeur de rhétorique au petit séminaire de Dol, à l’époque où Chateaubriand y étudia, était un abbé Le Prince. Nous possédons un ouvrage curieux et rare intitulé : Essai Historique sur la Bibliothèque du Roi, etc., (à Paris, chez Belin, M.DCC. lxxxii), par un M. le Prince aîné, Inspecteur de la Librairie, près de la chambre syndicale de Paris.
    Henri d’Arles.
  9. J’ai vérifié ces faits, c’est-à-dire le nom de sa première femme et l’âge de son enfant par l’âge d’inventaire des biens du dit Jean Leprince, passé par Maître A. Badeau, Not., 19 juillet 1781.
  10. Déclaration de Jean Leblanc, Doc. sur l’Acadie, p. 43.