Agésilas (Trad. Talbot)/04

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Traduction par Eugène Talbot.
Œuvres complètes de XénophonHachetteTome 2 (p. 447-448).



CHAPITRE IV.


Suite du précédent.


Quant à son désintéressement, comment en donner une meilleure preuve que celle-ci ? Jamais personne ne se plaignit qu’Agésilas lui eût rien enlevé, et nombre de gens avouèrent qu’ils avaient reçu de lui mille bons offices. Or, celui qui se plaît à sacrifier son bien à l’intérêt des autres, peut-il vouloir priver les autres de leur bien pour se faire décrier ? Si, en effet, il aime l’argent, il lui en coûte moins de garder ce qu’il a que de chercher à prendre ce qu’il n’a pas. D’ailleurs celui qui ne veut pas manquer de reconnaissance, quoiqu’il n’y ait point de tribunal pour l’ingratitude, comment voudrait-il manquer à ce que la loi défend ? Mais Agésilas croyait qu’il y avait injustice, non-seulement à ne pas témoigner de reconnaissance, mais encore à n’en pas montrer autant qu’on le pouvait. Qui serait aussi fondé à l’accuser d’avoir volé l’État, lui qui abandonnait à la patrie les récompenses mêmes qui lui étaient dues ? Avoir été contraint, quand il voulait faire du bien à sa ville natale ou à ses amis, de recourir à des emprunts, n’est-ce pas une preuve convaincante de son désintéressement ? S’il eût trafiqué de ses services et vendu ses bienfaits, personne n’aurait cru rien lui devoir. Il n’y a qu’un service gratuit qui attache de bon cœur à celui qui le rend, et cela, en raison du service même, puis de la confiance où l’on est que le bienfaiteur croit à la reconnaissance. Un homme qui préférait avoir moins, pour se montrer généreux, qu’avoir plus pour être injuste, pouvait-il, je le demande, ne pas se montrer éloigné d’une cupidité honteuse ? Or, quand la cité lui eut adjugé la succession entière d’Agis, il en abandonna la moitié à ses parents maternels, qu’il voyait dans l’indigence. J’en prends à témoin toute la ville de Lacédémone. Tithraustès lui fit des présents considérables, s’il voulait se retirer du pays. « Tithraustès, répondit Agésilas, on croit chez nous qu’il est plus beau pour un général d’enrichir son armée que de s’enrichir lui-même, et de s’emparer des dépouilles des ennemis que de recevoir leurs présents. »